‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 19 sur 64 · Ligeard, loc. laud.,pp. 25,27 et · texte numérisé non relu

Ligeard, loc. laud.,pp. 25,27 et

2. Et à ce propos ne pourrait-on pas demander à Testis, et à tous ceux qui s'en prennent à l'extrinsécisme en quoi leurs objections atteignent sur ce point les théologiens de l'école de Suarez. S'ils avaient étudié chez ceux-ci le problème d'un peu plus près, peut-être se seraient-ils évité plus d'une méprise dans leurs attaques contre la scolastique. M. Ligeard note (p. 16) à la suite de M. Pourrat, qu'on a songé à utiliser les théories suaréziennes de la grâce « dans les controverses actuelles sur le surnaturel, mais que le seul tort a été qu'on n'ait pas songé à les utiliser davantage,

A moins peut-être qu'on n'entende cette coopé i ration humaine à la grâce en un sens immanentist ! intolérable, et qu'on ne méconnaisse « sinon en pa i rôles, du moins en acte » la distinction de la natur et de la grâce! A moins qu'on ne professe sur le ^ conditions auxquelles la vie surnaturelle est com muniquée à l'âme une théorie singulièrement témé! raire!...

D'un mot, j'ai rappelé plus haut comment la foi exige l'adhésion à une parole extérieure, c'est-àdire, qui ne jaillit pas des profondeurs de la na-i ture, mais lui est de soi étrangère et la sollicite il s'incliner devant un témoignage qui la dépassée! n'est pas d'elle. Testis admet la rectitude de cettf ! interprétation, mais estime qu'elle n'est pas k

ni à les étudier ». Nous sommes absolument de cet avis, et ce qui^ MM. Ligeard et Pourrat disent des théories suaréziennes de \è grâce, nous n'hésiterons pas à l'appliquer à la métaphysique dij Doctor Exlmius dont l'inspiration, d'ailleurs si profondémen ' réaliste, sait à merveille faire le départ entre ce que sont les^ êtres réels et les distinctions que l'esprit se voit contraint d'^j introduire pour s'en exprimer la nature. Rien n'est plus familieil aux philosophes que représente Testis (ou mieux dont il est Ici chef) que de reprocher à la scolastique le morcelage de la réalité. Pour autant que cette critique mérite d'être prise au sérieux,' je veux dire dans la mesure où Testis voudiait signifier par là' que l'étude de la réalité existante, faite d'un point de vue exclu- j sivement statique, pourrait bien conduire à des résultats décevants et où, pour expliquer la nature de l'être contingent, ses*' limites, sa permanence en même temps que son instabilité dans^ le flux du devenir, il estimerait indispensable de ne pas s'en tenir! à la considération de ses constitutifs intrinsèques et d'invoquer | un principe extérieur, — dans cette mesure, Taccusation portée* par Teslis contre la scolastique n'atteint en aucune manière, quoiqu'il en soit des autres, l'école qui voit en Suarez l'un des plus { profonds et des plus sûrs interprètes de S. Thomas. Cette école' ne déforme pas la réalité, parce que la théorie de la participa- ' tion à l'aide de laquelle elle explique en dernière analyse tout ce^

ienne. Voici ce qu'il écrit à ce sujet : « Si par le ot « extérieur », on entend exclusivement une expriorité physique; si on se figure que la grâce n'a oint d'autre mode d'accès, normal et coordonné, u exceptionnel et suppléant que le canal sensible, ersensum externiun; si l'on en déduit que l'âme st à la merci d'un véhicule matériel, si l'on fait déendre la vie spirituelle uniquement de l'apport hysique, comme d'un objet qui, entre des mains e choix, pourrait être retiré ou imposé à la manière 'un morceau de matière, il n'y a point d'opportuités qui doivent empêcher de le dire : c'est là une mputation meurtrière pour le catholicisme ^ »

ui est fini et n'a pas en soi sa raison d'être, réussit non seulelent à pénétrer jusqu'au plus intime de la créature tout en lui onservant sa complexe unité, mais encore àéviter toute dissociaion arbitraire qui mettrait sur le même plan Vêtre actuel et le impie possible et volatiliserait le réel en une vaine poussière ['éléments hétérogènes. Elle ne déforme pas la réalité parce ru'en voulant expliquer l'être créé tel qu'il est en lui-même par ^action de celui qui l'a fait et en affirmant son inintel igibilite absolue hors de l'action divine, cette même théorie de la participation fait saillir au mieux la potentialité foncière de tout ce rui a commencé, l'impuissance detoutêtre contingenta se donner !t à se conserver l'existence, son essentielle et totale dépendance /is-à-vis de r <( Unique nécessaire » et la distance infime qui 1 en lépare. Elle ne déforme pas la réalité enfin, parce qu'habituée a le iamais perdre contact avec le concret, à faire grand état des ionnées psychologiques, elle se garde de confondre ce que 1 intelligence conçoit et la manière dont elle le conçoit, parce qu elle 1 soin de n'affirmer des distinctions entitatives ou réelles dans les êtres que là où ces distinctions sont positivement prouvées, parce qu'un des grands principes de sa méthode est cette règle d'or de la Somme théologique : non tst necessarium quod ea quœ distinguuntur secundum intellectum sint distincta in rébus quia intellectus non apprehendit res secundum modum rerum.sed secundum modum suum (5. Th. 1» P. q. l. a. 2. c). 1. Annales..., décembre 1910, pp. 278-279.

