‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 99 sur 131 · GE · texte numérisé non relu

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pieds. Les voyageurs ont dépeint les serres de Schœænbrunn comme les plus belles du monde.

Le comte de Findlater, noble Ecossais, qui résida longtemps près de Dresde,dota la Saxe de structures réchauffées, pour la végétation ; les premières, pense-t-on, érigées en dehors de la Grande-Bretagne : on parla longtemps aussi des grands conservatoires du Duc d’Aremberg, à Enghien et des jardins botanniques de Bruxelles, bien que sous le rapport de l'exécution, de l'étendue et du plan,ils paraissent minimes, comparés aux structures semblables élevées depuis en Angleterre.

Quant à la priorité, l’on ne doit pas oublier, que dès 1643, le célèbre botaniste Jungerman fit ériger un jardin d'hiver, à Altorf, en Saxe, lequel à cette époque passa pour être le plus beau jardin de l'Allemagne et dès 1620, Solomon Caus, le plus éminent jardinier-artiste d'alors, se proposait non seulement de construire une superbe orangerie dans les grands jardins d’Heiïdelberg, mais encore de la chauffer à la vapeur, tel que l’on peut le voir en référan’, au livre qu'il publia “ Hortus Palatinus Heidelbergiæ ” et qui en contient les plans et devis.

Le style anglais, landscape gardening, c'est-à-dire des jardins d’après la nature, (1) s’introduisit rapidement en Allemagne après avoir pris racine en Angleterre, et soit à raison des fortunes des Barons, l'esprit d'imitation ou autre cause, il est certain que, la nouvelle méthode y jeta de plus profondes racines, que dans le reste du continent en dehors de la Grande-Bretagne,

L'Allemagne a donné le jour à des hommes éminents par leur science et leurs écrits, comme artistes-jardiniers : un des mieux connus est M. F, L. Von Schell, de Munich,

() La langue, dit Morel, n'a pas encore adopté de mot pour désigner l'artiste qui professe cet art tout nouveau, elle n'en a pas mème pour le genre de jardin dont il s'agit, qu'on appelle, par opposition au genre régulier, jardin anglais, parce que l'Angleterre a été 1a première nation de l'Europe à l’adopter, Je suis donc obligé de me servir du nom de jardinier, auquel j'ajouterai quelquefois l’epithète d'artiste pour éviter l'équivoque, et celle de a nature, pour le genre de jardin qui est l’objet de cet ouvrage. Un jardin is a la nature pour modèle n’est pas plus anglais que français : la nature est de tous

es pays.’’

THÉORIR DES JARDINS. Tome I. P. 35.

auteur d'un traité plein de mérite intitulé : ‘“ La formation des jardins, comme art de goût et d'agrément.” L 3 * * En Russie, tout sévère que soit le climat, plusieurs nobles favorisés de la fortune, et le Czar, lui-même, ont des serres-chaudes et des jardins fort étendus : ceci ne remonte

pas au delà de Pierre-le-Grand, Depuis ce monarque, tous

les styles de jardin ont trouvé en ce pays, droit de cité : à présent, celui de jardin anglais introduit par la fameuse Impératrice Catherine en 1768, y prédomine, Storch décrit comme suit le grand jardin d'hiver du palais Taurida, à St-Petersbourg : “ Le long d’un côté du vestibule se trouve le jardin d'hiver, énorme structure en verre, excepté le. toit séparé de la grande salle par une rangée de colonnes seulement. Comme il fallait de toute nécessité que la toiture fut appuyée sur des pilastres, on a déguisé ces derniers sous la forme de palmiers : des tuyaux en plomb enfouis sous terres, ou cachés dans les murs mêmes et dans les pilastres renferment le calorique, l’eau chaude. Les allées de ce jardin serpentent au seii de haies couvertes de fleurs, ou d’arbustes aux fruits vermeils ou dorés et suivent les mille et un accidents du terrain qu’on y a pratiqués, de manière à vous menager sans cesse de nouvelles perspectives. Quand l'œil du spectateur est las de contempler tant de richesses végétales, il lui est loisible de se recréer par la vue de quelque exquise merveille de l'art. Ici, c'est un buste ciselé par un sculpteur grec: là, c'est un essaim de poissons rares se jouant dans des bocaux de crystal. On quitte ces derniers pour penétrer dans une grotte garnie de glaces où se reflètent toutes ces objets sous mille aspects divers : ou bien,l’on se trouve face à face avec un obelisque construit de miroirs, qui reproduit tous les couleurs de l'arc-en-ciel. L'air tiède, le parfum et l'éclat des fleurs, le calme voluptueux qui règne en ce séjour enchanté, vous fera rêver aux délicieux bosquets de l'Italie, tandis que le paysage au dehors du verre qui vous entoure,

glacé par le froid,indique une température arctique.” Gorinski, jadis une des somptueuses résidences de la famille Razamousky,possède des serres vastes et magnifiques,adhérant au palais comme des ailes ; elles sont d’une étendue telle que nulles serres en Angleterre ne les surpassent, si l'on en excepte celles du Palais de Kew, celles de Chatsworth, appartenant au duc de Devonshire, et celles du Xegenfs Park, à Londres, (1)

