‹ Monologues comiques et dramatiquesChapitre 28 sur 43 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

POÉSIB

ifite pet* M. PfliuppE GARNiBRjrftf ta Comédie-Française

À mon ami Matbivit.

Un jour, certaîn dompiear de foire, Dont le nom flétri par Thistoire De tous est, hélas, trop connu, Étant, disait-il, panrenu A vaincre un lion féroce, Avait convié ses amis A venir contempler, spectacle infime, atroce, L'animal-roi, qu'à coups de crosse.

Le lâche avait soomis.

Terrible, aveuglé par la rage, Brisé de hopte et de dpuleur.

Le lion bondit dans sa cage, Sous les coups de son fier dompteur.

Au-dessus de son front la cravache tournoie, Et son hideux sifflement Le fait rugir sourdement ; Et son œil, qui la suit dans l'espace, flamboie* Ses poils se sont dressés Sur son dos qu'elle effleure.

C'en est trop, c'est assez l '

Le lion veut avoir et son tour et son heure. Allons ! debout I lève-toi l Défends ton titre de roi l On croit ta force brisée.

Va, défends^ 6 géant, ton pouToir contesté 1 Montre à la foule éleotrisée, Qui de ta grandeur fait une risée, Qu'on ne touche pas à ta majesté.

Bondis, comme autrefois dans les bois et les jungles J Que tes cris, qu'on entend la nuit dans les déserts, Déchirent de nouveau les airs 0 lion, aiguise tes ongles, Brise tes barreaux.

Arrache ta chaîne, gt crache ta haiue,

LE r'oiT. m

A la £aco de tes bourreaux I

Ah I nains, vous n'osez plus rire, A son tour, le géant vous fait trembler de peurl

Et toi, superbe dompteur, Ton-t-il donc perdu tout son empire?

Allons donc, affermis ta voix, Et prends ton air le plus bravache.

Va, va, fais siffler ta cravache, Frappe I frappe encore une fois!

Mais quoi, la terreur les glace?

Tous restent cloués à leur place, Et regardent, tremblants, le lion furieux.

Dont les yeux fascinent leurs yeux î Hourra ! de nouveau dans l'espace, Le long fouet se déroule et l'enlace.

Ahl malheur à vous, imprudents!

Cinglé par la lanière.

Le lion les yeux ardents, A secoué sa royale crinière, Et va TOUS déchirer, lâches, avec ses dents*

Sous ses griffes de fer déjà la cage cède. A terre, les barreaux tordus gisent épars^

i28 MONOLOGUES COMIQUES ET DRAMATIQUES.

Et tous les spectateurs que la terreur possède, Cherchent à fuir alors, éperdus et hagards, Le lion, dressant sa noble tête, Passe au milieu d'eux, Calme et majestueux, St devant la royale bête, Tous s'inclinent épouvantés.

Mais voyant qu'au loin il va disparaître. Ils sentent tout à coup leur audace renaître.

A morti hurle>t-on de tous les côtés Mais la foule soudain recule frémissante : Le lion s'est arrêté, Et de sa gorge haletante.

Sortent ces trois mots, dits d'une voix éclatante ; H Salut, sainte Liberté I »

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