‹ Monographies et esquissesChapitre 47 sur 107 · BENJAMIN SULTE · texte numérisé non relu

BENJAMIN SULTE

d'un de ces longs fusils français, à pierre, dont on trouve encore des échantillons dans les paroisses giboyeuses du< bas du fleuve. L'histoire nous dit que le vénérable seigneur de Ste-Foye et du fief St-Michel, à Sillery, M. Puyseau, s'était bâti sur ce dernier, dans l'anse St-Michel, près de cette pointe qui porte son nom un peu altéré, Xd, pointe à Pizean, une somptueuse demeure, qui était regardée dans le temps comme le " Bijou du Canada. " Il mit généreusement cette maison à la disposition de I\I. de Maisonneuve et autres fondateurs de Montréal, où ils^passèrent l'hiver de 1641-42.

Quant à Talon, bien que je ne sois pas disposé à engendrer chicane à nos romanciers et à cette légion de charmants chroniqueurs qui ont identifié le Château-Bigot avec l'amant d'Angélique Péan, j'ai souvent, en l'absence de preuves que Bigot le fit construire, été enclin à. lui assigner un origine bien plus ancienne.

Pourquoi ne serait-ce pas le château ou fort de la Baroniedes Islets, (i) du comte Jean Talon ? L'on sait la. peine qu'il se donna de faire venir de France des colons, pour sa colonie modèle à Charlesbourg, laquelle comprenait Bourg-le Roi, Bourg-la Reine, Bourg Talon, dont les. concessions rayonnaient toutes vers un centre commun avec, un petit fort, sans doute comme protection contre les. sauvages.

A une demande écrite que je fis au savant abbé Ferland. pour renseignements sur le dit château, il me fit réponse qu'il était aussi intrigué que qui que ce fût sur l'origine de cette masure. (2)

[1] Sa ij.itonte porte que le haut et puissant Baron et seigneur haut justicier aurait droit d'ériger des géoles, un gibet à quatre poteaux, là où il le jugera à propos, daus l'étendue de sa baronie et ehastellerie, aussi un poteau avec un collier eu fer, sur lequel seront gravées ses armes, "

[Pièce 363 Tenure seigneuriale P. 445.]

[2] Je trouve dans mes cartons une note de l'émineut historien dont je détache l'extrait puivant :

" Archevêché de Québec, 21 juin 1861.

" La légende du Chàteau-Bigot doit beaucoup plus h l'imagination qu'A, la réalité ; le terrain sur lequel il est appartenait autrefois au fief de la Trinité accordé, entre 1640 à 1650 à M. Denis. Vendu plus tard ti Monseigneur de Laval, il fut morcelé dans les profon^ deurs. Lorsque JI. Talon voulut former sa Baronie des Islets, il réunit à ses terres du, Bourg Royal, quelques morceaux du fief de la Trinité et particulièrement la partie où

Il ajouta que le club des Barons y mangeait au commencement du siècle de succulents dîners ; que la chambre souterraine, où nos romanciers avaient rélégué l'infortunée Caroline, aurait bien pu servir comme cave, pour conserver leur vin au club de viveurs, dont le voyageur John Lambert nous a laissé une si vive description. M. John Stewart^ courtier de douanes, de cette ville, a eu l'obligeance de me communiquer une assez longue lettre, écrite du Château même falors nommé l'Hermitage) par un de ses ancêtres retiré là pendant le blocus des Yankees, en 1775-76.

Feu \V. Crawford, jadis propriétaire du château et de la terre où ce château était érigé, m'ayant donné communication de ses titres, j'y ai lu que le 26 juin 1780 la propriété, par acte notarié, devant Jean Antoine Panet, était passée à trois négociants fort connus à Québec à cette époque, MM. Simon Fraser, Jean Lees, jr., et Wi.liam Wilson.

En 1S19. au rapport de feu M. F. Wyse, de Québec, la maison était en un état de conservation parfait. Au reste j'ai traité cette question fort au long dans mon dernier volume, PicUiresque Qiicbcc. "

Le Château Bigot appartient maintenant à M. Léger

Brousseau.

Deux siècles s'écouleront, la beauté de ces sites, leur

fertilité, leur salubrité, mieux connues, les feront apprécier

encore d'avantage.

