‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 100 sur 131 · ER TI · texte numérisé non relu

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Downing a fait pour l'Amérique ce que KRepton, Loudon et Kent ont fait pour l'Angleterre, L'Amérique a pourtant contracté une dette de reconnaissance avec un Li éminent pépiniériste étranger, qui émigra de Hollande,

Î vers 1824, et qui dans les belles pépinières et les jardins qu'il créa à Brooklyn, près New-York, s'étudiait à fournir les plans, les plantations etc, combinant l'ordonnance du jardin avec le site et les entourages, l'art avec la nature, Sa théorie fut si attrayante et ses idées si pratiques que le public entier des Etats-Unis, en profita. Ce bienfaiteur de la nation se nommait André Parmentier ; il était frère du célèbre horticulteur, le Chevalier Parmentier, Maire d'Enghein, en Hollande, Pendant son séjour à Longlsland, Parmentier reçut beaucoup de commandes, pour plan et devis de villas et de jardins etc, Avant de fournir le plan, il allait examiuer les lieux, choisissait l'espèce d'arbres convenables au sol et à l'exposition et adoptait le plan du jardin au pays ; puis, il faisait lui-même les plantations en arbres fruitiers ou de haute futaie, On mentionne plusieurs spécimens de son savoir-faire, dans les Etats du Sud de l'Union, dans l’ouest du Canada, et même jusqu’à Montréal,

Downing affirme que Parmentier a plus fait qu'aucun utre artiste pour substituer à l'ancienne méthode, aux jardins roides, réguliers, géométriques, quelquefois bizarres, la méthode moderne des jardins naturels, le /andscape style. .

L'introduction de ce gracieux style en Amérique est donc de fraîche date,

Parmi les résidences de campagne les plu aux Etats-Unis, au commencement de ce 51 lui it surtout celle du Chancellier Livingston, C ermont, sur l'Hudson. Le Manoir de M. Livingston par ses -erres-

chaudes, ses riants jardins, surtout par une superbe plantation de robiniers (l'acacia) g'e/loiw locust tree, a plus belle de l'Amérique, était une des merveilles de cette région, On y expliquait facilement la supériorité de son horticulture ; Livingston, magnifique et digne ambassadeur de la grande République auprès des cours d'Europe, avait beaucoup voyagé à l'étranger et revenait dans sa patrie, après avoir profité de tout ce qu'il avait observé au delà des mers.

Montgomery-Place, à Barrytown, sur la rive altière bien boisée de l'Hudson, dans le voisinage de New-York est l’une des plus vieilles et des plus charmantes villas du voisinage, L: manoir a de plus un intérêt historique : ici, séjourna le brave, mais #infortuné jeune général, jadis officier anglais au 17e régiment de ligne, Richard Montgomery, lequel ainsi que ses aides-de-camp Cheeseman et McPherson, terminait si tristement sa carrière, sous le Capaux-Diamants, le 31 décembre 1775. Sa veuve vivait encore lorsque se fit, en 1818, après un lapse de quarantetrois ans, la translation des restes de son époux chéri, de Québec à New-York : le vapeur, en remontant l’'Hudson, s'arrêta devant l'antique manoir, pour saluer, en baissant son sombre pavillon, Madame Montgomery, laquelle laissée, à sa demande, seule sur le piazze, y perdit connaissance par suite de sa douleur.

À la mort de la veuve du général, cette résidence passa à son frère, M. Edouard Livingston, ambassadeur des Etats- Unis, auprès de la cour de Versailles ; puis, à sa veuve, madame Livingston.

La nature a fait encore plus que l’art pour l’embellissement de ce site : bois touffu, collines, vallons, luxuriantes plantations d'arbres variés, pâturages à perte de vue, pittoresque exposition sur la berge de l’Hudson ; bref, un paysage grandiose, champêtre, frappant à l'extrême. Les avenmes et sentiers dérobés y couvrent cinq milles en étendue et courent en tous sens autour du castel. Downing

cite encore Æ//erslie à trois milles plus bas que Rhinebeck,sur l'Hudson, remarquable par la grandeur de son ordonnance

d'après les principes de l'école moderne; Wodenethe, fameux parses décorations, ses arbres, ses arbustes variés, ses urnes, ses vases, ses sculptures, etc.; Xeswood, une propriété

de 12,000 âcres, près d’Albany, taillée, pour ainsi dire, hors

de la forêt, où M, Rathbone s'est érigé sur un tertre, une gracieuse villa, style Tudor,avec porte-cochère, même style :

on à tiré si bien partie du site et des bois d'alentour que rien de factice n’y blesse l’œii ; tout est naturel: une structure et des atours qui par leur architecture et leur munificence vous semblent emprunts d'un cachet, d’un caractère antique, et qui pourtant sont d'ordonnance, de construction récente.

