II. Schistes a Cardiola lnterrupta
Ce fossile si caractéristique de la Faune 111 occupe, dans notre région, son même niveau constant et présente cette autre particularité de s’accompagner des mêmes circonstances sédimentaires que celle qu’il présente dans le terrain paléozoïque du nord de la France ; je veux dire une couleur noirâtre tenant probablement du mélange de portions charbonneuses, et un nombre considérable de nodules pyriteux dont la décomposition vitriolique, suivie de réactions sur les éléments calcaires des parties enveloppantes, donne nais-
sance à des cristaux de gypse. On y trouve encore des bancs d’un calcaire noir se délitant en boules et offrant une remarquable agglomération de fossiles, tels qu’Orthocéres, Graptolites, Cardioles, Encrines.
Ou se rappelle l’expression pittoresque de «coup de crayon donné par la nature», par laquelle Leymerie désignait cet horizon dans les Pyrénées, si contrastant [)ar sa couleur et sa nature argileuse avec les roches encaissantes ; on ne peut constater sans étonnement cette permanence, cà si grandes distances, des caractères purement minéralogiques de dé[)ôts d’un caractère aussi spécial ; c’est le propre d’ailleurs d’un grand nombre d’autres formations : nos calcaires dévoniens nous rappelleront, jusque dans les moindres détails de leur coloration, les calcaires du Nassau, et tout récemment, M. le professeur de Koninciv discernait, à la vue de quelques-uns de nos échantillons carbonifères, des analogies d’horizons géologiques à l’aide de simples observations de pétrographie et pressentait certains synchronismes que les fossiles sont venus ultérieurement confirmer.
Cet ensemble de marnes, de schistes et de calcaires noirs forme, comme nous l'avons déjà vu, un talus rapide en contre-bas du plateau du Falgairas dans la combe d’isarne. Il succède immédiatement aux schistes à Asaphes qui le supportent et forme une lisière dans le sens de l’Est à l’Ouest sous le calcaire du grand plateau qui sépare la région de Cabrières de celle de Neffiés ; il n’a pas en ce point une épaisseur moindre de 20 mètres ; il se rétrécit au point de devenir presque invisible vers le col de l’Orte, mais il reparaît au delà, et se prolonge dans la direction du moulin de Tiberet, où il donne lieu à un niveau d’eau important ; puis il dessine à nouveau le bord du plateau jusque vers Fontgrelade, dans la commune de Vailban.
Son absence au-dessous d’autres nappes dévoniennes de la même région indiquerait des dénudations antérieures des massifs siluriens.
La Cardiùla internipta abonde dans le gîte d’isarne.
On y trouve encore ;
Ortboceratites elegans Hall.
Terebratula sapbo Barr.
Sipbocrinites elegans Tenk.
Graptolites priodon Bron.
C’est bien la Faune 111 du Silurien supérieur; peut-être faudra-t-il y dis-
tinguer, comme en Bretagne, les schistes à nodules à Cardiola interrupta, des schistes ampéliteux à graptolites, à titre de double horizon.
La commune de Cahrières ne nous a pas présenté, comme celle de Gabian (Grange du Pin), au niveau des schistes à cardioles, d’épaisses assises de grés qui se relient aux Schistes noirs et recouvrent les schistes à Asaphes, et que leur position stratigraphique et certains fossiles nous font rapporter à l’horizon du Grès de May. C’est le Grès de Glauzy (commune de Vailhan) dont nous voulons parler. Nous nous bornons à le signaler en passant, pour revendiquer au profit de notre série paléozoïque méi idionale un nouveau terme important de la série du Nord ; nous y reviendrons dans notre description des terrains paléozoïques de l’Hérault.