‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 104 sur 131 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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des dîners plus modestes, maïs fortattrayants aux amis de Scott. Dans sa respectable demeure se rencontrait comme Dii minores, un autre club d’admirateurs du poète : Erskine, Terry, George Hogarth et consorts.

Cette généreuse hospitalité, à Abbotsford et aux succursales avait ses charmes sans doute, mais elle devenait, poussée à l'excès, lourde, écrasante même, au chapitre de la dépense, Les Ballantyne qui ne fournirent que bien peu, quant à l'actif, dans le bilan financier des affaires, semblaient croire que ces banquets étaient indispensables pour exploiter avec profit, les talents transcendants de leur associé secret—Scott. On verra plus tard l'influence que cette maison eut sur la destinée du grand écrivain.

L'hospitalité princière d’'Abbotsford donnait quelquefois lieu à de curieux incidents où se révélaient la bonté de cœur du maître. Un jour sans préméditation, trois des plus fières duchesses de la Grande Bretagne séjournaient au Château : mais l’une, la Duchesse de St-Albans (Mille Burdett-Coutts) fille de l'opulent banquier, millionnaire elle-même, y était arrivée une journée avant ses deux collègues ; n'étant pas woble de vicille roche, la Duchesse de St-Albans, que Scott estimait fort, risquait d'être traitée avec hauteur par les deux siladies, dont les ancêtres avaient débarqué à Hastings, avec Guillaume le Conquérant. Scott comprit cela dès qu'il vit le froid accueil que recevait son hôte, sa Grâce la Duchesse de St-Albans. Après le repas, il tira à l’écart dans une embrasure de fenêtre, la plus jeune des deux fières duchesses— une des beautés régnantes de la cour dx ton ; il lui parla avec la même franchise qu'un père en userait envers sa fille, lui disant “ Votre Grâce, je sais les manières des geus fashionables : elles manquent quelquefois de charité envers le prochain, Il est impossible que vous ayiez l'intention de blesser la duchesse de St-Albans qui était mon hôte ici avant votre arrivée, Je m'adresse à vous de préférence, parce que je sais que vos procédés, ici, feront la

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loi ; vous me comprenez, n'est ce pas ?” La noble jeune femme le remercia avec beaucoup de candeur ; quelques instants plus tard, elle escortait elle-même au piano Miss Burdett-Coutts, la duchesse de St-Albans. Tout changea de suite, et parmi la nombreuse compagnie, c'était à qui ferait le plus de civilités à l’opulente Duchesse,

Si toutes les duchesses voyageaient comme Miss Burdett- Coutts, il est difficile d'imaginer où logeait tout ce monde : elle s'était mise en route pour visiter Scott, avec une douzaine de carosses, pour ses filles d’honneurs, servantes, etc. et ses malies : une amie heureusement lui conseilla d’en laisser la moitié au village voisin, attendu que si chaque visiteur entrait à Abbotsford suivi de douze carosses, i] serait impossible de trouver un gîte pour tous à la fois.

Des vobles comme quelques-uns de ceux de la Grande Bretagne avec $5,000 par jour de rente, comme le marquis de Westminster par exemple, peuvent facilement oublier cette éternelie question de la finance qui nous harasse tous —nous autres infortunés mortels, qui ne semmes ni ducs, n° marquis de la Grande Bretagne.

Courc..nons ce chapitre sur le château d’Abbotsford par un incident de la carrière de Scott, qui dut lui causer une joie réelle. Le prince régent, devenu George IV, monta sur le trone en 1820 ; il crut qu'il ne pouvait inaugurer son règne d’une manière plus populaire, qu’en conférant un titre de baronet à un écrivain, dont le nom porté sur les ailes de la renommée, commençait à pénétrer dans toutes les parties du monde, et dont les œuvres étaient traduites dans toutes les langues connues ; Scott devint Sir Walter Scott, baronnet,

Scott, en outre d'un revenu assuré de $8000 par année, avait dû retirer $53,000 de bonne heure de ses poésies ; c'était, il est vrai, rien à comparer aux profits que ses trente-deux romans, en 100 volumes, devaient rapporter à lui ou à ses exécuteurs-testamentaires, c’est-à-dire au rap-

port de. Lockhart et de Howitt ; un demi-milion de louis sterling, $20,000,000,

C'était vraiment le budget d’un souverain dans le royaume des lettres. Quand un écrivain peut compter sur 4500,000 sterling, par la vente de ses livres, il semble qu'il lui soit permis d’avoir la fantaisie d’une terre et d’un château bien monté.

