M. L.-H. FRÉCHETTE
Cpier Monsieur,
Pendant uu court séjour que je faisais rccemaient à Boston, j eus occasion de me procurer la superbe édition en neuf volumes, illustrée, que la maison Ticknor et Fields a publiée de la biographie de Sir Walter Scott, par John Gibson Lockhart et dédiée par elle à Nathaniel Hawthorne.
Cette biographie, si remarquable pour son ampleur, son exactitude, et surtout comme œuvre littéraire, devrait être encore plus connue qu'elle n^i rest,au Canada : telle est l'idée qui m'inspira la présente étude.
La vie de Walter Scott est bien plus que la carrière ordinaire d'un homme de lettres : c'est, pour la jeunesse de tous les pays, comme le disait naguère un des plus beaux génies de la Grande Bretagne, un exemple à suivre, tout un easeignement.
L'Ecosse doit plus à Walter Scott qu'à aucun autre de ses fils, d'avoir fait connaître au loin le charme de ses lacs, de ses montagnes, la renommée de ses illustres fils, anciens et modernes, leurs luttes chevaleresques pour la liberté.
Vous qui, par vos aspirations, vos écrits, vos succès littéraires, avez contribué si puissamment à répandre à l'étranger le nom et le souvenir du Canada, veuillez me permettre de placer, en tête de cette modeste esquisse votre propre nom.
Spencer Grange, ler octobre .1S85.
SIR WALTlR SCOTT. -Poète. Romancier, Historien.
Dans une brillante improvisation devant une société -savante d'Edimbourg, le premier-ministre de la Grande Bretagne, l'Hon W. Gladstone, avec cette faconde entraînante et variée qui rappelle le grand orateur et l'éminent écrivain, s'écriait naguère en contemplant les flots envahissants de notre éphémère et dissolvante littérature :
" Je regrette profondément de voir que les œuvres de l'illustre Sir Walter Scott, ne sont pas aussi lues que par le passé. Je le regrette et pour la littérature et pour la patrie. Si jamais il exista un écrivain dont les écrits sont un enseignement et pour l'esprit et pour le cœur, c'est bien l'immortel auteur des " Waverley Novels."
Est-ce que les paroles de l'Honorable Chancellier n'ont pas autant d'à-propos en Canada qu'en Ecosse ? Est-ce qu'ici comms ailleurs, l'esprit et le cœur n'ont que faire d'être éclairés ?
Passons en revue, brièvement, la carrière sociale et littéraire d'un des plus grands génies des temps modarnes, l'homme qui, pendant ses heures de loisirs, a trouvé moyen, comme historien, poète, romancier, de composer deux cents volumes, la plupart, d'un mérite incontestable.
IValter Scott, shérif de Selkirkshire, greffier des Sessions.
Walter Scott naquit à Edimbourg, le 5 août 1/71. Son père, homme de robe, d'une probité antique, était un de ces avoués que les Ecossais désignent comme Writcrs ta tJic Signet. Du côté paternel, il descendait des Scott de Harden, une branche de la puissante et illustre famille de Buccleugh. Sa mère, Ann Rutherford, était fllle du Dr. John Rutherford, un des professeurs de médecine de l'Université d'Edimbourg. Walter était l'un des plus jeunes fils d'une famille de douze enfants. L'enfance de Scott
s'écoula partie à Edimbourg, partie à Smallhelm Grange, la métairie de son aïeul paternel dans la vallée de la Tweed. Il passa quelques-unes de ses jeunes années à Bath, en Angleterre, et à Prestonpans. A l'âge de huit ans, il entra au HigJi School de sa ville natale, où il se fit remarquer moins par ses études, que par son aptitude comme raconteur : ses petits amis le surnommèrent, à cause de ses étranges récits, Dîinn Scoins. En 1783, il Tut transféré à l'Université d'Edimbourg où il se livra a des lectures variées et assez étendues ; mais une indisposition qui le rendit boiteux, lui fit interrompre le cours de ses études. A l'âge de quinze ans, ii fut admis comme étudiant dans le bureau de son père ; six ans plus tard, après des études assidues, il subit l'examen ordinaire et devint membre du Barreau d'Edimbourg.
L'historien Prescott, dans sa jolie esquisse du grand romancier, se complaît à faire remarquer " que la muse de Scott se faisait entendre en 1790, pour la première fois, au moment où le poète national Burns disparaissait de la scène, comme si la nature désirait que la chaîne d'inspiration poétique ne fut pas interrompue." Les Bûrger Ballads, Leiiorc ti\Q Wild Himtsmaji, datent de cette année^ laquelle avec ses parfums de poésie, lui donnait aussi, dans un chagrin d'amour, une assez amère déception ; on en trouve le récit dans la correspondance semée ça et là dans sa biographie par Lockhart. Le découragement fut de courte durée, sa fermeté d'âme l'eut bientôt rendu à son ancienne gaîté. Scott à cette époque avait déjà visité un grand nombre de localités et de ruines, célèbres dans les annales de l'Ecosse. Il existait dans le voisinage de la capitale peu d'anciennes abbayes, de vieux châteaux, où l'enthousiaste jeune avocat n'eût été en pèlerinage avec ses amis, Shortreed, Adam Fergusson, son frère John ; ces scènes, ces ravissants paysages des Highlands, vous les trouverez plus tard, avec leur brillante encadrure dans ces ,poèmes suaves : Lady of th: Lakc — Marmion — Bridai of
Trieinnain — Rokcby, ou dans ses romans historiques.
