‹ Monologues comiques et dramatiquesChapitre 39 sur 43 · LE CLAQUE · texte numérisé non relu

LE CLAQUE

£Hi par M. Galipaux, du théâtre du Palais^Royal,

A mon ami Français Despr^.

Elle avait à peine quinze ans, Et s'appelait, je crois, Thérèse.

Moi, je comptais dix-sept printemps, Depuis le retour de la fraise.

Hors du ûlet, prenant l'essor, Ses blonds cheveux jusqu'à ses hanches Tombaient, déroulant leurs flots d'or Le long de ses épaules blanches.

Ses yeux... ils étaient bleus, ses yeux, Et leur nuance était si belle, Qu'on eût dit qu'elle avait aux cieux Volé l'azur de sa prunelle.

UO MONOLOGUES COMIQUES ET DRÀMAÎlQtEâ*

Son front du lis avait Téclat,

Sa bouche était rose et riante^

Et jamais cou plus délicat

Ne berça tête plus charmante.

Une main longue, un pied petit.

Une taille souple, adorable,

Un bon petit cœur, de l'esprit.

Enfin, belle à tenter le diable I

Mais, moi, ce qui m'avait pincé,

Et presque fait perdre la tête,

C'est son nez, un nez retroussé,

Mais retroussé ! — presque en trompette.

J'aime ees nez-là : c'est gentil,

C'est folichon, cela réveille

Un visage et donne au profil

Une élégance sans pareille.

C'est galbeux, c'est zinc. Le nez greo

A l'air de fendre en deux la tête ;

G*est long, c'est aride, c'est sec,

Cest anguleux comme une arête.

Au-dessous de ce nez charmant.

S'ouvrait un écrin plein de perlas,

Écrin d'où s'échappait un chant

Plus doux que le doux chant des merle».

lE CLAQUE. Î8J

Ah! grands dieux! pour pouvoir poser Sur ces lèvres fraîches et roses Un baiser, rien qu'un seul baiser.

Que j'aurais donc donné de choses.' J'aurais bien donné, voyez-vous, Sans hésiter une seconde, Sans marchander le moins du monde. Oui, j'aurais bien donné... cent sous.

Mais, hélas! l'or dans cette vie Ne fait pas toujours le bonheur, Je dus donc, au fond de mon cœur Celer mon amoureuse envie.

J'aurais voulu, seul, en secret, Causer un instant avec elle ; Mais sa mère avait l'œil au guet Et faisait bonne sentinelle.

C'est affreux de ne pas pouvoir Dire à la belle que l'on aime :

Je t aime, m'aimes-tu toi-même?

Ne rien dire et ne rien savoir!

Et mon cœur, débordante amphore, A cet amour s'abandonnait, Et cet amour empoisonnait Ma vie, à peine à son aurore.

Mourir I je veux... Non, ça fait mal,

Il faut vivre! c'est plus stoïque,

C'est plus grand, c'est plus héroïque,

3e souffrirai... Ça m'est égal.

Et mon âme désespérée

Luttait, luttait, lorsqu'un matin.

J'appris que madame Patin,

ta mère de mon adorée,

Allait donner une soirée.

Un bal! 0 doux rêvel ô bonlieurl

Je vais donc pouvoir sans contrainte

•Près du sien décharger mon cœur

Et lui parler enfin sans crainte.

Ahl quand nous serons seuls tous deux.

Lorsque mes regards amoureux

Iront chercher dans son corsage...

Chut! n'en disons pas davantage.

Le fameux jour arrive enfin.

Je m'habillai dès le malin.

Tout était neuf : habit, manchette».

Gants paille, claque de satin,

Pantalon, tout, jusqu'aux chaussettes.

A neuf heures, j'entrais au bal,

Parfumé des pieds à la tête.

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