SOUS
plus
ft 11.)
A l'instar d'un baron féodal, au milieu de vassaux complaisants, ayant pour compagnons, ses chevaux, ces chiens, ses livres, c'est là que Scott se laissait aller aux douceur: de l'existence, tandis que l'enthousiasme de ses contemporains le suivait à chaque pas, an point ou'il pouvait à peine se promener dans ses domaines, sans courir le risque d'être épié à chaque détour, par quelque touriste, quelquefois accouru des forêts de l'Amérique, pour contempler l'illustre écrivain : c'était parfois fatiguant.
O père affectueux, Ô époux, le modèle des épour, 6 illustre poète, quel monarque avait un sort aussi enviable que vous !
Sa compagne, aimable et jolie, était la châtelaine respectée d'Abbotsford, dont elle faisait les honneurs avec cette élégance innée d’une française : cet imposant château, aux nombreuses galeries ornées de tableaux, de trophées d'armes étincelantes, d’historiques et vieilles armures ; tandis qu'aux jours de grandes réceptions, le samedi surtout, le musicien attitré, le Piper d'Abbotsford, promenant, le long de la piazza son pittoresque costume de montagnard, fredonnait aux échos d'alentour, sur l'instrument national, les refrains sauvages de la Calédonie,—les chants de Fingal et d'Ossian,— Walter, le fils ainé, en aitendant son brevet d'officier de cavalerie, chasseur expert, beau cavalier, allait, chevauchant sur les rives de la Tweed, tandis que son jeune frère et ses deux sœurs cherchaient des nids dans les taillis, et que le “Sherif” muni de sa serpe, suivi de son bon serviteur, Tom Purdie, émond ut ses plantations, ou caracollait sur sa fière monture :.,..l Grey, entouré de ses amis d'enfance, Fergusson, Leyden, Shortreed, Ballantyne, faisait retentir les bois de ses joyeux refrains, de ses gaillardes chansons, de ses divines ballades. O heureux poète! Le soir venu, Scott attendait avec impatience l'arrivée du postillon, lui apportant le paquet obligé d'épreuses, de la part de Constable ou des Ballantyne, une critique acerbe de Jeffrey, le
“ grand anthropophage des renommées littéraires,” dans la AXevne d'Edimbourg, peut-être la copie de présentation que Byron lui expédiait de son poème “Cain” dédié à Scott, ou bien quelques autres des œuvres du noble Lord ; une ballade de Moore ; une ode de Wordsworth ; une lettre de Johanna Baillie ; un billet du duc de Wellington ou de Castlereagh ; ou peut-être, ce qui lui était également précieux pour son vaste musée et sa superbe bibliot hèque, une armure antique, un sabre historique ou un Elzevir de la part de son ami de Londres, le spirituel comédien Terry, Tous ces objets pendant plus de quinze années s'achemineront vers l’antre “du Grand Magicien,” à Abbostford, où les premiers hommes de lettres, tant de l'Angleterre que de l'étranger, se feront un plaisir d'aller s'asseoir ; où des ducs et des pairs, tiendront à honneur d'aller déposer leurs hommages, aux pieds de cet homme, l'ami du peuple, issu de lui, connu sous nul autre nom que celui de ‘“Sherif de Setkirk,” et qui n'a encore d'autre signe de noblesse que celui que Dieu a imprimé sur son front ; d'autre parchemin qu» celui du génie, la royauté du génie. Chaque jour les équipages les plus somptueux affluaient dans les cours et les avenues d’'Abbotsford, Les armoiries des ducs, de: princes, des ministres d'Etat se confondront avec les modestes coupés et les cabriolets des simples hommes de lettres. —En 1817, un touriste, auquel Scott montra une bienveillance toute particulière, traversait l'océan en route pour Edimbourg-—le bon Wa-hington Irving, écrivain justement cher aux citoyens de la grande République, notre voisine, En 1810, le prince Léopold de Saxe-Cobourg, s’arrêtait sous les chênes de Scott, pour écouter le doux murmure de la Tweed et les accents encore plus doux du chantre de Marmion et de Rokeby. Puis, en 1820, au milieu de mille visiteurs moins haut placés dans la hiérarchie sociale, on y voyait le jeune et infortuné prince Guitave Wasa de Suède, accompagné du baron Porlier, Vers ce temps, les têtes couronnées envoyaient à Scott leur salutation, et le
prince Régent, dont Scott, par invitation spéciale, avait souvent été le commensal à Londres, de 1814 à 1818, lui faisait offrir la charge de Poire Lauréat.
Les £300 de pension, avec la traditionnelle tonne de Malvoisie, aurait peut-être tenté l'illustre et jovial poète, si cette charge à ses yeux n'eût eu un côté ridicule. Faire un poème élogieux chaque année à jour donné en l'honneur du prince régnant, qu'il fût ou non un bon prince, était une contrainte qui allait mal à la noble indépendance du poète. Aussi dans une lettre de refus qui restera, à tout jamais, comme un modèle de délicatesse pour la forme et le fond, adressée au secrétaire privé du prince, son bienveillant protecteur,. Scott déclina l'honneur offert ‘en faveur de ses confrères en poésie, moins favorisés du côté de la fortune.” En 1814, Scott fit un voyage mémorable aux parages de Staffa et d'Orkney dans les Hébrides, comme un des commissaires pour s’enquérir de l'état des Phares sur les côtes de l'Écosse, comme si nos bardes aimés, MM. Fréchette, Lemay ou Chapman, recevaient du gouvernement, mission de prendre en août l+ “ Napoléon III ” et de faire rapport sur les phares du St-Laurent, de Québec au Détroit de Belle Isle, Le voyage fut fort fructueux pour l'illistre romancier et valut à la littérature son beau roman 7%e Pirate.
En 1818, Abbotsford tout vaste qu'il fut, devenait trop étroit pour héberger les essaims sans nombre de visiteurs qui, par l'entremise de ministres d'Etat ou de nobles lords, patrons des lettres, avaient réussi à se procurer une entrée, C'est alors que John Bailantyne, l'associé secret de Scott, imagina l'idée de convertir sa pittoresque villa, //armony
Hall, en succursale, pour les pèlerins distingués en litté-
rature, mais sans parchemins nobiliaires. Le jovial bachelier y donnait de recherchés petits soupers, gais, succulents, parfois pas trop rangés ; Scott y venait ou n’y venait pas, selon que les épreuves ou la copie le harcelait ou non. James Ballantyne prenait aussi $a part du fardeau et donnait