‹ Monographie géologique de la commune de CabrièresChapitre 5 sur 14 · V. Calcaires-Griottes · texte numérisé non relu

V. Calcaires-Griottes

Des assises calcaires bien réglées, de 4 à 50 centim. d’épaisseur, atteignant ensemble en moyenne une épaisseur de à 15 mèt. et présentant tous les caractères des calcaires dévoniens dits griottes, succèdent au groupe précédent : calcaires généralement rouges à la partie inférieure, blancs jaunâtres à la partie supérieure, à surfaces treillisées d’accidents siliceux, réticulés, panachés de couleurs vives et souvent comme flambées, mais toujours amygdalins, recouvrant le plus souvent directement les Schistes noir> et les Goniatites pyriteuses. Ils forment la roche en saillie sur la face sud du pic de Bissous, et sont appliquées le long de tout ce revers, depuis Bissounel jusqu’à l’extrémité orientale de âloiinio-Villeneuvette. dans les conditions où nous les avons décrits ; appliqués, mais non plongeants sur tout le parcours, on les voit sur certains points, disloqués et tordus, présenter les inclinaisons les plus diverses jusqu’à de véritables retombées et ceindre d’une écharpe continue le massif à la charpente duquel ils demeurent étrangers.

Cette situation serait le résultat d’accidents secondaires consécutifs au mou vement général des couches du Pic (PI. V, fig. 1,2, 5).

La Serre, l’Escandolgue, présenleiil les bancs de grioUes en série normale, recouvrant les Schistes noirs et les lydiennes que supporlent les dolomies du calcaire à Polypiers.

Il en est autrement à Mounio-Cabriéres, où les Griottes recouvrent immédiatement, sur certains points, les schistes à A.sapbes ; elles s’y trouvent d’ailleurs à l’état de sim[)les traces à l’entour du Vieux-Château, et vers l'extréFiiilé orientale de Mounio-Cahriéres, leurs îssists schisloides, réduites a une faible épaisseur et comme à l’état de simples relaissées, s’y discernent avec peine entre les schistes à Asaphes et les hlocs de calcaire carbonifère qui les avoisinent.

On retrouve à Tourière les calcaires amygdalins de Dissous, en bancs nettement assisés, riches d’empreintes organiques, portant des colorations plus ou moins vives, généralement jaunâtres dans les bancs inférieurs, rouges dans les supérieurs, et reflétant dans les variations de leur plongement les traces indiscutables de mouvements ; certaines couches offrent des tubérosités remplies de Goniatites, comme les Schistes noirs qui les recouvrent par suite des mêmes mouvements.

L’Escandolgue nous offre les calcaires-griottes dans les mêuies positions, mais en relation plus étroite avec la dolomie, lui empuntantsa magnésie ou lui communiquant leurs couleurs.

Ils manquent â Ballerades, dont l’extrême surface présente la lydienne et les Goniatites pyriteuses.

Les circonstances de gisement sont normales, en dépit de certains mouvements sur les deux berges de la combe d’Isarne. Celle de gauche nous a permis, dés les premiers pas, de reconnaître la succession des divers termes auxquels on a affaire. La vivacité du plongement du calcaire vers le Sud y marque l’intensité de la fracture qui a produit la combe.

Le revers sud de la Serre nous présente le prolongement, par rejet, des mêmes assises dans les mêmes conditions de régularité et de développement, avec celte circonstance intéressante de plus, qu’aux Orlhocères et aux Goniatites de ce niveau supérieur se joignent, dans ce gisement, des représentants nombreux, jusqu’ici non observés, de genre Clyménie ; vers l’Ouest, les griottes d’Isarne se profilent en ligne droite, bordant d’une lisière étroite les calcaires â Polypiers du revers sud du plan de Pigeonnier. Elles y présen-

lenl la parliciilarilé d’êlre creusées de petites cavités formant géodes, où se sont développés de petits cristaux de quartz bipyrarnidé, diversement modifiés sur leurs arêtes et d’une limpidité parfaite. M. Graff nous apprend dans sa Notice (pag. 56) queM. Descloizeaux lui a écrit avoir observé dans l’un de ces cristaux une face qu’il n’avait encore reconnue à aucun cristal de roche. Cette particularité miuéralogique rappelle l’accident analogue signalé par VI. Barrois dans son calcaire carbonifère des canons dans les Asturies.

