‹ Monographies d'échinodermes, vivans et fossiles (volume 2)Chapitre 24 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DU GENRE ROTULA Klein (Ag).

Le genre Rotula, ainsi que nous l'avons dit plus haut, remonte à Klein , qui y rangeait les deux espèces ci-dessous décrites. Il ne fut pas maintenu par Leske, qui confondit les Rotules avec les Laganes sous le nom à.'Ecliùiodiscus. Linné ne mentionne pas même les noms de Klein et de Leske , mais se contente de placer les Rotules dans son genre Echtnus. Avant Klein , Breynius avait déjà décrit et figuré les deux espèces de ce genre , mais sans leur donner de nom spécifique. Lamarck et DesMoulins placent les Rotules en tête de leur genre Scutelle, mais sans les séparer génériquement des autres types.

Il suffit d'avoir vu une Rotule pour en saisir le caractère générique , et lorsque l'on considère la manière précise dont Klein détermine son genre Rotula , on comprend à peine que ses successeurs aient pu le confondre de nouveau avec des espèces appartenant à des types entièrement différens tels que les Laganes , les Encopes , les Lobophores , les Ecbinarachnius , etc. En réintégrant les Rotules dans leurs droits , je ne crois donc pas encourir le reproche de multiplier trop les genres , attendu que celui-ci au moins avait déjà été circonscrit de la même manière par le célèbre naturaliste de Dantziff.

Les Rotules sont des oursins très plats , de forme circulaire , nettement caractérisés par la présence de digitations très prononcées au bord postérieur ou anal , mais dont le nombre , la forme et les dimensions varient dans des limites assez étendues , suivant les espèces et même suivant les individus. Ayant eu l'occasion de comparer des séries nombreuses d'exemplaires des deux espèces de Klein , je me suis convaincu que le Scutella radiata et le Se. oclodadijla des auteurs ne sont que des variétés d'âge, l'un du R. Rumphii et l'autre du R. Augusli , et qu'il n existe réellement que ces deux espèces dans les grands musées d'Europe. La bouche est petite , circulaire et placée au centre de la face inférieure. L'anus, tantôt circulaire , tantôt ovoïde, est plus rapproché de la bouche que du bord postérieur. L'étoile ambulacraire est de moyenne

grandeur , et les zones porifères des pétales , au lieu de se former à leur extrémité , ont au contraire une tendance à diverger. Ordinairement les pores se prolongent, d'une manière irréguliére , jusque près du bord. A la face inférieure , les ambulacres sont représentés par cinq sillons criblés d'une multitude de petits pores invisibles à l'œil nu , mais fort distincts à la loupe. Ces sillons ne se ramifient pas d'une manière aussi variée que dans les Encopes et les Mellites. Chaque sillon se divise , à une petite distance de la bouche , en deux branches qui se subdivisent à leur tour en deux rameaux, ensorte qu'il y en a un pour chaque digitation. Cette disposition des sillons, jointe à l'uniformité des tubercules , est cause que la face inférieure des Rotules est moins accidentée que celle de la plupart des autres genres.

La rosette apiciale présente une structure toute particulière : les trous oviducaux , au nombre de quatre , sont excessivement rapprochés ; mais au lieu d'être placés à l'extrémité des rayons du corps madréporiforme , ils sont logés dans les sinus intermédiaires ; ce sont , en revanche , les trous ocellaires qui occupent le sommet des rayons. Il suffira de comparer la fig. 7 de tab. 2 avec la fig. 7 de tab. 9 pour se rendre compte de cette différence. Le corps madréporiforme luimême est très petit relativement à la grandeur du test; examiné à la loupe, il présente la structure spongieuse ordinaire à toutes les Scutelles.

