ET ÉTRANGÈRES
Pour rechercher Forigine précise (?) des sociétés chorales, il ne semble pas exister de source meilleure de renei^gnements que le très curieux livre de Georges Kastner (1811-1867) intitulé les Chants de la vie, et dont voici quelques lignes :
A n\i^ rlP^ institutions purement sacerdotales, il s'était établi, en dehorfdel'EgUse e d^to'ute part, des Sociétés libresje chanteurs l!,.n.;membres appartenaient le plus souvent à la bourgeoisie ou fia classTouvr£e,^quelquefois aussi au clergé. Ces Sociétés cultivai^n le chant comme un accompagnement obligé de certaines pra- Sue de St on. Si les pèlerins qui psalmodiaient des cantiques et s'arrêtaient dans les rues pour raconter les épisodes de leur voyage fjérasalem! mêlant à leurs chants et à leurs récits certaines fable LïaueTles^; peuple donnait le nom de Visions, ne nous offren pas encore etype^d'une véritable Société de chant choral, y^nl-etve trouverons-nous ce type à peu près formé dans l'association des Lan- ,i;<!fi nn chanteurs de psaumes de Florence.
Ctte confrérie, dont l'origine remonte, à ce que l'on croit, au xi?e " ède si elle n'est même plus ancienne, se composait de simples au^ateur bourgeois, marchands et artisans qui, mus par des senti- ^^nts de Diète" et probablement aussi par l'amour du chant eu lœnv allaS en grande procession, vêtus de blanc et tenant des ct^es' allumés, parfes rues de la ville de Florence. De temps en temps Us s^SrôaiTnt devant les églises ou chapelles pour exécuter de. Smnes ou des psaumes en l'honneur de Dieu, de la Vierge et des
^teil'e institution ou Compagnia subsistait ^^^^'^^^'^.^^y^^J^^.ftVu''- Tviir siècle, et Burney (1126-1814) nous apprend qu il entendit pu ïeurs foï dans la rue ces pieux chanteurs redire ensemble leurs cantiques ou Laucli spirituali, qui étaient à trois parties.
Procédant comme pour les Ecoles, voici le tableau de la marche ascendante des sociétés chorales (voix d'hommes seules) dérivant de l'enseignement donné par Wilhem.
Les renseignements qui suivent sont, en partie, empruntés au livre d'Abel Simon.
'« Avant 1830, il y avait peu ou il n'y avait pas de Sociétés chorales proprement dites. >»
Dans l'été de 1830 se fonde une première Société libre, les Céciliens; directeur, Charles Sellier.
183ii. — Premières réunions place des Vosges. On y chantait un chœur populaire : Allons, Marie, à ma toilette.
Création de Y Orphéon départemental par Alfred-Hector Rolland, dirigeant les Quarante Chanteurs montagnards.
« L'odyssée des Quarante Chanteurs montagnards béarnais, commencée à Paris, se poursuivit à travers la France, la Belgique, l'Angleterre, la Russie, la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norwège, l'Autriche, l'Italie, la Turquie, la Grèce, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, au bruit des aubades et des sérénades qu'ils provoquaient partout sur leur passage. Cette étrange et colossale promenade dura dix-sept années, recueillant dans ses auditions journalières plus de 2,300,000 francs, distribués en secours aux familles des chanteurs, en frais de rapatriement à plusieurs milliers de malheureux, en dons aux hospices, fondation d'un prix de vertu, etc. ! »
Les Montagnards béarnais existent encore aujourd'hui. Plus tard ce fut pour cette célèbre société que Laurent de Rillé écrivit ses premiers chœurs.
« Avant elle, la France départementale était demeurée à peu près insensible au réveil de musique populaire qui s'effectuait depuis le commencement du siècle en Allemagne et en Belgique, et plus récemment à Paris. Seules, peut-être, les extrêmes provinces du Nord et la fidèle Alsace avaient commencé le mouvement.
« Strasbourg, entre autres villes, possédait des Ecoles religieuses, catholiques et protestantes, où le chant choral était en honneur. »
1833. — Création à Marseille de la Société Trottebas, du nom de son fondateur. En 1837 elle s'adjoint des voix de femmes.
