‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 121 sur 131 · FRS EC · texte numérisé non relu

FRS EC

LES LACS DE CUMBERLAND, ETC.—LES RUINES DE MEL- ROSE ABBEY.—ABBOTSFORD, LE CHATEAU DE SIR WALTER SCOTT.

À l'Honorable Juge Routhier,

Cher Juge,

J'ai lu avec un vif intérèt votre volume ‘“ 4 Travers l'Europe” Vous y passez en revue, entr'autres contrées,.que vous avez visitées,la patrie de cette infortunée reine, Marie Stuart, Le temps vous a probablement manqué pour comprendre dans votre examin,la région si pittoresque des lacs anglais, le château féodal et le lieu de sépultur près Edimbourg de l'‘“Arioste du Nord,” Sir Walter Scott : cette page de mes impressions de voyage, permettez moi dg vous l'offrir, avec quelques remarques préliminaires,

Je crois vous l'avoir déjà dit ; les œuvres, surtout jes romans historiques de cet homme célèbre avait faient mes délices, longtemps avant l'ère où notre habile raconteur, M. DeGaspé esquissait son héros écossais Archy Locheil dans les ‘“Azciens Canadiens.”

Ces belliqueux chefs de clans, les Fraser, les Campbell, les McDonald, les McGregor, les Mclherson, avaient pour moi un attrait tout particulier, J'éprouvais aussi un vif désir de contempler Edimbourg la belle, que mon aïeui maternel et le protecteur de mon enfance M. Daniel McPherson avec une pardonnable partialité, me peignait comme la plus romanesque des cités quant aux points dc vue, sans oublier sa rue princière (Prince’s street)—la plus belle rue c'e l'Europe, se plaisait-il à répéter, En 1881, un de ces rêves dorés de mes jeunes années s'accompiit,

Il me fut donné de voir la patrie de Burns-—de Scott—

de Marie Stuart,—de l'austère John Knox.

J'avais souvent ouï-dire, que, en réalité, deux de ses fils avaient fait l'Ecosse—ce qu'on la trouve aujourd'hui—et, Edimbourg, la cité-reine—l'Athènes du nord : Scott et Knox.

Avant de nouer connaissance avec les sauvages splendeurs de cet heureux pays, J'avais vu, comme vous, bien des sites imposants, de féeriques spectacles. Il m'avait été donné d'admirer Paris et de contempler au grand jour ses mille merveilles qui en font la plus brillante capitale de l'Europe ; le soir, mes pas avaient erré dans l'avenue de l'opéra, les Champs Elysées, les jardins des Tuileries, éblouissants de lumière électrique, de milliers de jets de

J'avais visité les fastueuses galeries de peinture du Louvre, de Versailles, de Fontainebieau et que sais-je encore ?

De toutes ces étonnantes créations de mains d'homme, rien ne m'avait plus frappé que la majesté de ces antiques cathédrales de France, de Bruxelles, d'Anvers rt de la Grande Bretagne : Westminster-Abbey, St-Paul, les” cathédrales d'Ely, de Peterborough, surtout York Minster ; revenant sur mes pas j'avais fais étape dans les sa.ies classiques de Cambridge, les riches archives du Pritish Museum, aussi bien que dans quelques sites remarquables de l'Irlande.

Séjournant toute une huitaine dans l'antique ville de York, au moment mème où se célébrait avec une pompe extraordinaire, le cinquantième anniversaire de la fondation, à York, en 1831, de la société de savants, connue sous le nom de BRITISIT ASSOCE\FION : et qui, trois années plus tard, tenait ses séances, à Montréal ; je m'étais empressé d'aller saluer plusieur, illustrations dans les sciences et les lettres des vieux pays, ainsi qu'échanger une poignée de mains avec des amis sincères de notre Canada, fixés à Paris et à Londres.

Un ami m'avait ouvert la porte de ITenri Conscience,

ils

ESQUISSES 4sl

alors conservateur du musée Weirtz, à Bruxelles, le jour même où il publiait son centième roman.

Un des endroits dont je conserverai une douce souvenance, ce fut la région enchanteresse des Lacs, au nord de l'Angleterre, le Lakeland du Cumberland, du Westmoreland et du Lancashire,

Rien de plus riant, à la belle saison que ces gracieu:es nappes d'eau, embusquées dans les vallons de bruyère pourpre, au pied des pics sourcilleux de Helvellyn, Scawfell,Skiddaw,jalonnées de villas,sillonnées de beaux yatchs : Windermere, Ambleside, Grasmsre Coniston, Ullswater, Keswick,Derwentwater,lacs mélodieusement chantés par la brillante sequelle poétique, les Zafers, Ecole jadis fameuse, honorée de l’amère critique de Byron, dans sa satyre “English Bards and Scotch Reviewers ” et qui comptait pour grand-prêtres : Cumber!land, Wordsworth, Southey, Scott, Christopher North, les deux Coleridge, Harriet Martineau, DeQuincey, Felicia Hemans, etc.