Dans le faubourg nord d'Albany se voit le Aanor House du “Patroon” (tel est le titre que prend le fils aîné de l’ancienne famille Van Rensellaer), Agrandi, orné et restauré à neuf, c'est un des séjours les plus admirés de l’état de New-York ; sur la rive opposée de l'Hudson, un peu au nord d'Albany, est assise Beaverwyck, la somptueuse résidence, jadis, de Wm P. Van Rensellaer : le plan en fut conçu par un architecte du nom de Diaper. Une riche collection de bois étrangers, disposés en mosaïque, en pare le salon et le vestibule, lequel au moyen d’un escalier en marbre, condtut à de vastes salles à l'intérieur, peintes à fresque ; les serres et conservatoires de Beaverwyck sont renommés à cause de leur étendue et de leur magnificence.

À Tarrytown, l’on voit Swwayside, (1) la résidence chérie, maintenant historique de Washington Irving, une des plus nobles intelligences de la florissante République voisine,

(1) Sunnyside a dû reproduire quelque chose de ces superbes parcs anglais dont Irving nous a légué dans son Sketch Book, une si admirable description :

“Nothing can be more imposing than the magnificence of English park scenery. Vast lawns that extend like shects of vivid green, with here and there chlumps of gigantic trees, beaping up rich piles of foliage ; the solemn p>xnp of groves and woodland glades, with the deer trooping in silent herds across them ; the hare bounding away to the covert ; or the pheasant, suddenly bursting on the wing : the brook taught to wind in natural meanderings or expand into a glassy lake : the sequestered pool, reflecting the quiviring trees, withthe yellow leaf sleeping on its bosom, or the trout roaming fearlessly about its limpid wrters, whilst some rustic temple or sylvan statue, grown green and dank with age. gives an air of classic sanctity to the seclusion."?

(Rural Life in England, WASHINGTON IRVING.)

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et l'habile et . conscientièux biographe de George Washington, le père de cette répubiique, Un dédale de charmants sentiers sauvages circule en ‘ous sens, au sein de coulées ombreuses, sur les hauteurs ensoleii'ées, ou le long des rives pittoresques de la rivière; les pèlerins du continent entier accourent en foule pendant la belle saison, à ce site féérique, le beau idéal d’un cottage orxe, où expirait en 1859 l'aimable et philosophique raconteur du S£etck Book, l'éloquent historien de Christophe Colomb, etc.

Je n'en finirais pas si j'essayais de vous enumérer tous les pittoresques castels, les nobles résidences, les parcs privés ou publics, les riants jardins que le luxe ou 2 bon goût a fait naître chez nos voisins.

Perdant un court séjour que je faisais récemment à Boston et où j'eu; occasion de visiter plusieurs des sites les plus attrayants en dedans et au dehors de cette charmante cité, je notai bien des merveilles en fait d’horticuiture ; j'eus occasion de me convaincre que, sans encourir de grandes dépenses, il y a une foule d'améliorations dans Ja culture de nos fermes, dans l'ordonnance de nos jardin: en Canada, que nous pourrions facilement introduire.

Le premier conservatoire de fleurs, autour de Québec, au rapport du Dr P, Bender, vit le jour au commencement du siècle, à l'Asile Champétre, sur les buttes-à-Nepveu, Grande-Allée, où résidait feu Jos. Frs. Perrault, son aïeul, le pionnier et le généreux patron de l'éducation chez le peuple : une savante horticulture régnait également dans le jardin, qui avait une étendue de quatre arpents et était entouré d’une haute muraille,

Vers le même temps, un riche négociant de Québec, feu M. Henry Atkinson, l'ancien président de la Société d'Horticulture de Québec, et que je crois pouvoir nommer à bon droit le père de l’horticulture artistique, parmi nous, avait ajouté à son pittoresque manoir, (maintenant la résidence de M, Amos Bowen) au haut de la falaise du Cap Rou-

ge, un petit réduit en verre,chauffé à l’eau chaude, où il cultivait ses chères fleurs en hiver, longtemps avant l’époque où il avait, à Spencer Wood, ses mémorables étalages de fleurs, de fruits. ses jets d’eau etc.