1834. — Les sociétés chantaient des chœurs de Joseph, la Dame blanche, le Comte Ory.
« Et puis, lorsqu'elles avaient passé en revue leur petit répertoire, lorsqu'elles avaient chanté les chœurs des pièces à succès, arrangés pour elles, elles se trouvaient au fond d'une impasse. Les sujets d'étude leur manquaient, aucun compositeur ne songeait encore aux sociétés chorales, et nul ne s'occupait à les doter d'oeuvres écrites dans leurs moyens et dans leur esprit. Les chœurs en usage en Belgique et en Allemagne leur étaient complètement inconnus. »
1835. — Parmi les premières sociétés qui s'organisèrent, il faut citer les Carlovingiens, les Tyroliens (directeur Buhot).
1836. — Première réunion publique des orphéonistes, et première exécution d'u-achœur pour voix d'hommes : le Retour dans la Patrie, de Spaëth.
Cette mémorable séance eut lieu, devant un auditoire nombreux, dans l'ancienne salle Saint-Jean de l'Hôtel de Ville, incendiée en 1871. L'effet fut immense.
1837. — Fête offerte à Wilhem par les orphéonistes. Exécution d'une Cantate à 3 parties pour voix d'hommes sans accompagnement, composée par Hubert, et de la Marche allemande d'Eisenholier (1783- 1855).
Fondation de Id. Société de chœurs (directeur A. Dauwe), pour laquelle Camille de Vos (1821-1899) écrivit ses premiers chœurs.
1838. — Fondation de VOrphéon Maubeugeois.
« Réunion générale des orphéonistes parisiens et seconde exécution de la Cantate d'Hubert. »
1839. — Les progrès de l'Orphéon avaient été si prompts depuis 1835 que, dès l'année 1839, près de quatre mille enfants et plus de douze cents hommes se livraient concurremment à l'étude de la musique et à la pratique du cliant choral.
1840. — Fondation à Paris de la Société les Philistins
(directeur Pény). Opposition de Y Orphéon municipal à ces diverses sociétés ainsi qu'à celles que fondèrent plus tard les professeurs Ethiard, Richard, Paureaux, Lévy, Dreyfous, Foulon, Schmidt, Joseph Mainzer (1807- 1851).
Dans leurs exécutions publiques, les soli étaient chantés par Grard et le ténor Roger (1815-1879).
1841. — Fondation de la Société chorale les Enfants de Paris (directeur Philipps), qui chantaient la Marche de Sarah (Grisar, 1808-1869), le Silence (Carulli, 1801-1876), Charles F/(Halévy).
1842. — Messe solennelle à Notre-Dame, 700 exécutants.
Fondation des Sociétés le Cercle choral d'Aix-en-Provence, les Enfants de Vesone, à Péri gueux.
Société Wilhemienne, puis Union Wilhemienne (directeur Foulon).
« C'est VUnion Wilhemienne qui, la première, a chanté et mis en vogue le charmant chœur La Garde passe, extrait des Deux Acai'es de Grétry (1752-1813), chœur qui, depuis, a été redit par tous les orphéons de France. Pour approprier ce chœur à sa nouvelle destination, Foulon n'avait eu qu'à transcrire, en ajoutant seulement quelques reprises distribuées avec intelligence. Mais les chœurs qu'il tirait des partitions des maîtres nécessitaient souvent des modifications plus importantes. Le produit des cotisations était destiné à faire autographier ces chœurs; souvent même Foulon les autographiait luimême. »
1843. — L'Orphéon possède 1,500 adeptes hommes et 5,000 enfants.
1843. — Grande réunion publique des orphéonistes municipaux au Cirque des Champs-Elysées. Première audition très applaudie du chœur La Garde passe, extrait des Deux Avares (Grétry).
A cette date, la Société libre les Enfants de Paris comptait 130 exécutants.
Fondation de ï Association chorale (directeur Lévy).
1846. — Grande réunion publique des orphéonistes, même local. Exécution du chœur des Soldats de Grisar.
