‹ Monographie géologique de la commune de CabrièresChapitre 4 sur 14 · Calcaire a Polypiers · texte numérisé non relu

Calcaire a Polypiers

Nous comprenons jusqu’à nouvel ordre, sous le nom de calcaire à Polypiers, un ensemble de termes très différents les uns des autres, dont l’un mérite plus particulièrement ce nom à cause de l'abondance des polypiers qu’il renferme, mais dont la communauté des caractères paléontologiques d’une part, si nous nous en rapportons aux déterminations et aux conclusions de M. Barrois', et d’autre part la circonstance nettement observable d’une véritable soudure pétrographique, tendraient à établir l’autonomie. Cet ensemble est formé de calcaires très différents entre eux de structure et de couleurs : calcaires roussâtres à rubans de silex, présentant des tubérosités rubigineuses et très riches en polypiers ; calcaires blancs compacts, parfois grumeleux ; calcaires rouges compacts ou formés de noyaux leur donnant une structure tuberculeuse. Ces diverses roches forment la charpente des massifs de Bissons et de Bissounel, et présentent la particularité de se charger de magnésie au point de devenir absolument dolomitiques ; c’est ce qui se voit surtout pour les calcaires à cordons siliceux sur le revers nord du massif, et aussi pour les calcaires rouges qui supportent tes calcaires blancs. Notre coupe du Pic de Bissous à Péret (PI. IV) montre ces relations et l’envahissement de la roche magnésienne du côté du Nord.

' Mémoire sur le Calcaire à Polypiers de Cabrières. {Ann. delà Soc. gèol. du Nord, Xom. XIII pag. 74.

C’est le calcaire à cordons de silex qui offre le plus habituellement ce cas de polymorphisme; d’autre part, c’est lui qui occupe la plus grande surface dans notre région ; il en résulte que la dolomie, où ces divers calcaires perdent leur individualité, acquiert un rôle de premier ordre dans la constitution pétrographique de notre territoire ; dolomie sur le revers de ffoutoury, de ffissoiinel, de Bissons et de Mounio-Villeneuvette ; dolomie à Tourière et à ÎMounio-Cahriéres ; dolomie, toute la berge méridionale du ruisseau de Pitroux ; dolomie, enfin, le grand causse de Falgairas et de la Serre, comme aussi tout Ballerades, tout l’Escandolgiieet les bourrelets plus abaissés, s’enfonçant sou.^ les formations plus récentes de Fontés et de Péret ; et dans l’épaisseur de cette dolomie, de temps à autre et par places, les calcaires blancs et ronges rubigineux, roussâtres, rubanés de silex, de Bissons, Bissounel, Tourière, Mounio, Bataille, la Serre, Ballerades et l’Escandolgue, le tout reposant sans lien ni j)assage sur les schistes <à Asapbes, sans interposition des schistes à Cardioles autre part que sur la lisière marginale du Falgairas.

Il n’y a donc pas exagération à affirmer, en premier lieu, que la presque totalité de notre commune est constituée par notre troisième groupe ; en second lieu, que ce groupe pourrait se ramener tout entier à un bloc dolomitique homogène et massif.

Les joints de straliOcation de ce bloc, obscurs dans la masse magnésienne, se retrouvent dans les portions non dolomitisées ; calcaires rouges, l)lancs, roussâtres, y apparaissent, formant des strates régulières qui s’effacent bientôt, pour repai-aître avec la même netteté et suivant la même direction ; grâce à ces sortes de témoins, on peut saisir rorienta'ion générale des couches et leur [rlongemeiil ; c’est ainsi (]ue Mounio-Cabriéres nous monti’e une disposition synclinale, tandis qu’à part Bissounel et Bissou?, tous les autres massifs présentent un plongemeul très mar’qué variant du Sud au Sud-Ouest (Bataille, col de Gachoune).