C'est pendant le cours d'une expédition à Gilsland, qu'il fit rencontre pour la première fois de la femme admirable qui devait partager trente années de sa brillante carrière ; Charlotte-Marguerite Charpentier, fille de Jean Charpentier, de Lyon, France. M. Charpentier, chaud royaliste, avait le titre d'Ecuyer du Roi, avant la Révolution. Jean Carpentier, avait épousé Charlotte Volère ; la mort l'ayant moissonné au commencement de la Révolution, au moment où il venait de placer ;^4,ooo en hypothèque, sur les fonds anglais et sur les domaines de lord Downshire, qui avait, pendant son séjour en France, fait la connaissance des Charpentier, Madame Charpentier, avec son fils Charles et sa fille Charlotte-Marguerite, tous deux élevés dans la Religion Réformée, passèrent en Angleterre et trouvèrent un protecteur puissant dans l'ancien ami de leur famille, le marquis de Dov/nshire. Madame Charpentier expira peu de temps après son arrivée à Londres, et le marquis de Downshire devint le tuteur et le protecteur des deux orphelins. Charles, par la protection du noble Lord, fut nommé à une charge dans les bureaux de la Compagnie des Indes, et ce fut pendant une courte excursion à Gilsland, près Carlisle, avec la famille du marquis, que Mlle Charpentier, dans une course à cheval, fit la rencontre de l'illustre poète, son futur mari, Mlle Charpentier, qui, à son arrivée sur le sol anglais, changea son nom français en celui de Carpenter, (car les horreurs de '93. avaient rendu odieux en Angleterre tout ce qui était Français) sans être d'une beauté ravissante, avait, avec l'éclat de la première jeunesse, beaucoup de distinction dans ses manières, une taille séduisante, un beau teint olive, des yeux perçants, une chevelure épaisse et noire comme la nuit.
Le soir du jour où Scott avait rencontré la belle étrangère, il y avait bal. Scott, alors officier dans les volontaires d'Edimbourg, et portant lestement son costume de
capitaine, se fit présenter à la jolie française ; son compagnon, Fergusson, en fit autant. Scott fut si enchanté de l'élégante française qu'il lui fit assidûment la cour : après plusieurs lettres et pourparlers échangés, on faisait la noce le 24 décembre 1797, à Edimbourg, où Scott séjourna jusqu'en 1798 pour se fixer alors dans un charmant cottage, à Lasswade ; là, les courses d'antiquaire continuèrent leur train. Ce fut le 16 décembre 1799, que le jeune avocat acceptait la charge de shérif de Selkirkshire ; salaire, £a^oo, avec le privilège de pratiquer comme avocat. Nous croyons devoir signaler divers incidents de sa carrière professionnelle avant d'entamer sa vie littéraire proprement dite. Sa clientèle ne semble pas avoir rapidement augmenté ; il trouvait néanmoins le temps de remplir ses devoirs, comme ofiîcier actif de cavalerie, littérateur fécond et correspondant infatigable, collaborateur des Revues, avocat pratiquant et shérif de Selkirkshire : son épouse lui apportait, à peu près i^200 de rente. Le gouvernement l'ayant obligé de se rapprocher du chef-lieu où se tenait son bureau; en 1804, il disait adieu à Lasswade et achetait des héritiers du Col. Russell, un beau petit domaine nommé la Ferme d'Ashestiel, sur la Tweed : Waverley, Tke Lady of the Lake, Marmion, ont entouré Ashestiel d'une auréole' lumineuse et l'on rendu un terrain classique. Il venait d'hériter de son oncle, le capitaine Robert Scott de Kosebank, qu'il vendit dans le cours de Tannée 1S05, pour ;^5,ooo, de sorte que son revenu professionnel, littéraire et autre était alors de ;é^ 1,000 à peu près, au rapport de Lockhart.
En 1806, il obtenait, par l'influence de son ami et son protecteur, Lord Melville, l'office de greffier des sessions, ce qui ajouta iJ^Soo, plus tard ;^ 1,300 à ses autres émoluments ; mais, étant nommé comme adjoint à son ancien ami, George Home, il ne put toucher ce salaire qu'en 181 1, et cette charge, il continua de l'occuper jusqu'en 1830. Le 24 octobre 1799, Madarrfé Scott donna naissance à
une fille, Charlotte-Sophie, plus tard Madame Lockhart : celle de ses quatre enfants qui, par le génie, ressemblait le plus à son père.
Walter, qui hérita du titre, naquit en i8oi : il mourut en
On était en 1805 • ^^ rivalité entre la France et l'Angleterre était à son comble dans le Royaume-Uni.
Les Français, disait-on, devaient faire une descente sur les côtes de l'Ecosse. Scott, qui avait toujours pris une part fort active dans les événements du jour, montrait, comme capitaine de cavalerie volontaire, une activité incessante. Malgré ses occupations variées, il ne manquait pas un seul exercice militaire, il se présentait, quelquefois en cour, avec sa robe d'avocat ou de greffier par dessus son uniforme qu'il n'avait pas eu le temps de changer.
Depuis assez longtemps, il faisait nombre d'expéditions dans les montagnes d'Ecosse, avec son ami Skene, pour y recueillir les vieilles ballades, les traditions militaires. Tel fut l'origine du Border Minstrelsy. Le peuple qui l'aimait, le surnommait le sJiérif, et sa réputation comme poète et littérateur commençait à s'étendre au delà des confins de l'Ecosse.
