ROMANCIER, — 1S
Le premier roman de la série, par ordre de date, et aux yeux de plusieurs connaisseurs, le meilleur, c'est Waverly,
Sainte-Beuve.
(2) Les romans historiques do Scott, parurent dans l'ordre suivant :
Waverley, Juillet 7 1814
Guy Mannering, Février 24 1815
Tho Antiquary, Mai— 1816
Old Mortality, Décembre 1 181G
Tlie Black Dwarf, " — 181G
Kob Koy, " 31 1817
The Heart of Mid-Lothian, Juin — ISIS
A Legeud of JMontrose, Juin 10 181!)
'f he Bride of Lammermoor, Juin 10. 1819
Ivanlioë, Dec. 18 1819
The Monastery, Mars — 1820
The Abott, Sept. — 1820
(Suite sur la page suivatjfe.)
or Sixty Vears Ago. C'est en 1804 que le premier volume fut écrit ; mais comme le culte des Muses absorbait alors toute l'attention de Scott, le manuscrit en fut jeté de côté; puis relégué avec d'autres vétilles au grenier où se trouvait un vieux secrétaire qui recelait d'ordinaire l'attirail de pêche du propriétaire. Dix ans plus tard, en 18 14, Scott ayant eu occasion d'y fouiller pour se procurer des hameçons, en tira par hasard ce manuscrit oublié et tout poudreux. L'idée lui vint de le terminer ; ce qui nous a valu cette peinture si vive de l'Ecosse, à l'ère de la fameuse insurrection des Clans, en 1745, dont le but était de restaurer "sur le trône de ses pères, le Pretender, Charles Edouard. Waverly, c'est un tableau tracé de maiu de maître, où se reflètent comme dans une glace tous ces saisissants contrastes entre l'existence aventureuse des HigJilandcrs ou Montagnards et la vie paisible des Loiolanders ou habitants des plaines. Ces deu.x classes sont tout à fait distinctes par les mœurs et par la religion : le Montagnard, en général, était demeuré attaché à ta croyance de son souverain exilé ; c'était un féroce homme de guerre, un Jacobite. Le Loiulauder, au contraire, adonné aux arts pacifiques, au commerce, à l'agriculture, se retranchait avec dédain, dans le culte austère tie Wesley ou de Knox.
Waverley, le héros du roman, e.'it l'héritier d'une
Kenilwortb, .Tau. — 1821
Tbe Pirate, Dec, — 1821
The Fortunes of Xigel, Mai so 1822
Pcvoril ottho Peak. Jan. — 182.^
Quentin Durward, Juin 20 1823
St. Ronan'8 AVell, .Dec. — 1823
Ked Gaiintlet, Juin — 1824
The Betrothed '• — - 1825
The Talisman, " — .1825
AVoodstoofk " — 1826
The Drovers 1827
The Surgeon's ])aughter ... 1S27
My aunt ÎVIargaret'aMurror 1827
The Tajjestried Chamber . 1727
The I^aird's Jotk 1827
The Haghland Widow 1^27
The Fair Maid <îf Povth, Nov. — 1828
Anne ofGierstein, Mai — lS2rt
Count Robert of Paris, Nov. — 18;;i
Castle Daugeroii*, Nov. — 1831
Tous ou presque tous en trois volumes chaque.
ESQUISSES 40t
ap.cienne et opulente famille Jacobite, établie de temps immémorial au midi de l'Angleterre. Son éducation, jusqu'à ce qu'il devînt majeur,a été presqu'entièrement domestique, voire même un tant soit peu irrégulière.
Dans la solitude du toit paternel, la poésie, les décevants mirages du jeune âge avaient communiqué à son' caractère un cachet d'irrésolution contemplative jointe » beaucoup de douceur et d'amabilité ! Les partisans des Stuarts en Angleterre avaient, longtemps avant 1745.renoncé à tout espoir de voir triompher la cause du< Prctcndcr ; les protecteurs de Waverley se décidèrent à lui obtenir un brevet dans l'armée, vu que de tout tempssa famille avait montré une inclination prononcée pour la carrière des armes et que la guerre régnante promettait une promotion rapide.
Son nom fut inscrit sur le rôle comme officier de cavalerie dans un régiment alors stationné en Ecosse et qu'il rejoignit de suite. La famille Waverley comptait alors dans le Perthshire un ancien ami dans la personne de Cosmo Comyne Bradwardine, de Tully-Veolan. Par la protection des Waverley, le Baron de Bradwardine avait été tiré d'un sérieux embarras que le Procureur du Roi lui suscitait quelque temps après le soulèvement de 17 15. Le jeune héritier de Waverley-Honour fut donc accrédité par lettre auprès de ce fidèle allié de la famille, et s'en prévalut de suite pour courir saluer le seigneur de la noble maison de Tully-Veolan. Cette curieuse résidence, ainsi que le train de vie de ses excentriques maîtres seront plus tard admirablement décrits.