Des trois termes de notre groupe, le calcaire â cor-dons siliceux est, nous le répétons, le plus déveloirpé dans notre région; le rever-s de Bissounel, le ravin de Cornbe-obscui-e, celui de Neguer-elles, les flancs de Mounio- Cabriéres, de Bataille et de la Serr-e, nous en offrent les meilleui-s exemples ; nous lui rattacbons les dolomies du Falgairas, qiti ne nous ont présenté, il est vrai, aucun autre accident siliceux que des bancs quartzeux char-gés d’enct-ines ;

mais la communauté de certains des fossiles de ce massif avec ceux du calcaire à Polypiers et sa continuité avec celui de la Serre, nous ont déterminé à ne plus le maintenir à l’état de terme distinct, et à renoncer pour lui à la dénomination, justifiée au début des études de Graff, de calcaire sans fossiles.

Le deuxième terme de notre groupe, le calcaire blanc, acquiert son plus grand développement dans le massif de Bissous ; il se retrouve au monticule de Japbet et à Tourière, où on le voit, du côté du col de l’Aurore, se lier et comme se greffer au calcaire à cordons siliceux qu’il recouvre en cet endroit, au lieu d’en être recouvert, comme au Pic; cette différence de situation constitue un élément important à tenir en grand compte pour l’interprétation de notre stratigraphie locale. Deux autres circonstances du même ordre n’auront pas moins de valeur ; c’est, eu premier lieu, l’extrême analogie de notre troisième terme, les calcaires rouges et les calcaires tuberculeux de Bissous et de Bissounel, avec les assises rouges et tuberculeuses que nous aurons l’occasion de signaler à la combe d’isarne ; c’est en second lieu, comme a Tourière, la différence des positions relatives. Nous reviendrons à la fin de ce chapitre sur l’importance et la signification de ces faits, qui pourront nous conduire à une notion nouvelle sur la composition de notre troisième groupe; nous la maintenons pour le moment telle que nous l’avons exposée, nous fondant, comme nous l’avons dit, sur les conclusions paléontologiques de M. Barrois et sur la circonstance invoquée d’une soudure pétrographique entre les trois termes.

Cette soudure s’observe très nettement, pour ce qui regarde les calcaires blancs et les calcaires rouges, snr toute la façade méridionale du pic de Bissous et sur l’abrupt de Bissounel. On n’y saisit nulle part de ligne nette de démarcation entre les deux roches ; partout au contraire les deux pétrographies se lient étroitement et se fondent ; rendu attentif aux surfaces de contact par la recherche d’une faille que notre guide Escot croyait avoir observée entre les deux masses, nous avons constaté sur un grand nombre de points, comme au rocher de l’Horloge en particulier, qu’il y a en effet soudure intime de la masse blanche à la masse rouge, et môme existence de zones rouges à une certaine hauteur dans l’épaisseur des calcaires blancs. Pour ce qui est de ces derniers calcaires et de la roche roussâtre à cordons de silex, un sentier

pratiqué le long de l’abrupt de Bissounel permet d’observer une relation d’alternance entre les assises plus minces de la dernière et les bancs du calcaire blanc; le sommet de l’escarpement offre même des encroûtements de silice, rudiments des accidents siliceux des calcaires roussâtres.

En présence de pareils laits, on ne saurait se soustraire à la notion d’une liaison étroite entre nos trois termes au point de vue de la sédimentation, liaison que consacrerait d’ailleurs l’examen de leur faune par M. Barrois.

Les calcaires blancs de Japbel émergent, sous la forme de crêtes aiguës, de la masse dolomitique qui forme lacbarpente de l’EscandoIgue et celle de Mounio-Cabriéres, son prolongement vers l’Ouest. Leurs bancs, redressés vers le Nord, plongent très rapidement vers le Sud; ils supportent de ce côté les Schistes noirs et les calcaires de noti'e quatrième groupe, redressés comme eux, et paraissent, du côté du Nord, en recouvrement sur les mômes assises qu’une faille a mis en contact avec les schistes à Asapbes.