Adolphe Adam (1803-1856) devient un des ardents défenseurs du chant choral. C'est en cette année qu'il écrit le chœur Les Enfants de Paris. La Société interprète aussi le Chant de guerre de Félicien David (1810-1876).
Création de la Société chorale de Montauban (fondateur Armand Saintis, 1822-1894) et de l'Orphéon d'Argenteuil (directeur Lambert),
« Le bagage de l'art musical populaire était, en somme, bien restreint dans nos départements; il y avait peu de fait et beaucoup à faire; mais l'heure allait sonner où devaient surgir les ouvriers définitifs de l'œavre : Réquier à Bayeux, Cortequisse à Tours, Desse à Blois, Dard-Janiu à Saint-Etienne, Laussel à Lyon, Alwens à Chàtillonsur-Seine, Nestor Ruffier à Dôle, Torchet à Mcaux, J.-B. Bertot à Marseille, Yung à Bar-le-Duc, Cariez à Caen, Mercier et Pierrot à Dijon, Guthmaun à Tarbes, Laurent à Agen, et tant d'autres artistes professeurs.
« Ce n'est guère qu'en 1846 qu'apparut, dans ses premiers succès, si multipliés depuis, la Société des Orphéonistes de Lille, connue aussi sous son surnom de Cricks-Mouils, locution qui, dans le patois local, signifie : Qui touche, -mouille, allusion à l'obligatoire bienvenue que doit offrir tout nouvel initié. Six en fut le premier directeur; Albert Seigne lui succéda, puis Ferdinand Lavainne, qui commença sa réputation et, après dix années d'exercice, céda la baguette à Boulanger, auquel elle dut ses plus belles années de splendeur et le renom mérité d'avoir été la première en valeur artistique de toutes les Sociétés françaises. »
1847. — Grande réunion publique des orphéonistes. Exécution du Chant de guerre àa Thys (1807-1879) et des En fants de Paris à' k&o\'ç)x& Adam.
« Adrien Lechangeur fonde à Caen la Société des Neustriens (directeur Piccini), qui eut ses heures de célébrité. Elle se fit entendre pour la première fois le 31 juillet de la même année. Les Neustriens furent, à courte échéance, imités par les Chanteurs céciliens de Caen. On peut encore enregistrer, h. la même époque, une manifestation orphéonique des cours scolaires de Rouen sous la direction de Paumier.
« En cette année 1847 naissent encore les Orphéonistes d'Arras, et à Paris les Enfants de Lutéce (directeur Gaubert). »
'LOrphéon de Paris compte alors 1,500 chanteurs.
1848. — Grande réunion publique des orphéonistes au Cirque. Audition d'ensemble de la Républicaine de Lysberg (1821-1873) et du Vengeur de Ch. Dancla (1818-1907).
Fondation de V Union chorale (directeur Ricard).
« Aimé Paris (1798-1866), qui caressait l'espoir de revivifier la méthode chiffrée prônée un instant par J.-J. Rousseau, avait organisé à Rouen des cours gratuits selon son système modifié par Chevé. Il s'ensuivit bientôt la formation de quelques sociétés chorales; puis, à la suite de dissidences, un groupe détaché inaugura la Renaissance sous la baguette de Weirig. Enfin, en 1852-53, à. la suite de diverses fusions provoquées par îsoury, apparut la Renaissance cécilienne, dénommée dabord les Céciliens. »
1849. — Grande réunion des orphéonistes au Cirque. Premières auditions du Commencement du voyaçie de Zimmermann (1785-1853), du Chant des forgerons d'Halévy et de la Marche républicaine d'Adolphe Adam,
Eugène Delaporte réunit 200 voix dans un festival donné à Troyes. Peu après il institue les concours avec distribution de pri^. Au premier, neuf Sociétés seulement se présentent; leur nombre augmente rapidement, et, dès l'origine de ces concours, s'alfirme la supériorité des 50ciétés du nord de la France.
