NOS QUATRE HISTORIENS MODERNES
fournira l'occasion d'esquisser en quelques lignes la carrière, le génie, les traits distinctifs de ceux de nos écrivains modernes que l’on peut considérer comme les pères et les créateurs de nos annales : Bibaud, (1) Garneau, (2) Ferland (3) Faillon. (4) Je les mentionne d’après leuf ordre chronologique. Rien de plus naturel au Canadien-Français que de tenir aux us et coutumes, aux traditions, à l’idiôme de ses pères, La situation toute exceptionnelle que le sort des armes, en 1759, lui a faite en le transformant en sujet Britannique ; l'attitude plus qu’indifférente, presque hostile où il se trouve vis-à-vis de cette colossale république voisine, Anglo-Saxonne de langage, de culte, de mœurs, de traditions ; le douloureux souvenir de l’accueil que les races latines ont même de nos jours rencontré en Amérique, témoins : le sort tragique de Maximilien, et ce terrible cri de ralliement de nos voisins, le Manifest Destiny, (5) qui n'attend qu'une circonstance favorable pour retentir de nouveau, tout semble de nature à tenir les descendants de la vieille France en éveil; et si leurs pères,retranchés derrière les traités de 1759et 1763, ont trouvé sous l'égide de la Grande Bretagne, paix et sécurité, les fils, par leur fidélité au nouveau souverain aussi bien que par leur persistance à lutter pour leurs droits, ont su conquérir et trouver dans la nouvelle constitution de 1867, de nouvelles garanties, plus d'espace, plus de liberté,
La voix de Lafayette et de Rochambeau, les arguments spécieux de Franklin et de l’Evêque de Baltimore,Carroll, au siècle dernier,ont bien pu préoccuper le Canadien- Français un instant, mais le séduire—jamais ! Sentinelle
() Histoire du Canada, M. HBibaud, 1ère Edition, 1841-43.
(2) Histoire du Canada, F.-X Garneau, 1ère Edition 3 Vol., 1845.
(3) Cours d'Histoire du Canada, J. B A. Ferland., 3-Vols., 1861.
(4) Histoire de la Colonie Française en Canada, Imprimerie Poupart, Davy & Cie, Paris, 1865.
[5] Le Manifest Destiny, séduisante figure de rhétorique, lâciée sans doute pour regaillarder bien des ‘‘ quatre juillets ?’ futurs, par un des Présidents les plus marquants des Etats-Unis, M. Munroe. Cette doctrine prétend assigner de par la géographie et la #“ manifeste destinée, comme apanage final à la Grande République Anglo-Saxonne, erése par George Washington et son sage aviseur, Benjamin Franklin, l'ancien Maitre- Général des Postes du Canada, le continent entier de l’Amsrique du Nord. La doctrine Munroe’’ n’est pas encore un fait aocompli ! sachons le biens
incorruptible, il est resté fidèle au vieux drapeau de l'Angleterre en 1755. {lle tint haut alors, comme il le fit, en 1812, comme il l'eût fait, en 1360, si sa Souveraine l'eût appelé sous les armes pour venger l'honneur de son pavillon insulté sur le tillac du vapeur Trent, par le Commodore Wilkes,. É
A mes yeux, la présence dans cette société d'une sectiora entière exclusivement réservée aux lettres françaises. signifie beaucoup ; j'y vois encore plus qu'une idée de progrès, plus même que le culte de la littérature et des sciences ; c'est pour le Canada-Français comme la réalisa tion d'un beau rève, l'épanouissement d'une sereine matinée après des nuits et des jours orageux ; c'est la justification des luttes de son passé, pour sauvegarder ce qui lui est le plus cher—sa langue, son histoire, ses institutions ; ‘enfin c'est le couronnement d'une politique impériale, juste et généreuse, où pour lui l'égalité sociale marche de pair avec la conservation de ses traditions nationales, avec le développement de sa littérature naissante.
Messieurs, je crois donc interpréter vos sentiments et les miens en répétant : ‘ Honneur au protecteur des lettres qui, plein d'amour, de respect pour l’idiome de Milton et de Shakespeare, sa langue maternelle enfin, a
su faire une si large place dans cette société à celle de
Bossuet et de Racine, qui est la nôtre ! Honneur au gén
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reux homme d'Etat, nouveau La Galissonnière, qui a su
associer à son titre de représentant d'un des plus glorieux empires modernes, celui de protecteur des Muses, d'ambassadeur du progrès intellectuel et sociai ! ”
Entrons en matière, Au noinbre des études dignes de fixer l'attention d'hommes sérieux et patriotiques, plaçons au premier rang l’histoire de son pays. Je dis ‘“ les hommes serieux et patriotiques,” car pour écrire cette histoire il faut non-seulement un esprit sérieux, cultivé, il faut en outre qu'à la science du passé, viennent s'ajouter l'amour du
beau aussi bien que l'amour de la patrie. Quel est enfin