L'intérieur du test n'est pas moins remarquable que sa surface. Il n'existe point de cloison golide entre la cavité buccale et la cavité intestinale , et, comme les entailles correspondent aux aires interambulacraires, tandis que les aires arabulacraires sont moins découpées, il y a tout lieu de croire que l'intestin se déploie dans les anses de ces dernières et envoie des processus dans la masse cellulaire qui remplit l'intérieur des digitations et le bord intérieur du côté antérieur ( Tab. 4 , fig. 2). La face interne du plancher supérieur est à peu près lisse ; car il n'y a que les rayons de la rosette apiciale qui fassent une légère saillie ; le plancher inférieur est hérissé intérieurement de petites crêtes irréguliéres qui rappellent à certains égards la structure celluleuse des Encopes et des Lobophores. L'appareil masticatoire est petit; les mâchoires sont garnies de lames calcaires sur leurs deux faces ; mais celles de la face inférieure sont beaucoup plus hautes que celles de la face supérieure, quoique elles ne débordent pas la lame osseuse, comme c'est par exemple le cas des Mellites et des Encopes. Le sillon de la face supérieure des mâchoires, dans lequel s'articulent les dents , est très profond. Je n'ai pas vu les dents elles-mêmes; mais à en juger par les mâchoires , elles doivent être minces et tranchantes comme dans toutes les Scutelles. Les auricules sont larges, mais peu saillantes ; elles ont au milieu une petite fosette qui correspond à une petite carène de la face inférieure des mâchoires.

r. RoTULA RiMPim Kleiu.

lab. I.

SïN. Rolula Rumphii Klein. Nat. Disp. Ecbinodcrniatum Ed. Leske, p. 26, §91, Tab. 22, fig. E. F.

Placenta Rotuîa sp. 2. Klein. GaU. § 91, p. 96, Tab. 12, fig. C.

Echinodiscus, lUmidia pcriferia incisionibtis acqualibus fcrc praedita Breyn. Dissert. pbys. de Polyibal. Sclicdiasma, etc., p. 64, Tab. 7, fig. 3 et A.

Echinolrochus decem dentalus Van Phelsuni, p. 33.

Echinus solaris (de Zonnestraal de Pannekoel; ) d'Aquet. in Rliumpb. p. 37 (nota), Tab. 14, fig..l.

Ecliinus orhiculus var. a et h. L. Gm. p. 3192. Oursin denté Bosc ( Deterv. Tom. 2 1, p. 281).

Oursin solaire (Rotula) Davila, Cat. Tom, I, p. 425, N» 959.

Oursin disque D'ArQeny. Zoomorpb. Tab. 7, fig.D.

Echinus planus , singularis, etc. Seba. Thés. Tom. III, p. 35. Tab. 15, fig. 15, 16.

Tertia Echinodisci species minuscula Seba. Tlies. ibid. p. 35. Tab. 15, fig. 19 et 20.

Echinodiscus dcntntus heshe apud Kl. p. 212, Tab. 22. fig. E, F.

rar. minor Leske ibid, p. 212, Tab. 49, fig. 6 et 7.

Scutella dcntata Blalnv. Dict. se. t. 48, p. 226. — Zooph. p. 201. — Agass. Prod. Ech. p. 188.

E. Desl. Enc. T. 2, p. 675, K» 1. — Encycl. méih. PI. 151, fig. 1-4 — Lam. Ilist. nat. 3« Ed. Tom. 3, p. 277, N° 1 ■ — DesMoul. Tabl. syn. p. 220, N" 1.

Scutella scmisolY)eS\. Dict. se. nat. Tom. 48, p. 226 — DesMoul. Tabl. syn. p. 220. N" 2.

Scutella radiata DeBl. Zooph. p. 201. —Agass. Prodr. Ech. p. 188.— Lamaick p. 278, N" la'

Boccon. Observ. p. 273. — Favan. Zoomor. Tab. 74, fig. C. — Gualtieii, Test. 110, fig, H. — Valent. IMus. T. 3, p. 177, fig. 2.

Nous voyons par celle longue liste de synonymes que l'espèce dont il est ici question a fixé nombre de fois l'attention des naturalistes. Nous la trouvons figurée pour la première fois dans Breynius sous le nom d.'Echùiodiscus, par lequel cet auteur désignait toutes les Scutelles. Klein la décrivit sous le nom de Rolula Rumphii , la dédiant au célèbre Rumpb. Leske et Lamarck qui n'admirent pas le genre Rotula, la rangèrent, le premier, dans son genre Echinodiscus , le second, dans son genre Scutella. M. de Blainville en fit le type de sa division des Demi-soleils. En réintégrant le genre Rotula dans les mêmes limites que Klein l'avait établi, il était naturel que j'admisse aussi ses noms spécifiques de préférence à ceux de ses successeurs; et c'est pourquoi

cette espèce figure ici sous le nom de Rotula Rumphii, au lieu de s'appeler Sculella dentala ou Scutella radiala.