1850. — Grande réunion publique des orphéonistes au Cirque; seconde audition du Commencement du voyage, et première audition du Retour dans la patrie, d'Ermel (1798-1870) et de VEnclume, d'Ad. Adam.
« Voici les chiffres relatant l'augmentation progressive du nombre des exécutants dans ces séances, de 1836 à 1846. Depuis 1846, le chiffre n'eut que des variations insignifiantes, le local ne permettant plus de l'augmenter :
« Le 25 août, une grande fête internationale, organisée par les Associations du baron Taylor, convoqua au parc du château d'Asnières les meilleures parmi les sociétés déjà réputées. On y vit figurer avec éclat les Enfants de Paris, dont Devin venait de prendre la direction, Philipps ayant démissionné ; les Enfants de Lutéce, les Orphéonistes de Caen, Rouen, Troyes, Auxerre, Beauvais, Saint-Fiorentin, Orléans, Melun, Montargis, Sens, Tonnerre et Arcis-sur-Aube. Presque toutes
ces dernières sociétés firent là leur début, ayant été créées au cours de l'année ou des deux précédentes.
« Elles purent, en cette circonstance, goûter fructueusement l'exemple que leur apportèrent les sociétés étrangères invitées à participer à la fête, dont les noms suivent et dont la réputation était déjà grande alors enBelgique : lesMélomanes de Gand, la Société royale Méhul de Bruxelles, la Société Rolland de Lattre de Mans, la Société Orphée de Lirge, etc., etc.
« Outre un programme artistique très attrayant, défrayé par les célébrités de l'époque, la partie chorale comprenait : le Chœur des gardes-chasse du Songe d'une nuit d'été, d'Ambr. Thomas, le Retour au pays, de Panseron (1790-1859), le Commencement du voyage, de Zimmerman,r2î?ic/î««e,d'Ad. Adam, la Gloire dans les arts, àç. Proust, Beniowski,de Boïeldieu (1775-1834), et une cantate : l'Alliance, écrite spécialement pour la circonstance. Sous la baguette énergique de Delaporte, ces diverses œuvres furent dites par plus de deux mille voix et applaudies par une foule de vingt-cinq mille auditeurs. »
Fondation, en cette année, de l'Orphéon de Meaux sous la direction de Pierre Torchet.
iS.j.S. — Dès la première année de sa direction, Gounod écrivit une Messe solennelle, qui fut exécutée, dans le chœur de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 12 juin 1833, par quatre cents orphéonistes magnifiquement stylés. On fut enthousiasmé de Tetlet produit par cette œuvre magistrale.
1854. — Fondation de VOrphéon de Colmar (directeur Stern); de VOrphéon de Metz (directeur Mouzin); de la section chcn'ale à VAssociation philharmonique de Bordeaux; de la Clénience-haure de Toulouse ; des Cricks-Sicks de Tourcoing, etc., etc.
1855. — On constate l'existence de 700 sociétés, dont 300 chorales; Eugène Delaporte apparaît comme leur chef écouté.
1856. — Séance annuelle de l'Orphéon municipal de Paris, sous la direction de Gounod, au Cirque Napoléon.
« Dix ans se sont à peine écoulés depuis que la première société chorale libre vraiment orphéouique s'est assemblée à Paris, et cinq ans seulement depuis que les concours institués à Troyes ont propagé l'extension chorale en province et provoqué la multiplication des groupes de musique populaire sur un rayon déjà considérable
du territoire comprenant le Nord, une grande partie du Centre, de l'Est et de l'Ouest et quelques rares points du Midi. »
1857. — Mort de Béranger. — Son amitié pour Wilhem lui donne une place dans ce livre : il convient donc de citer ici l'une des lettres que le célèbre chansonnier écrivit au fondateur de VOrphéon et dont les deux derniers vers, notamment, sont devenus la devise de plusieurs sociétés chorales importantes :
Mon vieil ami, ta gloire est grande.
Grâce à tes meilleurs efforts, Des travailleurs la voix s'amende Et se plie aux savants accords.
D'une fée as-tu la baguette, Pour rendre ainsi l'art familier ?