Ces pièces d'eau dans leur plus grande étendue, n'excèdent pas quinze milles en longueur, Elles sont pourvues de somptueux hôtels qui se ferment l'hiver : l'été, les touristes y affluent ; à l'entrée des petites baies, aux bords des lacs, se balancent sur leurs ancres, des flotilles de yatch, aux sveltes mâtures, aux blanches voiles: quelques-uns sont mus par la vapeur.

Christopher North (John Wilson) a décrit avec entrain une matinée ensoleillée de mai,en 1825, où Scott, Wordsworth, Southey, Canning, prirent part à une regatte sur le lac Windermere, sous le commandement de Christopher North, vaillant admiral de la flotille où brillaient l'Æwwa, le Nautilus, la Gaselle, 'Osprey, le Garnet, et autres rapides coursiers des ondes,

Les voies ferrées, aidées d'un service quotid':n de petits vapeurs sur les lacs, vous introduisent dans ce beau pays. Une fois rendus, et pour aller par terre d'un lac au lac voisins, les touristes en bonne santé affectionnent le vehi-

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cule usité aux anciens jours : le s/age cozch, espèce de diligence fort commode,

Chaque matin, à Uix heures précises, le cors de chasse annonce le départ de ces voitures d'Ambleside pour Keswick, Grasmere, ou autre lieu d'arrêt : on y attèle trois, quelquefois quatre vigoureux chevaux ; il y a plusieurs relais le long de la route, car lé service est très ardu dans cette contrée de montagnes,

Avec une forte police d'assurance contre les accident et de bons nerfs, le trajet, ou mieux la course, a ses jouissances, La diligence s'encombre de passagers jusque sur le faîte ; on sonne du cors,les chevaux,frémissants d'impatience, piaffent et prennent le galop : on s'imagine que la voiture va se rompre en pièces sur les angles de rochers qui hérissent des gorges presqu'aussi escarpées que celle où la sanguinaire épouse de Rob Roy prépara son mémo rable déjeuner ; il n'en est rien.

Lorsque le soleil aura atteint son méridien, cochers et touristes de descendre sains et saufs à quelque coquet wuiyside inn où un biftèque ou une friande côtelette arrosée de Médoc, vous reconforte énormément, tan lis que les chevaux ruisselants de sueurs, vont se reposer à l'écurie et sont remplacés par d'autres. Nous arriväm?s à Keswick, vers 1'heure P. M.: station obligée pour jies touristes, qui vont visiter la petite église de Crosthiwaithe, où reposent les cendres du lauréat Robert Southey, mort en 1843, à son manoir, dans Île voisinage, Greti ITall, qu’avait possédé, en 1801, le poète Coleridge, Voisin du mausolée de Southey, nous remarquâmes un monument plus prétentieux, celui du comte de Derwentwater, patron de l'église. La veille, j'avais visité à Rydal Mount, au lac Grasmere, la maison d'un autre lauréat, William Wordsworth, mort en 1850 et qui avait hérité des cents guinées et de la tonne traditionnelle de Canary iviue,de son prédécesseur Southey: elle est située sur une éminence, faisant face au gracieux lac, Le corps du logis est en excel-

lent état de conservation ; le pignon est presqu'invisible sous un rideau de lierre verdoyant dont je détachai une branche comme souvenir, sans me hasarder à pénétrer dans la cour, dont la porte était munie d'un avis en défendant l'accès, la seule ressource, paraît-il, du propriétaire ahuri, pour se défendre contre l’affluence des touristes, Wordsworth, ainsi que Hartley Coleridge, dorment du suprême sommeil, dans le pittoresque cimetière de Grasmere où l'onde d'un limpide ruisseau voisin semble leur murmurer ces douces paroles d'un des leurs :

# Barwds sublime Whose distant footsteps echo Through the corridors of Time. ?” Adieu, donc, bardes sublimes,voix aériennes des anciens jours ! Adieu !

À Keswick, nous reprimes la voie ferrée: après avoir traversé mille sites que le burin magique de Scott à inimortalisés

et dans quel coin de l'Ecosse,le chantre de Marmion et de Waverley, n'a-t-il pas laissé que'que lumineux reflet de sa lampe ! | la locomotive s'arrêtait vers 8.30 P. M. comme vous le dites, dans ce noir ravin sous la ville d'Edimbourg, à la gare, nommée HPacerley Station, près du ponc connu comme H'acerdey Bridge, d'où l'œil est réjoui par la vue de ces jardins gracieux à qui on a donné le nom de Iacerley Gardens, dans le voisinage de Iarerlcy Aarhet.

