Ibid., pp
l'occasion? Testis veut bien ne pas me faire dire comme il en attribua la révoltante pensée à M. Maur ras, que la vérité religieuse peut régner par la seub violence ; il n'en reste pas moins qu'à ses yeux pour moi l'autorité extérieure, quels que soient ses moyens d'action, demeure *la source principale, sinon unique, de Facte de foi^ le levier quasi exclusil de toute vie religieuse, — l'autorité brutale qui se soumet les âmes et les corps sans se préoccuper de préparer ni de trouver dans ses sujets des connivences et des harmonies intimes qui la fassent accepter. En définitive, c'est toujours de l'extrinsécisme, un extrinsécisme intolérable qui n'a plus rien de chrétien.
c) Cette attitude enfin « prépare la perversion du sens de la vérité », du sens chrétien, du sens religieux. L^esprit de l'Eglise, le catholicisme n'est j plus que « l'enveloppe silicatée qui, après avoir ï moulé le cadavre du Ressuscité mort une seconde fois, emprisonnera dans un mimétisme assagissant, I les âmes inquiètes qui n'ont pas cessé de pactiser j avec l'absurde; ce sera l'esthétique jubé, d'autant plus charmant à contempler qu'il masque l'autel; surtout ce sera le sabre du prophète, ce sera le chapeau de Gessler ». Le tout s'achevant dans une conclusion d*allure vengeresse contre celui qui a osé remercier M. Maurras d'avoir à cœur « de faire triompher l'Eglise sinon dans les âmes, du moins dans la société ' ».
1. Annales..., loc. laud., p. 588. Toute cette page serait à citer en entier comme exemple déconcertant des écarts où peut se laisser entraîner un homme du mérite de iM . Blondel quand une idée préconçue le hante. Mais à quoi bon? Testis ne nous a-t-il pas avoué dans la suite qu'il avait écrit ses articles sur la « Semaine
Tels sont les principaux griefs de Testis contre la solution que j'ai donnée du cas de conscience Maurras, Après les avoir énoncés sous une forme .générale dans les Annales de mars 1910, il en a ^poursuivi le développement dans les numéros de juin et surtout de décembre de la même année, mais en s'attachant alors de préférence à la thèse générale des rapports de l'humain avec le divin, de l'autorité soit spirituelle soit temporelle avec le don de la grâce et de la foi.
Son collègue, M. Laberthonnière, dans son livre Positivisme et catholicisme traite bien çà et là les mêmes questions, mais un point surtout l'attire : les rapports de l'Eglise et de TEtat. Tandis que Testis insiste sur les relations de l'autorité, quelle qu'elle soit, avec l'individu, M. Laberthonnière envisage plutôt les relations mutuelles des deux grandes autorités qui se disputent la régence des âmes. Tout ce qui, chez lui, n'est pas pure chicane de textes ou attaques personnelles est dans ce sens : il ne dit rien à ce propos qui ne soit en fonction des théories de Testis sur le surnaturel, mais le terrain, comme on le voit, est déplacé, et pour ne pas dérouter le lecteur, nous remettons à plus tard d'exposer ses conclusions.
Toutefois avant d'aborder la discussion de fond que nous avons annoncée, peut-être ne sera-t-il pas inutile de placer ici quelques remarques importantes.
sociale de Bordeaux », alors qu'il était souffrant et qu'il avait été aidé dans ce travail par une main amie dont on croit trop bien ici reconnaître la griffe? Voilà de quoi expliquer bien des choses.
Deux remarques
La première portera sur une lourde confusion que MM. Testis-Laberthonnière se plaisent à entre tenirprès de leurs lecteurs et dont au reste TexpoS' précédent permet d'entrevoir toute la gravité. En émettant cette idée que des catholiques, moyennam certaines conditions très sévères, pourraient se rei» contrer avec des incroyants sur le terrain politiqu en vue d'une action commune, j'avais eu soin d'étai blir fortement que sur le terrain métaphysique ei religieux l'opposition était irréductible entre l catholicisme des uns et le positivisme des autres* Or la thèse de ces Messieurs suppose précisémeni que je veux réduire cette opposition et conciliât l'inconciliable. A les entendre, dans la solutioB apportée par moi au cas Maurras, il ne serait pai seulement question d'individus auxquels on recon naîtrait le droit de s'entendre sur un programma' d'ordre temporel très délimité, mais de deux reli gions contraires que l'on chercherait à accouple en une manière de monstrueuse « hybridation »j Et sans façon, crûment, M. Laberthonnière à li première page de son livre traduit ainsi sa pensée et celle de son collaborateur : « Première Partie Proposition d'alliance entre le catholicisme et h positivisme ».
Ce point de départ admis, MM. Testis-Laberthonnière n'ont aucune peine à dérouler les con-
équences de cette extraordinaire proposition : le atholicisme en sort de toute évidence dénaturé, nutilé et qui s'y risque ne peut qu'y perdre la foi.