Le Baron, par profession était homme de robe, et par goiit, lecteur diligent des classiques latins. Mais il s'était adonné aux armes et avait fait plusieurs campagnes sur le continent. Ce qui lui avait fait combiner avec ses réminiscences classiques, le fatras de termes techniques d'un général allemand, et la désinvolture d'un mousquetaire français. Chez lui, le culte des ancêtres existait à un degré
40â SÎR WALTÊR SCOTT
éminent ; malgré ses excentricités, c'était un brave et honnête homme, un ami honorable et sûr. Sa famille ue se composait que d'une fille, douce et affectueuse créature.
Le jeune Waverley mit du temps à se faire aux allures de son excentrique vieil ami ; il sut varier son séjour à TuUy-Veolan par diverses courses dans les montagnes environnantes. On lui avait]signalé comme digne d'être vue, la caverne d'un célèbre bandit montagnard, Donald Bean Lean. Les merveilles de cet antre de Trophonius lui inspirèrent le désir de connaître encore plus en détail la manière de vivre des Montagnards d'Ecosse. Le redouté propriétaire de la caverne lui donna une lettre à l'adresse d'un chef de Clan, qui habitait un château voisin. Cet incident lui fournira l'occasion désirée de contempler, dans toute sa sauvage et étrange barbarie, la vie intime des Montagnards d'Ecosse. Le châtelain se nomme Fcrgus Vich lan Vohr, jeune homme bouillant d'ambition et de bravoure, ardemment attaché à la cause des Stuart — en ce moment profondément immiscé dans l'insurrection dont le but est de rappeler sur le trône la famille déchue. Fergus a une jeune sœur, encore plus enthousiaste que lui pour les Stuarts : elle arrive en ce moment de la cour de St- Germain. Si son patriotisme exalté frappe l'imagination de Waverley, sa ravissante beauté séduit encore phn les yeux du jeune Anglais.
Pendant qu'il boit à longs traits le poison de l'amour.des malentendus et de faux rapports sur son compte lui font perdre l'estime de son colonel : le gouvernement lui retire son brevet d'officier bien à tort. Cet affront le met dans une telle fureur que son premier mouvement le pousse à se jeter dans les rangs des insurgés conduits par Fergus. Ce dernier prend alors le parti de lui avouer le but secret de l'organisation qu'il lui avait jusqu'alors caché. Mais avant de joindre l'étendard du Pretender, Waverley veut consulter sa famille. Les autorités rendues fort alertes par les
rumeurs d'une révolte prochaine, arrêtent Waverley et l'envoient prisonnier à Stirîing. Pendant le trajet, l'escorte est attaquée et mise en déroute par un détachement de Montagnards qui expédie Waverley sous bonne garde à Edimbourg, où il est remis sain et sauf aux mains de son nouvel ami, Fergus Macivor, le commandant de la garde préposée à la siàreté de Charles-Edouard, alors en possession, avec sa cour, de l'ancien palais de Holyrood. Une combinaison de tentations .irrésistibles vient alors assaillir l'ex-officier britannique.