Ce qui distingua Scott, à part son rare talent, ce fut une puissance de travail illimitée, et une mémoire prodigieuse. On rapporte à ce sujet qu'un de ses amis ayant perdu le manuscrit d'un poëme assez long, qu'il avait lu une fois seulement au poète, se désciait de cette perte, pour lui irréparable, disait-il. "Assieds-toiià, mon ami, lui dit Scott ; je puis te répéter de mémoire tout ton poëme et tu le copieras." Ce qui fut fait.
Choyé du barreau et des salons, plein de bienveillance et de saillies, Walter Scott était l'âme de l'organisation militaire à laquelle il appartenait. L'auteur de Waverley, avait un goût prononcé pour les plantations d'arbres,même avant d'avoir fondé et planté les bocages d'Abbotsford.
D'une haute stature, il était doué d'une grande
force physique ; il prenait beaucoup d'exercice en plein air, à cheval ; il aimait la chasse, la pêche, l'équitation. Ses chiens ont été immortalisés par le pinceau des premiers artistes de l'Angleterre. Le portrait de Scott à Abbotsford, contient celui de son énorme chien. Qui a oublié Maida, Camp Bevis, Wolfe et autres superbes spécimens de la race canine — ses constants ^ compagnons, à Abbotsford ? Etait-ce dans ses exercices en plein air, que cette puissante organisation se retrempait, pour tenter des travaux littéraires d'une étendue presque incroyable ?
En 1811, quand Scott prenait possession du site, où plus tard devait s'élever son magnifique château féodal, le colosse' était dans la plénitude de son génie. O Abbotsford ! quelle féerique vision tu évoques et quel lugubre drame lu nous prépares !
Bien que Scott fit, en 181 1, l'acquisition des "cent acres" de terre sur la Tivccd, où plus tard devait s'élever son fastueux castel féodal, ce ne fut qu'en mai 18 12, qu'il y transporta ses pénates daus un modeste corps de logis. Le grand rêve de son existence, il allait donc bientôt entreprendre de le réaliser, — s'ériger, avec l'or que sa plume chaque jour lui rapportait si abondamment, une demeure bplendide —une féerique résidence, telle que celles des fiers barons des temps féodaux ou encore les palais enchantés des contes arabes, où il serait non seulement barde et troubadour d'un haut et puissant seigneur, mais à la fois grand seigneur, barde et troubadour, et où ses enfants, après lui, grandiraient — coanus au loin par li renommée de leur père, autant que par leurs vastes possessions territoriales. Cette idée romanesque aura son complément en 1820, lorsque son souverain déposera sur sa tète, la couronne de Baronnet. Avant qu'Abbotsford fut au complet, il faudrait absorber bien des domaines adjacents, lacs, plantations, montagnes et vallées, pour que le lopin de 181 1, acheté au prix de ;^7,ooo, devint en fin de compte un domaine de 3,000 acre-;. Le château, érigé à une petite
distance des pittoresques ruines de l'abbaye de Melrose, reçut son nom d'un gué, ou traverse voisine : Abbotsford (Le Gué des abbés). Melrose chanté dans son harmonieux poëme, The Lay of the Last Minstrcl, lui était redevable d'une consécration particulière : son crayoPi magique l'avait entouré d'un nimbe glorieux dont l'éclat lui attirait des pèlerins littéraires des coins les plus reculés de l'Ecosse et de l'Angleterre. Melrose était fameux dans les annales calédoniennes : c'était le champ de bataille où en 1526, les comtes d'Angus et de Home avaient disputé aux Buccleugh, la possession de la personne du jeune prince, Jacques V ; témoins du combat, les ruines de la célèbre abbaye lui avaient inspiré quelques-unes de ses pages les plus séductrices, '(i)
Le site du château palpitait de souvenirs : placé en regard des hauteurs connues comme Eildon Hills, où avait séjourné au quatorzième siècle le vieux barde TIlomas, tJie Ryincr, le pied en était arrosé par le petit ruisseau Huntly. Tout auprès était la montagne Cowden Knowes à la cime sombre. Dans le lointain gisaient la forêt d'Ettrick, la tour de Newark, le lac St. Mary, lieux empreints de poésie, chers aux troubadours des jours passés, dont Scott avait recueilli les ballades.
" Jamais, comme le dit Lockhart, poète endormi sous 1 ombre d'un chêne d'été n'avait dans ses rêves les plus Ciivins, entrevu de plus ravissante demeure."
(1) If thou would'st view fair Melrose aright Go visit it by the pale moonlight ; '
For the gay beanis of lightsome day Gild, but to flout, the ruiua graj'.
Whea tlie broken arches are black in night, And each shafted oriel glimmers white ; When the cold light's uncertain shower Strearas on the mined central tower ; When buttress aud biittress, altcrnately. Seem framed of ebon and ivorj- ; When silver edges the imagery, And the scroll that teacli you to lire and die ; AS'hen distact Tweed is heard to rave, And the owlet to hoot o'ver the dead man's grave, ïhen go — but go aione tl;e while — Then %'iew St. Davids ruined pile ; And, home returuing, soothly swear, Was ne ver scène so sad and fair !
(T/ie Zay of the Last Minstrel, Canto 11-^
A l'instar d'un baron féodal, au milieu de vassaux complaisants, ayant pour compagnons, ses chevaux, ces chiens, ses livres, c'est là que Scott se laissait aller aux douceur^ de l'existence, tandis que l'enthousiasme de ses contemporains le suivait à chaque pas. a'r point qu'il pouvait ^ peine se promener dans ses domaines, sans courir le risque d'être épié à chaque détour, par quelque touriste, quelquefois accouru des forêts de l'Amérique, pour contempler l'illustre écrivain : c'était parfois fatiguant.
