CHAPITRE I
DU GENRE GALERITES Lam.
Autrefois les espèces de ce genre étaient connues sous le nom de Conulus, que leur avait donné Klein et qui fut adopté par Lcsko et par les auteurs anglais. Lamarck le remplaça par celui de Galerùes, en réunissant sous cette dénomination à-pcn-prés tous les Clypéastroïdes à ambulacres simples, à 1 exception des Echinonées. Peu-à-peu, cependant, le besoin de nouvelles coupes se fit sentir. M. Gray commença par réintégrer le genre Discoidea dans ses anciens droits. M. DesMoulins, à son tour, défalqua des Galérites son genre Pyrina; et M. Agassiz établit en outre, à leurs dépens (*) ses genres P y gosier , Caratomus, yucleopygu* et Globator. 11 y eut moyen, dès lors, de limiter le genre des vrais Galérites d'une manière rigoureuse. Voici comment M. Agassiz le caractérise dans son Conspectus yen. et spec. Lchinod. fou., annexé à ses Descriptions des Echinodermes fossiles de la Suisse ; Àmbilus subovalis , positee angusiior ; os subguinguangulare, longilu ~ di tuile , faciès inferior plana , anus posliau marginalis , ambulacra sitnplida, paris timplicibus , ad peripheriem dioergeiuibus. Cette diagnose résume d'une manière assez complète la physionomie de ces animaux. La forme renflée, parfois turritée, plus ou moins pentagonale et généralement rétrécie en arriére ; l’anus elliptique , le plus souvent marginal et quelquefois supra-marginal ;
(*) Car Mille de cette nom elle délimitation , une grande partie des Galérites de Lamarck devra être reportée dans d'autre» genres : son Galerifet rylindrinu qui est synonyme du Cal. Matclinsii et son Cal. rvOilarit (Subumhu) sont de véritables Dlseoidées; le* fiat. dcjircMM, Cal. hemltpharictu, appartiennent à la division des Hcdectjpis ou Discoïdée* jurassiques. — Les fiat. oMoidnu, Soni-yfotmi , Palella, rrrnlrirvt ot tnUiformit, sont de* Ctypéastroîdc» à ambulaeres pétaloïdes; Us deux premier* rentrent dans le genre Gmotlypttu de U. AgassU ; le C. PaUlla dan* le genre Ctypeua. Le Cal. txcmirUut (qui n'est pas le Gai. cxccntricu* de C.ratcloup) |>arait être un moule intérieur d'une espèce d'Ecbinolainpe ; le Gai. tcuUformù est un Echineiainpc. — Le Cal. umbrtUa est un Pjgastcr. — Le Cal. tulral»-radiatut Gldf. e*i un Caratome. — Le Cal. futaralas n'est vraisemblablement qu'un moule du Diec. eytiadrica ; le Cal. oealns n'e»t, suivant M. Agassij, qu'un exemplaire déformé du fini, rat- 9*rit. — Enfin le fini, tpeciimu Gldf. est une Di tcoîdée jurassique.
l'ouverture buccale anguleuse, allongée dans le sens du diamètre antéro-postérieur et située au milieu de la face inférieure qui est généralement plane ; les ambulacres simples , à pores non réunis, tels sont en effet les caractères qui distinguent les Galérites proprement dites; mais, au nombre de ces caractères, il y en a qui sont communs à tout le groupe, par exemple, les ambulacres simples, et d'autres qui sont partagés par quelques genres seulement , telle que la forme de l’ouverture buccale, qui est la même dans les Galérites, les Pyrines , les Nudeopygua , les Globator et les Caratomus. Je crois devoir insister d'une manière toute particulière sur la forme anguleuse de l'ouverture buccale , par la raison que M. DesMoulins prétend, à tort, que les Galérites, ainsi que les Pyrines, ont la bouche circulaire. Une pareille divergence d'opinion, relativement i l'une des parties capitales du test, aura lieu d’étonner tous ceux qui, n’étant pas familiarisés avec l'étude des Oursins fossiles , ignorent combien sont rares les individus parfaitement intacts. U peut arriver que l'on parcoure toute une collection sans rencontrer un seul exemplaire dout l'ouverture buccale ne laisse rien à désirer. Le plus souvent , cette ouverture parait en effet circulaire ou ovale , parce que les bords en sont ébréchés ; mais si on l'examine attentivement dans un exemplaire non endommagé , on ne manquera pas d'y reconnaître dix angles obtus correspondant aux sutures des aires ambulacraires avec les aires interambulacraires , absolument comme dans les Discoïdées et les Cidarides.
L'articulation des plaques est ordinairement distincte dans les vrais Galérites. Les plaques des aires intcrambulacraires sont allongées dans le sens horizontal et , sur le milieu du test , leur longueur égale et dépasse même le double de leur hauteur ; mais il n'eu est pas de même prés de l’appareil génital , où les proportions sont inverses , en ce sens que la hauteur des plaques l’emporte sur leur longueur , et qu'à mesure que l'aire se rétrécit , les plaques se raccourcissent , sans perdre beaucoup de leur hauteur.
