‹ Monographie universelle de l'Orpheon, societés chorales, harmonies, fanfares, avec documents inedits, recueillis par les representants de la France a l'etranger [par] Henri Marechal [et al.]Chapitre 49 sur 97 · OUVRAGES S'Y RATTACHANT · texte numérisé non relu

OUVRAGES S'Y RATTACHANT

« Un retour païen de Noé à Bacchus exerça une grande influence sur la nature des compositions poétiques et musicales chantées par des chœurs d'hommes, aussi bien que sur le caractère des associations vouées à la culture du chant choral sans accompagnement. Ce résultat est clairement indiqué par le nom même que ces associations ont reçu en Allemagne.

« Le nom de Liederlafeln, par lequel on les désigne, signifie littéralement tables à chansons, c'est-à-dire tables, ou plutôt repas et banquets où l'on chante.

« Hàtons-nous de dire, cependant, que la dignité et la gravité naturelles au caractère des Allemands, le tour sérieux et mélancolique de leur esprit, les tendances morales et artistiques dont ils font preuve jusque dans leurs moindres plaisirs, ont eu pour effet de donner et de conserver aux Liedertafeln une phj'sionomie à part dont les Français ne sauraient se faire sur-le-champ une juste idée, mais qui distingue entièrement ces réunions chantantes de ces banales sociétés d'épicuriens toujours prêts à fêter Momus avec un robuste appétit et de maigres chansons. Reposant sur un principe plus solide et plus élevé, les chœurs d'hommes en Allemagne ont un but social et humanitaire. » %

« Ce fut à Berlin, vers la fin de 1808, que l'excellent professeur de musique Zelter eut l'idée de créer une Liedertafel sur des bases tout à fait artistiques. On a voulu que ce projet lui eût été suggéré comme une réminiscence des heures joyeuses de la vie d'étudiant.

« De 1818 à 1823, parut en quatre livraisons la Liedertafel de Leipzig, collection de quatre parties pour voix d'hommes, sans accompagnement, par Fr. Schneider, L. Spohr, F. Rochlitz et quelques autres.

« De 1823 à 1826, des recueils semblables virent le jour à Berlin, à Leipzig, à Zittau.

« De 1822 à 1829, on vit paraître uncertaio nombre de publications de musique vocale, d'un style grave et religieux. A cette classe appartiennent les recueils particuliers de Lieder, de motets, de psaumes et de chorals à trois et à quatre parties, tels que ceux de Hientzsch, Héring, Schnabel, Naegeli et Bernhard Klein, le plus renommé de tous ceux qui ont spécialement écrit des œuvres de musique sacrée pour voix d'hommes. »

« En France, dès l'aube des premiers succès orphéouiques, une difficulté s'était présentée ; il n'existait pas de répertoire spécial de chœurs à voix d'hommes. Ici encore l'initiative toujours en éveil de Delaporte fut la providentielle ressource ; et c'est sur ses sollicitations répétées qu'on vit bientôt s'enrichir les bibliothèques orphéoniques des œuvres d'Ad. Adam, d'Ambroise Thomas, de Besozzi, de Niedermayer (1802-1861), de L. de Rillé, de Monestier, de Camille de Vos, de Léo Delibes, etc., etc. » (Abel Simon.)

1846. — De cette année à l'année 1855, Laurent de Rillé avait déjà écrit une vingtaine de chœurs.

18oo. — Œuvres chorales, déjà célèbres, dont plusieurs sont encore au répertoire des sociétés :

Le Fanal, d'Ad. Adam; Au milieu de l'ombre, chœur de Jaguarita, d'Halévy ; le chœur de Richard Cœur de lion, de Grétry ; le Chant des travailleurs, de Besozzi; V Hymne à la France, de Gounod ; le Chœur des gardes-chasse du Songe d'une nuit d'été, de Thomas ; le Vin des Gaulois, de Gounod ; l'Appel aux armes du Prophète, de Meyerbeer (1794-1864) ; le Chant des amis, la Vapeur, de Thomas, etc., etc.

1861. — Berlioz, en vue d'un festival anglo-français projeté à Londres, écrit une œuvre chorale intitulée : le Temple universel.

« Ce double chœur devait être chanté par une masse mi-partie anglaise, mi-partie française, et, détail original et unique, chaque groupe devait y chanter dans sa langue nationale. »

(Abel Simon.)

« On trouve à signaler parmi les œuvres orphéouiques qui virent le jour cette année : VHymne à V Harmonie (Besozzi), l'Adieu à la Patrie

(Abt), les Forgerons (Ambr. Thomas), les Gueux (J. Cohen), Aubade (Wekerlin), le Chant du travail (F. David), les Matelots de l'Adriatique (F. Bazin), les Batteurs de blé (L. de Rillé), le Départ pour le concours {G. Danièle). » (A. S.)