Il -purifiera la guinguette, Il sanctifiera l'atelier.
La musique, source féconde, Epandant ses flots jusqu'en bas, Nous verrons, ivres de son onde.
Artisans, laboureurs, soldats.
Ce concert, puisses-tu l'étendre A tout un monde divise'!
Les cœurs sont bien près de s'entendre Quand les voix ont fraternisé.
Outre les concours de cette année, 47 auditions, festivals, concerts, messes, eurent lieu avec la collaboration des sociétés chorales.
1858. — Dans une lettre de Delaporte datée de cette année, il constate qu'il existait à peine dix sociétés chorales sérieusement organisées.
1839. — Néanmoins une statistique parue l'année suivante relève 100 sociétés dites d'orphéon.
61 sociétés chorales prêtent leur concours à des concerts, messes, auditions diverses.
En cette année, 31 sociétés chorales nouvelles font leurs débuts.
Un festival donné à Paris réunit 6,000 chanteurs.
1860. — Un festival donné à Londres reçoit la visite de 3,000 orphéonistes français. En France on commence un classement des sociétés selon leur valeur ; on en trouvera le détail plus loin.
Les sociétés chorales françaises fraternisent avec celles de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Suisse et de la Belgique.
L'Italie et l'Espagne, avec des résultats divers, tentent de s'assimiler l'idée de Wilhem et de Delaporte.
« A la fin de 1860, la plus ingrate, la plus dure partie de la tâche orphéonique était accomplie, celle de l'initiation, celle de l'entrainement; il faut en garder, aux ouvriers de cette première heure, une sainte et respectueuse reconnaissance, car ce fut pour eux un terrible travail que d'initier ce peuple neuf et d'entraîner ces foules indifférentes.
« Si c'est à Wilhem qu'est due l'idée de l'enseignement du chant dans l'Ecole, c'est à Delaporte que revient l'honneur de la vulgarisation démocratique et de son application définitive en un programme bien plus large que celui l'êvé et pressenti par son immédiat prédécesseur. »
La période qui commence à l'année 1860 peut, selon la très juste expression d'Abel Simon, être qualifiée de Période de la lecture à vue; de même que celle qui la précède doit être considérée comme Préparatoire.
1861. — Cette année marque un des points les plus vivants de l'adolescence de l'institution. Plus on avance, plus le cycle orphéonique s'élargit et s'éclaire. L'Europe retentit partout de sa juvénile renommée, l'Afrique s'éveille, l'Amérique française, le Canada, s'émeut, des sociétés y sont ébauchées; à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Londres, à Turin, à Milan, à Barcelone, à Alger, par toute la Belgique, par toute l'Allemagne et par toute la Fi'ance, retentissent victorieusement, ici la voix des Chorales, là les accords des Harmonies et des Fanfares. »
83 sociétés chorales prêtent leur concours à des cérémonies diverses. — Environ 30 nouvelles se fondent et s'organisent.
« Ou trouve à signaler parmi les œuvres orphéoniques qui virent le
jour cette année : VHymne à l'harmonie (Besozzi, 1814-1879), V Adieu à la patrie (Abt), les Forgerons (Ambr. Thomas), les Gueux (J. Cohen, 1835-1901), Aubade (Wekerlin), le Chant du travail (F. David), les Matelots de l'Adriatique (F. Bazin), les Batteurs de blé (L. de Rillé), le Départ pour le concours (G. Danièle), etc. »
1862. — La Société chorale de Saint-Quentin, dirigée par Arm. Vinchon, crée sur ses seules ressources une Ecole gratuite de musique vocale et instrumentale qui rend de signalés services à toute la région. Cette société' modèle mérite d'autant plus ce souvenir spécial, qu'elle avait déjà, à cette époque, réalisé en recettes diverses la somme de 28,000 fr. entièrement consacrés à des œuvres de pure bienfaisance.
C'est au cours de cette année que Brun, directeur de la Chorale du Conservatoire d'Avignon, donna, avec les seules ressources de la société, une exécution intégrale de Guillaume Tell !
