NOS QUATRE HISTORIENS MODERNES
le secret du charme de notre historien safional, sinon ce patriotisme profond, ardent, dont les accents résonnent à l'oreille, comme le son de la trompette sur le champ de bataille ? En parlant de Garneau, un (1) de nos écrivains avait en effet raison de dire : ‘“ On sent partout que le frisson du patriotisme a passé sur ces pages: “ Encourageons donc surtout les études qui tendent à vulgariser, à rectifier dans ses plus petits détails l’histoire du sol qui nous a vu naître. ‘“ Les annales de notre Canada, il est vrai, n'ont pas ce cachet d'antiquité, empreint sur les pays de l'ancien continent,” a dit M. l'Abbé Ferland, * * * “Tandis que les temps historiques de l'Europe ont une étendue ou, pour mieux dire, une profondeur qui fera toujours le désespoir des archéologues, au Canada, il suffit de remonter à deux siècles et demi pour assister avec Champlain à la fondation du fort et de ‘“ l’Abitation de Kebeck, ” Un siècle en arrière et l’on arrive aux profondes ténèbres dans le sein desquelles ont pris naissance les traditions huronnes et algonquines. En revanche, l'histoire du Canada jouit d'un avantage inconnu aux histoires européennes, qui, en remontant le cours du temps, vont se perdre dans les ténèbres de la fable, Au Canada l’histoire a assisté à la naissance du peuple dont elle décrit l'enfance et qu’elle voit arriver à l’âge viril, Elle l'a connu dans toute sa faiblesse ; elle a reçu ses plaintes lorsqu'il était tout petit et souffreteux ; elle a entendu ses premiers chants de joie ; elle est préparée à le suivre et à l'encourager dans les luttes que recèle encore l'avenir.” Vous vous rappelez tous ces mémorables paroles,
Je ne saurais vous offrir, en ce moment, rien de plus acceptable, j'ose croire, qu'un rapide coup d'œil sur la vie et les œuvres de nos quatre historiens modernes : BIBAUD, GARNEAU, FERLAND, FAILLON,
[1] L'abbé H. R. Casgrain.
Bibaud
Michel Bibaud naquit à la Cote-des-Neiges, près de Montréal, le 20 janvier 1782. Issu d'une ancienne famille française qui s'étaif fixée au Canada, il fit un cours d'études au collége de St, Raphaël, et plus tard il: étudia sous le vénérable Messire Roque, Le Spcctateur Canadien, dont il
épousa de bonne heure les doctrines libérales, contient un grand nombre de ses premiers écrits.
En 1815, il fonda à Montréal l'Awrore des Canada qu'il continua de rédiger jusqu'en 1819. Dans ces deux feuilles, il formula un protèt énergique contre le projet d'union du Haut et du Bas Canada qu'on agitait alors. On trouve encore, dans les collections de nos bibliophiles, les séries mensuelles d’une publication fort populaire, fondée par lui en 1825—/«x Bibliothèque Canadicnne—répertoire anecdotique, historique et poétique, En 1830, cette utile Xetwe dut s'effacer devant le premier volume de poésies canadiennes, Æpitres, Satires, Chansons, par M. Bibaud, En 1832 parut son Magasin du Bas Canada, interrompu après deux ans d'existence, Le JWagasin du Bas Canada cut pour successeur l'Observateur Canadien. En 1842, après une précaire existence d'une année, expirait un autre enfant de sa féconde plume, l'Æxceyclopedie Canadienne. En 1843 parut ‘revue, corrigée, augmentée, ” la seconde édition de son /7istoire du Canada, sous la domination
française, dont une première édition avait vu le jour à Montréal en 1837—au fort de la tourmente révolutionnaire,
En 1844, ilfit suivre ce volume d'un autre, intitulé : Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise, Pendant tout le cours de sa longue et laborieuse carrière, M. Michel Bibaud trouvait des loisirs pour alimenter. de ses écrits la presse quotidienne, Enfin la mort
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