Mais était-il besoin de tant de pages pour montrer es effets désastreux d'une cause qui n'existe pas? j'alliance imaginée par Testis, je l'avais réprouvée lans mon livre avec autant de force que lui et dès ors à quoi bon tout ce fracas ? Le lecteur ne s'étonlera donc pas que je m'inquiète peu ici des protestaions indignées des Annales de philosophie chrétienne îontre l'impiété de M. Maurras et son positivisme ncroyant. Ceux qui ont lu A tra^^ers Vœu^>re de M, Maurras, y ont trouvé cités, sans parti pris ;outefois et avec un souci différent de l'équité, es mêmes textes que dans les Annales; ils y ont mtendu exprimer les mêmes restrictions, les mêmes ^egrets : la cause est jugée.
Un seul point demeure à éclaircir et c'est lui qui ^era l'objet de la discussion présente : parce qu'on idmet la possibilité toute théorique d'un accord Dartiel entre des catholiques et des positivistes sur e terrain de l'action politique, est-on par là, oui ou ion, conduit logiquement à admettre un accord mpossible entre le catholicisme et le positivisme ? Pour MM. Testis-Laberthonnière la réponse affirnative est évidente et tous leurs arguments supposent acquise cette confusion de point de vue : mais 'établissent-ils, ainsi qu'ils le devaient faire avant tout, là est toute la question. Dans les pages qui suivent, nous montrerons que tout leur art consiste à donner Tillusion qu'ils fournissent cette preuve, et nous verrons qu'ils n'y réussissent qu'en tant que leur argumentation implique sinon une con-
12 MONOPHOUISME
ception très suspecte du catholicisme, voire mên des thèses très téméraires, du moins une ignoran< parfaite du sujet traité et des conditions dans le: quelles le cas de conscience que j'avais à traiter i posait à moi.
Une seconde remarque sur l'école des catholique sociaux que Testis a fait intervenir dans laquerell; présente me paraît ici s'imposer. Non pas que j'aij en rien l'intention de discuter l'interprétation qu* donne de la philosophie de cette école, encore qu cette interprétation, ne soit rien moins qu'év dente ^; ni surtout d'instruire le procès détail) du système philosophico-religieux, implicite dan toute sa critique^ : pareille tâche exigerait de développements sans fin. Testis, d'ailleurs, n poursuivant son offensive et son exposé de principe qu'en se méprenant entièrement sur les condition, réelles de l'entente politique proposée entre croyant | et incroyants, commet une manifeste ignorati elenchi; je serais dès lors très mal avisé de me lais, ser entraîner sur un terrain qui ne serait plu. celui de mon sujet. Pour ne pas quitter ce derniei;
t. Cette remarque s'applique avant tout aux catholique sociaux authentiques, aux maîtres reconnus de l'école, que Test i ne semble guère connaître et dont M. Lorin, comme nous disons plus bas, serait parfois, au dire de certains, assez éloigr de rendre l'esprit et les vues. Mais nous ne sommes pas assuij quelle ne puisse ég-alement s'appliquer à M. Lorin et à ceux qi» le suivent.
2. Aussi bien ce procès a été mené avec une grande péné tration par M. J. de Tonquédec, dans son ouvrage Immanena Essai critique sur la doctrine de M. Maurice Blondel (BeaU| chesne, 1913). Nous ne pouvons mieux faire que d'y renvoyei simplement le lecteur.
me bornerai donc exclusivement à ce que Testis ;rit des rapports que peuvent avoir des catholiques rec des incroyants comme M. Maurras et n'abor- ;rai les questions de doctrine générale que dans la esure nécessaire à la solution de ce cas très parculier. Celui-ci entraîne déjà l'exposé et la discuson de tant de questions importantes qu'il y aurait îmérité à vouloir s'en embarrasser d'étrangères.
Mais avant de montrer les erreurs de fait et les mdances que masque la charge imprévue des anales, il paraît urgent de dissiper une équivoque îgrettable que les articles de Testis seraient de ature à accréditer et qui donnerait à croire qu'entre atholiques sociaux et catholiques d'Action franaise existe une opposition irréductible.