O père affectueux, ô époux, le modèle des épou>, o illustre poète, quel monarque avait un sort aussi enviable que vous !
Sa compagne, aimable et jolie, était la châtelaine respectée d'Abbotsford, dont elle faisait les honneurs avec cette élégance innée d'une française : cet imposant château, aux nombreuses galeries ornées de tableaux, de trophées d'armes étincelantes, d'historiques et vieilles armures ; tandis qu'aux jours de grandes réceptions, le samedi surtout, le musicien attitré, le Piper d'Abbotsford, promenant, le long de la piazza son pittoresque costume de montagnard, fredonnait aux échos d'alentour, sur l'instrument national, les refrains sauvages de la Calédonie, — les chants de Fingal et d'Ossian, — Walter, le fils aîné, en attendant son brevet d'officier de cavalerie, chasseur expert, beau cavalier, allait, chevauchant sur leS rives de la Tweed, tandis que son jeune frère et ses deux sœurs cherchaient des nids dans les taillis, et que le "Shérif" muni de sa serpe, suivi de son bon serviteur, Tom Purdie, émondait ses plantations, ou caracollait sur sa fière monture, Sybil Grey, entouré de ses amis d'enfance, Fergusson, Leyden, Shortreed, Ballantyne, faisait retentir les bois de ses joyeux refrains, de ses gaillardes chansons, de ses divines ballades. O heureux poète ! Le soir venu, Scott attendait avec impatience l'arrivée du postillon, lui apportant le paquet obligé d'cprcuves, de la part de Constable ou des Ballantyne, une critique acerbe de Jeffrc}-, le
" grand anthropophage des renommées littéraires," dans la Revue d'Edimbourg, } eut-être la copie de présentation que Byron lui expédiait de son poème "Gain" dédié à Scott, ou bien quelques autres des œuvres du noble Lord ; une ballade de Moore ; une ode de Wordsworth ; une lettre de Johanna Baillie ; un billet du duc de Wellington ou de Castlereagh ; ou peut-être, ce qui lui était également précieux pour son vaste musée et sa superbe bibliothèque, une armure antique, un sabre historique ou un Elzevir de la part de son ami de Londres, le spirituel comédien Terry. Tous ces objets pendant plus de quinze années s'achemineront vers l'antre "du Grand Magicien," à Abbostford, où les premiers hommes de lettres, tant de l'Angleterre que de l'étranger, se feront un plaisir d'aller s'asseoir ; où des ducs et des pairs, tiendront à hoiTneur d'aller déposer leurs hommages, aux pieds de cet homme, l'ami du peuple, issu de lui, connu sous nul autre nom que celui de "Shérif de Selkirk," et qui n'a encore d'autre signe de noblesse que celui que Dieu a imprimé sur son front ; d'autre parchemin que celui du génie, la royauté du génie. Chaque jour les équipages les plus somptueux affluaient dans les cours et les avenues d'Abbotsford. Les armoiries des ducs, des princes, des ministres d'Etat se confondront avec les modestes coupés et les cabriolets des simples hommes de lettres. — En 18 17, un touriste, auquel Scott montra une bienveillance toute particulière, traversait l'océan en route pour Edimbourg — le bon Washington Irving, écrivain justement cher aux citoyens de la grande République, notre voisine. En 18 19, le prince Léopold de Saxe-Cobourg, s'arrêtait sous les chênes de Scott, pour écouter le doux murmure de la Tweed et les accents encore plus doux du chantre de Marmion et de Rokeby. Puis, en 1820, au milieu de mille visiteurs moins haut placés dans la hiérarchie sociale, on y voyait le jeune et infortuné prince Gu-tave Wasa de Suède, accompagné du baron Porlier. Vers ce temps, les têtes couronnées envoyaient à Scott leur salutation, et le
prince Régent, dont Scott, par invitation spéciale, avait souvent été le commensal à Londres, de 18 14 à 1818, lui faisait offrir la charge de Poctc LaiLrcat.
Les £1^0 de pension, avec la traditionnelle tonne de Malvoisie, aurait peut-être tenté l'illustre et jovial poète, si cette charge à ses yeux n'eût eu un côté ridicule. Faire un poème élogieux chaque année à jour donné en l'honneur du prince régnant, qu'il fût ou non un bon prince, était une contrainte qui allait mal à la noble indépendance du poète. Aussi dans une lettre de refus qui restera, à tout jamais, comme un modèle de délicatesse pour la forme et le fond, adressée au secrétaire privé du prince, son bienveillant protecteur, Scott déclina l'honneur offert " en faveur de ses confrères en poésie, moins favorisés du côté de la fortune." En 18 14, Scott fit un voyage mémorable aux parages de Staffa et d'Orkney dans les Hébrides, comme un des commissaires pour s'enquérir de l'état des Phares sur les côtes de l'Ecosse, comme si nos bardes aimés, MM. Fréchette, Lemay ou Chapman, recevaient du gouvernement, mission de prendre en août le " Napoléon III " et de faire rapport sur les phares du St-Laurent, de Québec au Détroit de Belle Isle. Le voyage fut fort fructueux pour l'ill'istre romancier et valut à la littérature son beau roman The Pirate.