M. le professeur Von Koenen a particulièrement étudié les fossiles de notre horizon des Griottes {N. Jahrb. fur Min., 1886, Bd 1) et y a reconnu ;

Clymenia annulala Munst.

G. subnautilina .Sandb.

Goniatites simplex V. Buch.

G. subpartitus Munst., de beaucoup la plus fréquente.

G. Verneuili Munst.

G. curvispina Sandb.

G. oxyacantha Sandb.

G. falcifer Munst.

G. acutus Munst.

Orlboceras sp. ronde avec siphon excentrique.

O. cf. ellipticum.

? Atrypa canaliculata Barr.

?Nucleospira lensSchn.

? Rhynconella pugniis.

Loxonema cf. arcuatum Munst.

Cardiola retrostriata V. Buch.

Cardiola? duplicata Munst.

Lunulicardium cf. concentricum .

Proetus sp.

Dechenella Escoti' nov sp.

* Nous traduisons la description que M. de Koenen donne en Note de celte espèce ; « .Te ilénomme cette espèce, bien qu’elle ne soit représentée que par des pygidiums isolés et par quelques têtes dépourvues de parties latérales. La tête est distinctement ornée de granules; la glabelle est rétrécie en avant , un peu moins que dans l'espèce d'Adorf figurée par

Dechenella sp. à glabelle plus long que le précédent .

Pliacops cryophlbalmus Emm.?

IM. le ü'' Frecb, dans sa visite récente à Cabriéres, a recueilli un grand nombre de Clyménies qu’il se propose d’étudier et de faire connaître.

On sait que M. Barrois, à la suite d’un examen critique des fossiles des calcaires-griottes des Pyrénées et de Cabriéres, en a rapporté Tborizon à celui du calcaire d’Etrœung (Ardennes), terme de passage du Dévonien au Cai bonifére. M. de Koenen reconnaît à notre faune locale un caractère dévonien plus exclusif ; il y voit un passage de l’borizon de Nebden à celui du calcaire à Clyménies. Nous nous rangeons de son avis; les crustacés qu’on y rencontre, l’absence des Phillipsia, la nature des sédiments sans rapport avec la pétiograpbie carbonifère, les conditions stratigrapbiques que rien ne paraît relier à celles des calcaires <à Productus, nous déterminent à ne voir

M. IlolzdplUl (Paleonlographica, XXVIII, pl. 47, fig. 13); elle est aussi un peu plus longue et ])lus fortement bombt*e, limitée par des sillons nets et l'rofonds.

Des trois paires de sillons latéraux, le plus antérieur est court; le médian a une longueur à peu près double, mais il est fort étroit et ne dé])asse pas le tiers de la largeur de la glabelle; les sillons latéraux postérieurs ont à peu près la même longueur et sont également recourbés ; mais ils se bifurquent vers le milieu de leur longueur, une branche se dirigeant presque horizontalement, mais un peu en avant ; l’autre se dirige un peu plus fortement en arrière ; la longueur de la glabelle, y compris l'auueau occipital, atteint 2““,4 ; sa plus grande largeur est d’environ 17™“.

La tête est à peu près 0,5™“ plus longue.

Le Pygidium atteint, à ce qu’il paraît, jusqu’à 3™™ de longueur et 5™™ de largeur, dont un quart à peu près appartient à la portion axiale proéminente, convexe. Celle-ci atteint les trois quarts de la longueur du Pygidium ; elle se rétrécit régulièrement d'avant en arrière, est arrondie à son extrémité et partagée par d'étroits sillons transversaux en dix segments dont les plus en arrière sont notablement plus étroits. Le Pygidium du voisinage de la portion axiale est taiblement déprimé, mais n'en est que plus fortement convexe en dehors et en arrière, et a un bord d'environ 3“™ de large, qui ne porte que des stries fines, ondulées, et est limité par une faible dépression lisse.

Hors cette dépression, le Pygidium est finement granulé et porte les prolongements des segments do la portion axiale, mais partagée en deux branches, dont la supérieure se rétrécit vers l'axe.

