HOTEL DU GOUVERNEMENT
Que d'incident?, de changements politiques y ont été débattus, réglés 1 Que d'orageuses séances du Conseil Exécutif, ont eu lieu dans ces salles.
Le 1er juillet 1793, le terrain qui ava t appartenu à l'honorable John Cochrane, fut adjugé par vente judiciaire au Juge-en-chef Smith, beau-père du Juge-en-chef Seweli, pour la somme de i^Soo : lopin de terre assez considérable et alors inculte et qui embrassait vers "e sud, une portion des glacis actuels. En 1S29, les autorités militaires, en acquéraient une lisière au sud, pour agrandir leur domaine que couronne la citadelle actuelle, qui fut commencée vers 1823 et terminée vers 1830.
A la mort du Juge-en-chef Smith, le 6 décembre 1793, ce terrain fut partagé entre les membres de sa famille ; la portion à l'est échut à son fils William, plus tard, l'historien du Canada : il s'}' bâtit une demeure confortable (maintenant la résidence du shérif AUeyn). Le lot voisin à l'ouest échut à une des filles du juge Smith : elle épousa le colonel (plus tord le généraljDoyle. (ij La paitie ouest tomba en héritage à celle de ses filles qui unit sa destinée au Juge Sewell et où s'écoula une si notable partie de la carrière accidentée de ce roué diplomate, de ce légiste distingué, de 1S05 à 1S39. (2)
(1) Le site des résidences de l'Hon Juge A. B. Eouthier et de M. Joseph Guillaïune Bossé M. P. est enclavé dans le terrain acheté en 1793, par le Juge-en-chef Smith.
(2) A ceux qui tiennent à connaître la carte de l'ancien Québec, je puis offrir les renseignements autlientiques suivants sur les lieux, grâce à l'obligeance d'un des fils du juge Sewell, le Rév Kdmund W. Sewell. Cet alerte octogénaire a bien^voulu mettre à ma disposition le? titres des propriétés de son père ;
lo IS avril 1701, Louis Rouer d'Artigny vendit à François Magdeleine Ruette,chevalier, seigneur d'Auteuil, par acte devant Chnmbellon, en deux lots, une étendue de sept arpents en superticie, s'étendant à 3 arpents en front sur la Grande Allée' ou rue St- Louis, eu gagnant vers le Cap aux Diamants.
2o Louis Rouer, sieur d'Artigny vend à M. Euette d'Auteuil par acte du IS avril 1701 etdu 29 mai 1705.
3o Acte de vente du 8 juin 1724, par devant Barbai. En vertu duquel acte, Pierre Euette d'Auteuil, écr, sieui Jlolàtière, agissant comme Procureur, pour François Magdeleine Euette, chevalier, seigneur d'Auteuil, vend et cède au sieur Baquet.
4o Le 30 avril 1727, Louis Rouer d'Artigny, par acte de vente cède ses propriétés aux Dames L'rsulines.
5o Madame de Verger vend ces lots à M. Dunn, par acte du 9 août 1764, par devant Maitre Saillant. M. Dunn vend à Jean Dnimmond, le 11 avril 1768, par acte devant Panet, notaire.
Co J. Drummond vend à Callender, 22 oct. 1779, devant Barthelot et Panet, notaires.
7o Callender vend à J. Cochrane, 4 oct. 1781, devant A. Panet, notaire.
So Le juge en chef Smith achète au shérif en 1793.
(D'Auteuil laissa son nom à la rue qui divise ces lots.)
L'imagination aime à se reporter à cette période -agitée de notre politique coloniale, où le Chef de l'Exécutif, le Chevalier Craig, prétendait régenter nos Communes, comme jadis il donnait ses ordres à la tête de son régiment ; à cette époque où l'Ogre de Corse engageait un duel à outrance avec le Léopard Britannique ; où tout ce qui avait un nom français en Europe ou en Amérique causait des crises de nerfs aux fils d'Albion, où la bureaucratie coloniale.sous l'inspiration du trop fameux Herman Wistius R}-land, obsédait le représentant de la Grande Breiagne au Château St-Louis, d'incessantes plaintes, de détails de complots découverts ; bref, de mille ténébreuses intrigues, contre le vaillant petit peuple que le roi de France avait si lâchement déserté, sur les rives du St-Laurent. Cette période fut celle où Jonathan Sewell, — d'abord Procureur et avocat général, plus tard cumulant les fonctions de juge-en-chef, d'orateur du Conseil Législatif, de Président du Conseil Ex.^cutif, — exerça dans toute sa plénitude sa redoutable dictature.
