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NOS ANCETRES

Nos pères apportèrent avec eux, outre la Foi et la langue ancestrales, les us et coutumes, les lois et l'organisation civile et religieuse qui avaient fait de la Mère-Patrie, la plus grande nation du monde et la fille ainée de l'Eglise.

Parlant de l'émigration française en Amérique M. E. Rameau fait observer que (( ce fut un véritable démembrement de la souche des paysans français. Leurs familles, cherchées avec un soin particulier, ont transporté avec elles les mœurs, les habitudes, les coutumes et les locutions, au point d'étonner encore aujourd'hui le voyageur français ».

Le peuple missionnaire qui a jeté les premières semences de l'Évangile et les bases de notre nationalité sur les bords du St-Laurent, avait un idéal religieux et patriotique, et Dieu qui s'est servi de lui pour accomplir de grands desseins dans notre patrie avait mis dans son âme l'esprit de sacrifices et d'abnégation qui enfante les grandes actions. « S'il est des pays dont les origines ont été plus éclatantes, dit l'abbé H.-R. Casgrain, il n'en est pas assurément dont les commencements ont été marqués par de plus beaux sacrifices et de plus sublimes dévouements ».

Les nombreux historiens qui ont fait le récit des premiers établissements de la Nouvelle-France n'ont qu'une voix pour proclamer le courage indomptable, la foi robuste et le zèle inlassable des premiers colons qui furent nos ancêtres et qui restent nos modèles. <( La plupart des émigrants, dit la Mère Marie de l'Incarnation (1640) qui vinrent au Canada, paraissent y être venus principalement dans une vue pieuse et pour s'associer à une œuvre utile à la religion et agréable à Dieu ».

Et la Mère Juchereau de St-Ignace, dans l'avant propos de son histoire • le l'Hôtel-Dieu de Québec, dit que « Louis XIII ne se porta à protéger le Canada que pour y étendre la Foi et y faire servir Dieu. Il fit là-dessus un projet par relit : un apôtre ne parlerait pas avec plus de zèle. Ce fut sans doute do intentions si pures qui attirèrent tant de bénédictions du ciel sur cette colonie ; tt on a vu longtemps ['accomplissement des desseins (le ce grand Roi, parce <pi<' les sauvages s'y convertissaient tous les jours et les Français y vivaient comme les premiers chrétiens ».

Et on peut ajouter que la vitalité de la race française en Amérique, el sa

multiplication qui tient du prodige, sont des marques éclatantes de cette bénédiction divine. Le général Carleton, le second gouverneur anglais de Québec, le successeur immédiat de Murray écrivait : « à la fin, le pays devra être' peuplé par la race canadienne, laquelle a déjà pris racine et atteint un si haut chiffre que toute autre serait entièrement perdue ! )> Ce populaire gouverneur qui ne voyait dans cette conservation providentielle qu'un simple fait a été bon prophèt e ; les 70,000 canadiens de cette époque sont aujourd'hui 2,054,890 au Canada seulement ! Si on ajoute à ces chiffres le million et demi de nos compatriotes aux Etats-Unis, nous trouvons 3,554,890, sans compter les quelques milliers de français dans la Louisiane et qui sont ou Canadiens ou Acadiens d'origine.

C'est dans cette période de si beaux dévouements, d'héroïques apostolats et de pénibles labeurs que les colons français du 18e siècle, implantèrent dans le sol de la Nouvelle-France les racines profondes de notre nationalité et de notre Foi religieuse. Tl n'y a donc rien d'étonnant, si, après trois siècles de luttes incessantes, et des plus diverses, on retrouve le peuple Canadien Français aussi solidement attaché au sol natal qui l'a fait vivre, aussi dévoué à l'Eglise qui l'a protégé, et aussi fidèle à la langue maternelle qui l'a sauvé, tout comme aux premiers jours de la féconde époque de son établisement.

Mais nous nous hâtons de le dire, si notre peuple a pu survivre, grandir et se multiplier, c'est qu'il est resté fidèle aux traditions françaises et catholiques qu'il avait emportées avec lui par delà l'Océan, dans les solitudes du Canada. Le salut de notre nationalité et la survivance si extraordinaire de notre Foi religieuse et de notre langue, au milieu de tant d'occasions et de dangers, sont dûs à l'admirable organisation paroissiale commencée par Mgr de Laval, et à l'attachement de nos ancêtres au clergé canadien. Sur ce point, les hommes éminents qui se sont occupé de notre histoire sont unanimes. On verra par les nombreuses citations qui suivent ce que pensent de la paroisse canadienne les écrivains anglais et français, de même que nos propres historiens, orateurs, hommes publics, etc.

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