La tête et le Pygidium diffèrent également de ceux que j’ai trouvés dans le calcaire à Clyméuie, près Braunau-Wildungen, et qui appartient également à une espèce non décrite, à moins qu'une comparaison directe n'établisse l'identité avec l'Otarion elegans de Munster. » (Gümbel ; Fichtetgeb., pag. 496, pl. B, lig. 38-39.)

autre chose dans notre cinquième groupe que le représentant du Dévotiien le plus supérieur (Famménien) des Ardennes.

Le terrain dévonien tel que nous lecoricevons est donc formé de la réunion de nos troisième, quatrième et cinquième groupes. M. Gralï, on se le rappelle, en excluait le troisième, qu’il comprenait dans le Silurien, son qiiairième étage.

Considéré dans sa distribution géographique, le Dévonien de Cabriéres, ainsi qu’on le voit aisément sur la Carte géologique de l’Hérault, où il embrasse les surfaces marquées de la lettre P, se présente à nous actuellement sous la forme de plateaux plus ou moins étendus, fragmentés et séparés par des bandes de schistes {hileers) siluriens ; c’est le résultat évident de mouvements qui ont amené des fractures, et d’ablations qui ont fait dispalaître bon nombre des portions rompues. L’étude du carbonifère fixera l’âge de ces actions mécaniques.

Au point de vue de la nature des sédiments, nous devons rappeler la réalité, déjà mise par nous en relief, de diversités remarquables sur des points très contigus.

Le régime du Caragnas diffère totalement, nous l’avons dit, de celui de Touriére, situé à quelques pas au Sud, et donnerait à croire à la coexistence, durant l’époque dévonienne, de deux milieux de dépôts absolument différents : l’un au Nord, commençant dans la région du Haut-Cabriéres et se poursuivant en droite ligne à l’Ouest, bien au delà de la limite de la commune; l’autre à l’Est et au Sud, où se seraient formées les roches calcaires de toute la région méridionale, dans l’économie desquelles n’intervient aucun élément schisteux.

Au Caragnas, en effet, c'est ici le lieu d’y revenir, c’est ce dernier élément schisteux qui prédomine. Les Calschistes dont nous avons déjà parlé semblent se lier par le bas aux schistes sous-jacents, sans l’intermédiaire du calcaire à Polypiers, si développé dans le voisinage ; ni les Schistes noirs, ni les Calcaires à galettes ne s’y retrouvent; on y recueille les Goniatites pyrileuses accompagnées de leurs nodules ferrugineux ; les lydiennes s’y rencontrent, mais non plus sous la forme de roches compactes, nettement assisées comme au Pic, mais plutôt sous celle de schistes siliceux ; en revanche, le système des Calschistes, tout à fait inconnu dans le Sud, se développe dans

tonte la région des Crozes, et constitue un régime absolument spécial et nouveau, dont nos études ultérieures feront un jour connaître la remarquable extension géograpbique.

Toute autre, on se le rappelle, est l’économie du Dévonien de Touriére, d’Isarne et de la Serre; tout autre aussi, de part et d’autre, le rapport de la formation avec son sous-sol. Les schistes à Asapbes se séparent avec netteté, a Touriére et partout dans le Sud, des dolomies ou des calcaires qu’ils supportent; au Caragnas, la lydienne est portée directement par des schistes qui ne rappellent en rien les schistes à Asapbes ; ceux-ci ne se retrouvent (]ue plus loin, au bas du massif, redressés par faille et froissés, ce qui se voit clairement dans le ruisseau de Vignos, au point où le chemin de Cahriéres à Vasmascle le traverse. La formation schisteuse du Caragnas se prête à une facile observation le long de ce chemin, qui ne tarde pas i» présenter une bifurcation dont il convient de suivre la branche gauche, dite chemin des Mularesses ; on rencontre successivement et d’après la pendaison générale des couches vers le Nord, de bas en liant (PL III, coupe de Bissounel la combe d’Isarne) : un système épais de schiste gréseux dur avec des bancs de quartzite, alternant avec des schistes écailleux ,à surfaces bleuâtres, qui se prolonge au Sud et à l’Ouest, et supporte les plus hautes maisons de Cahriéres ; au dessus de ce système, un nouveau groupe schisteux, plus fibreux que le premier, plus feuilleté, contenant les ilôts calcaires que nous avons signalés, et dont on peut suivre le prolongement sous forme de lopins isolés, sur les deux berges du ruisseau de Vignos et au delà ; ces accidents calcaires se reproduisent à diverses hauteurs, au milieu de schistes qui présentent à partir d’un certain niveau des plaquettes minces d’un calcaire blanc verdâtre, des lits phtaniteux et des strates épaisses de schistes fibreux, ces derniers percillés de fissures et creusés de petites cavités irrégulières qui leur impriment la physionomie toute particulière de roches déchiquetées et cariées ; plus haut, les plaquettes de calcaire blanc verdâtre se retrouvent entremêlées de lits siliceux rappelant nos colonnes du Pic; au delà enfin, des filons de quartz élèvent leurs hautes murailles et s’accompagnent de schistes siliceux noirs qui jouent ici le rôle des lydiennes.