Le château d’Abbostford, avec ses fières tourelles--ses vastes cours ornées, ses curieuses galeries de peintures — sa salle à manger, assez vaste pour admettre un baron des anciens temps, et sa retenue entière—sa riche bibliothèque, — était, non seulement, un centre d'attraction, une princière hôtellerie “pour les grads,—princes, ducs, marquis, c'était encore un lieu de pèlerinage vénéré au loin par les hommes de lettres—qu'ils fussent millionnaires comme Rogers—ou pauvres et roturiers, comme James Hogg, surnommé, à cause deses poésies pastorales l'Æftrick Shepherd. — Tous étaient les bienvenus, fussent-ils nés près des “pics coiffés de nuages’ de Morven—les ‘“‘rives fleuries de la Seine, chantées par Madame Déshoulières—les près verdoyants de la Germanie chers à Goëthe—ou les forêts d'Amérique célékrées par Fenimore Cooper et Washington Irving.

Le barde d'Abbostford avait décliné respectueusement le titre de “ Poète Lauréat ” que le roi George IV luifit offrir, avec la pension annuelle de £300 y adjointe “en faveur, coinme il le dit, de ses confrères au Farnasse moins favorisés que lui, du côté de la fortune.” Plût au ciel que son noble cœur, s’en fût tenu là! Non seulement sa bourse fut réitérément ouverte au génie, ce qui était bien ; mais ce qui l'était moins, ce fut sa générosité constante envers des écrivains en détresse ; ce furent les frais ruineux dans lesqueis Scott, par bienveillance, se laissa entraîner, en se chargeant lui-même du coût d'impression des œuvres de plusieurs confrères.

Revenons à Abbotsford. Au haut du portique étaient

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gravées les armes de la famille ; en guise d’une des portes de cour, on voyait la massive porte de l'ancienne prison d'Edimbourg—le Tolbooth—si célèbre dans son roman Heart of Mid Lothian ; à l'intérieur, s'élevait la statue en pierre du célèbre chien Maida, avec l'inscription préparée par Scott ; à l'angle opposé, une fontaine ornée de symboles du même genre. Les bustes des Césars et autres objets apportés de l'étranger, étaient disposés le long d'une galerie côtoyée par un chemin couvert. Voilà pour la cour ; voyons l'intérieur du château. Le portique copié sur celui de l’ancien palais de Linlithgow, était orné de ramures de cerfs, Le vestibule à l'intérieur, un véritable musée d’antiquités : les panneaux des cloisons, étaient ceux enlevés à l'ancierhe église de Dumferline, et la chaire où avait prèché le réformateur John Knox, sciée en deux, servait de chiffonnier entre les trumeaux des fenêtres. Les murs entiers de ce vestibule étaient garnis d'armures—de trophées d'armes ; on y rencontrait aussi le bois d'un orignal d'Amérique-—probablement un don de son frère Thomas, payeur en 1817, du 70e régiment, stationné à Kingston, et inhumé au cimetière St-Mathieu, Faubourg St-Jean, à Québec, en 1823.

