Eglise et Monarchie, pp
Testis pareil « défi à révidence des textes » en ce qui concerne cette soUdsirité pratique que j'ai explicitement reconnue chez les écrivains de l'Action française. Un peu plus de clairvoyance aussi luL eût sans doute fait choisir, parmi les cent textesi qu'il tient à ma disposition, quelque phrase plus convaincante pour établir la solidarité théorique ^ Aussi bien, que conclure de ces textes, s'ils existent, où Talliance obligatoire du trône et de l'autel serait préconisée, sinon que leurs auteurs ne parlent pas catholiquement. Pie X, dans sa lettre sur le SiJîon, après avoir rappelé, à la suite de Léon XIII, que, «la justice sauvegardée, il n'est pas interdit aux peuples de se donner le gouvernement qui répond le mieux à leur caractère ou aux institutions et coutumes qu'ils ont reçues de leurs ancêtres »,
1. Et lorsque, mis en demeure d'en fournir, il appeUe quelque défenseur à son secours, peut-être lui pourrait-il souffler d'autres arguments que ceux-ci : la distinction ne vaut qu' « en théorie théorique, si l'on peut dire, dans l'abstrait, dans la lune... ce n'est qu'un expédient qu'on emploie après coup, le cas échéant, pour se tirer d'affaire ». La preuve, poursuit-on, n'en est-elle pas qu'on condamne au nom de l'orthodoxie tous ceux qui ne sont pas monarchistes, que M. Barbier écrit après Dom Besse : « l'Eglise est une monarchie et sa constitution détermine un état d'esprit correspondant qu'on peut appeler monarchique » ; qu'enfin dans les listes de souscription on trouve cette maxime fréquemment répétée : « Royaliste parce que catholique » .? Mais sj retors que Ton soit, on n'a garde et pour cause, de produire ces anathèmes lancés au nom de l'orthodoxie et 1 on ne s'aperçoit pas que toutes les insinuations, - fondées ou non, je n'ai pas à m en occuper ici, — relatives aux ouvrages de M. Barbier ne prouvent rien contre lAction française, puisque M. Barbier n'en fait pas partie. Quant à la constitution de l'Eglise, s'aviserait-on d'en nier le caractère essentiellement monarchique .? et l'expression « royaliste parce que catholique » ne signifie-t-elle pas précisément dans quel sens sur le terrain des faits ceux qui l'emploient ont résolu le problème politique?
iffirme ànouveau que lajustice est compatible avec la triple forme de gouvernement bien connue » ; et m peuplus loin il déclare solennellement : « Ce que lous voulons affirmer encore une fois, après notre orédécesseur, c'est qu'il y a erreur et danger à inféoder,/?a/-/?rmc^/>e, le catholicisme à une forme de ^gouvernement ». Aucune équivoque n'est donc possible et, commentant ce passage, Mgr Eyssautier pouvait justement résumer en ces termes ladoctrine catholique : « Nul n'a ledroit d'attribuer aune forme de gouvernement, quelle qu'elle soit, le privilège de pouvoir seule garantir la justice sociale et d'être liée par sa nature même à la religion catholique, comme une condition essentielle ». Tel a toujours été l'enîseignement certain de l'Eglise ; et nous ne croyons pas que les catholiques d'Action française se soient jamais écartés de la tradition sur ce point. I Irréductiblement séparés de leurs amis incroyants sur les questions de méthaphysique et de doctrine Ireligieuse, et guidés par des vues qui les dépassent, ils cherchent seulement à se rencontrer avec eux sur le terrain de la pratique. Avec eux « ils discutent humainement des conditions de la vie nationale », ils étudient « les contingences historiques et politiques » et de ce point de vue se trouvent adopter les mêmes conclusions. Où trouver là prétexte aies accuser de vouloir solidariser l'Eglise avec une forme quelconque de gouvernement ou de vouloir traiter les questions de conscience comme on traite les questions d'état?
Réduit à ces termes, le problème, de l'aveu de Testis, n'amorce aucune objection sérieuse. Nous pourrions donc clore ici le débat. Mais engagé sur
cette piste, M. Blondel, à mon propos, énoncera d« telles erreurs de fait et dans son exposé des raison pour lesquelles il ne saurait souffrir aucune entent» avec des incroyants, il émettra de telles proposition; que ces équivoques doivent être dissipées avec soin Nous le suivrons sur son propre terrain en nous ef forçant de ne pas perdre un instant de vue la grande question qui domine toute cette matière et qui es celle des rapports du naturel et du surnaturel.
