ALTAMONT
Bois Bijou, jadis, croyons-nous, une des dépendances de la villa, où les chasseurs allaient au commencement du siècle tirer la bécasse rouge sur les hauteurs et la bécassine dans la plaine humide, au bas.
Altamont meublé avec un goût exquis, est sis au haut du plateau qui descend en talus vers la cîme du c-ap : des sources naturelles — de beaux grands arbres, des haies gracieuses donnent fertilité, fraîcheur, ombrage au jardin. Le site fait partie du champ de bataille, où Lévis et Murray se rencontraient en bataille rangée, le 28 avril 1760.
L'objet le plus frappant dans le jardin, en aval de la résidence, est une aubépine gigantesque — dirons-nous centenaire, dont la ramée pendante se prolonge au loin. Existait elle en cet endroit à la sanglante journée de Ste- Foye ? et, s'il lui eut été donné comme aux chênes de Dodone, la faculté d'articuler, de se plaindre, n'aurait-elle pas à gémir des atrocités que les f viseurs de Lévis, les Indiens, ce même 28 avril 1760, ont commises peut-être sous son ombrage ?
Nous l'avons décrite en détail dans les Esquisses que nous publiions, en 1865 — sous le nom de Maple Leaves, Cette aubépine était alors la gloire et l'orgueil de Westfield, au temps de l'ancien propriétaire, feu John Thomson.
M. et Ailadame Ross, lui assurent une protection — un soin tout spécial.
BANNOCKBURN, Chemin Ste Foye^
Cher antiquaire,
Loin de moi la prétention de vous rendre parfaitement claire l'origine du nom de toutes nos villas.
Dans bien des cas, plusieurs des propriétaires originaux ont depuis longtemps rejoint la " grande majorité " au pays des ombres.
Pour d'autres qui de leur vivant firent florès ici-ba?, à peine a-t-il survécu nouiinis uinbra.
Les incidents d'où certaines villas empruntèrent leur nom ont perdu leur actualité et sont à peine reconnaissables sous la mousse et le lierre des années entassées.
Ainsi, il ne reste à Québec que peu de contemporains d'un excellent et lettré officier supérieur des Douanes Impériales, en 1850, M. John Bruce, qui, pour perpétuer le souvenir de son illustre ancêtre, Robert Bruce, le vainqueur des Anglais, à la sanglante bataille de Bamwckbiirn, près Stirling, le 24 juin, 1315, nommait son cottage orné, sur le chemin Ste Foye, près du monument des braves de 1760 : BANNOCKBURX.
RINGFIELD, {Ferme des Anges) Charlesbourg
Voilà un site champêtre sur la riv^e nord de la rivière Saint Charles, le (Ta/z/'/r-i^^Wi^v?/ du frère Sagard — la rivière Sainte-Croix du capitaine Malouin, bien riche en souvenirs— si riche en un mot, que l'intérêt qu'il éveille doit primer celui de tous les autres sites autour de Québec — disons mieux, du Canada entier.
Ailleurs, j'exprimai l'idée que l'on pourrait en quelque sorte, le considérer comme le berceau et la tombe de la domination française au Canada.
Voyons :
Ici hiverna, en 1535-36, l'immortel découvreur de notre pays, Jacques-Cartier. La croix et l'inscription qu'il érigeait à la Pointe-aux-Lièvres, vis-à-vis Ringfield, le 3 mai 1536, d'après les instructions de son souverain François ïer : " Francisais Primns Dci gratiâ Francorum Itex regiiàt, " rappellent ces temps reculés, aussi bien que la coque de la Petite Hermine, exhumée de la berge du ruisseau Lairet avoisinant, par feu M. Jos. Hamel, ingénieur de la cité, en 1843 ; abondante curée pour nos antiquaires que tout cela.
Ici même, vers midi, le 13 septembre 1759, au quartiergénéral de Vaudreui', s'opéra le ralliement suprême ûzi^ troupes de France, dispersées après la journée des plaines d'Abraham ; ici, vers neuf heures du soir, eftarées, épuisées, les cohortes du '" Roi des Francs," se disaient un dernier adieu sur le point de s'élancer au pas de course par les routes fangeuses de Charlesbourg, Lorette, etc., vers le fort Jacques-Cartier : ici, se proclamait ce soir-là, la grande, l'étonnante nouvelle que le drame varié, jadis si brillant, alors si tragique de la domination fran- ■ çaise en Amérique, venait de se clore.