Silencieux murs du vieux manoir, ne pourriez vous nous répéter quelques uns des astucieux conseils que le Dictateur adressa en cette enceinte à ce roué francophobe Ryland, sur la marche à suivre, pour museler ces bouillants patriotes : Blanchet, Bédard, Taschereau ! dogues incorruptibles de quart autour du dépôt de nos libertés!
Les temps et la scène changent : une odeur de poudre pénètre jusque dans l'étude «Ju grand Juge : le canon gronde sur la frontière ; Ryland est vu moins souvent au palais, car le nouveau maître Sir George Prévost, n'a que faire de ses conseils. Les Voltigeurs courent à la frontière pour prouver à Ryland que les Canadiens, eu 18 12, sont ce que furent leurs pères en 1775, de loyaux sujets de Sa Majesté George III, — qu'ils ne sont pas foncièrement mauvais pour être d'extraction française. La guerre finie, la
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lutte recommence en Chambre, violente, échevelée comme par le passé. M. Sewell plus influent, plus souple, plus courtois, plus savant que jamais, du fond de son fastueux manoir, gouverne le j ays pour ainsi dire par son prestige social. Les gouverneurs-généraux ne font rien sans le consulter, sans qu'il puisse toutefois dissiper pour eux les nuages noirs qui montent à l'horizon, gros de la tem pêtc de 1837-38.
M. Chauveau, dans une intéressante étude sur le vieux Québec, retrace un incident qui vers 1832, faisait passer un mauvais quart-d'heure à l'éminent magistrat (Sewell). Un jeune étudiant en droit, destiné plus tard à jouer un rôle marquant, fut alors le Gambetta du mouvement populaire (1)
Habitué du château St-Louis, M. Sewell se partageait l'existence entre l'étude de la jurisprudence, du droit parlemenfaire, ses séances judiciaires et officielles et les joies paisibles, assez nombreuses pour lui du foyer domestique. Qç: patcr fainilias modèle semblait absorbé par les devoirs et la responsabilité de la paternité : (aire baptiser, élever, établir, donner en mariage sa nombreuse et belle progéniture (il fut père de vingt-deux enfants, la plupart d'un physique remarquable). A plusieurs de ses fils, il légua de riches métairies à Ste-Foye, sur la Petite rivicvc Saint- Charles, ri Berthier, à Charlesbourg.
Pendant la vacance en été, on eût pu le rencontrer sous les frais peupliers d'Auvergne, sa villa, au pied de la côte de Charlesbourg, absorbé' dans Grotius, Puffendorfif, Gibbon,
(1) " Je DîP souviens encore, dit •!. Chauveau, do l'émotion produite par l'emprisonnement de MM. Traocy et Duveruay. Dans les discours qui furent prononcés dans la Chambre, il fut question do la révolution de 1830 et des fameuses ordonnances contre la presse. Plusieurs jeunes gens portèrent des cocardes tricolores.
A la suite d'une grande assemblée populaire, à Québec, une procession parcourait les rues chantant la Marseillaise et la Parisienne : on alla les chanter aussi sous les fenêtres de la prison, et sous celles du juge en-chef Sewell, président du Conseil Législatif, qui fut, dit-on, trO^s effrayé par cette démonstration. Lo juge-en-chef occupait la maison qui a été dex)uis l'h6tel du gouvernement, près de l'Esplanade. Parmi les jeunes gens qui.faisaient partie de la procession se trouvait Sir N^arcisse Belleaii, qui ne se doutait guère qu'il serait installé plus tard, dans cet édifice comme lieutenant-gouverneur ; MM. Winter et Boy et MM. Gauthier et Bossé, qui tous les quatre ont été juges depuis." (Biographie de F. X. Garneau, p. c. XXXVIII),
ESQUISSES i6i
ÎMontcsquieu. Aux longues soirées d'automne, le juge-enchef,, entouré d'amis et de parents, allait savourer à son^ théâtre, rue Ste-Hélène, près la porte du Palais, les grands tragédiens Kean et K-^mble dans Haiidct, Ellea Tree, * dans Ion, etc. (2)
A la porte voisine du théâtre, se trouv^ait l'église ou chapelle qu'il avait fondée, Trinity Churdi, où officiait un de ses fils (il en avait deux dans les ordres sacrés) : là, se voit sur un marbre sa pompeuse épitaphe : cette combinaison du sacré et du profane était un sujet d'hilarité pour les familiers du lettré et excentrique vieillard.