L'ordonnance des jardins selon les règles de rart et du goût ne remonte guère au delà du règne d'Henri VITI, qui fonda Nonesuch, dans le comté de Surrey, comme résidence royale, Au rapport de Hentzner, les jardins de cette villa possédaient des jets d'eau, des treillis en fer, des alcôves de verdure, des colonnes, des pyramides en marbre, Nonesuch avait un enclos potager entouré d'un mur haut de quatorze pieds ; en avant du château, il y avait un boulingrin protégé par une balustrade en pierre.

On y découvre des traces de parterres et de ce bizarre : ornement, connu comme labyrinthe (pratiqué plus tard à Versailles) sous Henri III et même sous le règne de la reine Elisabeth.

Nonesuch n'était pas le seul grand jardin artistique au temps d'Henri VIII. Evidemment la théorie des jardins s'était développée avant cette ère, tel qu'il appert par les écrits de Daines Barrington, Hentzner, Leland, Hollinshed, etc.

Les anciens jardins en Angleterre, par leur ordonnance, leur arbres, leurs décorations reflétaient les mœurs du temis.

Nonesuch, Théobald, Greenwich, Hampton Court, Hatfield, Moor-Park, Chatsworth, Beaconsfield, Cashiobury, Ham et plusieurs autres, dit William Howitt, se dressaient avec cette majestueuse mise en scène que le roi Henri et la reine Elizabeth admiraient. C'est là que se promenailent les Surrey, les Leicester, le beau Essex, ces magni-

(@) The Book of the Garden, Charles MeIntosh.

fiques nobles de la dynastie Tudor, les Dames élégantes, les verts gallants de Charles IT : c'est là qu'avaient lieu leurs amoureuses réunions où s'échangeaient les tendres propos tous ces doux rêves des amants, là où l’on venait compter, fleurettes, en côtoyant des allées artistement alignées, sous l'ombre discret de vertes alcoves, entourés d'objets sculptés en pierre, en plomb ; de fontaines jaillissantes ; de cascades, d'arbres artificiels en cuivre dont les rameaux vous inondaient d'une abondante rosée ; mille surprises, mîlle merveilles horticoles se cachaient sous ces grandioses terrasses ombragées d’arbres, ornées d’obelisques, de pyramides, de balustrades dorées : objets et accompagnements bien” faits pour à charmer la vue de ceux ou celles qui portaient brodequins de soie, fardingales, jabots, éventails, culotte courte et pourpoint brodé.

Ce fut probablement l'Italie, dont les décrets faisaient la loi en Europe, en fait de jardins qui légua cet art à. l'Angleterre,

On a trouvé des indices non équivoques de jardins artistement formés en Ecosse, même au sixième siècle : les moines y pratiquèrent cet art et y introduisirent des pays lointains des plantes exotiques : cet art disparut avec la suppression des monastères sous Henri VIII. Jacques I, de retour en Ecosse, après sa captivité en Angleterre, implanta dans son royaume la méthode des jardins anglais.

On voit encore dans la vallée, au bas de Sterling Castle, site jadis des jardins du roi, les restes d’un grand jardin géométrique. :

Au jardin royal de Hampton Court, on voit encore le labyrinthe, comme indice de l'art, au temps du Cardinal Wolsey qui en avait préparé le plan. Charles II y développa encore davantage la méthode fastueuse de LeNôtre, sous oublier le curieux labyrinthe malgré les efforts de Bacon pour faire abandonner ce style, Il est bon de noter en passant que le terme ‘“orangerie” s’em-

ployait alors en dehors de l'Angleterre comme synonime de serres-chaudes.