Voyons ce que l'histoire raconte relativement au lieu ■de l'hivernage de Jacques-Cartier.
A la page 48, de la relation du second voyage de Jacques- Cartier, republiée par' la Société Littcrairc et Historique de Québec, en 1843, on ht : "Le lundi, onzième jour d'octobre, nous arrivâmes au Hable de Sainte Croix, où estaient nos navires, et trouvasmes que les maistres et mariniers qui estaient demeurés avaient fait un tort devant les dits navires, tout clos de grosses pièces de bois plantées debout, joignant les unes aux autres, et tout à l'entour garni d'artillerie, en ordre pour se défendre contre tout le pays," A la page 52, on lit encore : " Le capitaine fit renforcer le fort tout à l'entour de gros fossés, larges et profonds avec portes à pont levis et renforts de rangs ou pans de bois au contraire des premiers, et fut ordonné pour le guet
de la nuit cinquante hommes à quatre quarts, et à
chacun changement des dits quarts les trompettes sonnantes, ce qui fut fait selon la dite ordonnance "
Une note au pied de la relation, ajoute : " On pense que ce fort a dii être bâti à l'endroit où la petite rivière Lairet se décharge dans la rivière Saint-Charles.
Hazukiu' s Pietiire of Qncbc:, page 4/, édité ei 1S34 avait dit :
" L'endroit exact dans la rivière Saint Charles où Jacques-Cartier avait ancré son vaisseau, semble, d'après bonne autorité, avoir été au site du vieux pout, (un peu plus haut que le pont Dorchester actuel^ où à marée basse il y a un gué, près de l'Hôpital de Marine. Il est évident que ce dut être sur la rive est, dans le voisinage de la résidence actuelle (1834) ^^ Chs. Smith, écuier, puisqu'il est fait mention que les sauvages avaient fréquemment à traverser la rivière quand ils allaient à Stadaconè, faire visite à leurs amis, les Françai?.
Le savant abbé Paillon discute au long les textes de Charlevoix et du père L'eclèi'b'ef adepte^ l'idée -que' Jac-
26o RINGFLELD
ques-Cartier hiverna, en 1530-36, à la rivière Saint-Charles et non à la rivière Jacques-Cartier, [i]
Voir aussi le texte de Ghamplain, commenté par l'abbé Laverdière.
Un de nos antiquaires, feu Amable Berthelot, discutant le rapport de la découverte de la coque de la Petite Hermine, à la Ferme des Anges, dressé en 1843 par M. Jos. Hamel, ingénieur de h cité, dit p. 3 : " Il ne me fut pas. difficile en suivant attentivement le texte du second voyage de Jacques-Cartier, tel que nous le donne Lescarbot, de prouver jusqu'à l'évidence que ce navigateur Malouin avait réellement passé l'hiver à la rivière St- Charles, et non à celle qui porte aujourd'hui le nom de Jacques-Cartier ; et je crois que depuis ma dissertation, il n'est resté en ce pays aucun doute à ce sujet. "'
Ainsi, malgré les assertions confuses de Charlevoix, il est à peu près certain que, pendant l'automne de 1535, le grand chef Donnacona, le roi de la bourgade voisine de Stadaconè, à bien des fois traversé le Saint-Cbarles pour venir en ces environs fumer le calumet de la paix avec les envoyés du "Roi des Francs," François 1er.
La découverte, le vingt-cinq aoijt 1843, des restes de la Petite Hermine, sur la rive du ruisseau Lairet, qui se réunit à la rivière St-Charles, à la Ferme des Anges, causa un grand émoi parmi les antiquaires de la vieille capitale : la presse entière, anglaise et française, prit part au débat. L'hon. John Neilson, dans la Gazette de Québec, W. Kemble. dans le Mercury, le Canadien, sous l'habile direction de M. Ronald Macdonald, se passionnèrent pour l'étrange découverte de M. Hamel, laquelle ramenait à la surface les débris encore sains, bien que noirs comme l'ébène, de la vaillante petite barque de 60 tonneaux commandée par le grand capitaine Malouin, enfouie dans, la rive vaseuse du ruisseau, pendant 307 ans.
