BIBAUD
venait surprendre ce vétéran de notre littérature, à l’âge de 75 ans, le 3 août 1857, à Montréal, dans les bureaux de l'exploration géologique du Canada, où il était employé comme traducteur français,
Je laisserai de côté les premiers essais en prose et en vers de M. Bibaud, pour aborder de suite celui de ses ouvrages qui nous intéresse le plus, son #éstoire du Canada, l'œuvre qui, au rapport de M. Larcau, rendit remarquable dans l'histoire des lettres canadiennes, l'année 1844,
Bibaud a tenté, par ce durable monument de son érudition, de rencontrer un besoin urgent, de combler une grande lacune, On avait bien l’estimable et volumineuse histoire du père Charlevoix, mais elle n'embrasse qu’une partie de nos annales et s'arrête à 1725, On avait aussi les œuvres de Smith, de Danville, de Raynal, mais ni les uns, ni les autres, ne nous ont donné une relation complète, ni exacte.
Bibaud n'a ni les profondes études de Ferland—ni l'esprit philosophique de Garneau—ni ce merveilleux don de pénétration et d'analyse qui distingue M. Faillon, Son principal mérite est d'avoir frayé la route pour ses laborieux successeurs, de leur avoir aplani la voie, en leur indiquant les sources où ils pourraient puiser.
Au reste, ceux qui lui ont succédé ont eu l'avantage de consulter des documents mis au jour trop tard pour être utilisés dans ses travaux. Car, chez nous, la découverte, la restauration de nos archives, la manifestation au grand jour des matétiaux pour notre histoire est de fraîche date.
Dans un style sobre, peu coloré, Bibaud a narré ce qui s'est passé au Canada depuis le berceau de la colonie, sans toujours jeter un coup d'œil au delà de l'océan, ou même au-delà de la frontière, pour remonter aux causes, dévoiler les motifs secrets des puissances européennes, faire ressortir l'influence que la guerre de l'indépendance des Etats-Unis a eue sur nos destinées coloniales,
M. Bibaud, étroitement associé par ses nombreux écrits en vers et en prose, à l'aurore de notre jeune littérature, laissa à son pays, à sa famille, un nom respecté, une enviable réputation.
Garneau.
D'après le “Dictionnaire Généalogique” de l'Abbé C. Tanguay, le fondateur de ia famille de François Xavier Garneau faisait partie de la nombreuse émigration venue au Canada, du Poitou, en 1633. L'aïeul de M. Garneau était un riche cultivateur de Saint-Augustin, près Québec, et son sympathique biographe, M. l’abb' Henri Raymond Casgrain, s'appuyant sur les données de M, l'abbé Tanguay, assigne, comme jour de 5a nai<sance à Québec, le 15 juin 1809. Avant d'entrer en cléricaturechez feu M, Archibald Campb:ll, notaire, le studieux jeune homme apprenait les rudiments de !1 langue dans une des écoles fondées par un homme de bien et un ami des lettres, Joseph François Perrault, dont le patriotisme et les éminents services, viennent d'itre signalés d'une manière si heureuse par le Locteur Prosper Bender, de Québec, son biographe, [1]
L'amour des voyages dévorait le jeune étudiant et après une intéressante excursion dans le Golfe Saint-Laurent, les Provinces Maritimes et le Haut Canada, en 1828, le futur historien s'embarquait pour l'Europe le 20 juin 1831. A Londres, Garneau se plaisait à assister aux débats du Parlement Impérial, où il entendit souvent parler Daniel O'Connell, Lord John Russell, Lord Stan'ey, [Sir] Robert
* Peel, Richard Lawlor Sheil, Joseph Hume, Arthur H, Roebuck.
L'Hon. Denis Benj. Viger, député par la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada auprès du gouvernement impérial, se trouvait alors à Londres, Il alla le visiter et devint plus tard son secrétaire, puis il séjourna pendant quelque temps à Paris et il repartait pour le Canada le 10 mai 1833. De retour dans ses foyers, M. Garneau s’associa comme notaire, pendant un an, avec M. Besserer, alors
(1) “ Old and New Canada,'' Dawson Bros,. Montreal.
membre de la Uhambre d'Assemblée ; puis, il entra comme comptable dans une banque ; il n’y fit que passer. Ses briliants essais poétiques : Les Oiseaux Blancs, L'Hiver, et Le Dernier Huron, datent dg cette féconde période de 1832-37. F. X. Garneau, comme poëte, n’a été apprécié qu’à demi : il est consolant de savoir que la plume élégante de M. Chauveau va tenter de mettre à sa place sur le Parnasse du Canada lillustre écrivain, En 1840, M. Garneau jetait les bases de son Æéstoire du Canada. Le premier volume ctait livré à ses avides lecteurs en 1845, le second en 18406, le troisième en 1848. Le récit s’arrêtait à l'établissement de la constitution, en 1791. M. Garneau publiait en 1852 une seconne édition de son histoire. Son travail s'arrêtait à l'acte d'Union des deux Canada f 1840). Une troisième édition de l'Æistoire du Canada vit le jour en 1859. M. Andrew Bell, de Montréal, en 1860, en donna une traduction anglaise fort peu satisfaisante, En 1855, M. Garneau faisait insére: dans les colonnes du Fournal de Québec le Voyage en Angleterre et en France. Ce fut en 1843 quese firent sentir les premières atteintes de la cruelle maladie—l'épilepsie- -qui vingt-trois ans plus tard le conduisit au tombeau. Pendant-quelque temps on le rencontra dans les bureaux dela Chambre d’Assembiée comme sous-traducteur. En 1844, il fut nommé greffier de la Cité ue Québec ; en 1846, il faillit succomber à une attaque de fièvre typhoïde. IT continua néanmoins, avec une exactitude exemplaire, à remplir les fonctions de greffier de la cité jusqu'en mai 1864. Une recrudescence de son vieux mal le força à résigner son emploi; et le Conseil de Ville lui vota, en reconnaissance des services qu'il avait rendus à la cité,une pension de retraite de 4 200 Lar année, fi décédait à Québec le 3 février 1866. En 1867, un mausolée, fruit d’une contribution nationale, recevait les restes mortels de l’illustre historien. Que vous dirais-je, messieurs, que vous ne sachiez déjà, sur la vie et
les œuvres de ce grand citoyen, de ce vrai patriote? De
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