Froissé du traitement injuste que les autorités militaires lui ont infligé, entraîné par ses anciennes prédilections de famille, séduit par son amitié pour Fergus et le violent amour qu'il ressent pour Flora Mcivor, autant que flatté des civilités que le galant Prince d'Ecosse lui fait, il se décide d'unir sa destinée à celle de Fergus et rejoint l'armée des Montagnards, comme volontaire. Bientôt il éprouve un vif contre temps : son ardeur pour Flora n'est pas partagée. La belle adorable n'a pour lui que de l'indifférence ; la cause de Charles- Edouard commande toute l'énergie de son être. Il est bien constaté que la sœur de Fergus est de glace pour Waverley : elle ne vit, son â;ne passionnée ne respire que pour voir triompherje " roya; exilé." A la cour, à Holj'rood, Flora avait une amie Rose Bradwardine. Rose n'avait pas le farouche patriotisme de Dora, triais elle en avait la beauté. Rose soupiiait en secret pour le malheureux amant de Flora, elle ne réussissait pas toujours à cacher sa sympathie ; de son côté, Waverley se sentait, à son insu, attiré chaque jour vers la fille du baron de Bradwardine. Ecoutons le dialogue échangé un jour entre les deux amies, bien qu'il nous soit impossible de rendre en français l'arôme, le coloris poétique du texte anglais. Le dernier trait surtout respire la rêverie, les doux regrets. Rose envie à son amie l'heureuse destinée que l'amour de Waverley lui prépare : car elle croit que Waverley finira par épouser Flora. " Waverley sait se
battre, dit Flora mais les entreprises nobles et
périlleuses n'eurent jamais d'attrait pour lui. Il ne fut jam.ais devenu le célèbre Sir Nigel, son ancêtre : il aurait pu devenir le panégyriste, le chantre de Sir Nigel., Je vais te dire, mon amie, où Waverley brillera. Sa place à lui, sa vraie sphère, c'est le foyer domestique où il savourera l'abandon du cercle de famille, les loisirs littéraires, les passe-temps exquis de Waverley-Hoxour. Il y réta-. blira la vieille bibliothèque dans le style gothique le plus pur; il en garnira les rayons de volumes rares et précieux. Il dessinera des plans de châteaux, des paysages, composera des vers, élèvera des temples, creusera des grottes au milieu de son jardin. Pendant une nuit sereine d'été, on leverra appuyé, pensif, aux colonnades de son castel,contemplant les biches sauvages errantes au clair de la lune, dans son parc, ou endormies sous l'ombre de ses vieux chênes ;■ et là,il répétera à sa jeune et belle épouse, suspendue à sonbras, des staoces poétiques. Et l'homme heureux, ce sera lui." "Et la femme heureuse, hélas ! ce sera elle," pensa en soupirant la pauvre Rose, changeant de suite le sujet dela conversation.
Waverley bientôt se met en marche, à la suite de la petite mais vaillante armée de Charles-Edouard et se signale à la bataille de Preston : au fort de la mêlée, il lui arrive de sauver la vie à un colonel anglais que des Montagnards avaient désarmé. Ce brave militaire se trouve être un ami intime de la famille de Waverley. Le colonel anglais reproche au jeune Waverley d'avoir déserté son pavillon. Waverley lui rappelle qu'il est inutile de luiparler de la sorte, qu'il ne saurait abandonner la cause des Stuart, fût-elle désespérée. Toute cette scène est variée d'une foule d'incidents secondaires : une querelle, un attentat sur la vie de Waverley, une réconciliation entre lui et le bouillant Fergus Mcivor, et l'insurrection continue. Bientôt vient l'engagement de Clifton; pendant l'obscurité, la petite armée du prince Charles-Edouard tombe dans
■^des embuscades et, après une lutte désespérée, plusieurs des chefs restent prisonniers entre les mains ] des soldats anglais.
Waverley s'échappe à la faveur de la nuit, et après •s'être tenu caché, il se décide à aller à Londres, implorer son pardon :. mais l'officier anglais dont il avait sauvé la •vie, personKjage influent à la cour, le fait évader en Ecosse, -en attendant qu'il puisse lui obtenir un pardon,qui s'étendra également au baron de Bradwardine, impliqué dans la révolte. C'est pendant son séjour en ce pays qu'il apprend la dispersion de l'armée de Charles-Edouard, à Carlisle. Il ■fait toutes les démarches possibles pour faire amnistier son pauvre ami Fergus McIvor,condamné à être décapité ; dans la scène d'adieux entre Fergus, Flora et Waverley,le pinceau de Scott se révèle dans tout son éclat. Flora entre •dans un cloître où elle veut finir ses malheureux jours. Waverley revisite le château paternel, Waverley-Honour, •restitue au vieux baron de Bradwardine les terres de Tully-Veolan confisquées, épouse sa fille Rose, laquelle par son bonheur, voit se réaliser la prédiction de Flora.
Parmi les beaux passages de ce roman, on peut signaler la description de la caverne de Donald Bean-Lean, le brigand Montagnard ; le caractère d'Alice, la jeune fille du brigand, est aussi admirablement tracé. Les joies de courte durée, à Holyrood, où le gracieux Charles-Edouard fait les honneurs, sont habilement décrites ; la bataille de Preston, la retraite de l'armée, la querelle avec Fergus, les mystérieux présages de mort qui se manifestent au sujet du patriotique Callum Beg, voilà autant d'incidents ou de personnages, présentés au lecteur avec une vivacité de coloris sans pareil.
Waverley produisit sur le public d'Edimbourg et de Londres un sentiment d'éblouissement.
"Qui donc, s'écria Lord Jeft"rey, dans une mémorab le critique, qui donc est le mystérieux écrivain qui a composé Waverley ? Si ce n'est pas le chantre de Marmion,
nous conseillons à M. Scott de s'éveiller et de veiller à ses lauriers ; il a dans l'auteur de Waverley pour compétiteur, un génie de première classe."