Nous touchons à la région terminale du Caragnas, déjà décrite; si du col que l’on a atteint et d’où descend le ravin des Baladasses vers la Boyne, on

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se dirige an Sud vers la fontaine de Vignos, on retrouve natiirellement les divers termes de la série que l’on vient de reconnaître ; mais un mouvement du sol a redressé de ce côté les couches et, en les comprimant, a rapproché l’affleurement du système inférieur des schistes gréseux du groupe supérieur des schistes cariés ; on gravit au delà de la fontaine les pentes raides du premier, que supporte vers le Sud un ensemble de schistes quarlzeux, satinés, écailleux plus ou moins feuilletés, qui forment toute l’épaisseur de la berge gauche du ruisseau de Claviés jusqu’à la rencontre, sur le bord droit du thalweg, des schistes à Asaphes redressés par faille, comme au bas du chemin de Valmascle, à la traversée du ruisseau de Vignos.

Que sont devenus, de ce côté, les calcaires à Polypiers, si puissants du côté du Nord, à Bissounel, à la fontaine du ruisseau de Bouloury et au col de Mouréze? Leur dolomie semble bien, au travers de la Boyne. ne faire qu’un avec celle du revers nord du Caragnas, à l’ouest et au nord du mas Boussiére ; mais nous avons vu celle-ci se fondre en calscbistes, et ces Calscbistes, par leurs caractères pétrograpbiques et les goniatites qu’on y recueille, se relient à nos Griottes, ou tout au moins au groupe qui les supporte ; d’autre part, du côté du Sud, l’amont des ravins des Combes et d’Aulimergue, sur la berge gaucbe du Claviés, met à nu la roche magnésienne dans la même situation vis-à-vis de la lydienne que celle du massif de Tourière qui l’avoisine. Aurions-nous en ce point, ce qui s’observe à Ballerades, le faciès dolomitique à différents niveaux ? Dans tous les cas, la série du chemin des Mularesses nous a mis en face de termes absolument nouveaux qui réclament leur place; cette place, quelle sera-t-elle? Il serait difficile, en l’absence de tout débris organique, de la fixer.

Aussi bien les termes dont il estquestion semblent-ils absolument étrangers à l’économie géologique du ténemenl de Cabrières, et appartenir à un monde tout différent venant droit de Saint-Pons et d’au delà, et finissant au Caragnas; d’autre part, reconnaissons encore que les Schistes verts observés au Pic et le système des colonnes qu’ils supportent, et auquel ils paraissent se relier, semblent eux-mêmes n’avoir pas d’équivalent dans le reste de la région ; nous pourrons peut-être un jour rapprocher nos colonnes des lydiennes ; mais pour le moment nous devons demeurer dans le doute à l’égard de ces divers termes, et nous contenter d’avoir relevé et fait connaître les

horizons inconleslés de noire formation dévonienne locale, savoir ; \QSpirifer cultrijiifjatus de TEifélien, accompagné de formes hercyniennes, les Calcéoles de Gerolslein, enfin les Gonialiles deFrasne elles Clyménies duFamménien; seul, le niveau du calcaire à Stringocéphales, l’élage supérieur duGivétien, semblerait donc manquer à l’appel.

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