À la gauche près de la porte, étaient deux cuirasses, deux étendards et des aigles, obtenus par Scott sur le champ de bataille de Waterloo, qu'il avait visité quelques semaines après ce mémorabies combat. Au côté opposé, brillaient deux armures complètes, l'une italienne, l’autre anglaise de l’ère de Henry V. Près de cette dernière, il y avait un énorme sabre à deux tranchants, long presque de six pieds, une relique du champ de bataille de Bosworth. En face de ia porte, était l’âtre de cheminée en pierre ; il était modelé sur une arche de l’abbaye de Melrose : la grille, était celle de l'archevêque Sharpe, mis à mort par les Covenanters ; auprès, œuvre romaine, une massive chaudière de camp. Les écusscns des ancêtres de la famille de Scott brillaient aux arches pointues : à l'endroit

où il y avait des vides, se lisait la devise : vor alta velat. Les chiffres de ses meilleurs amis : Erskine, Morritt, Rose, s'enlaçaient au tour du cintre d’une des portes et sur la corniche étaient blasonnés les armes des vieux chefs de Clans, en Ecosse, avec de pa’: iotiques inscriptions ; Scone Palace avait fourni les chaises ; la cotte de mailles de Cromwell pendait aux murs, Une table, près d’une fenêtre où les visiteurs inscrivaient leurs noms, avait pour tapis la dépouille d’un énorme lion fauve ; elle lui venait de l’Afrique méridionale—un don de son ami Thomas Pringle. Un des lambris avait été copié sur celui de l’abbaye de Melrose,

Disons un mot de la bibliothèque—noble salle aux plafonds en beau cèdre, avec lustres suspendus art$tement ciselés, d’après des dessins des abbayes de Rosslyn ou de Melrose. On y voyait trois bustes—celui de Wordsworth celui de Shakespeare : un tableau représentant le fils ainé de Scott, avec son costume de hussard : aussi, une lampe suspendue, provenant des ruines d’'Herculanum. Il y avait de plus deux fauteuils italiens en buis : provenant du palais Borghèse, à Rome ; les autres sièges étaient en ébène : elles lui avaient été présentées, avec un riche secrétaire en ébène, par le roi George IV.

Sur une table de porphyre, reposait une grande urné, en argent, contenant des os trouvés au Pirée, en Grèce ; l'inscription faisait connaître que c'était un présent de Lord Byron.

Mille autres souveuirs d'amitié frappaient la vue : une superbe collection des classiques latins, présentée par J. Ballantyne ; des volumes de grande prix, par le roi George IV ; des exemplaires offerts en don par les auteurs, sans nombre,

Les rayons de la bibliothèque contenaient à peu près 20,000 volumes, entre autres des MSS de prix sur les insurrections de 1715 et de 1745, en Ecosse,

Le portrait de Lady Scott—celui de Sir Walter avec

ses deux chiens, par Raeburn—celui de Miss Ann Scott, ainsi qu'une précieuse table de forme antique, surmontée d’un vase de marbre transparent, frangé d'or—un don de l'auteur de Childe Harold, et la table d’ébène déjà mentionnée, un souvenir de George IV, ornaient le salon de réception

La chambre des armes était fort curieuse à voir ; il faudrait un volume pour tout décrire ; c'était là surtout que la main qui avait tracé Waverley avait laissé sa marque. Notons en passant quelques objets. Voici une antique serrure en bois qui a appartenu à la prison de Selkirk ; voilà une petite boîte qui jadis fut la propriété de la belle et infortunée Marie Stuart ; un petit coffre-fort trouvé au palais de Holyrood ; une carabine que l'ami de Scott, Sir Humphrey Davy avait possédée, A côté, se remarque la bourse de Rob Roy et son fusil—fort long—portant les initiales R. M. C. (Robert MacGregor Campbell.) Dans un coin est le magnifique sabre à fourreau d'argent que ies citoyens d'Edimbourg présentèrent à Sir Walter, comme marque de reconnaissance pour les services qu'il avait rendus à la ville lors de la visite du roi de la Grande Bretagne, George IV, en 1823 ; aussi le sabre de Charles [, lequel pius tard passa au marquis de Montrose. Dans ce voisinage, se trouve un faisceau de claymores et plusieurs grands sabres allemands, employés aux exécutions en ce pays,et qu'il s'était procurés des exécuteurs des hautesœuvres, de l'Allemagne. Il ÿ avait aussi la flasque du roi Jacques I ; les vis et autres instruments de torture que les Covenanters employaient, dans leurs persécutions religieuses ; la couronne de fer du martyr Wishart ; les pistolets de Napoléon I, oubliés dans son carosse, à Waterloo ; les pistolets de Ciaverhouse, tout en acier, incrustés d'argent selon la mode d'alors ; deux fortes clefs de la geôle d'Edimbourg, trouvées après l'incendie des portes, quand la populace exécuta le capitaine Porteous,