Avant d'avoir à ma disposition une série complète d'individus de tous les âges, dont les variations les plus importantes sont représentées sur la PI. 1, je partageais l'opinion de Blainville qui envisage les formes que l'on a distinguées depuis sous les noms de Se. dentata et Se. radiata, comme deux espèces distinctes; je les ai même citées comme telles dans mon Prodrome; et, en effet, l'exemplaire de fig. 1 [Se. radiata des auteurs) parait au premier abord fort différent de ceux de fig. 5 et 8 [Se. dentata des auteurs) ; le nombre des digitations y est surtout bien moins considérable. Mais si l'on poursuit ce caractère dans une série d'exemplaires , on trouve qu'il n'a absolument rien de constant. C'est ainsi que l'exemplaire de fig. 5, quoique plus petit que celui de fig. 8, a treize digitations, tandis que ce dernier n'en a que onze, et néanmoins il ne viendra à l'idée de personne de faire de ces exemplaires deux espèces différentes. Ce qui prouve en outre qu'il n'existe aucune règle fixe dans la distribution de ces digitations, c'est qu'elles ne sont pas réparties d'une manière uniforme sur les deux côtés d'un même individu : témoin encore l'exemplaire de fig. 5, dans lequel l'ambulacre antérieur gauche est séparé en deux digitations, tandis que l'ambubulacre antérieur droit n'en a qu'une. Dans l'exemplaire de fig. 3 , les digitations ne s'étendent pas aux ambulacres antérieurs ; aussi n'y en a-t-il que dix en tout; dans la fig. 1 enfm il n'y a que l'une des séries des aires interambulacraires postérieures qui se détache du reste du test ; ce qui fait que nous n'avons ici que huit digitations. La longueur des digitations varie également dans des limites assez notables ; elles sont plus développées dans les individus adultes que dans les jeunes , 'et celles du milieu sont plus longues que celles des bords. Il est assez difficile, dans l'état actuel de nos connaissances, de dire si ces différences résultent du mode d'accroissement ou si elles ne sont qu'un effet de résorption. Je serais tenté d'admettre cette dernière explication de préférence à l'autre, par la raison que dans les individus les plus digités , tels que les exemplaires de fig. 5 et 8 , les digitations diminuent de longueur à mesure qu'elles approchent du bord antérieur ; et comme les dernières n'existent pas dans les jeunes individus , on est naturellement conduit à supposer qu'elles sont les plus récentes. En tout cas , l'accroissement ne se fait pas par l'addition de nouvelles plaques , attendu que leur nombre est à peu près le même dans tous les individus, qu'ils soient grands ou petits. Dans le R. Augusti , les entailles sont bien plus inégales ; celles qui correspondent aux aires interambulacraires sont notablement plus grandes que celles des ambulacres, et c'est en quoi cette espèce se distingue essen-

liullemciU de noire U. Ruinjthii, qiiuiciue i)lusieuis exemplaires de celui-ii présentciil aussi des traces de celte irrégularité, par exemple l'exemplaire de fig. 5.

La forme générale du R. Runiphii est à peu près circulaire en supposant rinlervalle entre les digitations rempli; dans la plupart des individus, le diamètre longitudinal est un peu plus grand que le diamètre transversal. Le sommet est sensiblement renflé et décline d'une manière graduée vers les bords, ainsi que le montrent les fig. 7 cl 10, qui représentent le profd de deux exemplaires vus par la face postérieure. L'étoile ambulacraire est assez grande. Les pétales sont de moyenne largeur , de forme allongée et toujours plus ou moins renflés ; les zones porifères sont sensiblement plus étroites que l'espace intermédiaire. Tous les pétales se prolongent jusqu'au delà de la moitié du rayon qui va du sommet à la périphérie, mais sans s'arrondir à leur extrémité , comme c'est le cas de la plupart des autres genres. Passé cette limite, les pores sont encore visibles, mais ils ne montrent plus cette continuité qu'ils ont dans les pétales et ne sont plus réunis par un sillon. La fig. 13 , qui représente l'ambulacre antérieur de fig. 8 grossi, donnera une idée exacte de cette structure. Le sommet du disque est occupé par la rosette apiciale qui est représentée grossie dans la fig. 12 , avec les quatre trous oviducaux qui sont trèsrapprochés, et les cinq trous ocellaires, qui ne sont pas visibles à l'œil nu. Vue à la loupe, cette rosette présente une structure finement spongieuse. La fig. li représente l'aire interambulacraire postérieure vue par la face supérieure , afin de donner une idée exacte de la disposition et de la grandeur relative des plaques.