Les caractères généraux de notre troisième groupe une fois établis, nous n’avons qu’à signaler quelques traits particuliers ; la combe d’isarne nous offre, sui' la gauche de la roule vers Neffiés, un nouvel élément consistant en une alternance de strates calcaires et de couches schisteuses, riches en débris organiques et plus spécialement en Calcéoles. A Tiberet, la dolomie tabulaire cède bientôt la place à un beau développement de calcaires blancs et de calcaires bleus foncés, et quelques-uns très noirs dont les analogues ont été observés au pic de Bissous ; les coulons siliceux s’y dessinent en relief et leur couleur rubigineuse générale les fait singulièrement ressembler à notre Colite inférieure de Castelnau, prés Montpellier. La métairie du Temple est portée sur un morceau de dolomie détaché du Falgairas, portant avec elle les traces des polypiers qui la caractérisent ; un phénomène analogue s’est produit au revers sud de la Rossignolle : les schistes à Asaplies supportent directement un lambeau de la roche du massif. Ces mouvements peuvent être les effets partiels des dislocations plus générales dent la région porte les traces, et dont le ruisseau de Calafrége, non loin de la limite orientale de la commune, à quelques pas à l’O. de Béret, nous donne un exemple dans le recouvrement immédiat de la dolomie par les schistes à Asaphes. Enfin, c’est dans notre troisième groupe que les filons de quartz ont joué le plus grand rôle ; ils ont silicitié la dolomie et l’ont pénétrée d’émanations cui-

vreuses; la Rossignolle en a été particuliérement imprégnée; les anciennes exploitations y ont laissé des amas accumulés de haldes ; on en retrouve, du reste, a peu près partout, et dernièrement encore plusieurs tentatives ont été faites pour reprendre les travaux, mais sans succès Nous possédons dans les collections de la Faculté de très beaux échantillons de cuivre gris tétraédrique.

Le groupe du calcaire à Polypiers recouvre immédiatement les schistes à Cardiola interrupta sur le Falgairas ; il appartient donc à un âge plus récent ; l’étude de sa faune précisera son horizon ; c’est à M. Barrois (de Lille) et au professeur Von Koenen (de Gôttingen) que nous devons la connaissance raisonnée des fossiles que nous leur avons communiqués; M. le D" Frech (de Berlin), qui vient tout récemment de visiter Cabrières, ajoutera sous peu de nouveaux éléments à ceux que nous publions aujourd’hui d’après nos savants confrères.

Nous extrayons de la Société Géologique du Nord {Ann., XIII, 1885-1886, première et deuxième livraisons, avec planches) la liste et les principales conclusions de M. Barrois.

1 Phacops latifrons Bronn. Var. occitanicus. Trom.

2 Bronleus meridionalis Trom.

3 Goniatites subnautilinus, var convolutus? Samb.

4 Pleurotomaria Sp.

5 Spirifer speciosus Schlott.

6 — cultrijugatus Roem.

7 — cabedanus Vern.

8 — Gerolsteinensis Stein.

9 Atrypa reticularis Schott.

10 — aspera. Schott.

11 Pentamerus OElerti Barrois.

12 — — Var Languedocianiis Trom.

15 Rhynconella Orbignyana Vern.

14 — pila?Schnur.

15 Fenestella sp.

16 Octonocrinus sp.

17 Heliolites porosa Goldf.

18 Syringopora sp.

19 Aniplexus annulatus. M.-Edw. J. H.

20 — torluosns Phil.

21 Zapiireutis gigantea .

22 — sp.

25 Phillipsastræa Pengellyi M.-Edw. J. H.

24 — Cantabrica M.-Edw. J. H.

25 Cyalbophyllum Helianlhoides Golof.

26 Calceola sandalina Lamk.

27 Favosites Goldfiissi. M.-Edw. J. H.

28 — flbrosa. Goldf.

29 Pacbypora reliculala Goldf.

50 Alvéolites subæqiialis IMich.

51 — siiborbicularis Lamk.