Dès 18 14, le juge Sewell, en tout temps préoccupé de l'avenir de sa patrie adoptive, qui l'avait comblé de dignités et de richesses, s'était posé et avait résolu le problème dont les Provinces Canadiennes ne trouvèrent la solution pratique, dans la Confédération Canadienne, qu'en 1SÔ7. On lui concède maintenant sans conteste l'honneur d'avoir le premier songé à l'Union de toutes les colonies Britanniques de l'Amérique, pour en constituer un tout compacte et viable.
Le juge Sewell prenait sa retraite en 1838, à l'âge de J'^ ans, avec une pension de $4ooo par année.
Sa succession sur le banc judiciaire passait à l'ancien procureur-général l'hon. James Stuart, éminent légiste, lui aussi créé par l'Angleterre, Baronnet et Juge-en-chef, -^ la recommandation du Comte de Durham, qui avait exprimé sa surprise, à son arrivée, qu'un avocat aussi distingué n'eût pas été promu avant.
La maison Sewell, plus tard l'Hôtel du Gouvernement de la Province, est niaintenant la résidence officielle du Consul Général d'Espagne, Illustrissimo Signor Conde de Premio-Real.
(2) La théâtre Sewell ouvert en 1S32 a été acquis depuis par la Fabrique de St-Patrice, et converti en un édifice appartenant à, cotte Eglise. La vieille cîiapelle — Trin'itti Chureh, sur la rue St-Stauislas, existe encore. Eu 1805, le juge Sewell avec l'aide d'une compagnie, dota (Québec d'un vaste hôtel — vis-ii-vis la, Place d^Armes — VUiiion Hôtel réccnimont les Bureaux du Journal de Québec — maintenant le dépôt de merceries de M. Morgan. "
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Restaurée, peinte à neuf, pimpante, ornée de beaux arbres, d'odorants parterres de fleurs, c'est toute une décoration pour cette paitie de la Rue St-Louis. Les jours de gala, le pavillon rouge et jaune de Castille et d'Arra- gon flot'e au mai en face de la résidence du consul.
BANDON-LODCxE- Grande Allée.
Lines to a Québec Belle, in 1782 ;
" Sure you will rather listen to my call, Silice beauty and Quebec's fair nymphe 1 sing.
Henceforth Diana in Miss S — ps — n sce, As noble and majestic is her air ;
Xeilson's Québec Gazette, 1782.
Voilà un nom emprunté non aux " rives fleuries de la Seine, " mais bien plutôt à la berge poudreuse et affairée de la Tamise ou de la Shannon. Ça vous reporte aux premières années du régime anglais presqu'à l'ère néfaste où notre Nouvelle-France était si cruellement désertée par la vieille France de Louis XV
J'ai lu dans les Mânoircs inédits de M. James Thompson Deputy Commissary General — pour lui conserver son titre officiel — un passage qui jette du jour sur un des premiers tenanciers de Bandox Lodge. (ij
Les mémoires de M. James Thompson, fils, se recommandent, non seulement à cause du caractère franc et honorable, des connaissances intimes des lieux de ce vénérable ami de l'auteur des " Anciens Canadiens '', P. A. DeGaspé ; mais encore à raison de la part importante que M. James Thompson, fils, a eue dans la préparation du Journal de son respecté père, James Thompson, Sr. Ce robuste (2) Highlander avait commencé sa carrière militaire sous le général Wolfe, à Louisbourg, en 175 S, comme " volunteer " dans le fameux /Sth régiment,/^r«j-t'r'j- Highlatiders. Il comptait avoir une commission d'officier,
(1) "SAU^■DEHS SmPSON. — He was Provost ilarshal in 'Wolfo'S army, at the affairs of Louisbourg, Québec and Montréal, and cousin of my father. He resided in that house thenearest to Saint Louis Gâte, outside, which lias not undergonc any external altération since I was a boy." (Extract of Memoirs of Com. gênerai Gas Thompson.)
(2) Le sergent Thompson devait en effet être plus qve robuste — un véritable Hercule — si Ton ajoute foi à une entrée de sou Journal du siège de 1759, où il figure comme préposé au service des ambulances. Il paraîtrait qu'entre le jour du combat le 13 sept, et le 18, date de la capitulation, on traversait en canot à St-Joseph de Lévis les blessés français — que l'on portait sur des civières du débarcadère à l'église St-Joseph convertie en hôpital, distance d'àrpcu près quatre milles. Le sergent Thompson, trouvant que le service se faisait trop lentement selon ses désirs — chargeant sur ses larges épaules uu soldat français blessé — le porta du débarcadère à Lévis à l'église do St-Joseph sans se reposer — regrettant seulement d'avoir à la tâche ruiné son uniforme. L'hon juge Henry Black, qui l'avait bien connu, nous disait que " Thompson vras a big giant. "