‹ Monographies et esquisses [microforme]Chapitre 27 sur 131 · GARNEAU · texte numérisé non relu

GARNEAU

revue des découvertes, des aspirations, du progrès de trois siècles, où l'affranchissement de la peniée, le réveil des intelligences, l'émigration européenne en Amérique, sont notés et traités d+ main de maître,

Comme l’a dit un jeune et laborieux littérateur moissonné à la fleur de l’âge, Ls. M. Darveau, l’'Æistoire du Canada, par Garneau, ‘ n'es: pas seulement un livre admirable, mais c’est comme un monument impérissable où l’auteur avait gravé avec le poinçon de l'historien tous les hauts faits pour ainsi dire légendaires, toutes les actions héroïques, tous les événements mémorables, tous les travaux herculéens, toutes les découvertes presqu'incroyables dont le Canada a été le théâtre depuis sa découverte jusqu'à l'époque de l'union des deux ,provinces canad ennes en 1840. Il à fait, avec le pinceau brillant et correct d'un artiste, et en même temps avec la verve et l'entrain d'un k (l

poëte, le tableau de la découverte du Canada, la descrip-.

tion topographique du pays, des mœurs, des habitudes, l des vices, des qualités, des goûts, des aptitudes, en un mot Ë du caractère des aborigènes, enfin, des discussions, des débats parlementaires, luttes pacifiques bien qu'émouvantes et pleines de dangers et d'incertitude pour l'avenir de notre race, Ces différents sujets sont traités avec une admirable lucidité de style, des aperçus pleins de finesse et d'à propos, des déductions savantes, d’une portée remar- | quable, ”

J'aime, messieurs, à vous rappeler ce que nos intelligences d'élite ont pensé di grand écrivain.

M. Darveau emprunte à un professeur distingué, M. l'abbé Ed. Méthor, que je désirerais voir dans cette réunion, l'appréciation qu'il faisait de deux de nos historiens, Ferland et Garneau, à l'Université Lava!, à l'inauguration de son cours de littérature de 1861-62. Pour faire le parallèle

des deux historiens, il se servait d’une figure aussi belle que bien appropriée. Il comparait l’/Zistoire du Canada à | “un colnssal et magnifique palais dont l'architecture était

noble, sévère, correcte, belle et magistrale, frappant d'étonnement et d'admiration le regard du visiteur, ” et le Cours d'Histoire du Canada à “ un parc immense, ou bien encore à un grand jardin charmant, plein d'ombre, de fruits et de fleurs, où le promeneur tatigué passe et oublie les heures en parcourant à pas distraits, et sans but précis, des sentiers, des avenues resplendissants de verdure, et émaillés de fleurs et de feuillage, jusqu’à ce qu'enfin, gagné par la poésie du lieu et plongé dans une douce rêverie, il s'égare dans les mille cercles de ce labyrinthe enchanteur. ”

Ce serait téméraire de ma part de prétendre ajouter

aucune nuance, aucun ornement à ce charmant croquis de M. l'abbé Méthot.

En

Feriand

C'est à la métropole commerciale de la Province de Québec, à Montréal, que revient l'honneur d’avoir donné le jour au savant historien Ferland. Jean Baptiste Antoine Ferland naquit à Montréal, le jour de Noël, 1805. Il descendait d’une ancienne famille du Poitou, dont un des membres vint s'établir dans l'Ile d'Orléans, vers le milieu du dix-septième siècle, Son père Antoine Ferland, originaire de Saint Pierre, étant mort jeune, sa mère Elisabeth Lebrun Duplessis, fille d'un des quatre avocats qui demeurèrent en Canada après la session, alla se fixer en 1813, à Kingston, où le jeune Ferland, avec l'usage de ia iangue anglaise, apprit aussi les rudiments de la langue française, sous l'abbé Gaulin, plus tard évêque de Kingston. Puis on le trouve au coilège de Nicolet. Là, Mgr. Plessis, remarquant ses aptitudes, le choisit comme son secrétaire. Plus tard, abandonnant cette charge pour l'enseignement, le jeune lévite devient professeur de rhétorique et de philosophie au collège de Nicolet, Il reçut les ordres sacrés en 1828 et, sur le champ, fut nommé vicaire à Québec. En 1834, lors de l'épidémie du choléra, i! devint chapelain de l'Hôpital de Marine; en 1848, il était supérieur du collège de Nicolet.

Depuis 1850, il était attaché à la cathédrale de Québec, membre du conseil de l'évêque, chapelain de la garnison, doyen de la faculté des arts et professeur d'histoire du Canada à l'Université Laval, En 1854, il desservait Saint Colomb de Sillery, près Québec ; ce qui lui fournit l'occasion de publier dans ie Journal de Québec des notes historiques pour compléter le beau travail sur le commandeur de Sillery, dû à la plume de l’érudit abbé Louis Bois. Le

‘premier écrit de M. Ferland, qui révéla l'étendue de ses recherches, et la sûreté de son jugement en matière iitté-

raire, fut sa verte réplique—brochure de 79 pages—aux insinuations malveiliantes, aux données inexactes conte. nues dans l' //istoire du Canada de l'abbé Brasseur de Bourbourg, jeune prêtre français qui, en 1852, visitait le Canada. Puis parurent ses Votes sur Les Régistres de Notri Dame de Quebec, utile compilation dont le public demandait, plus tard, une seconde édition, En 1865, paraissait dans le /'oyer Canadien un travail fort précieux de l'abbé Ferland sur la Gaspésie, intitulé: Yowrnal d'un voyage sur la côte de Gaspé,” “ Voyage au Labrador,” “Louis Oliviér (ramache ; ‘en 1863, Norice biographique sur Mer, Foscp/

Octave Plessis, cvéque de Québec, C'est plus qu'une sympathique biographie d'un grand évêque, injustement attaqué par l'abbé Brasseur; c'est un résumé de l'histoire relicieuse et politique de la province de Québec, de 1791 à 1825. Son ragnum opus enfin, le Cours d'histoire du Canada 1534-1750, contenant le résumé de ses mémorables leçons comme professeur d'histoire à l’'Université- Laval, vit le jour en 1861, c'est-à-dire que le premier volume se publiait sous sa direction cette année-là, à l'atelier de M. Côte, La mort terminait à Québec, le 8

janvier 15964, les jours bien remplis de ce savant, Un

autre homme dévoue et érudit, l'abbé Chs. Laverdière, mort aussi à Québec, en 1873, se chargeait de inettre en

ordre les matériaux et les notes laissés par l'abbé Ferland.

pour le second volume de son œuvre, lequel parut à Qué-

bec en 1805,

Chez l'abbé Ferland, comme écrivain, il y a deux hom- T2 APT. 5 ’ u 4 ar k

mes tout à fait distincts, [l y a d'abord l'élégant, le gra-

cieux chroniqueur, esquissant avec une verve toute gau-

loise la carrière accidentée et mystérieuse du légendaire pirate de l'Ile d’'Anticosti, Louis Olivier Gamache, ses relations quotidiennes avec son familier, le Prince des Ténèbres, etc. Puis, la scène change, c'est un polémiste vigoureux, frappant d'estoc et de taille, donnant des ‘eçons d'histoire, quelquefois de bienséance, à un jeune

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