Les aires ambulacraires offrent une structure três-particuliérc. Non seulement leurs plaques sont très-étroites , puisqu'il y en a toujours au moins six pour une plaque de l'aire interambulacraire , mais elles sont en outre très-irrégulières et souvent cunéiformes. On pourrait être tenté d'en distinguer deux catégories, des primordial» , qui s'étendent d’une suture à l'autre, et des vilercaléa , qui semblent s'étre insinuées entre ces dernières. Les pores s'ouvrent en général alternativemement dans les uns et dans les autres. Cette disposition , qui est la même dans toute l'étendue des ambulacres , se voit à peine à l'œil nu : mais on s'en fera une idée exacte en examinant attentivement les figures grossies de Tab. (I , fig. 7 et 8, qui sont empruntées au test d’un G. vulgaris.
La surface du test des vrais Gatérites est en général peu accidentée. Les tubercules principaux y sont peu développés et plus clair-seraés que dans aucun des autres genres du groupe; et, comme à chaque tubercule correspondait naturellement un piquant , il en résulte que ces animaux, étant bien moins épineux que la plupart des autres Clypéastroïdes t devaient présenter , A l’état vivant , une physionomie toute particulière. Dans les espèces les plus tuberculeuses, il n’y a guère plus de dix-huit à vingt tubercules principaux sur une plaque ioterambulacrairc du milieu du test ; ils se maintiennent dans les mêmes proportions relativement à la grandeur des plaques , jusqu'au sommet du test , sans affecter aucune symétrie réelle daus leur} distribution. Cependant , comme les plaques se rétrécissent considérablement prés de l'appareil génital , il en résulte que les dernières n’ont quelquefois qu’un ou deux tubercules. Il n’en est pas de même à la face inférieure : ici les plaqnes se rétrécissent aussi vers l'ouverture buccale ; mais les tubercules ne diminuent pas dans la même proportion , et comme ils sont en même temps plus gros que sur les flancs, il en résulte que la face inférieure a une apparence beaucoup plus tuberculeuse que le reste de la surface. Les aires ambulacraires , quoique beaucoup plus étroites que les aires interambulacraires, ne sont pas pour cela moins tuberculeuses ; mais comme leurs plaques sont très-petites, elles ne peuvent guère porter qu'un , et tout au plus deux tubercules principaux. Examinés sous un grossissement de plusieurs diamètres, les tubercules se montreut distinctement memelonnés ; leur mamelon est perforé et entouré d’une collerette de plis ou de crénelures très-distinctes. Suivant les espèces et même suivant les régions du test , le mamelon est plus ou moins gros. On remarque qu'il est en général plus développé dans les tubercules de la face inférieure qne dans ceux de la face supérieure (comparez à cet effet Tab. I, fig. 9 et 1 1 , Tab. III, fig. 8c, et Tab. IV, fig. 6 b). Les tubercules principaux, quoique eux-mêmes très-petits, sont entourés d’une immense quantité de tubercules miliaires , à peine visibles à l'œil nu , mais qui, examinés au microscope, offrent la même structure que les tubercules principaux.
L’appareil géuital, fort difficile à reconnaître dans la plupart des exemplaires, présente une structure très-particulière , qui est commune aux Globator , aux Caratomes et probablement aussi aux Pyrines. Les plaques génitales forment, avec les plaques ocellaires, un anneau irrégulier et anguleux, entourant uq bourrelet d’apparence spongieuse, qui occupe le sommet du test. Les quatre plaques génitales paires sont à-peu-près d'égale grandeur et percées chacune d'un trou ordinairement peu apparent. La plaque impaire seule n’a point de porc; elle est aussi beaucoup plus petite que les autres. Les plaques ocellaires sont également percées; mais leurs trous sont si petits qu’il est fort difficile de les apercevoir.
La face interne du test nous est connue par les moules , qui en sont l'image parfaite. On y reconnaît ordinairement l’impression des zones poriféres et même l’empreinte des sutures des plaques ; mais on n'y découvre aucune trace de ces entailles, qui sont si remarquables dans les moules des Discoïdées crétacées. Les petits creux du pourtour de la bouche ont également laissé des traces de leur présence, et se reproduisent ici sous la forme de petits bourrelets. Quant à l'appareil masticatoire proprement dit , je n'en ai trouvé aucuue trace sur aucun des moules que j'ai eu l'occasion d'examiner.
Le genre des vrais Galérites, ainsi limité, compte onze espèces, toutes de la formation crétacée : les plus grandes espèces sont de l'étage supérieur ou de la craie blanche; quelques-unes seulement se trouvent dans la craie marneuse; mais on n’en a point encore signalé dans l'étage néocomien. Il paraîtrait donc que ce type remarquable n'existait pas encore pendant l’époque jurassique, et qu’il a disparu à la tin de l'époque crétacée ; car on n’en trouve aucune trace ni dans les dépèts tertiaires , ni dans l’époque actuelle.