[1] Histoire de la Colonie FrançaiBe au Canada, p. 49fi.
A l'invitation de M. Hamel, la Société Littéraire et Historique de Québec, présidée alors par l'hon. William Sheppard, avec un antiquaire émérite pour vice-présideot, Georges Barthéleini Faribault, se plaça à la tête du mouvement ; tous les anciens textes furent examinés de nouveau, scrutés, commentés ; on faisait des pèlerinages aux rives eu classique ruisseau ; des flots d'encre coulèrent dans la presse quotidienne ; de savantes brochures furent écrites. J'ai recueilli un grand nombre de ces écrits, dans l'appendice de Pictiircsqjie Québec; je vous y réfère.
Tels sont les souvenirs qui se rattachent au site, au temps de Jacques-Cartier.
Enjambons maintenant un espace de deux cent vingttrois ans. On est au 13 septembre 1759, ^t vers midi : quelques décharges de mousqueterie retentissent au loin ; de vagues clameurs dans les faubourgs : des lamentations dans la ville.
La côte à Coton, la côte d'Abraham, quelques solitaires sentiers près des hauteurs de Ste Foye, sont encombrés de fuyards épouvantés ; le régiment de Webb, les claymores de Fraser, les grenadiers de Carleton fauchent drû parmi les guerriers sans chefs aux uniformes blancs : Burton leur intercepte la voie, malgré nos braves francstireurs canadiens cachés derrière les maisons ou perdus dans les broussailles, vers le coteau Sainte- Geneviève.
Delenda est CartJiago ; Pitt l'avait juré en Angleterre: Delenda est Carthago répétèrent en chœur, Wolfe, Amherst, Prideaux, Stanwix, en Amérique ; et le troupier dAlbion en avalant sa roquille de vieille Jamaïque répétait chaque soir, comme le dit le capitaine Knox, ce cri sous une autre forme British colours onevjry Frcnsh fjrt^ port aiid garrison in America !
Oui, c'est bien ça: le Vœ Victis de Brennus, . ^^//<î, horrida bella !
Braves soldats du Royal Roussillon, de Baarn, de Languedoc, de Guienne, et vou-;, nDs amis, intrépides compa-
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gnons de Montcalm, à Carillon, miliciens de la Nouvelle France, pliez, pliez le vieux drapeau que vous aimez tant. Vœ Victis !
"Fiirl that baiiuer, furl it sadly — Once ten thoiisands liailed it gladly, Aud ten thousands -n-ildlj-, madlj-, , Swore it should forever \yave ;
Swore that foemau's sw ord could nerer Hearts like theirs entwined dissever, Till that flag shoiild float forever
O'er their freedom or their grave. *
Furl it ! for the hearts that adore it, Love the cold dead hands that bore it, AVeep for those that fell before it, Pardou those who trailed and tore it, And oh ! wildly they déplore it, Now to furl and fold it so.
"Furl that banner ! true, 'tis gory, Yet 'tis wreathed around with glory.
And «ill live in song and story —
- Though its folds are in the dust ; For its famé on brighter pages, Penned by poets and by sages, Shall go sounding down the âges —
JFurl its folds though now we must.
"Furl that banner, softly, slowly, Treat it gently — it is holy —
For it droops above the dead, Touch it not, unfold it never, Let it droop there, fu''led forever.
For its people's hopes are dead."