52 Sti'omatopora concentrica Goldf.

Celte liste, dilM. Barrois,« montre peu de relations entre le calcaire à Polypiers siliceux deCabrièreset le Silurien supérieurde Barrande. Elle renferme [ lus d’espèces communes avee leCoblencien inférieur et l’Eifelien ; mais c’est avec le niveau à Spirifer cultrijugatus du massif rhénan que sont les plus grandes analogies... On sait que M. Gosselet considère ce niveau à Spirifer cultrijugatus comme correspondant à la tin de son étage Coblencien... la faune de l’Hérault a plus de rapports avec celle de l’Espagne qu’avec celle des Ardennes ; les faunes d’Arnao (Asturies) et de Sabéro (Léon) présenteraient jusqu’au même faciès petrographique... »

M. Barrois ne verrait donc guère qu’un horizon dans notre troisième groupe. M. de Koenen serait plus frappé que M. Barrois de l’analogie de certaines formes avec celles du Silurien supérieur de Barrande, l’Hercynienkalk de Kayser : dans une Note récente {N. Jahrbuch fur Miner, 1886, Bd. 1) il rapproche nos calcaires rouges du niveau de Greifen et y signale :

Cardiola relroslriata.

Une Orlbocère ronde à siphon central.

Un Gyrihoceras.

Une Gonialite nouvelle, Goniatites Rouvillei, rappelant G. lateseptatus

Beyr. Go?i. Plebems, Barr, de rHercynien^ mais ayant un dos pins large et plus plat et des cloisons s’élevant plus fortement sur les côtés du dos (PI. VII, fig. 6,6“).

Un Spirifer lisse, large de 52 rnillim. et haut de 26 millim., pourvu d’un bord frontal (Stirnrand) assez redressé, mais dépourvu de sillon et de bourrelet.

Un Pentamère d’environ 45 millim. de diamètre et comparable jusqu’à un certain point pour la forme et la disposition des côtes (une vingtaine) inégales, bifurquées, en forme de toit, au Pentamerus costatus de Giebel.

Le même auteur rapproche nos calcaires blancs des calcaires d’iberg, dans le Harz ; il y signale ;

Merista herculea Barr.

Merista? Baucis Barr.

Spirifer lisse .

Chœtetes Trigeri.

Terebratula princeps.

Orlhis crenistria.

Capulus multiplicatus Gieb.

Amplexus.

Petraja .

Pygidium de Phacops feciindus ou de Pbacops Scblotteirni [Phacops lati‘ frons des auteurs).

Les schistes interstratifiés dans les calcaires de la combe d’Isarne lui ont fourni quelques-uns des fo.ssiles des marnes à Caloéoles de l’Eifel ;

Spirifer elegans.

Calceola Sandalina (4 ou 5 individus) ; se trouve aussi à Combe-obscure et à Bissounel, sur le revers Nord.

Spirigerina reticularis .

Unguia sp.

Chœtetes dilatata Roern.

Streptorbyncus (Orthis) umbraculum Scblott.

M. de Koenen ajoute que la roche grise marneuse qui renferme ces fossiles a une étroite analogie avec certaines couches des calcaires à Calceola Sandalina de Gerolstein (Eifel) et du Hartz.

il lerrnineson examen delà faune de nos trois termes par la conclusion suivante; « Bien qu’il ne soit nullement établi que toutes les roches et tous les fossiles provenant du Pic appartiennent uniformément au même niveau, il n’en est pas moins certain que pour la plupart ce sont des espèces iden- U(iues ou comparables à celles du calcaire hercynien (Calcaires F et G de Hohémej; en sorte que c’est avec celui-ci, ou tout au plus avec la parlie inférieure du Dévonien moyen, que les couches du Pic pourront être identifiées. » Il ajoute ; «Celte faune a une importance de premier ordre, vu son elat de conservr.lion beaucoup meilleur cl ses analogies avec les calcaires d’.MIemagnee’ de Bohême, beaucoup plus grandes que les quelques formes ih; Calhervieille, de Ilouet-de-Verl, etc. (Haute-Garonne), rapportées par M. Barrois ' à l’étage G de Barrande. »