Mort de Niedermayer. Ses chœurs les plus célèbres sont : le Jugement dernier, les Soldats de l'avenir, Cantique, etc.

1863. — C'est au cours de cette année qu'on entendit pour la première fois les œuvres devenues célèbres : l'Atlantique, d'Ambroise Thomas, et les Paysans, de Saintis.

Depuis ce temps, le répertoire des sociétés chorales est devenu fort riche, en dépit des habitudes routinières qui Font trop longtemps maintenu à un niveau inférieur que beaucoup de sociétés françaises tentent heureusement d'élever.

Pas plus que pour les Ecoles, il n'est possible de donner un catalogue complet de cette immense production d'ordre spécial, et la présente étude se bornera à jeter un coup d'œil d'ensemble sur l'œuvre orphéonique de quelques compositeurs spécialistes ou autres.

Autant que cela a été possible, le nom de l'éditeur a été ajouté au titre du morceau. Ici encore, les changements survenus dans les catalogues, les maisons disparues, le répertoire en totalité ou en partie repris par d'autres, rendent l'exactitude rigoureuse presque irréalisable.

F. Bazim. — Les Matelots de l'Adriatique, la Croisade en mer, les Noces de Cana, Attila devant Royne (Pinatel édit.), les Chants du Bosphore, le Chœur du Cidre, etc. (Lemoine édit.).

E. BofLANGER. — Les Navigateurs (Pinatel édit.) et quelques autres.

L. BouRGAULT-DucoDDRAY. — Jean de Paris (Margueritat édit.), Nos Pères (Heugel édit.), Silvestrik (Lemoine édit.); Sône cornouaillais (Lemoine édit.), plus de 10 autres.

A. Chapuis. — Le Coq gaulois (Durand édit.).

M. Chapdis. — L'Oracle des champs, Gais Moissonneurs, Ménestrel et Chevalier, plus 15 autres (lui-même édit., Lyon).

L. Delibes. — Les Lansquenets (Gallet édit.), la Cour des miracles, les Pifferari, C'est Dieu ! Avril, Marche des soldats (Piaatel édit.)i Pastorale, Trianon (Gallet édit.), etc.

Th. Ddbois. — Le Pas d'armes (Mennesson édit.), les Voix de la nature (Girod édit.), Tarentelle (Leduc édit.), Après la moisson, Hymne au printemps, le Chêne et le Roseau, etc. (Heugel édit.).

M. Galerne. — Chant d'Orphée, Fiançailles champêtres. Ronde du guet, plus 10 autres (Michel Chapuis édit., Lyon).

GousoD. — La Cigale et la Fourmi, l'Enclume, le Vin des Gaulois (Leduc édit.).

Ch. Lenepveu. — La Caravane (Lemoine édit.).

H. Maréchal. — Notre Père (Heugel édit.), Provence (Margueritat édit.). Nuit d'été (Hamelle édit.), l'Eternel Chemin, Nos Compagnes, les Forains, la Légende de Jumièges, les Villes mortes, le Sommeil de la Gaule, la Cloche fêlée, l'Ennemi, plus uue douzaine d'autres (Monvoisin édit.), 4 traduits en allemand, 1 en anglais.

Marichelle. — Les Etapes du temps, les Exilés, les Glaneurs, plus 6 autres (Monvoisin édit.).

Massenet. — Villanelle, la Caravane perdue. Moines et Forbans, le Sylphe, Amour, [18/ 2, Donnons! Chant de concorde, etc. (Heugel édit.).

E. Paladilhe. — En avant ! l'Abeille, C'est Dieu! (inédits).

p. Pastor. — L'Art et le Peuple, le Chêne et le Roseau, Charité, plus n autres (Monvoisin édit.)

L. Paliard. — La Violette et près de 100 autres chœurs (Monvoisin édit.).

E. Pessard. — Ode à Félicien David (Margueritat édit.), le Charlatan, les Fils de la Gaule, le Guet, etc. (Leduc édit.).

Reochsel. — La Grand' Veillée, Soirée d'e'ie (Monvoisin édit.), Fructidor, Légende de sainte Geneviève, plus 10 autres (Michel Chapuis édit., Lyon).

J. RiTZ. — Les Guides du mont Blanc, Chant d'avril, Patrie, plus 20 autres (Monvoisin édit.).

P. RooGNON. — Les Enfants de Sainl-Eloi (Monvoisin édit.), les Bois, En Afrique, ^lus 16 autres (Margueritat édit.); Nuit aux champs (Gallet édit.), Vers les cimes (Leduc édit.), Fleur du matin, plus 6 autres (Andrieu édit.), etc.