La nuit venue, la retraite se fit aussi rapidement que l'épuisement des soldats le perm.ettait. L'artillerie, les munitions, une partie des bagages furent laissées à leur sort
Bougainville rejoignit les siens, près du Cap -Rouge au point du jour. "Le soir même du 14, au rapport de l'aide de Camp de Lévis, le chevalier Johnstone, les fuyards arrivèrent à la Pointe-aux-Trembles où ils couchèrent : le lendemain, ils campaient sur les rives du Jacques-Cartier. Les Anglais, voyant les tentes françaises dressées comme à l'ordinaire, à Beauport, étaient loin de soupçonner la fuite de leur ennemi. Belcour, un des officiers de la cavalerie de Laroche Beaucourt, étant revenu deux jours plus tard au camp, trouva tout comme on l'avait laissé, (i)
H) L'ouvrage à cornes, si souvent mentionné dans les relations du siège, était une redoute, ou retranchement, érigé en 1759, en aval du pont de bateaux sur le St-Charles La portion qui faisait face au St-Charles était partie en bois défendue par des pieux ou palissades, et celle qui faisait face à Beauport était en terre. Cotte redoute ou P/nce d'Armes^ de la forme d'un pentagone, a dii recouvri.x à peu près deux acres. Ce qui en reste — un champ circulaire iriugfieTd) d'où la villa de M. Parke a pris son nom, entouré d'un fossé que la charrue sembie imimisantc à combler — à une élévation de près de quinze pieds du coté de Beauport, il est évident que les travaux entrepris )iour fortifier le camp de Beaviport — qui s'étendait de l'ouvrage :\ cornes ù, la chiite de Montmorency
"Il entra avec son détachement dans l'ouvrage à cornes, mit le feu aux pièces pointées sur les hauteurs d'Abraham où était le camp des Anglais. Cette décharge alarma fort ces messieurs."
Les incidents qui précédèrent la retraite de l'armée et qui se passèrent aux environs de l'ouvrage à cornes, ont été si vivement narrés par un témoin oculaire, que nous croyons devoir les reproduire ici
Cette relation du chevalier Johnstone est une des pub'i- CcLtions récentes de \z Soc'2'c'tc' LitU'rairc: et Historique de Québec.
"L'armée française mise en fuite, dit Johnstone, se dispersa et s'évada vers la ville. Peu entrèrent à Québec ; le gros des troupes descendit les hauteurs d'Abraham, visà-vis du palais de l'Intendant, se dirigeant vers l'ouvrage à cornes, et côtoyant les rives du St-Charles. Voyant qu'il était irtîpossible de rallier nos soldats, je me déterminai à descendre le coteau, près du moulin à vent, (2) dans I2 voisinage de la boulangerie, et, de là, à travers les pâturages fia Vacherie^ vers l'ouvrage à cornes, bien déterminé à ne pas approcher de la ville, de crainte d'y être cerné avec une partie de notre armée ; ce qui eut été possible si les vainqueurs eussent tiré tout l'avantage qu'ils pouvaient de leur succès. Il est vrai que la mort de leur commandant en chef, un événement qui ne manque jamais de causer le désordre et la ccfnfusion dans une armée quel-
— ont di'i être faits siir une grande échelle ; il fallait rien moins qu'une corvée Koyale liour mener à bonne fin une telle entreprise.
'•JI. de Hlontcalin, arrivé .à Québec (de Montréal), commanda tout le monde pour travailler à des retranchements qui furent tracés vers une iiaroisse nommée Beauport. Comme il ijensait que ces ouvrages ne seraient pas en état, avant l'arrivée des vaisseaux anglais, ce qui pourrait être d'un jour ;\ l'autre, il envoya un ordre à M. de Livis, qui était à Montréal, de commander généralement tous les hommes de ce gouvernement de descendre à Québec, et qu'on avait besoin d'un coup de main. Il envoya à. cet égard des ordres précis et conformes dans toutes les paroisses, qui mirent tout le monde en mouvement .
Oléinoires sur les affaires au Canada 1749-00.)
Finalement de Vaudreuil décida que le contingent de Montréal pour ce servie» serait de 1,5')0 personnes seulement.
Les restes de l'ouvrage en terre, sur la propriété de M. Parke sont ce que nous avons de plus curieux autour de Québec, de l'ère de 1759.
Elles me furent spécialement désignées par l'historien Perland, qui en faisait grand cas. On en trouve un escsUent dessin dans le grand volume de jeffry. Historij of the Jiritish Dominion, in North and Sjuth America, 1769.
(2) Les ruines de ce moulin existent encore, près de l'Hôpital Général.