NOBLE ROLE DU CLERGÉ CANADIEN
L'établissement de toutes nos paroisses canadiennes, on le comprend, est intimement lié à l'histoire de l'Église dans notre pays. L'auteur d'«Une paroisse canadienne )) dit que « dès qu'un seigneur, accompagné de quelques colons avait pris possession d'un nouveau territoire, le missionnaire arrivait sur leurs traces pour les encourager et les fortifier, en leur offrant les secours de la- religion. Tandis que les Pères Jésuites se dispersaient dans les bois pour évangéliser les tribus sauvages, les prêtres des missions étrangères exerçaient leur zèle auprès des colons. Tout le système de colonisation reposait sur deux hommes, le prêtre et le seigneur, qui marchaient côte à côte et se prêtaient généralement un mutuel appui. Le censitaire, qui était en même temps le paroissien, avait deux points de ralliement : l'église et la manoir, dont les intérêts étaient identiques ». C'était, on le voit, l'organisation paroissiale à ses débuts,- c'est-à-dire le groupement des colons autour du clocher. Ce régime de la paroisse fut d'un
grand secours aux défricheurs de la première heure. Il put leur fournir à la fois des moyens de défense et d'action communes.
In missionnaire colonisateur, M. F. Hébert, écrivait en 1850, dans un rapport qu'il adressait à l'Assemblée Législative : « Sans organisation, je dois le dire, sans la présence d'un prêtre au milieu d'eux, nos canadiens ne tiendraient pas longtemps aux misères et aux privations de tout genre de cette vie des bois qui précèdent l'établissement d'un nouveau centre, et cette salutaire influence se continue dans la suite, quand la paroisse est finalement érigée ».
Mais un des plus beaux témoignage de l'excellence de notre organisation paroissiale et de la part prépondérante que prit le clergé dans sa conservation est bien celui de Francis Parkman. Faisant allusion à l'accroissement si régulier de la population canadienne, cet historien distingué cl impartial dit : « La conquête anglaise brisa d'un coup tout le rouage de l'administration civile, tout en laissant intacte l'essence même de son organisation (la paroisse). Gouverneurs, intendants, conseillers et commerçants étant partis, les principaux seigneurs s'enfuirent à leur tour de la colonie ; le peuple qui n'avait jamais appris à gouverner se vit abandonné à ses propres conseils. La confusion, si non l'anarchie, s'en serait suivie, sans les curés de paroisse, qui, assumant une mission de double fraternité, à la fois spirituelle et temporelle, devinrent plus que jamais les seuls gardiens de l'ordre, par tout le Canada ».
Il en fut de même aux Etats-Unis quand nos compatriotes, de 1865 à 1890, émigrèrent par milliers dans la république américaine. « Se voyant méconnus, traités haut la main, méprisé parfois, du moins en apparence, nos compatriotes pleins de foi, mais susceptibles et fiers comme des Spartiates, prirent le parti de rester en dehors des églises américaines, où ils n'entendaient plus résonner le verbe français. Les choses en vinrent cà un tel point dit l'abbé A. Magna n. dans son Histoire de la Race Française aux Etats-Unis, que le simple fait de traverser les lignes américaines signifiait ne plus faire de religion ».
Mais le peuple missionnaire qui avait été l'objet des bénédictions du ciel dès son arrivée dans la Nouvelle-France fut de même visiblement protégé dans la Nouvelle-Angleterre. « Le salut vint encore du clergé du Canada, continue « le même historien ; celui-ci émigra à son tour, dans un certain nombre de ses (( membres, pour aller reconstituer sur la terre étrangère la paroisse canadienne. « cette forteresse inexpugnable de notre nationalité dans le passé, et partout et « toujours le boulevard de notre foi ».