A. Saiistis. — Les Paysans, Sur les remparts (.Monvoisin édit.) et plus de 120 autres.

G. Saint-Saens. — Chants d'automne, les Guerriers, les Marins de Kermor, Saltarelle, Sérénade d'hiver, les Soldats de Gédéon, les Titans, etc. (Durand édit.).

A. Thomas. — France, le Tyrol, la Nuit du sabbat, le Carnaval de Rome, etc. (Pinatel édit.).

F. de la Tourelle. — Feynmes d'Armor, le Dolmen, les Marsouins, les Cigarières, plus 17 autres (.Monvoisin édit.).

Paul Vidal. — Les Contrebandiers du mont Noir, Jérusalem (Girod édit.); les Feux follets (Heugel édit.); le Chant des glaives (Margusritat édit.) ; plus 10 autres.

On trouvera encore de fort belles scènes chorales signées de : L. Bordèse, Dard-Janin, Decq, L. Gastinel, Alex. Georges, Em. Lachmann, X. Leroux, A. Luigini, Monestier, P. Puget, Sourilas, G. de Vos, A. Wormser, etc., etc.

Une place bien à part a été réservée intentionnellement ici à Laurent de Rillé, dont l'œuvre immense (plus de 300 chœurs) plana sur l'Orphéon pendant plus de cinquante ans.

En France, comme à l'étranger, les sociétés reconnaissent Laurent de Rillé comme le Chef; et, doyen dans cet art spécial, il en est devenu comme une manière de pontife! Nul mieux que lui ne connaît l'Orphéon, ses forces, ses besoins, son esprit; il enjoué en virtuose; avec des moyens très simples, il obtient de lumineuses sonorités qui attirent les sociétés comme phalènes à la flamme. Sa vive intelligence, son esprit très fin, son activité inlassable, lui donnent une physionomie bien personnelle. On retrouve ces qualités dans ses plus humbles productions; elles s'épanouissent tout à fait dans des œuvres comme le Festin, la Kamarynskaya, le Chêne et le Roseau, Une Fête au Louvre et bien d'autres où il sera fort difficile de l'égaler.

Orateur facile, abondant, nul mieux que Laurent de Rillé ne sait envelopper l'auditoire spécial auquel il s'adresse. S'il fallait, pour quelque grave circonstance, réunir les 500,000 orphéonistes de France, les ordonnances ministérielles, les convocations les plus alléchantes, les appels les plus autorisés ne vaudraient pas un mot sorti de la bouche de cet homme unique qui, venu au moment où l'institution orphéonique était au berceau, l'a élevée, l'a éduquée et, si elle n'eût existé, l'eût certainement inventée.

Quelles que soient les destinées qui attendent la musique populaire, Laurent de Rillé y gardera la place significative d'un apôtre; une bonne partie de son répertoire y restera bien vivante : ce sera le grand ancêtre, parce que, après les fondateurs, nul plus que lui n'a rendu de tels services à la cause populaire, qui a toujours besoin d'un nom de ralliement représentant et résumant sa personnalité.

Qu'est-ce que I'Orphéon?

Laurent de Rillé I

Qu'est-ce que Laurent de Rillé?

L'Orphéon !

Il serait injuste de ne pas faire une place dans ce travail aux poètes et aux auteurs qui ont inspiré les compositeurs de l'Orphéon. Ici, encore, une liste complète ne saurait prétendre à être donnée, et quelques noms montreront seulement, parmi les anciens comme parmi les nouveaux, la variété que comporte le répertoire orphéonique :

Ronsard, Godolin, La Fontaine, Victor Hugo, Théophile Gautier, Emile Deschamps, V. de Laprade, Louis Gallet, Paul CoUin, Cazalis, H. Darsay, Stéphan Bordèse, Martial ïeneo, Ed. Noël, Laurent de Rillé, H.-Abel Simon, Saint-Félix, Gravollet, Eug. Crosti|, Ch. Grandmougin, J. Ruelle, E. Dubreuil, Lionel Bonnemère, Marc Monnier, Pierre Barbier, Marcel Manchez, etc.

Principaux ouvrages à consulter :

Origines du chœur (Félix Mouttet); Bibliothèque nationale, pièce, in-8", "V, 3843. — A la Bibliothèque pédagogique, 41, rue Gay-Lussac : Traité de l'expression musicale pour l'exécution chorale (2064) (.Mathis Lussy); De l'Influence du chant choral sur les j)opulations rurales (Bordes).