La fatigue du voyage, la poussière de la roûte, l'heure avancée, tout me conviait à aller chercher gite au grand hotel voisin, le H'acer/y, remettant au lendemain mes courses et mes explorations à travers le nouveau et l'ancien Edimbourg.

L'aube nous ramenait un vrai soleil d’Austerlitz : un rayon vermeille de l'aurore s'infiltrant à travers ma persienne me donnait, du côté opposé de la rue, la silhouette majestueuse du monument de Scott, ‘ l'un des plus beaux que possède l'Europe, une pyramide gothique de marbre blanc ayant quelque ressemblance avec la flèche de Strasbourg ?

comme vous le dites, Ils'élève à une hauteur de deux cents pieds. Ainsi donc, le premier à m'aborder sous tant de formes, d'emblèmes, c'était l'immortel auteur de Waverley : je le voyais en face, assis sous les arceaux de son monument, avec le costume national, un livre d'une main, une plume de l’autre, tandis que son fidèle chien, Maida, couché à ses pieds, lançait uu regard caressant à son bon maître. {a poésie, le génie, le patriotisme du grand écrivain me confrontaient dans la rue, dans, r’air, en haut, en bas, partout.

Le nom de Scott s'imposait en tous lieux, flottant au dessus de sa patrie comme un nimbe glorieux, un bouclier, un drapeau.

‘J'étais porteur de lettres à M. Thos Scott, un membre du barreau d'Édimbourg et un descendant du poëte; ces lettres m'ouvrirent bien des “portes, Remettant à quelques jours plus tard l'exploration de la cité, j’accompagnai mon courtois cicerone, qui me mena de suite à ce qui fut jadis la maison de ville de l’auteur de Waverley, No. 39, North Castle street.

Tout intéressant que fussent ces souvenirs de la résidence de ville de Scott (car là, avaient été tracées, en 1814, dans l'intervalle de quelques semaines, les pages émouvantes de Waverley) je brûlais de contempler les tours d’Abbots ford et les antiques ruines de Melrose Abbey.

Comme l’a si bien dit !> chantre de Marmion, c'est au clair de la lune qu'il faut aller jouir du charme ineffable de cette gracieuse ruine, un des plus chastes monuments du style gothique en architecture,

Je m'enfonçai donc dans ses sombres cryptes, ses salles souterraines encore plus sombres. J'y retournai le lendemain pour voir ces merveilles à la clarté du jour ; Melrose Abbey est distant d’une lieue d'Abbotsford, sur la Tiweed.

L'abbaye de Melrose, maintenant la propriété du Duc de Buccleuch, fut fondée, en 1136, par le roi David I. Elle fut octroyée par une charte royale à un ordre de moines

récemment créé en France : le monastère de Melrose était la maison-mère de tout l'ordre établi en Ecosse. Quand Edouard IT d'Angleterre, en 1332, retraita ce l'Ecosse, ses partisans firent main-basse sur les maisons religieuses et pillèrent la riche abbaye de Melrose, Pour la refaire, le roi Robert fit un don à l'abbé de Melrose de £2,000 (1) pour reconstruire l'église de St-Mary. C'est à cet acte de vandalisme que l'on est redevable de la rare beauté de ce temple, car à la date de sa reconstruction le style gothique en architecture avait atteint son plus haut point de perfection, La première église a dû être un œuvre assez grossière, puisque le monastère en entier avait été bâti dans l'espace de dix années, Les constructions allaient lentement en ces temps-là : il serait difficile de préciser le nombre d'années qu'il a fallu pour ré-edifier l'église dont les ruines charment maintenant tous les regards,

En 1384, les anglais, sous Richard IT, firent une ñruption en Ecosse : le roi logea une nuit à l'abbaye et y init le feu le lendemain matin. Il la combla de dons plus tarc, pour faire taire ses remords, espérons-le,

Le monastère de Melrose fut détruit en 1543 par le Comte de Hetford.

Une tradition va à dire que les anglais, en cheminant vers icur pays, ayant pénétré au delà des monastères de Meïrose et de Dryburgh, entendirent les cloches d'un de ces monastères qui carillonnaient pour marquer la joie des religieux, au sujet de leur délivrance ; les anglais, mécontents .c cette démonstration, se hâtèrent de revenir sur

pas et aux réjouissances des pauvres moines, succé- Jèrent bientôt le deuil et les larmes,

L'abbaye ne se refit jamais de la destruction que la Réforme introduisit dans le culte des Ecossais.