,M. le D*' Frech, à son retour de Cahricres, nous a dit partager l’impression de >t. de Kocnen. relativement aux analogies avec le calcaire hercynien de Kayser. Il est dispo.sé à accorder une grande importance à la distinction des espèces de Irilohites, et trouverait dans la séparation du Pfiacops fecundus, comme espèce et comme gisement, d’avec le vrai P/mcops latifrons, la marqtie d’horizons bien distincts dans les calcaires du Pic.

Cette manière de voirdeM. Frech, si elle se confirme, donnerait la sanction du témoignage paléontologique aux inductions de simple stratigraphie que nous avons émises plus haut. Si en eiïet les calcaires rouges du Pic sont, par leur forme et leur pétrographie, assimilables ceux d’îsarne, si les calcaires blancs sont ceux de Touriére, si d’autre part ils se suivent de part et d’autre ensens inverse, nous devons nécessairement conclure ti une situation anormale sur l'un des [)olnts. Or la série telle que nous la constatons à Isarnc et à 'Pouriére s’observe partout sur notre territoire et ailleurs ; le cas du Pic est unique dans la région ; la raison stratigraphique seule, sans le secours de la paléontologie, suffirait donc déjà pour établir le caractère anormal, singulier, de rarchiteclure du Pic ; il y aurait eu renversement des couches, et dans les mouvemenîs précurseurs, concommitants ou consécutifs, se seraient produites des dislocations secondaires dont nous ti’ouvons les traces dans le contact, simulant si bien une faille, du calcaire à cordons siliceux et du cal-

‘ Ann. de la Soc. géol. du Nord, tom X, pag. 1.51, 1884.

Ciiire blnnc, (e long du sentier déjà indiqué de derrière Bissonnel, et dans la chute des griottes au-devant du Pic, accompagnée de renversement, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir ; nos profils (PI. V,fig. 1-4) montrent la manière dont nous comprenons les phases du phénomène.

Avant d’adopter définitivement cette interprétation, qui aurait le grand avantage de satisfaire à l’analogie des grands traits géognostiques de la contrée, il conviendra de nous assurer que le cortège organique et pétrographique des calcaires rouges d’Isarne se retrouve au Pic; dans ce cas, ces derniers devraient être remontés au niveau de notre quatrième groupe et ne laisser plus dans notre troisième que les calcaires à cordons siliceux (calcaire à Polypiers proprement dit) et les calcaires blancs.

Ainsi réduit, notre troisième groupe (calcaire à Polypiers, sensu stricto) continuerait à offrir le caractère organique mixte hercynien et rhénan qu’a reconnu M. Barrois, et conserverait sa place, dans la série géologique, au niveau du Coblencien supérieur ou de l’Eifelien, de l’horizon du Spirifer cultrijugatus (partie culminante du Dévonien inférieur des Aidennes).

IV. Schistes noirs, lydiennes, calcaires avec galettes a goniatites

INTUMESCENTES ET GONIATITES FERRUGINEUSES-

Ce nouveau groupe est formé de strates calcaires très nettes, alternant avec des schistes noirs et des dalles portant des tubérosités dites galettes, accompagnées de lydiennes.

Ces schistes ou calschistes sont d’une couleur noire, se délitant à l’air; les rognons ou galettes calcaires, remarquables par le nombre et l’etat de conservation des fossiles qu’ils contiennent, atteignent généralement de 10 à IScenlim. de longueur et de 5 à 8 cenlim. d’épaisseur ; ils sont tellement bitumineux, dit M. Graff dans sa Notice, que l’odeur du bitume ne se trahit pas seulement par le moindrechoc; mais on y voit souvent dans les cassures fraîches de petits filets d’un noir éclatant, où le bitume s’est isolé.