En 181 8, Abbotsford tout vaste qu'il fut, devenait trop étroit pour héberger les essaims sans nombre de visiteurs qui, par l'eL'tremise de ministres d'Etat ou de nobles lords, patrons des lettres, avaient réussi à se procurer une entrée. C'est alors que John Ballantyne, l'associé secret de Scott, imagina l'idée de convertir sa pittoresque villa, Haruiony Hall, en succursale, pour les pèlerins distingués en littérature, mais sans parchemins nobiliaires. Le jovial bachelier y donnait de recherchés petits soupers, gais, succulents, parfois pas trop rangés ; Scott y venait ou n'y venait pas, selon que les épreuves ou la copie le harcelait ou non. James Ballantyne prenait aussi sa part du fardeau et donnait
des dîners plus modestes, mais fort attrayants aux amis de Scott. Dans sa respectable demeure se rencontrait comme DU minores, un autre club d'admirateurs du poète : Erskine, Terry, George Hogarth et consorts.
Cette généreuse hospitalité, à Abbotsford et aux succursales avait ses charmes sans doute, mais elle devenait, poussée à l'excès, lourde, écrasante même, au chapitre de la dépense. Les Ballantyne qui ne fournirent que bien peu, -quant à Vactif, dans le bilan financier des affaires, semblaient croire que ces banquets étaient indispensables pour exploiter avec profit, les talents transcendants de leur associé secret — Scott. On verra plus tard l'influence que cette maison eut sur la destinée du grand écrivain.
L'hospitalité princière d' Abbotsford donnait quelquefois lieu à de curieux incidents où se révélaient la bonté de cœur du maître. Un jour sans préméditation, trois des plus fières duchesses de ia Grande Bretagne séjournaient au Château : mais l'une, la Duchesse de St-Albàns (^Mlle Burdett-CouttSyl fille de l'opulent banquier^ millionnaire elle-même, y était arrivée une journée avant ses deux collègues ; n'étant pas noble de vieille roehe, la Duchesse de St-Albans, que Scott estimait fort, risquait d'être traitée avec hauteur par les deux miladies, dont les ancêtres avaient débarqué à Hastings, avec Guillaume le Conquérant. Scott comprit cela dès qu'il vit le froid accueil que recevait son hôte, sa Grâce la Duchesse de St-Albans. Après le repas, il tira à l'écart dans une embrasure de fenêtre, la plus jeune des deux fières duchesses — une des beautés régnantes de la cour du ton ; il lui parla avec la même franchise qu'un père en userait envers sa fille, lui disant " Votre Grâce, je sais les manières des geijs fashionables : elles manquent quelquefois de charité envers le prochain. Il est impossible que vous ayiez l'intention de blesser la duchesse de St-Albans qui était mon hôte ici avant votre arrivée. Je m'adresse à vous de préférence, parce que je sais que vos procédés, ici, feront la
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loi ; vous me comprenez, n'est ce pas ?" La noble jeune femme le remercia avec beaucoup de candeur ; quelques instants plus tard, elle escortait elle-même au piano Miss Burdett-Coutts, la duchesse de St-x-\lbans. Tout changea de suite, et parmi la nombreuse compagnie, c'était à qui ferait le plus de civilités à l'opulente Duchesse.
Si toutes les duchesses voyageaient comme Miss Burdett- Coutts, il est difficile d'imaginer ov. logeait tout ce monde : elle s'était mise en route pour visiter Scott, avec une douzaine de carosses, pour ses filles d'honneurs, servantes, etc., et ses malles : une amie heureusement lui conseilla d'en laisser la moitié au village voisin, attendu que si chaque visiteur entrait à Abbotsford suivi de douze caresses, i\ serait impossible de trouver un gîte pour tous à la fois.
Des nobles comme quelques-uns de ceux de la Grande Bretagne avec $3,000 par jour de rente, comme le marquis de Westminster par exemple, peuvent facilement oublier cette éternelle question de la finance qui nous harasse touô — nous autres infortunés mortels, qui ne sommes ni ducs, ni marquis de la Grande Bretagne.
Couronnons ce chapitre sur le château d'Abbotsford par un incident de la carrière de Scott, qui dut lui causer une joie réelle. Le prince régent, devenu George IV^ monta sur le trône en 1820 ; il crut qu'il ne pouvait inaugurer son règne d'une manière plus populaire, qu'en conférant un titre de baronet à un écrivain, dont le nom porté sur les ailes de la renommée, Commençait à pénétrer dans toutes les parties du monde, et dont les œuvres étaient traduites dans toutes les langues connues ; Scott devint Sir Walter Scott, baronnet.
Scott, en outre d'un revenu assuré de $8000 par année, avait dii retirer $53,000 de bonne heure de ses poésies ; c'était, il est vrai, rien à comparer aux profits que ses trente-deux romans, en 100 volumes, devaient rapporter à lui ou à ses exécuteurs-testamentaires, c'est-à-dire au rap-
port de Lockhart et de Howitt ; un demi-milion]^de louis sterling, $20,000,000.
C'était vraiment le budget d'un souverain dans le royaume des lettres. Quand un écrivain peut compter sur i^5oo,oOO sterling, par la vente de ses livres, il semble qu'il lui soit permis d'avoir la fantaisie d'une terre et d'un château bien monté.