À l'époqu: de la Réforme, dit un mémoire, l'on enleva une portion des matériaux de l'abbaye pour en construire des résidences privées : les statues furent démolies en

(1) £2,000 en 1322 equivalant, à £50,000 cours actuel

: Vi

1649, et pendant nombre d'années le peuple de Melrose, allait enlever la pierre de l'abbaye, comme si c'eût été une carrière, L'on prétend même qu'il n'y a pas dans l'endroit une scule ancienne maison, où il ne se trouve dans la maçonne, une pierre de l'Abbaye de Melrosc,

Depuis que cette pittoresque ruine est devenue la propriété de la tamille Buccleuch, les choses ont changé: on à mis un terme au démolissement :'on a fait tout ce qui a été possible pour arrêter l'outrage du temps, pour préserver ce qui reste.

Le Duc de Buccleuch a fait élever autour, un mur d'une circonférence d’un mille, pour entourer et isoler cette abbaye, jadis si riche.

Cette splendide structure, pendat nombre d'années, un objet de vénération pour l'Écosse entière, est encore d'une beauté frappante, dans sa décadence, par les sculptures et les ciselures, sur les frises, les corniches et les entablatures, les chapitaux ;- on y voit, comme si le sculpteur les eût découpées, la veille, mille objets d'un fini à désespérer l'artiste le plus consommé : des roses, des lils, des fougères, le chardon d'Ecosse, des feuilles de chêne, de frène, etc, sculptées sur la pierre, avec une merveilleuse LTace.

Après un agréable trajet de trois milles de la petite ville de Melrose, en suivant le cours sinueux de la T weed, à travers une contrée onduleuse et pastorale, j'atteignis enfin Abbotsford.

Des massifs d'arbres et un accident de terrain dérobent la vue de ses tourelles : on aperçoit en arrivant seulement le castel, structure irrégulière, œuvre des fantaisies de l'illustre poëte, combiné avec le style gothique enarchitecture, Il se dresse au haut d'une terrasse en regard de la rivière Tweed,

En entrant, le concierge vous invite à inscrire votre adresse sur le régistre des nombreux visiteurs, qui viennent de tous les coins de l'univers contempler cette châse

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vénérée ; grande fut ma surprise, en découvrant que la majorité des noms inscrits, appartenaient à des citoyens de la grande république de Washington : Scott en effet compte bien des lecteurs, bien des chauds admirateurs

chez no; voisins.

Pour moi quiavait lu et relu le chef-d'œuvre de Lock-

hart, la biographie de Scott, c'était un moment solennel,

Je ne saurais vous décrire l'émotion qui m'obséda, lorsque

je franchis à la suite du concierge, le petit escalier en pierrre dont la spirale conduit à l'entrée du cabinet de travail, au

salon et à la biblicthèque de l'auteur de Waverley.

J'y trouvai l'ameublement et le contenu à peu près

comme Lockhart nous le peint et tel que l'illustre roman-

cier le laissa, lorsqu'il disait adieu à Abbotsford et à ses

enfants, le 21 septembre 1832, (1) scènes que son biogra.

phe a retracées avec tant de bonheur :

Le salon d'entrée est pavé en marbre blanc et noir : des

panneaux en chène ornent les murs ; autour de la corniche

sont disposés parmi des cottes de malle, les éaussons

l'anciens chefs écossais : les Douglas, les Kerr, les Scott,

les Turnbull, les Maxwell, les Chisholm, les Elliott, Îles

Armstrong. On nous exhiba la grosse clef de la prison

d'Edimbourg, nommée Tolbooth connue sous le nom de

‘ Heart of Midlothian ;” une pendule qui avait appartenu

à la reine Marie-Antoinette ; les habits, le chapeau, jusqu'aux souliers, du romancier.

Dans l'arsenal farmory) qui sert d'antichambre à la

salle à manger et au grand salon de réception, il y a une

foule d'antiquailles : des armoiries etc, la cuirasse de Jac-

ques IV, le fusil du fameux Rob Roy, le sabre de Mont-

rose, les pistoiets de Claverhouse, le chandelier de Robert

Bruce, une cassette, jadis la propriété de la reine Marie,

aussi bien que des armes indiennes.

** About half past one P, M., on the 21st september (1832) Sir Walter breathed his

last in the presence of all his children, It was a beautiful day, so warm that every window was wide open, so perfectly still, that the sound, at all times most delicious to his ear, the gentle ripple of the Tweed over its pebbles, was distinctly audible as we

knelt around his bed, and his eldest son kissed and closed his eyes."

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