...Et c'est pour aboutir à ce reproche dépourvu d.i tout appui dans les faits que Testis se torture (, torture ses lecteurs durant tant de pages à l'efïet dii me convaincre d'hétérodoxie! Quand il s'agit enfi de donner une preuve que j'oublie les doctrinei les plus essentielles, tel est son dernier atout!...

Certes je comprends les protestations de Testi contre toute assimilation de la grâce à un vêtemenj que Ton prendrait le matin pour le quitter le soiri ou à une qualité matérielle quelconque. Mais qu», s'avise d'aussi grossières et fausses conceptions \ De même, qui songe ici à dénier à Dieu le pouvoi i de se manifester directement aux âmes de bonn<| volonté et de leur faire connaître sa parole, obje formel de l'acte de foi salvifique, par une illumina.! tion immédiate de leur intelligence sans passer paii le canal des sens^ ?

Et alors pour quiconque veut donner à cette objection un sens, invinciblement cette question se pose : Testis, en parlant de la sorte, ne confon-i drait-il pas les différenls dons surnaturels et nej concevrait-il donc pas la grâce élevante commel

1. Testis allègue à ce propos en note le fameux texte de S. Thomas : « si quis (in sylvis vel inter bruta animalia) nutritus, ductum ; naturalis rationis sequereturin appetitu boni et fugamali, certis-i sime esttenendum quod ei Deus vel per internam inspirationem | revelaret ea quae sunt ad credendum necessaria, vel aliquemj fidei prœdicatorem ad eum dirigeret, sicut misit Petrum ad Cor- i nelium » {De VeriL.q. 14, a. 11, ad 1). Et il y joint cette glose:! « qu on apprécie l'admirable réserve et la volontaire imprécision des motsa ea quse sunt ad credendum necessaria », et qu'on ne, se hâte pas de transformer comme on le faisait tout à l'heure, Vinspiratio interna en une parole toujours extérieure ». Je cherche en vain la portée de cet argument, car j'avais précisément en vue ce texte classique lorsque, dans l'explication de la foi que Testis critique ici (cf. supra, p. 25), j'écrivais : « soit proposition.

me réalité, encore qu'évidemment immatérielle, jomme une qualité inhérente au juste que le péché détruit et qui est communiquée à nouveau au pécheur dans la réconciliation avec Dieu ? Le soupçon bsi grave assurément, puisque cette théorie contredirait d'une manière formelle le Concile de Trente^ et je ne voudrais pas en charger Testis à bause d'un texte unique. Mais si Ton ne consent pas 1 croire qu'il a parlé pour ne rien dire et qu'il n'a pas voulu frapper un coup d'épée dans l'eau, quel autre moyen s'offre à nous d'entendre en un sens plausible l'explication qu'il donne du mot « extérieur » et que nous avons rappelée plus haut?

D'autre part, Testis a-t-il pris garde qu'en mettant Taccent sur ces communications intimes dont îl vient d'être question, son texte paraît insinuer clairement que le mode d'accès normal des âmes à la foi et, par elle, à la grâce déifîque n'était pas la voie extérieure^ celle des sens et de l'enseignement iparle canal de l'Eglise; s'est-il rendu compte qu'en s'exprimant ainsi il allait paraître contredire le serment antimoderniste prescrit par Pie X à tous ses prêtres et dont il ne méconnaît évidemment pas

^^enue du dehors... soit couimunication immédiate et exceptionnelle de Dieu à Vâme... )) ; l'expression était assez claire, me ^emble-t-il, pour que Testis eût tout de même pu s'en douter. Aussi bien cette inspiratio interna de S. Thomas, cette communication immédiate. .., Testis peut continuer à l'appeler avec tous les auteurs ascétiques « parole intérieure » : je n'y vois aucune difficulté. Mais cette parole à un antre point de vue n'en est pas imoins très réellement une « parole extérieure », puisqu'elle ne rv'ient pas du sujet seul, et ne sort par des profondeurs de son être, puisqu'elle lui est communiquée du dehors par un autre : et c'est ce que ne peut pas ne pas affirmer un catholique. Le grief soulevé ici n'a donc pas de sens.

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