Le château d'Abbostford, avec ses fîères tourelles — ses vastes cours ornées, ses curieuses galeries de peintures — sa salle à manger, assez vaste pour admettre un baron des anciens temps, et sa retenue entière — sa riche bibliothèque, — était, non seulement, un centre d'attraction, une princière hôtellerie pour les grands, — princes-, ducs, marquis, c'était encore un lieu de pèlerinage vénéré au loin par les hommes de lettres — qu'ils fussent millionnaires comme Rogers — ou pauvres et roturiers, comme James Hogg, surnommé, à cause de ses poésies pastorales X Ettrick Shepherd. — Tous étaient les bienvenus, fussent-ils nés près des "pics coiffés de nuages ' de Morven — les "rives fleuries de la Seine, chantées par Madame Déshoulières — les près verdoyants de la Germanie chers à Goethe — ou les forêts d'Amérique célébrées par Fenimore Cooper et Washington Irving.
Le barde d'Abbostford avait décliné respectueusement le titre de " Poète Lauréat " que le roi George IV lui fit offrir, avec la pension annuelle de iî^300 y adjointe " en faveur, com.me il le dit, de ses confrères au Parnasse moins favorisés que lui, du côté de la fortune." Plût au ciel que son noble cœur, s'en fût tenu là ! Non seulement sa bourse fut réitérément ouverte au génie, ce qui était bien ; mais ce qui l'était moins, ce fut sa générosité constante envers des écrivains en détresse ; ce furent les frais ruineux dans lesquels Scott, par bienveillance, se laissa entraîner, en se chargeant lui-même du coût d'impression des œuvres de plusieurs confrères.
Revenons à Abbotsford. Au haut du portique étaient
gravées les armes de la famille ; en guise d'une des portes de cour, on voyait la massive porte de l'ancienne prison d'Edimbourg — le Tolbooth — si célèbre dans son roman Heart of Mid LotJiian ; à l'intérieur, s'élevait la statue en pierre du célèbre chien Maida, avec l'inscription préparée par Scott ; à l'angle opposé, une fontaine ornée de symboles du même genre. Les bustes des Césars et autres objets apportés de l'étranger, étaient disposés le long d'une galerie côtoyée par un chemin couvert. Voilà pour la cour ; voyons l'intérieur du château. Le portique copié sur celui de l'ancien palais de Linlithgow, était orné de ramures de cerfs. Le vestibule à l'intérieur, un véritable musée d'antiquités : les panneaux des cloisons, étaient ceux enlevés à l'ancienne église de Dumferline, et la chaire où avait prêché le réformateur John Knox, sciée en deux, servait de chiffonnier entre les trumeaux des fenêtres. Les murs entiers de ce vestibule étaient garnis d'armures — de trophées d'armes ; on y rencontrait aussi le bois d'un orignal d'Amérique— probablement un don de son frère Thomas, payeur en 1817, da 70e régiment, stationné à Kingston, et inhumé au cimetière St-Mathieu, Faubourg St-Jean, à Québec, en 1823.
A la gauche près de la porte, étaient deux cuirasses, deux étendards et des aigles, obtenus ^ par Scott sur le champ de bataille de Waterloo, qu'il avait visité quelques semaines après ce mémorables combat. Au côté opposé, brillaient deux armures complètes, l'une italienne, l'autre anglaise de l'ère de Henry V. Près de cette dernière, il y avait un énorme sabre à deux tranchants, long presque de six pieds, une relique du champ de bataille de Bosworth. En face de la porte, était l'âtre de cheminée en pierre ; il était modelé sur une arche de l'abbaye de Melrose : la grille, était celle de l'archevêque Sharpe, mis à mort par les Covenanters ; auprès, œuvre romaine, une massive chaudière de camp. Les écussons des ancêtres de la famille de Scott brillaient aux arches pointues : à l'endroit
OÙ il y avait des vides, se lisait la devise : nox alta velat. Les chiffres de ses meilleurs amis : Erskine, Morritt, Rose, s'enlaçaient au tour du cintre d'une des portes et sur la corniche étaient blasonues les armes des vieux chefs de Clans, en Ecosse, avec de patriotiques inscriptions ; Scone Palace avait fourni les chaises ; la cotte de mai-lles de Cromwell pendait aux murs. Une table, près d'une fenêtre où les visiteurs inscrivaient leurs noms, avait pour tapis la dépouille d'un énorme lion fauve ; elle lui venait de l'Afrique méridionale — un don de son ami Thomas Pringle. Un des lambris avait été copié sur celui de l'abbaye de Melrose.
Disons un mot de la bibliothèque — noble salle aux plafonds en beau cèdre, avec lustres suspendus artistement ciselés, d'après des dessins des abbayes de Rosslyn ou de Melrose. On y voyait trois bustes — celui de Wordsworth — celui de Shakespeare : un tableau représentant le fils aîné de Scott, avec son costume de hussard : aussi, une lampe suspendue, provenant des ruines d'Herculanum. Il y avait de plus deux fauteuils italiens en buis : provenant du palais Bor^hèse, à Rome ; les autres sièges étaient en ébène : elles lui avaient été présentées, avec un: riche secrétaire en ébène, par le roi George IV.
Sur une table de porphyre, reposait une grande urne, en argent, contenant des os trouvés au Pirée, en Grèce ; l'inscription faisait connaître que c'était un présent de Lord Byron.
Mille autres souvenirs d'amitié frappaient la vue : «ne superbe collection des classiques latins, présentée par J. Ballantyne ; des volumes de grande prix, par le roi George IV ; des exemplaires offerts en don parles auteurs, sans nombre.
Les rayons de la bibliothèque contenaient à peu près 20,000 volumes, entre autres des MSS de prix sur les insurrections de 17 15 et de 1745, en Ecosse.