L'élégante, la lettrée, la magnifique châtelaine de Spencer Wood, Mdme Perceval, pendant son long séjour à cette radieuse villa, a dû sans doute varier de fleurs au moyen en serre, et de volières, aussi bien qu'avec la littérature et la musique, la monotonie de nos longs hivers, au temps où son amie, Mme Peter Sheppard y allait chaque semaine pincer de la harpe, pour les habitués d'alors : les Mathew Bell, les Caldwell, les Uniacke, les Baby, les DeSalabery, les DeGaspé, les Sheppard de Woodfield, les Vanfelson, les de la Naudièrre, les Taylor, les Montizambert etc.

Dans ma jeunesse, on associait d'ordinaire trois noms fort connus aux jardins ornés les plus en renom autour de Québec : l’hon. William Sheppard, conseiller législatif, littérateur, antiquaire, ornithologue, établi sur l'antique domaine de Monseigneur Dosquet et du juge Adam Mabane, depuis 1816.

J'ai eu le plaisir de faire sa connaissance : un jour, en juin 1865, il vint me convier à l'accompagner dans une course qu’il méditait et que nous fimes pour étudier les fougères variées qui croissent sur la rive du ruisseau Saint Denis. Un revers de fortune, en 1847, le forçait de déguerpir de Woodfield et de dire adieu à ses livres, à ses fleurs, à ses oiseaux, pour aller se réfugier à Fairymead, Cantons de l'Est, où sa mort eut lieu en 1867.

Le second de ces horticulteurs distingués fut feu M. Henry Atkinson, propriétaire de Spencer Wood et de Spencer Grange, pendant près d'u. quart de siècle, décédé à Nice, France, en 1865 : le troisième, feu James Gibb, propriétaire du beau domaine de Bellevue, où le couvent de Bellevue a été depuis bâti, à Ste-Foye, Ce domaine avait été acquis par M. Gibb, vers 1840, de M. George Vanfelson, juris-

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consulte distingué de Québec, plus tard, juge de la cour Supérieure. M. Gibb décéda en 1858.

En 1849, le Major Douglas, officier de génie et Professeur au collège militaire de West Point, E. U, vint à Québec et traça le plan du beau cimetière Mount Hermon, à Sillery : cet homme de goût avait aussi fourni le plan de “(rreenwood Cemetery,” près de New-York et du cimetière public d'Albany. Il fut l'hôte de feu M. Atkinson, à Spencer Wood. Les propriétaires des villas environnantes utilisèrent les talents du Major Douglas, pour l'ornementation de leurs parcs et de leurs jardins.

Vous savez que la création, l'ordonnance d'un grand jardin naturel, selon les règnes sévères du goût, exige une parfaite appréciation du paysage, aussi bien qu'une convenance des objets entre eux et au site auquel on les destine.

Grâce aux habiles jardiniers que l'Angleterre et surtout l'Ecosse nous a envoyés, nous pouvons admirer autour de Québec un genre de culture fort soigné, de riches conservatoires pour les fleurs tropicales en hiver, de vastes et belles serres-chaudes où murissent sous Je verre, le raisin le plus délectable, des pêches succulentes, de suaves nectarines {brugnons), des abricots, des bananes ; des ananas d'un goût et d’un arôme exquis; des figues, etc. et dans les couches souterraines, de la rhubarbe, des champignons, d'appétissantes salades, au temps des frimas,

Il va sans dire que ce genre de culture suppose chez les maîtres, d'amples ressources pécuniaires,

Je vous entends vous écrier, cher M. Joly : est-ce que vous voudriez implanter chez nos bons cultivateurs, le luxe des vieux pays ?

Nullement, chez nos: cultivateurs, vous répondrai-je, Je laisserai ce luxe aux élus de la fortune. Mais il est un genre de jardins, des améliorations horticoles et agricoles, tout à fait à la portée du peuple de nos campagnes et qui ne ferait qu'augmenter, sans dépenses notables, la somme

de son bien-être, ainsi que la valeur de l'héritage qu'il destine à ses enfants.

Ce que je veux, c'est le reboisement des terres à bois, la protection des forêts contre l'incendie, la plantation d’arbres forestiers pour donner de l’ombrage, de la fraîcheur au toit domestique, en été, ainsi qu'aux bêtes de la ferme dans les pâturages, pendant la canicule ; l’ornementation de la nécropole rurale,la création à côté du joli jardinet à fleurs, de riches vergers, un choix judicieux d'arbres fruitiers.

Il y a trop de bons traités sur le siyle et l'ordonnance des résidences et dus jardins, soit simples ou ornés, pour qu’il me soit nécessaire de fournir sur ce sujet des règles precises, Je terminerai donc ce rapide coup-d'œil sur la théorie et la pratique des jardins, par un intéressant tableau d’un jardin négligé et d'un jardin amélioré, emprunté à Morel, judicieux spécialiste en cette matière, comme enseignement et sujet de comparaison :

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