Cours de chant choral, recueils de solfèges à 4 voix d'hommes par Paul Rougnon, Andrieu et C'^ éditeurs, à Paris.

L'Art du chef d'orphéon (Amédée Reuchscl, Lyon).

L'institution des concours, si timidement inaugurée par Delaporte en 1849, était appelée à recevoir un développement considérable.

« Ce fut également à ses sollicitations pressantes que les concours durent la pléiade d'artistes distingués, compositeurs, professeurs, membres de l'Institut, prix de Rome, critiques d'art, qui présidèrent leurs premiers jurys. » (Ab. Simon.)

Voici la marche ascendante des premières années — 1851 à 1838 — pendant lesquelles Delaporte organisa 22 concours.

Le premier, qui eut lieu à Troyes, réunissait 9 sociétés chorales.

1851. — La ville de Melun ouvre son premier concours annuel départemental , organisé par Delaporte et Pierre Torchet, nommés plus tard — 1857 — directeur et inspecteur des orphéons du département.

« En 1852, 1833 et 1854, la nouvelle pratique émulatrice des concours gagne progressivement les festivals et les concerts; les messes et les promenades musicales se multiplient, le nombre àes. sociétés \^' croissant dans des proportions considérables. » (Ab. Simon.)

1852. — Lille ouvre un concours où prennent part 2 sociétés françaises, 2 allemandes et 5 belges.

1853. — Fontainebleau voit s'inscrire 90 sociétés. Adolphe Adam, dans le Siècle, constate leur succès. Sens et Arras suivent.

1853. — A signaler à Lille un concours international

entre ks sociétés françaises, allemandes, belges et hollandaises.

A Saint- 'rermain-en-Laye, un autre concours réunissait 60 sociétés, eprésentant 3,000 exécutants.

18.o6. — C. >q concours importants déplacent 110 sociétés; Fontaineb >au, seul, voit s'inscrire 57 sociétés c/iora' les, réunissant ^ 'us de 3,000 exécutants.

Parmi les mem ^-es du jury, on relève les noms de Delaporte, Laurent a Rillé, Gounod, Bazin, Niedermayer, Elwart (1808-1877), ^eyer (1823-1909), Gevaert, Limnander, etc.

1857. — Les concours importants de cette année représentent un déplacement de 200 sociétés chorales. Celui de Melun en attirait à lui seul 86.

Parmi les jurés appelés à les juger, se relèvent les noms de Clapisson, Ambroise Thomas, Reyer, Panseron, Saint- Saëns, Elwart, Jonas (1827-1905), Laurent de Rillé, Gounod, Niedermayer, Croisilles, etc., etc.

De nombreux festivals en France et à l'étranger sont encore une occasion aux sociétés chorales de recueillir de chaleureux applaudissements.

« Il ne faut pas négliger non plus de donner quelques lignes de souvenir, d'abord à la belle séance de V Association des sociétés chorales de Paris et de la Seine, sous la présidence d'E. Delaporte, et ensuite aux deux auditions générales de VOrphéon municipal de Paris, sous la direction de Gounod. >>

1858. — C'est au huitième concours général ouvert à Meaux par l'Association de Seine-et-Marne, qu'on fit la première application des chœurs imposés. 58 sociétés chorales se firent inscrire.

(Ab. Simon.)

Le concours de Dieppe réunit 20 sociétés chorales.

Le chœur de Gounod la Cigale et la Fourmi vaut le premier prix aux Enfants de Paris (directeur Lelyon).

VOrjjhéon français envoie des députations à la grande fête fédérale de Zurich.

« Cent cinquante sociétés, àix mille chanteurs, composèrent ce colossal orchestre et, trois jours durant, exécutèrent des chants et des poèmes symphoniques en l'honneur de la Patrie, de l'Art et de la Liberté!» (Ab. Simon.)

Les sociétés chorales, en outre des concours, prêtent leur collaboration à environ 70 auditions : concerts, messes, sérénades.

A signaler parmi les grandes œuvres exécutées : les Saisons de Haydn (1732-1809), par la chorale de Bourg, et le Christophe Colomb de Félicien David, par les Orphéonistes d'Avignon (directeur Brun).

1859. — Six mille chanteurs exécutent au palais de l'Industrie, sous la direction de Delaporte, et pendant quatre jours, des chants écrits par les compositeurs les plus en renom.

Un premier groupement important au Midi réunit 28 sociétés chorales à Carcassonne.

Peu après, Fontainebleau en groupe 70; Poitiers, 34; Saint-Denis, 50.

1860. — 137 sociétés chorales — 3,000 chanteurs — se rendent à Londres pour un festival monstre dans lequel furent exécutés les 17 chœurs suivants :

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