Le portrait de Lady Scott — celui de Sir Walter avec
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ses deux chiens, par Raeburn — celui de Miss Ann Scott, ainsi qu'une précieuse table de forme antique, surmontée d'un vase de marbre transparent, frangé d'or — un don de l'auteur de Childe Harold, et la table d'ébène déjà mentionnée, un souvenir de George IV, ornaient le salon de réception
La chambre dea armes était fort curieuse à voir ; il faudrait un volume pour tout décrire ; c'était là surtout que la main qui avait tracé VVaverley avait laissé sa marque. Notons en passant quelques objets. Voici une antique serrure en bois qui a appartenu à la prison de Selkirk ; voilà une petite boîte qui jadis fut la propriété de la belle et infortunée Marie Stuart ; un petit coffre-fort trouvé au palais de Holyrood ; une carabine que l'ami de Scott, Sir Humphrey Davy avait possédée. A côté, se remarque la bourse de Rob Roy et son fusil — fort long —portant les initiales R. M. C. (Robert MacGregor Campbell.) Dans im coin est le magnifique sabre à fourreau d'argent que les citoyens d'Edimbourg présentèrent à Sir Walter, comme marque de reconnaissance pour les services qu'iU avait rendus à la ville lors de la visite du roi de la Grande Bretagne, George IV, ea 1823 ; aussi le sabre de Charles I, lequel plus tard passa au marquis de Montrose. Dans ce voisinage, se trouve un faisceau de claymores et plusieurs grands sabres allemands, employés aux exécutions en ce pays,et qu'il s'était procurés des exécuteurs des hautesœuvres, de l'Allemagne. Il y avait aussi la flasque du roi Jacques I ; les vis et autres instruments de torture que les Covenanters employaient, dans leurs persécutions religieuses ; la couronne de fer du martyr Wishart ; les pistolets de Napoléon I, oubliés dans son carosse, à Waterloo ; les pistolets de Claverhouse, tout en acier, incrustés d'argent selon la m»ode d'alors ; deux fortes clefs de la geôle d'Edimbourg, trouvées après l'incendie des portes, quand la populace exécuta le capitaine Porteous.
La salle à manger contenait une singulière peinture de
la tête de l'infortunée reine d'Ecosse, Marie Stuart, après la décollation. Sir Walter en faisait beaucoup de cas, l'artiste se nommait Amias Cawood ; il avait su prêter à cette tête sanglante une beauté encore plus grande que celle que l'histoire accorde à la victime d'Elisabeth d'Angleterre. Il y avait aussi en cet appartement d'anciennes toiles représentant la belle Nell G\\ynn, Lord Essex, les poètes Thomson, Dryden, Prior, Gay ; Cromwell comme jeune homme ; le duc de Montmouth ; Charles XII de Suède ; Walter Raleigh ; Henriette d'Angleterre, épouse de Charles I ; Ann Hyde, épouse de Jacques II ; Hogarth ; Lucy Walters, une des maîtresses de Charles IT, mère du duc de Montmouth, etc., etc. Ce serait à n'en plus finir, pour qui entreprendrait de décrire tout ce que renfermait le curieux château. Il n'est donc pas étrange si les lettrés et les touristes accouraient, pour errer en un si délicieux Eden, ce temple de bon ' goût, de l'hospitalité, ce pittoresque musée ; mais il y avait encore une bien plus grande merveille à contempler, la noble présence du fameux magicien lui-même dont la baguette avait -tiré du chaos tant de féeriques spectacles. Cette ronde incessante de visiteurs auxquels Scott donnait non-seulement ses matinées, mais encore ses veillées, n'avait-elle pas ses dangers pour sa bourse et pour ses travaux littéraires ? Lockhart le laisse clairement entrevoir : "Jamais, le patriarche de Ferney, à l'apogée de sa gloire, n'eut à subir autant d'interruptions ; •encore, il est constaté que Voltaire n'hébergeait que rarement ceux qui le venaient voir et rarement même leur accorda-t-il le privilège de dîner avec lui." Si la vie intime de Scott nous est si bien connue, il ne faut pas s'en étonner. Comme le Dr Johnstone, Scott trouva un incomparable biographe; Lockhart, sans avoir le pinceau exquis de Boswell, le biographe de Johnstone, était une des lumières littéraires d'Edimbourg. Les Noctcs Avibrosianœ de Wilson, lui doivent quelques-unes de leurs scènes les plus attrayantes,
et Blackwood's Magasine fondé en 1817, contient de remarquables écrits, par Lockhart.
Tout en admettant l'exactitude du mot de Bufton : "le style, c'est l'homme," par rapport à Scott, le lecteur ne connaît qu'à demi le grand romancier, s'il n'a parcouru les pages où Lockhart le fait revivre. C'est là qu'on saisit sur le vif cette singulière organisation dans son éternelle jeunesse.
Walter Scott, toete. — 1796- 18 17.
La carrière littéraire de Scott se divi^^e en deux [)drties bien distinctes; la première, résume ses poésies: la seconde, ses romans historique?. Ce fut en 1796 que se faisaient entendre les premiers accents de sa muse dans les Biirgcr BallacU ; les derniers en 181 7, dans Harold tJie Dauntlcss. Parmi une infinité d'études poétiques, de moms longue haleine, ci-devant énumérées, signalons ce qui constitue les principaux monuments de sa gloire co-.û me. poète : lo. BoRDER Minstrelsv, 2o, Lay of ti-ie LAST MiNSTREL., 00. MaRMION, 4o. LaDY of THE Lake,
5o. Rokebv, 60. Lord of the Iles ; voilà les gracieux pilastres de ce masjestueux temple couronné par ia statue du barde d'Abbotsford.