Les postulats de Testis
Traitant ex professa celle-ci, Testis se plaît à' railler l'impuissance de la ratio discurswa et de « l'entendement abstrait » à expliquer l'ineff'able, il' fait ressortir avec satisfaction l'imperfection de ses bégaiements. Ce jeu semble un peu bien usé et j'ai' peur que ne se retourne contre lui ce qu'il a eu le' délicatesse d'écrire à mon sujet ; oui, tout fait| craindre qu^il ne soit « la victime d'un sosie dont la' logique secrète est plus forte que les attitudes pru-' dentés et que les réserves verbales^ ». D'une part
X.Arijiales^àéc. 1910, p. 277. Mais je me garderai d'ajouter avec Testis : « et que les elTorts oscillatoires entre l'orthodoxie et la vérité ». L'opposition marqué dans ce dernier membre de phrase a pour but de rappeler au lecteur un argument dont Testis a la liberté de demeurer satisfait, mais qui accuse de sa part (uie inadvertance un peu déconcertante. J'avais écrit (cf. Infra, p. 74) que je jug'eai» certaine doctrine très orthodoxe^ mais que je ne pou-
TESTIS, LA NATURE ET LE SURiNATUREL 33
DUS savons qu'entre Tordre naturel et l'ordre surnairel il y a « distinction radicale », de l'autre intime lion et compénétration : l'entente sur ce point est lanime. Mais lorsqu'il s'agit de maintenir la disnction, tout en rendant compte de l'union, nous irions vraiment curieux de savoir à quelle autre culte qu'à la raison discursive Testis aura recours \ si, mis en demeure de s'expliciter à lui-même et 3 manifester aux autres ces vérités que la foi nous It atteindre tanquam spéculum in aenigmate^ il se oit doué de quelque puissance d'intuition analoiie à celle des anges et des bienheureux? Pour autant qu'il ne soulève pas une pure que- ;lle de mots ou ne côtoie pas une grave erreur, estis ne saurait ici se vanter de rendre des points à ïs devanciers en théologie et l'on ne voit pas que s explications d'où la ratio discursiva devrait être cclue soient lumineuses. A l'entendre, dans l'étude îs rapports de l'ordre naturel et de l'ordre surna- ^rel, on oublie sans cesse l'idée d' « une activité piturelle travaillée intérieurement par le don surnafrel, non pas pour l'empêcher de constituer un dre déjà solide et d'obtenir des résultats déjà récieux, mais pour le stimuler, pour l'orienter, 3ur lui rendre impossible l'équilibre définitif et
lis l'admettre pour mon compte. Testis ignorant sans doute le les théologieni emploient d'une manière courante le mot orthodoxe » pour désigner une doctrine qui ne contredit aucun seignement positif certain du magistère, avait trouvé fort aisant de me mettre en contradiction avec moi-même ; ne açais-je pas (^ l'orthodoxie d'un côté et la vérité non moins thodoxe sans doute à laquelle je m'attachais, de l'autre » ! Ce ait n'est qu'un détail : avouons qu'il prévient mal, pour ne rien re de plus, en faveur de la compétence théologique de celui li se le permet.
Tarrêt stable, pour le préparer aux enseîgnemen j et à la discipline de l'Eglise ^ ». La clé du problèrrJ serait là ; sans cette idée « il n'y a qu'extrinsécisn^ ! ou intrinsécisnie également exclusifs et funestes et, pour la méconnaître, on s'expose aux pires ern ments. La sentence est sévère: examinons-en 1( « attendus » d'un peu près.
Cette activité naturelle que signale ici Test 1 doit être spécifiée par un objet propre dont oJ pourra dessiner au moins les contours principaux < auquel on accordera « vérité et solidité », ou el j n'a pas de sens. Parce que, dans Tordre actuel concret, l'humanité est travaillée par le don surnati rel, cette même activité cessera-t-elle d'être natij relie? Oui ou non, l'objet de ce don surnaturel substituera-t-il à celui de l'activité naturelle, ai point sinon de la contrarier en tout, du moins ci l'absorber, de lui enlever toute valeur propre? 0\ ou non, ce même don, parce qu'il a un objet trani] cendant à toute activité naturelle et qu'en fait cellci doit s'orienter définitivement vers lui, supprima t-il la nature avec toutes ses tendances originellesi Et parce qu'il élève la nature, en va-t-il fallo| conclure à une fusion complète de la nature et cj la grâce ? Là est toute la question. Si la réponse e il affirmative, c'est une atteinte grave portée à une doi trine dont on sait l'importance dans la dogmatiqij catholique et qui ne vise pas le seul ordre de possibilité, mais bien celui de la réalité présenta Si elle est négative, quelle est la portée des contejj tations de Testis, puisque toute mon argumentatioi