LA PRESSE ORPHEON IQUE
à fond les questions qu'ils traitent journellement; car tous, aussi, travaillent pour l'orphéon, soit comme auteurs de paroles, soit comme compositeurs, soit enfin comme éditeurs. Quelques noms le démontreront : Félix Boisson, Julien Torchet, Ithier, Henri Rénier, Monvoisin, Emile Verdal, Brévannes, E. Levasseur, Dorville, Fougeray, E. Mas, André Gresse, Henri Laffîtte, Omer Guiraud, Michel Chapuis, Amédée Reuchsel, Routier, Brulin, etc.
A l'étranger, lamême évolution s'estaccomplie, et parmi
les nombreuses publications spéciales qui se rattachent à
• notre sujet il faut citer notamment les articles de M. Henry
Carette dans le journal la Meuse, de Liège, ceux de M. H.
Van'T Kruus dans des journaux hollandais, etc.
Tous sont unanimes à prêcher la bonne parole ; et c'est celle-ci qu'on trouve encore dans les bulletins particuliers aux grandes sociétés chorales comme les Crick-Sicks de Tourcoing, le Choral Nadaud de Roubaix et d'autres.
Au sujet de ce chapitre consacré à la presse orphéonique, voici encore une communication due à A. OberdœrfFer de Strasbourg :
Durant la période de 1884 à 1887, Y Association des sociétés chorales d'Alsace disposait d'ua jourual : l'Echo musical d'Alsace, fondé et dirigé par M. Juillard-Weiss, à Mulhouse.
Cet organe de l'Association des sociétés chorales devint hebdomadaire le le' janvier 1883, sous le titre d'Echo artistique d'Alsace. A la suite de la dissolution de VAssociation, en 1887, l'Echo artistique d'Alsace ne put se maintenir que jusqu'au 27 mars 1888, où parut son dernier numéro.
La nouvelle Association AMSunqerbund dispose, depuis le l^r octobre 1907, d'un organe spécial portant le titre de E Isass-Lothringische Gesang und Musikzeitung [Journal des sociétés chorales et instrumentales d' Alsace-Lorraine)^ fondé et dirigé par M. le Dr. Zenner, avocat, président du Saenrjerbund. Cette publication périodique (mensuelle pour le moment) compte de nombreux collaborateurs, qui s'attachent à intéresser les chanteurs et instrumentistes d'Alsace- Lorraioe à. toutes les questions musicales qui leur soient utiles.
L'orphéon français se compose aujourd'hui d'environ 10,000 sociétés, parmi lesquelles les chorales représenteraient à peu près un cinquième de ce total approximatif.
En prenant une moyenne de 40 exécutants par société, ce serait donc environ 400,000 individus que la question intéresse.
Il a été dit, au commencement de ce livre, que le mot Orphéon, qui sonnait si heureusement jadis aux oreilles du public, n'a plus tout à fait la même signification de nos jours.
Ce nom fait sourire Paris! Il faut dire que, en général, Paris commence toujours par sourire de ce qu'il ignore.
En la circonstance, son excuse est que les sociétés orphéoniques parisiennes ne sont guère entendues de lui.
Donc Paris sourit lorsqu'on lui parle de I'Orphéon 1 Ce nom évoque à son esprit une bande joyeuse de gens qui, chaque dimanche d'été, s'en vont par les champs, donnant de la voix, soufflant, tapant et réveillant de leurs tonitruances les nymphes des eaux et des bois !
Il y a bien un peu de cela, sans doute ; mais s'il n'y avait que cela, ce ne serait vraiment pas la peine d'en parler.
L'Orphéon vaut mieux que sa réputation parisienne; et, de quelque côté qu'on l'examine, on ne saurait nier ses très grands services.