La face inférieure présente au premier coup d'oeil une apparence uniforme et treillissée , qui provient de ce que les sutures des plaques sont toujours très marquées, surtout dans les individus adultes (voyez fig. 6 et 9) ; à côté de ces sutures, l'on aperçoit les sillons ambulacraires qui sont en général plus grêles et souvent à peine visibles à l'œil nu. Ces sillons représentent ici les ambulacres, et malgré leur petitesse , ils sont garnis, dans toute leur longueur, de pores microscopiques. Ils rayonnent de la bouche vers la périphérie , se divisant d'abord en deux branches , lesquelles se subdivisent chacune en deux rameaux qui gagnent le bord sans se ramifier ultérieurement; chaque digitation est ainsi accompagnée d'un rameau ambulacraire. Quant aux tubercules qui garnissent la face inférieure , ils sont à peu près aussi uniformes que ceux de la face supérieure. On n'y retrouve point cette variété que nous rencontrerons dans les différentes espèces d'Encopes et de Mellites. — L'ouverture buccale est à peu près centrale , elle est petite et circulaire. La fig. 1 1 nous la représente sous un grossissement de 1 '/o diamètre , (jui permet de reconnaître la structure intime des sillons ambulacraires, et à l'extrémité de

chaque sillon , sur le pourtour de la bouche , les trous un peu plus grands qui étaient sans doute destinés à loger les branchies buccales. L'anus est placé à peu près à moitié chemin entre la bouche et l'extrémité des digitations ; il est plus petit que la bouche et de forme circulaire. La fig. 16, qui représente le plancher inférieur du test vu par sa face interne, ne montre autre chose que les cinq auricules implantées dans les aires interambulacraires et destinées à fixer les mâchoires. En général l'intérieur du test est beaucoup plus accidenté dans les espaces interambulacraires que dans les ambulacres; il y a même de petits piliers qui s'avancent vers le centre et qui se retrouvent également à la face supérieure et à la face inférieure. Au delà de ces piliers , la cavité intérieure ne présente qu'un réseau de cellules plus ou moins régulières qui s'étendent jusqu'à l'extrémité des digitations. La fig. 17 représente l'appareil masticatoire grossi , vu par sa face inférieure , les cinq mâchoires étant réunies. La fig. 18 est une dent isolée, légèrement grossie, vue par la face inférieure et montrant la structure, lamelleuse de ses bords. La fig. 19 est la même mâchoire, vue par sa face supérieure, avec le sillon dans lequel était fixée la dent. La fig. 20 enfin représente cette même mâchoire, vue de profil , afin de montrer son épaisseur considérable et la juxta-position des lames calcaires dont ses bords sont garnis. La fig. 17 représente les contours de l'appareil masticatoire, de grandeur naturelle.

Parmi tous les exemplaires que j'ai eu l'occasion d'examiner, je n'en ai retrouvé aucun qui eût conservé ses soies. La couleur du test est en général d'un vert foncé; les jeunes individus cependant se font remarquer par des teintes ordinairement plus claires ( voy. fig. 1, 2^ 3, 4) ; il est probable que les soies avaient la même couleur que l'épiderme. Tous les exemplaires que je connais de cette espèce proviennent de la côte occidentale d'Afrique et particulièrement du Sénégal. Quelques auteurs citent comme origine les côtes d'Amérique, mais je crois cette citation erronnée. Les originaux de mes figures m'ont été communiqués par M. Michelin.

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