Nul, en effet, ne se douterait, à lire cet écrivain, ue la doctrine sociale des monarchistes attaqués ar lui est identique, pour une large part, à celle es « catholiques sociaux » dont il prend la déense. Laisse-t-il soupçonner, par exemple, que e marquis de la Tour du Pin, l'oracle de l'Action rançaise en matière sociale, et M. Lorin, le présilent des Semainiers, représentent, encore qu'avec ertaines différences \ une même école et que, des
1. Souhaitons seulement que le lang-age un peu trop empreint, emble-t-il, de mysticisme démocratique de M. Lorin et de ses mis ne fausse pas, contre leurs propres intentions, un mouvebent si plein de promesse en ses débuts, qu'il ne contribue pas à Ortificr des erreurs graves sur les rapports de l'individu et de a société ou sur le fondement du droit de propriété, qu'il n'habitue )as les esprits à confondre naturel et surnaturel, question écononique et question religieuse, au grand préjudice de l'une et de Taure, qu'il ne représente pas l'association professionnelle comme ine institution équivalente en droit naturel à la famille ou à la 5ité, enfin que le» revendications un peu bruyantes des Semainiers
deux, le royaliste représente de la manière la pliH autorisée, la plus authentique, le mouvement lanci jadis par TŒluvre des cercles. C'est à se demande s'il le soupçonne lui-même et s'il se doute qu
en faveur d'un étalisine intempérant ne corrompent pas dans beai coup d'esprits l'idée si féconde de la corporation et de l'organ sation professionnelle. En dépit de très louables efforts pour ressaisir et s'assagir tentés par les Semainiers à Saint-Etienne e| 1911, à Limoges en 1912, les légitimes inqui(Hudes que plusieui i de leurs cours ont éveillées dans le public catholique et que je n'î j pas à examiner ici, ne sont point encore toutes dissipées. Autar de raisons puissantes pour qu'ils évitent de rendre l'école autlier ti(jue des catholiques sociaux solidaire de théories qui en seraierj une complète défiguration; et qu'ils ne donnent pas à croire, enseignant sous son nom une doctrine qui ne serait pas la sienne | t{ue cette école est le confluent des systèmes les plus disparates | Si les Semaines sociales prétendent toujours, comme elles le di | sent hautement et comme nous le voudrions croire, représente i le mouvement qui donna naissance à l'œuvre des Cercles, leur ^ directeurs devraient se garder d'exclure de leurs chaires ceu:! qui ont, avant tous les autres, tels le P. de Pascal, le droit d» | revendiquer pour eux le titre de catholiques sociaux; ils devraient surtout éviter de ne plus guère confier de cours dam leurs réunions, en dehors d'une ou deux personnalités dont 1î compétence hors ligne en théologie et en sociologie devait forcé , ment s'imposer, qu'à des détoocrates chrétiens. Ainsi que h remarque très justement M. Eblé, le système démocratique chrétien est aux antipodes du catholicisme social: « non tant peutêtre en ce qu'il réclamerait des réformes dissemblables, naair parce que Je système qu'il soutient est basé sur des fondement} } différents » (Les Ecoles catholiques cT économie politique et socialtl en France^ p. ;-{34). Or, il serait déplorable que par la confiance accordée aux chefs du démocratisme chrétien fussent encouragés des principes qui sont la contradictoire des principes de l'école fondée par MM. de Mun, de la Tour du Pin, etc. — D'après ce] qui vient d'être dit, on le conclura sans peine, lorsque Testisl s'avise de synthétiser les doctrines des Semainiers de Bordeaux, | il pourrait bien prendre pour la doctrine des vrais catholiques sociaux ce qui, chez certains (tant s'en faut que je dise tous)^ n'en ; est que la négation ou la déformation. Il y a là une confusion qu'il importe souverainement de ne pas laisser s'accréditer, Tortlîodoxie de l'école des catholiques sociaux pouvant se trouver, ' du fait même de Testis, assez sérieusement compromise.
es conceptions égalitaires que Ton prête à M. Lorin narqueraient, si elles étaient fondées, dans l'école ies catholiques sociaux une déviation essentielle ies principes qui Tinspirèrent à Torigine ? Un peu plus soucieux des réalités historiques, Testis aurait lisément démêlé que l'esprit qui animait les fondateurs de l'Association catholique, on le retrouve intact chez le Marquis de la Tour du Pin, chez le P. de Pascal... Sans prétendre aucunement accaparer à leur seul profit ce précieux héritage, les catholiques et les mécréants de l'Action française comptent à l'heure actuelle parmi les promoteurs les plus ardents de toutes les réformes que préconisèrent ces illustres chefs, parmi les défenseurs les plus convaincus des idées qui soulevèrent jadis jun si magnifique élan de générosité pour la rénovation politique et sociale de la France. , Les divergences au moins apparentes qui séparent présentement les vieux et les jeunes catholiques sociaux ont sans doute dérobé à Testis cette vérité certaine. 11 aurait au moins dû s'aviser que la lutte en faveur de l'organisation professionnelle contre le libéralisme révolutionnaire reste l'objet de leurs communs efforts et qu'ils tâchent loyalement à resserrer leurs liens distendus pour l'atteindre plus efficacement. Aussi, profond sera rétonnement d'un lecteur des Annales peu familier avec la littérature d'Action française, s'il tombe jamais sur la lettre que le même Marquis de la Tour du Pin écrivait en septembre 1909 à propos de la Semaine sociale de Bordeaux et qu'a publiée la Re^ue critique des Idées \ ou sur un article du