En ce qui concerne les sociétés chorales, c'est toujours
un peu de poésie et d'idéal que leurs auteurs d'élection mettent dans la bouche de tous ces braves gens : ouvriers, employés, petits commerçants, etc., qui les composent. Là encore, le répertoire courant est fort médiocre; mais les sociétés d'excellence, imitant les grandes Harmonies, ne s'adressent qu'à des musiciens réputés : A. Thomas, Gounod, Saint -Saëns, Massenet, Gevaért, Léo Delibes, Théodore Dubois, Bourgault-Ducoudray, etc.
Au point de vue moralisateur, I'Orphéon arrache au cabaret tout ce qu'il attire à lui. Au point de vue commercial, il fait vivre plus de 100,000 individus : marchands de papier, graveurs, facteurs d'instruments, fabricants d'insignes, de bannières, d'uniformes et d'accessoires de toutes sortes, tels que sabres ou épées(!); ce qui ne manqua pas, en 1867; d'éveiller la verve ironique de Francisque Sarcey I
Il y a quelques années, un soir, après le dîner, en fumant, tout ceci fut exposé à l'un de nos ministres. Au seul nom d'Orphéon il avait souri tout d'abord en homme qui connaît les usages; puis il devint sérieux, et parut enfin s'intéresser à ces détails.
Cet entretien privé amena-t-il l'attention du gouvernement sur la question? — Ce serait beaucoup présumer. — Il est plus raisonnable de supposer qu'elle était mûre. Toujours est-il que le Président de la République et, après lui, le Ministre des Beaux-Arts ne manquent guère, chaque année, d'envoyer aux concours de quelque importance des prix qui portent leur nom.
Joignons à cela l'obligation imposée par les jurys de n'admettre que les sociétés subissant l'épreuve du déchiffrage à première vue, et l'on conviendra que, comme diffusion de l'art musical, l'institution vaut mieux que le sourire des Parisiens 1
t52 MONOGRAPHIE UNIVERSELLE DE L'ORPHÉON
Pour permettre au lecteur de se rendre compte rapidement de la véritable signification musicale des sociétés chorales aussi bien en France qu'à Tétranger, lauteur de cette étude reproduit ici les instantanés qu"il fut chargé de prendre au Trocadéro pendant l'Exposition de 1900.
ALLEMAGNE
La Kôlner Sangerkreis, société des chanteurs de Cologne, ne semble pas avoir excité la curiosité du public autant que la société viennoise qui l'a précédée au Trocadéro.
On s'est trouvé fort à l'aise dans l'immense salle pour écouter la société de Cologne, qui n'est, en somme, qu'une société orphéonique comme nous en comptons beaucoup en France. La différence est dans la nature du répertoire. Ici, point de scènes développées, mais une suite de romances en trois couplets, le plus souvent chantées à « mezza voce », où lame allemande se reflète en de nébuleuses contemplations. Ce n'est pas indifférent, mais assez monotone à la longue.
Le genre admis, il faut reconnaître que les chanteurs de Cologne chantent avec goût sous la tranquille direction de leur chef, M. Fédor Berger.
A signaler encore des chœurs dliommes, sans accompagnement bien entendu, sur lesquels se relève, en un relief heureux, le timbre du soprano solo. Nos compositeurs français ne semblent pas avoir songé souvent à cette combinaison, dont l'effet est charmant.
La seconde séance donnée au Trocadéro par les Chan-
teurs de Cologne n'a fait que confirmer l'impression de la première en soulignant encore l'extrême discrétion de leur répertoire!
C'est un peu de la musique pour chambre de malade; la vigueur et l'éclat en semblent exclus, et Edouard Pailleron, en l'écoutant, aurait pu placer très heureusement le réputé : Mieux vaut douceur/
Vers la fin de la séance, cependant, l'auditoire — surtout composé d'Allemands — s'est réchauffé à l'audition de trois charmantes pièces vocales : Der Lindenbaum, de Schubert-Silcher, Wiegenlied, de Brahms-Zander, et Des Mûllers Lust, de C. Zollner, qui ont été chaleureusement applaudies.