Avec les institutions libres de la Grande Bretagne, accourreront d'au delà de l'océan, des colons de la classe instruite, de riches industriels, des capitalistes.

Les grèves et les bocages du Cap Rouge, «les hauteurs de Sillery, de Ste-Foye, de Beauport, de Charlesbourg, les belles prairies de la Petite Rivière Saint-Charles trouest le Chàteau-Bigot. J'ai entendu autrefois flire à Messire Deniers que Talon commença à bâtir son manoir au lieu même ou sont les ruines — que plus tard ce mauoir vendu avec les terres fut réparât agrandi. Je suis etc.

[Signé] J. B. A. Ferlaxd, Ptbe.

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' veront sans peine des acheteurs : rcavtk huiigcr (\) anglais se propagera.

Les nouveaux arrivés achèteront avec empressement, seigneuries, fermes, moulins, pouvoirs d'eau etc., pour faire en grand l'exploitation des céréales et des bois du Canada. Plus tard, l'Eglise, la magistrature, la robe y dresserontses tentes.

Bientôt surgira sur chaque domaine, un manoir, une riante villa ou un cottage orné.

D'heureuses spéculations commerciales y feront naître, conservatoires, orangeries, exquis jardinets anglais, avenues ombragées, serpentantes, volières, viviers, étangs, glacières, etc.

John Bull devenu riche n'est pas homme à claquemurer sa vigoureuse progéniture dans l'enceinte étroite d'une cité populeuse, mal drainée, etc., enfouissant ses épargnes dans sa paillasse de lit ou dans un vieux chausson. Il lui faut du confort, de l'air, de l'espace, de la liberté. Certes, il n'a pas, selon moi, tout-à-fait tort.

Telle est l'origine de bien des villas autour de Québec que j'essayerai de vous peindre, vous indiquant qui les a fondées, qui les habite, l'origine de leur nom. Pour que ces peintures par leur uniformité de traits, leur ressemblance, ne vous fatiguent pas, j'y mêlerai mille bribes d'histoire, souvenirs de familles, antiquailles, anecdotes de sport, etc.

(1) Pittoresque expression inventée par le célèbre esaai/isfe Ealph Waldo Emerson nuteiir de l'Etude sur le pauple anglais intitulée : English Traits.

HOTEL DU GOUVERNEMENT, Rue St-Louis

Avant d'esquisser les villas extra nmros, notons en pas-sant l'antique manoir des Sew.ll sur la rue St-Louis, dont le gouvernement canadien sous l'Union faisait l'acquisition, moyennant $20,000, le 11 novembre 1854, pour une école nautique.

Le gouvernement ayant change d'avis en 1858, y installa en 1859 le Département des Postes, qui y séjourna jusqu'en 1865, lors de la translation à Ottawa des Bureaux Publics. Ce fut aussi le Bureau du Gouverneur Général, Lord Monck, de 1860 à 1865. Le premier lieutenant-gouverneur sous la confédération, Sir N. F. Belleau, y fut installé, en 1867 : son conseil siégeait dans la grande salle au second.

Le lot comprend 31,000 pieds carrés : sur deux côtés de la vaste cour qu'occupait jadis le jardin des Sewell a été construit l'arsenal et le dépôt de munitions de guerre des volontaires, de l'artillerie et de la cavalerie, etc.

Ce spacieux et solide édifice date d'assez loin, (i) Comme résidence du fameux juge en chef et homme d'Etat, Jonathan Sewell, et comme^Bureaux, Publics, elle évoque tout un essaim de souvenirs.

Ses appartements spacieux, ses amples corridors, ses grands escah"ers ont été témoins de bien des fêtes, de bien des deuils de famille, à l'ère des Sewell ; plus tard, de bien des discussions acrimonieuses sur la chose publiqne. Là, est morte Janet Livingston, née à New-York, la veuve du Juge-en-chef William Smith, en 1819. Le juge Sewell y expirait lui-même le 12 novembre 1839 J P^'i^. -^^ veuve, le 26 mai 1849, femme remarquable par ses qualités personnelles, le charme de ses conversations.

H) Sur un plan dressé par un arpenteur provincial, Justin McCarthy, en date du 15 août, 1803, la maison est décrite comme étant en voie de construction : son nouveau maître en prit possession en 1805.

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