Ces divers éléments, calschistes et calcaires , naissent sur certains points en pleine dolomie ; on les voit se maintenir sur une certaine distance, puis se fondre à nouveau dans 1a roche magnésienne : c’est ce qui s’observe très bien sur le revers nord de fÉscandolgue ou de Roqueblanque et sur le monticule

de Japliet au S.-E. de Cabrièrcis. La roche normale n’a qu’une étendue limitée ; elle se charge hientôt de magnésie, et de Japhet au Serre de Péret, sur la herge gauclie du rec de Neguerelle, on ne voit pas moins de quatre ou ciiKj lopins calcaires nettement slratilies, survivant en quelque sorte au milieu de la masse dolomitique.

i.es Schistes noii s s’épaississent quelquefois et forment des dalles d’épaisseur variahle, qui. elles aussi, sont étroitement reliées à la dolomie, comme cela se voit à Ballerades sur le revers Sud, où l’on passe insensiblement de la dolomie la plus classique à la dalle la mieux caractéiisée, et où l’on saisit môme plusieurs cas d’allernance entre les deux roches (PI. IV).

Les calcaires du quatrième groupe se montrent (pielquefois grumeleux, tuberculeux, sur d’autres points percillés de cavités laissées par les houles pyi ileuses et les goniatiles ferrugineuses dont iis sont criblés ; ils fournissent, par leur décomposition, une terre roussâlre jonchée de ces houles et de ces goniatiles. ils pré.senlenl enfin, comme à Isarne, une très belle couleur rouge et une structure compacte qui ra[)pellent les calcaires du Pic ; les variétés tuberculeuses et percillées ne les ra[)pellent pas moins; mais leur position les en distingue ; recouverts au Pic par les calcaires à cordons siliceux, ils sont ici supportés par eux ; ces diverses circonstances nous ont conduit à l’interprétation que l’on sait.

Des lits de lydienne, atteignant quelquefois 4 à 5 métr. d’épaisseur, forment un élément ordinaire de ce groupe, tantôt en assises distinctes, tantôt en lits minces subordonnés aux schistes et aux calcaires, le tout souvent tourmenté comme au Pic, ondulé, tlexueux comme à Japhet.

Les relations de ces divers termes .se saisissent très clairement sur la berge gauche du ruisseau, où la couleur générale du groupe se distingue de loin du calcaire à Polypiers qui le supporte et des calcaires-griottes qui le recouvrent ; en même temps la nature délitable des schistes donne lieu à une terre cultivable qui dessine au loin sur un talus rocheux une zone de culture grâce à la(iuelle on suit aisément à distance les fractures et les rejets qui découpent et accidentent le sol .

Notre quatiiéme groupe offre un très beau développement sur le revers Sud de Mounio-Cabiières et sur le monticule de Japhet, qui n’en est que le prolongement oriental ; les Schistes noirs, et particulièrement les calcaires

criblés de trous s’y déploient sur uiie certaine étendue, plus ou moins dégagés de la dolomie qui les enveloppe dans la direction du serre de Péret ; à Mounio, ta rapidité de la ente a provoqué des glissements et introduit du désordre dans les bancs ; ils sont plus ramassés à Japhet et d’une observation plus facile. Schistes et calcaires à galettes, calcaires à cordons de lydiennes, calcaires troués, s’y trouvent nettement assisés et paraissent buter par faille ou par renversement contre les calcaires blancs à trilobites, tandis qu’une faille du côté du Nord les a mis en contact immédiat avec les schistes à Asapbes.

En 1879, M. Sandberger, répondant à un envoi du rP Bleicber, signalait comme provenant de ce même niveau un banc calcaire noirâtre (galettes) avec des goniatites, VOrthoceras siibflexuosum, une cypridine, de nombreux foraminifères ; il insistait sur l’étonnante analogie des caractères de la roche avec les calcaires d’Altenau dans le Hartz et de Kirschofen, a preuve nouvelle », ajoutait-il, «de cette permanence des caractères pétrographiques et paléontologiques du Dévonien que j’ai fait ressortir et qui éclate jusque dans les calcaires fibreux des Pyrénées, du Fichtelgebirge, du Tburingerwald et de la région du Rhin ».