En rapportant ce curieux et bizarre événement, Abel Simon ajoute :
« Ce fait d'un opéra entier exécuté en public par une société orphéonique n'est point unique, du reste, dans nos annales, et il me souvient parfaitement d'avoir assisté, à Béziers, vers 1874, à une représentation du Trouvère effectuée, sur l'initiative du bon et dévoué Félix Gilbert, par la Chorale biterroise, dont il était secrétaire, et qui obtint également un écrasant succès. »
Cette année voit 48 concours, réunissant plus de 800 sociétés chorales.
Montauban, à lui seul, en reçoit 43 pour un concours organisé par Armand Saintis.
C'est à celui de Lille que fut produit le chœur d'Ambroise Thomas, le Tyrol.
Environ 130 sociétés chorales prêtent leur concours à autant de cérémonies diverses.
Trente nouvelles se fondent et font leurs débuts au cours de cette année.
« L'Orphéon poursuivait encore en Algérie sa carrière assimilative. Depuis 1860, époque à laquelle Salvator Daniel (1830-1871) avait fondé YOrphéon d'Alger, cet artiste n'avait pas cessé un instant de travailler à. l'implantation de la musique populaire sur la terre d'Afrique.
Il avait d'ahord joint à sa société d'Alger une section de femmes dont il avait confié la direction à sa sœur, puis avait créé successivement d'autres sociétés à Blidah, à Bouffarick et dans une douzaine d'autres localités de la province d'Alger. Non seulement des colons, mais encore de nombreux indigènes faisaient partie de ces groupes.
Un organiste d'Oran, Pascal, suivit cet exemple et forma en cette ville une chorale qui débuta avec succès en 1862. »
1863. — Le nombre des sociétés françaises dépasse 1,500. Au cours de cette année, 45 concours ont lieu ; plus de 850 sociétés y participent.
« Complète réussite des fêtes musicales alsaciennes. Soixante grandes villes françaises, suisses et allemandes y envoient leurs délégués, formant 1,400 enfants et 3,000 adultes musiciens et chanteurs. Parmi les noms des jurés présidant au concours brillèrent ceux de H. Berlioz (1803-1869), A. Thomas, Kucken (1810-?), Abt, Delsarte (1811- 1811), G. Danièle, C. de Vos, G. Hainl (1807-1873J, Vialon (1806-1874), F.-J. Simon, P. Torchet (1815-1889), Schwab (1829-?), Delafontaine, Nestor-Ruffier, Ziégler (m. en 1888), Sellenick (1826-1893), Coqterre, Elbel, Maguien, etc., etc. La belle et archaïque trilogie sacrée d'Hector Berlioz, l'Enfance du Christ, fut surtout l'objet d'ovations unanimes.
« Les frénétiques hurrah ! les cris de : « Vive Berlioz! » mille fois répétés, remplirent l'immense vaisseau, tandis qu'une foule d'admirateurs enthousiastes se pressaient vers le maître et se disputaient l'honneur de lui serrer les mains. »
80 sociétés chorales prêtent leur concours à autant de cérémonies diverses.
25 nouvelles font leurs débuts.
L'orphéon colonial algérien s'affirme de plus en plus. Un festival général a lieu à Alger et réunit GOO exécutants.
C'est au cours de cette année que, en quelques circonstances, fut tentée l'association des Chorales et des Harmonies. Cette coutume s'étendit difficilement et disparut peu après 1870.
A la suite d'une crise industrielle résultant de la guerre de Sécession américaine, le journal l'Orphéon organise deux festivals dont le produit est remis aux malheureux frappés. 40 sociétés chorales de Paris et de la province s'empressent de participer à cet acte de bienfaisance, et le résultat réunit près de 120,000 francs.
Bien que déjà considérable, on appréciera encore la valeur de cette somme si on la rapproche du chiffre total recueilli dans la France entière et qui atteignit 2,450,000 francs.