La salle à manger contenait une singulière peinture de

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la tête de l’infortunée reine d'Ecosse, Marie Stuart, après la décollation, Sir Walter en faisait beaucoup de cas, l’artiste se nommait Amias Cawood ; il avait su prêter à cette tête sanglante une beauté encore plus grande que celle que l'histoire accorde à la victime d’Elisabeth d'Angleterre. Il y avait aussi en cet appartement d'anciennes toiles représentant la belle Nell Gwynn, Lord Essex, les poètes Thomson, Dryden, Prior, Gay ; Cromwell comme jeune homme ; le duc de Montmouth ; Charles XII de Suède ; Walter Raleigh ; Henriette d'Angleterre, épouse de CharlesT; Ann Hyde, épouse de Jacques IT ; Hogarth ; Lucy Walters, une des maîtresses de Charles If, mère du duc de” Montmouth, etc. etc. Ce serait à n'en plus finjr, pour qui entreprendrait de décrire tout ce que renfermait le curieux château, Il n'est donc pas étrange si les lettrés et les touristes accouraient, pourerrer en un ci délicieux Eden, ce temple de bon goût, de l'hospitalité, ce pittoresque musée ; mais il y avait encore une bien plus grande merveille à contempler, la noble présence du fameux magicien lui-mème dont la baguette avait tiré du chaos tant de féeriques spectacles. Cette ronde incessante de visiteurs auxquels Scott donnait non-seulement ses matinées, mais encore ses veillées, n’avait-elle pas ses dangers pour sa bourse et pour ses travaux littéraires ? Lockhart le laisse clairement entrevoir : “Jamais, le patriarche de Ferney, à l'apogée de sa gloire, n’eut à subir autant d’interruptions ; encore, il est constaté que Voltaire n’hébergeait que rarement ceux qui le venaient voir et rarement même leur accorda-t-il le privilège de dîner avec lui.” Si la vie intime de Scott nous est si bien connue, il ne faut pas s’en étonner, Comme le Dr Johnstone, Scott trouva un incomparable biographe; Lockhart, sans avoir le pinceau exquis de Boswell, le biographe de Johnstone, était une des lumières littéraires d'Edimbourg, Les Voctes Ambrosianæ de Wilson, lui doivent quelques-unes de leurs scènes les plus attrayantes,

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et Hlackivood's Magasine fondé en 1817, contient de remarquables écrits, par Lockhart,

Tout en admettant l'exactitude du inot de Buffon : “le style, c'est l'homme,” par rapport à Scott, le lecteur re connait qu'à demi le grand romancier, s’il n'a parcouru les pages où Lockhart ie fait revivre, C'est là qu'on saisit sur le vif cette singulière organisation dans son éternelle jeu: ne-se,

WALTER SIOTT, POETE,—1706-1817.

La carrière littéraire de Scott se divise en deux parties bien distinctes ; la première, résume ses poésies: la seconde, ses romans historiques. Ce fut en 1796 que se faisaient entendre les premiers accents de sa muse dans les DBürger Ballads ; les derniers en 1817, dans //erol& the Dauntless,. Parmi une infinité d'études poétiques, de moins longue haleine, ci-devant énumérées, signalons cè qui constitue les principaux monuments de sa gloire co'nme poéte : lo, BORDER MINSTRELSY, 20. LAY OF THE LAST MINSTREL., 80, MARMION, 40, LADY OF THE LAKE, 90, ROKEBY, Go, LORD OF THE ILES; voilà les gracieux pilastres de ce masjestueux temple couronné par la statue du barde d'Abbotsford,

L'Ecosse compte deux grands poètes, deux genies même: Burns, le poète national, mort en 1796, et Scott,le suave ménestrel des temps héroïques de la vieille Calédonie.

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