Parmi les Goniatites ferrugineuses de l’horizon supérieur, il signale quatre variétés du Goniatites retrorsus, parmi lesquelles domine la variété G. amblylobus. 11 énuméré en outre:

Bactrites carinatus.

Gamarophoria subreniformis.

Cardiola retrostriata.

Il donne cette faune comme identique à celle de Weilberg, de Nebden près Brilon et de Budesheim dans l'Eifel.

Plus récemment, M. Barrois a bien voulu examiner un envoi que nous lui avons adressé du même groupe ; il conOrmeles conclusions de M. Sandberger, et spécifie les variétés de Goniatites retrouvées sous les noms de

P. Var. sacculus Sandb.

Var. biarmatus Sandb.

Var. auris Sandb.

Nous reproduisons dans notre PI. Vl,fig.5, 6, 7, les dessins de ces

v.irièlés, que M. Barrois a bien voulu exécuter pour nous ; nous les accompaeiioiis des quelques mots de description que nous tenons de lui:

r,. sacculus Sandb.

Coquille renllée, à petit ombilic, a tours plus larges que hauts: lobe latéral court, arrondi. Selle latérale très développée et formant la partie la plus remarquable de la suture ; cette variété est si voisine de la G. amblylübus qu’il est souvent impossible de les distinguer,

G. biarcuatus. Sandb.

Coquille rentlée, subsphérique, sans ombilic visible. Le test de cette forme, comme celui de la précédente, est creusé de sillons concaves, radiants, au nombre de 3 ou 4. Lobe latéral court, presqu’à angle droit et compris entre lieux selles subégales renllées.

G. auris Sandb.

Coquille aplatie, à tours plus hauts que larges, et à ombilic ouvert, montrant plus d’un tour. Le dos parait avoir été un peu aplati, carré, autant qu’on peut le voir sur l’échantillon un peu déformé; les côtés portent des plis d’accroissement réguliers, arqués, tournant leur concavité vers la l)Ouche. Lobe dorsal formant un angle assez ouvert, lobe latéral arrondi et compris entre deux selles courbes.

M.de Koencn, étudiant les faunes des mêmes horizons réunies dans nos tiroirs, a reconnu dans les galettes :

Gonialites intumescens Beyr.

Cardiola Cf. costulata .Munst.

Orthoceras snbflexuosum Sandb.

Avicula obrotundata Sandb.

Cardiola retrostriata V. Bucb.

Les dalles de Ballerades lui ont olTert le Goniatites forcipifer Sandb.

Le niveau des Gonialites ferrugineuses lui a fourni ;

Goniatites simplex V. Bucb

C». subparlilus Munst.

G. curvispina Sandb.

G. sacculus Sandb.

G. Verneuili Munst.

G. undulaüis Sandb.

G. planodoisatus Munst.

Il y signale encore Orthoceras ellieplicum iVIunsl.

Ortiioceras sp.

Phragrnoceras sp.

Nos localités les pins fossilifères de ce double niveau sont Ballerades, Tonriére, Isarne et la Serre, à quelques pas à l’E. de la Roquette.

Tontes les déterminations s’accordent, on le voit, à établir le synchronisme de notre quatrième groupe avec le sous-étage Frasnien du Dévonien supérieur des Ardennes, dont nous posséderions les deux niveaux : les Calcaires à G. intumescens ou de Frasne et les Schistes de Matagne. C’est l’horizon du Calcaire de Candas des Asturies établi par M. Barrois.

La division inférieure du Dévonien supérieur reposerait donc, à Cabriéres, sur l’Eifélien, sans l’intermédiaire du Dévonien moyen proprement dit ou Givétien.

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