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LE CONSCRIT

POÉSIE

Dite par M. Georges Ruëff, lauréat du Conservatoire.

A M. Paul DéROULÂns.

Ah 1 c'était un conscrit peu brave que Jean-Pierre 1 Quand il fallut quitter son village et les siens. Bien des larmes, hélas ! ont mouillé sa paupière. Mais il fallait aller combattre les Prussiens I

Les anciens avaient beau, pour lai rendre courage, Proclamer en riant que la guerre n'est rien, Lui, se disait tout bas : « La guerre est un carnage, Et l'on va me tuer, j'en suis sûr, comme un chien 1 »

Puis, en rêve, il voyait sa pauvre vieille mère, Au dos voûté par Tâge, aux cheveux presque blancs, Égrenant chaque jour, aux marches du Calvaire, Son chapelet de buis, entre ses doigts tremblants.

6è MONOLOGUES COMIQUES ET DRAMATIQUES.

La chère et sainte femme, elle prie, elle pleure. Contre le désespoir son âme se défend, Mais au Dieu qu*elle implore et que sa lève effleare La pauvre, nuit et jour, demande son enfant.

Et le conscrit rêvait, et toute sa pensée Était là-bas, bien loin, avec ceux qu'il aimait. La guerre, disait-il, la guerre est insensée I G*est un crime, et pourtant le bon Dieu le permet.

Jean-Pierre cependant n'était pas trop à plaindre, Son régiment n'avait pas encor vu le feu; A-ussi se disait-il, commençant à moins craindre : Si c'est toujours ainsi, la guerre n'est qu'un jeu !

Puis, mon bataillon campe en haut d'une colline, Dans un vieux château fort; pour prendre ce château Il faudrait un assaut, et ma foi, j'imagine Qu'ils n'oseront jamais s'approchei du coteau.

Mais voilà qu'un matin, la roix du canon tonne I Les ennemis sont là. Des cris montent dans l'air : Aux armes 1 chargez I Feu I que l'on sabre et canonne ! Les coups partent, plus prompts que la foudre et Téclair

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