L'Ecosse compte deux grands poètes, deux génies même: Burns, le poète national, mort en I796, et Scott,le suave ménestrel des temps héroïques de la vieille Calédonie.
BORDER MINSTRELSV.
lo. Le Border Minstrelsy, collection dd vieux lais, de martiales ballades, de chants nationaux, parât en trois volum s en 1800- 1-2-3. Scott avait 29 ans lorsqu'il publia le premier volume : l'on peut dire qu'il avait commencé d'en réunir les matériaux depuis sa dixième année. Il est juste de nommer un do s- s collaborateurs les plus zélés, John Leyden, mort aux Indes en 181 1, homme de génie, travailleur infatigable, savant distingué dans les langues de l'Orient.
Pour rétablir le vrai texte de ces antiques et sauvages poésies des 10e et lie siècles, il fallait un jugement sûr, une vaste érudition, un goût, Sun flair exquis. Scott réunissait ces qualités à un degré éminent; aussi, son choix de ballades, comme œuvre nationale, enrichi de précieus-'s notes, l'emporte-t-il sur les Percfs Beliqnes, Il se composait d'abord de quarante-trois ballades qui n'avaient jamais été imprimées, et les autres bien que partiellement connues aux chercheurs, étaient pour ainsi dire neuves à la généralité des lecteurs. Elles commémoraient un tissu de tragiques événements, d'aventures hardies, de bizarres peintures de mœurs, tracées avec une énergie de style, une simplicité digne des temps homériques, commentées, éclaiicies par de patientes recherches historiques et archéologiques.
Peu de temps après leur publication, Scott prenait rang à la Revue cTEdiviboitrg, fondée en 1802, comme un des actifs collaborateurs de Sydney Smith.^plus tard de Jeffrey, lord Jeffrey, — le grand- juriste, l'admirable critique — le La Harpe de l'Ecosse. Le premier écrit de Scott fut une étude sur VAjuadis de Gaule, par Robert Southey ; son second, sur Scbbald's Chronich of Scotch Poetry ; un troisième, sur Godwiu's Life of Ghaiicer ; un quatrième, sur Ellis Spécimens of EjiglisJi Poetry ; un cinquième, sur la vie et les œuvres de Chatterton.
En 1803, le poète Wordswôrth faisait à Scott une mémorable visite, au moment où il composait 1 he Lay of thc Last JMinstrel ; les deux bardes allaient ensemble examiner les ruines historiques des abbayes de Melrose et de Kosslyn. Parmi les paysans, le nom seul de Scott opérait comme un charme ; c'était à qui leur rendrait le plus de civilités ; le barde de Windermere, Wordsvvorth, était enchanté de leur réception partout où ils se montraient.
LAY Ol" TIÎE LAST MINSTREL.
2o. Dans le Lay of the Last Minstrel, la ballade grandit, prend la forme de l'épopée. Lf» poèt mf-t dans la bouche
du dernier des Ménestrtls qui aurait existé en 1690, un chant ou plutôt une série de chants d'une incomparable harmonie — d'une variété presque fastueuse. Le harpiste cassé et errant, tout en fredonnant des lais d'amour et de guerre, invoque la nature entière, les génies des bois, des fleurs, des montagnes, pour lui aider à célébrer les prouesses des chevaliers anciens — les combats journaliers que les Ecossais, livraient aux Anglais, sur la frontière des dtux pays — le Border ivarfare sur ce qu'ils appellent dehatablc land- Ce mélange de mœurs pastorales et guerrières prêtait beaucoup à la poésie lyrique. Les événenements chantés sont présumés avoir eu lieu vers 155O, et couvrent l'espace de trois jours et trois nuits. Lepoëme consiste en six chants. Il serait difficile de dire lequel est le plus beau ; plusieurs des vers sont passés dans la langue à l'état de citations et de proverbes. Le dernier chant s'ouvre avec l'élan de patriotisme bien connu :
" Breathes there the man, with soûl so dead, Who never to himaelf hath said This is my owu, my native land !
O Caledouia ! stern and lA-ild,
Meet nurse for a poetic child !
Land of brown heath and shaggy wood,
Land of the mountain and the flood,
Land of my sires ! what mortal hand
Can e'er untie the filial band,
That knits me to thy rugged strand !
Qui serait insensible à l'harmonie de ces stances !
La scène se passe en grande partie au château des ducs de Buccleugh — Brankholm Hall. Le jeune fils, l'héritier du duc est entraîné dans la forêt, par un malicieux page qui .fait de son mieux pour égarer le noble et courageux enfant — lequel est saisi par des ennemis. Plus tard, l'affreux page met de côté ses déguisements ^-t se trouve être un sorcier célèbre — Sir Michael Scott. Willia'nx Delorainc et JMargaret — voilà encore de ces délicieuses créations du génie de Scott qui resteront. Le La)\ avec se=î allures épiques ouvrit une ère nouvelle dans la littérature anglaise. Le Parnasse anglais réclama un poète — un grand poète de plus. Les grands de l'Ecosse, lord Melville, et autres,
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enchantés du talent de leur compatriote, lui applanirent les voies à la fortune et à l'indépendance, en le nommant Greffier des Sessions avec un traitement annuel de iJ^Soo : la fontaine d'Hippocrène était devenue un Pactole.