1863. — « Une grande fête orphéonique de charité dédiée à la mémoire de Wilhem est organisée par les Céciliens et leur directeur A. François. Un groupe de chanteurs, formé des Céciliens et de nombreuses délégations des autres .socie7é5 parisiennes, y fit entendre huit chœurs choisis parmi les plus répandus du répertoire courant. Les plus applaudis furent : A l'Harmonie, de Limnander (1814-1892); les Rêveurs, de Giuseppe Danièle ; Du Ciel éternel, de J.-B. Wilhem, et une Cantate à Wilhem, de J. Hubert.
« Le buste de Wilhem fut solennellement couronné et salué par ses anciens élèves, en tête desquels marchaient les directeurs doyens A. François, Pény et Lentz.
« Au milieu du festival, une quête fructueuse fut faite au profit des pauvres du cinquième arrondissement, dans lequel avait fonctionné, en iSSO, la première Ecole de Chant choral créée par Wilhem.
« Une intéressante partie instrumentale et lyrique compléta cette solennité, qui revêtit le caractère d'un pieux et sincère hommage rendu par le peuple orphéonique au fondateur du chant choral en France. »
1864. — Les concours de cette année déplacent 65 sociétés chorales. Onze nouvelles font leurs débuts; parmi celles-ci, il faut citer la célèbre Jeune France de Dunkerque. Dans les œuvres chorales qui voient le jour on remarque les Traîneaux, d'Ambr. Thomas.
Au cours de ces diverses exécutions orphéoniques, plus de 30,000 francs sont recueillis et distribués aux pauvres.
C'est en cette année 1864 que les malentendus entre le gouvernement et VOrphéon semblent heureusement dissipés; on voit, en effet, apparaître la récompense officielle d'une médaille d'or accordée par l'empereur.
L'année suivante, le fait se renouvelle.
Parmi les jurys, on relève les noms de Berlioz, Allard, Victor Massé (1822-1884), Duprato (1827-1892), etc.
Fondation de la société les Orphéonistes Valenciennois (président Th. Deromby).
1865. Une fête donnée à Dresde groupe 21,000 chanteurs.
« Le concours de compositions chorales orpbéoniques ouvert par lemrfetdeU Seine réunit 546 chœurs. La commission chargée d ap- Iré ici le mérite relatif des œuvres des concurrents était composée Km. VilrFoucher, président; le général MeUmet et Ed Rodrroueviclprésidents;Ambroise Thomas, GeorpsKastner(lSll-1867^^ Sod Edouard Monnais, VarcoUier, Pasdeloup et François Bazin.
„ 19 chœurs seulement avaient été retenus par le jury.
« Les 3 médailles d'or ont été obtenues par le même compositeui, M. de Polignac, avec le Myosotis, Respect à la vieillesse et Ou est le bonheur. »
Pnrmi les ïurys de concours de cette année 1865 on relevées noms de Duprez, Potier, Th. Dubois, Parés
nère, Léo Delibes, etc.
^ 1867. Il existe à ce moment 3,423 orphéons, représentant 247,500 adhérents.
11 deviendrait fastidieux pour le lecteur de continuer Dlus longtemps cette nomenclature dans tous les détails qu'elle comporte. À cela près de quelques faits particuliers, la marche en avant reste la même dans sa monotonie, en France au moins.
De nos jours, les spécialistes sont à peu près d accord nour évaluer à 9,000 le nombre des sociétés existant en France et réunissant environ -450,000 adhérents !
Il est vrai que cette formidable armée de musiciens s'est subdivisée en trois corps bien distincts : les Sociétés CHORALES ou OrPHÉONS; IcS HARMONIES; ICS FANFARES.
(Voir, plus loin, le travail de G. Pares.)
Mais il n'est ici question que des Sociétés chorales, dont le nombre peut être approximativement tixe au cmart du total, soit à 2,200 pour la France. ^ Tce jour (1908) on évalue à plus de 3,000 les concours
auxquels ont pris part près de 70,000 groupes orphéoniques.
Les premières tentatives de Delaporte pour organiser et discipliner la pacifique armée des orphéonistes ont grandi et se sont développées avec l'institution ellemême.
Aujourd'hui, et après quelques tâtonnements, dix catégories de Sociétés répondent exactement à leur valeur réelle :