On semble avoir fait peu pour l'art du jardinier en Irlande, pour les grands jardins disposés selon les règles de la géométrie, où chaque arbre était planté à une distance uniforme de son voisin, où les parterres ne devaient représenter autre chose qu'un quarré ; où la ligne courbe, l'avenue sinueuse,—était inconnue, bien qu'on en trouve des traces à Thomastown, où il y avait aussi au sein du jardin, un amphithéâtre pour les représentations dramatiques ; quelqu'un même y avait introduit le styie hollau-

“dais,

On trouve au quinzième et au seizième siècles des mentions des jardins de Falkland Palace, de Scone Palace, de Holyrood House, de Morray House, etc., en Ecosse.

Ce fut aux jardins royaux de Kensington que Wyse, le jardinier du Roi et l'associé de Loudon, commença à inaugurer le méthode moderne (ou jardins d’après nature) ; Addison l'en félicita chaudement. Bridgeman lui succéda et la réforme se fit d'abord par la suppression d'arbres taillés pour simuler des objets de sculpture : les pelouses verdoyantes, les aspects sauvages, les champs cultivés prirent la place des objets artificiels (1). L'âge d'or des jardins géométriques, en Angleterre, dura depuis l'avènement au trône de Guillaume d'Orange et de la Reine Marie, jusqu'au milieu du règne de George II, vers 1740 : les jardins les plus célèbres dans Ce style-ceux de Hampton Court, de Exton Park, datent de cette ère, Les premiers exem-

® (1) Morel s'élève avec raison contre l'introduction en France des anciens jardins anglais : i

“II est peu de jardins en Angleterre où l'on ne voit des temples somptueux, des églises gothiques , il en est peu qui ne présentent des obélisques, des ponts à colonne, des reposoirs ornés de péristyles ; dans presque tous, on rencontre des grottes, des rochers factices, des tours antiques, des arcs de triomphe et surtout des ruines ; ilen est peu enfin où l’on ne se soit livré à de grands efforts pour se procurer des rivières, des ruisseaux, des lacs, des cascades. Voilà ce qui rend les jardins d'Angleterre si coûteux : ai tant de fabriques les enrichissent, elles ne les embellissent pas toujours : il arrive même le plus souvent, qu'elles surchargent le tableau et en affaiblissent l'expression ; mais que l'artiste dirigé parle goût et soumis aux vrais principes de L'art, s'y assujettisse à la marche du terrain, qu'il soit sobre sur les fabriques qui s'associent difficilement avec les scènes de la nature, qu’il prenne la nature pour guide, il embellira son pays par des jardins purs, agréables, non ruineux et cependant d'un grand effet.

(THÉORIE DES JARDINS, Tome I, P. 78.)

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, des nne, , des ilen s, des eux :

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ples en ce pays des jardins d'après nature furent le petit jardin du poète Pope, à Twickenham, sur les rives de la Tamise, près de Londres, et celui d'Addison, à Bilton, près de Rugby. Les premiers grands jardins du même genre furent prebablement, dit Mclntosh, ceux de Stowe, de Pains hill, d'Esher, de Claremont, de Hagley, de Persfield, de Woburn Farm ; Lord Kames a rendu un important service À sa patrie, en introduisant en Ecosse la nouvelle méthode de jardins,

Les jardins et les serres les plus en renom en Angleterre sont ceux de Sa Majesté, à Kew, à Frogmore; les jardins botaniques de Londres ; ceux de Regent's Park ; ceux d'Exton Hall, de Trentham et surtout les conservatoires et les serres-chaudes de Chatsworth, la princière résidence du Duc de Devonshire.

En contemplant ces magnifiques résultats, il semble difficile de préciser où seront poussés les derniers perfectionnements de l'art du jardinier, pour donner au millionnaire et à l’homme de goût des jouissances nouelles, puisqu'il sait déjà braver les saisons, les lois du climat, dans la production de légumes, etc., de fruits, de fleurs, et ménager au roi de la création un gazon perpétuel, de verts bocages : les insignes faveurs de Flore et de Pomone, lorsque la température sembie lui interdire de franchir au delà le seuil du toit domestique.

Dans notre jeune Amérique, l'art du jardinier a été pendant longtemps en souffrance, négligé. Boston, New- York, Philadelphie ont néanmoins fourni de nobles exemples de progrès en cette science,

Le judicieux Downing {1) par ses écrits à fait beaucoup pour changer l’ancien ordre de choses et pour introduire dans le plan des villas, des jardins d'hiver etc, un style d'architecture noble, recherché et aussi en unison avec la nature du climat.

(1) ‘‘A Treatise on the theory and practice of Landscape Gardening, adopted to North America, with a view to the improvement of country residences etc., by À. J. Downing, author of Designs for cottage residences.”’ 5th Edition.—New-York 1855,

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