Denzinger Bannwart, Eïichiridion^ n
rexceptionnelle autorité : « Certissune teneo aci sincère profiteor, Fidem non esse caecum sensun, religionis...^ sed i'eriun assensum intellectus s>erltat EXTRiNSECus AccEPTAE EX AUDiTu, quo neiupe... »? Je n'oublie pas que dans ses études précédentes sui, la semaine sociale de Bordeaux, Testis avait réserva cette part du magistère externe dans la communication de la foi et que sa théorie de la double afférence telle qu'il l'avait exposée dans les Annales Ai\ décembre 1909 ^ pouvait parfaitement être acceptée. Mais alors pourquoi, en attaquant une théorie qui admet cette double afférence, s'exprimer comme| si l'on n'admettait plus soi-même dans la conquêtej de la foi, l'apport normal qui doit venir de Textérieur par le canal des sens?
Enfin, ce passage, il faut le reconnaître, soulève, comme d'ailleurs toute Tétude de Testis sur la semaine sociale de Bordeaux, une question de portéej plus générale. Dans quel sens précis doit-onj entendre cet élément intérieur, sur lequel Testis;; revient sans cesse ou, en termes plus clairs, le principe d'Immanence qui commande manifestement^ toutes ses explications? « La pensée moderne avec^ une susceptibilité jalouse, écrit-il, considère laj notion à! immanence comme la condition même dej
1. Surtout pp. 270-272. Nous ne saurions d'ailleurs trop déplorer que dans l'exposé des doctrines qu'il veut combattre en Ci\ passage (il ne s'y agit pas de la question Maurras) Testis fass(,j [)reuve d'une telle mésintelligence de la pensée d*autrui, d'unt' telle obstination à convaincre les autres d'eireur et à faire rendra à toutes leurs paroles un son faux. Il va si loin qu'à un moment.!!' contraint sans doute par l'évidence, Testis avoue que « telle oui telle des formules » qu'il critique « pourrait s'interpréter en un sens bénin ». Il n'en continue pas moins lourdement à en faire! sortir des énormités ! N'est-ce pas là se condamner soi-même ?j
a philosophie, c'est-à-dire que si, parmi les idées égnantes il y a un résultat auquel elle s'attache omme à un progrès certain, c'est à l'idée très juste n son fond, que rien ne peut entrer en l'homme [ui ne sorte de lui et ne corresponde en quelque àçon à un besoin d'expansion et que, ni comme ait historique, ni comme enseignement traditionel, ni comme obligation surajoutée du dehors, il i'y a pour lui vérité qui compte et précepte admisible sans être, de quelque manière, autonome et utochtone ))^. Or, oui ou non, Testis signerait-il e commentaire suivant qu'a donné de la même censée son collaborateur et ami, M. Laberthonlière : « L'idée fondamentale, qui, malgré toutes es divergences, s'est affirmée plus énergiquement lue jamais à travers la philosophie moderne, à lavoir qu'il n'y a pas de vérité pour l'homme qu'il lit à subir, parce que cette vérité alors serait pour ui une compression au lieu d'un épanouissement, 'esclavage au lieu de la liberté, la mort au lieu de a vie, cette idée nous l'acceptons en pleine connaisance de cause... Quand donc les philosophes, pour ester philosophes, pour sauvegarder cette autonoaie qui constitue notre personnalité morale, réclatient une vérité qui ait pour caractère d'être immalente, c'est-à-dire qui se rattache à eux, qu'ils missent tr^ouçer en eux dans ce quils sont et dans e qu'ils dois>ent être, nous ne saurions faire autrenent que d'abonder dans leur sens, puisque toute ^érité qui n'aurait pas ce caractère serait inévita-
1. Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière "apologétique, p. 28 (du tiré h part).
blement opprimante en s'imposant du dehors^ » Testis ferait-il siennes ces conceptions erronées, ( doit-on interpréter en fonction de cette explici tion, ainsi que beaucoup Tout fait, le texte à Testis que nous avons cité plus haut, trop de paj' sages obscurs et équivoques de son œuvre, trop d
1. Laberthonnière, Essais de pJiilosophle religieuse (à l'inde pp. xvi-xviii ; il faudrait aussi consulter la note très caractérii tique de la p. 77-78. — D'après cette affirmation, le lecteur l'a vu tôt de suite, la révélation extérieure n'aurait de valeur qu'autai | qu'elle serait accompagnée d'une révélation intérieure préalable tout au plus serait-elle pour l'individu l'occasion de lui faii | retrouver ce quiétaitdéjà pleinement en lui, de lui en faire prei , dre conscience; à vrai dire elle n'ajouterait rien à ce qu'il a déji i elle serait superflue : et l'on imagine difficilement corruptic plus complète de la notion catholique de révélation. — A parle ;j d'ailleurs plus en général, l'homme n'est pas la mesure de tou ii il ne fait pas la vérité et celle-ci lui peut très légitimement êti imposée du dehors, sans qu'il en soit abaissé pour autant, bie , au contraire. « Toute vérité certainement connue comme tell^ s'impose à nous, et, quelle que soit la part des facultés du suj< j! dans l'union féconde d'où résulte la connaissance, il faut avoue (sous peine d'idéalisme absolu) que cette vérité vient, dans ur.if large mesure, du dehors. Connaître, c'est être informé, c'est-è 1 dire mù à un assentiment. Bon gré mal gré il faut céder à l'évi dence, et l'autonomie de notre pensée n'est pas finalement moir atteinte dans le cas d'évidence directe que dans celui où Vév i dence nous arrive comme tamisée à travers un témoignage ce: | tain. Le résultat dans les deux hypothèses, n'est pas une abd cation, mais au contraire une conquête et un honneur ; nos facu tés de connaître sont des moyens d'enrichir notre vie mentali < et tout ce qui va là, loin de les violenter, leur fait justice » (L.d j Gi'andmaison, Bulletin de littérature ecclésiastique^ 1905, p. 204| , Or, pour que nos facultés de connaître réalisent cette conquèt* il suffit que la vérité proposée ne soit pas contradictoire et qu i lintelligence la puisse penser, en d'autres termes qu'elle 11! soit simplement proportionnée. Si le principe général de l'im I manence revenait à dire que « nos connaissances, même impar faites et fragmentaires, doivent tenir compte, sous peine d'erreuij de l'universelle liaison » des choses, s'il signifie simplement que; « nos opérations étant strictement solidaires, nous ne devon et même, dans un sens, nous ne pouvons « aller au vrai que dii
•ropositions vraiment indéfendables ^ et en partiiilier toute la controverse présente ?
Ou au contraire Testis s'en tiendrait-il résoluaent à cette formule que son plus récent historien, e P. Valensin, propose comme l'expression adéjuate de sa pensée et à laquelle un catholique, à ondition de la bien entendre, peut souscrire sans )eine : « ce qui ne correspond pas à un appel, à un )esoin, ce qui n'a pas dans l'homme un point d'at-
t toute notre âme )> ; et qu'enfin une vérité, pour devenir notre mérité, doit être soumise en quelque façon au contrôle de notre
aison et répondre à un besoin ou du moins à une possibilité de lotre esprit » (ibid., p. 203), nous ne ferions aucune difficulté de
admettre; mais exiger une convenance positive, explicite, entre a vérité et les besoins de notre nature, et que, ces vérités, nous les retrouvions toutes en nous, c'est à quoi l'on ne saurait consentir. Quand il s'agit de vérités morales ou psychologiques, qui sont bn connexion avec notre fin, on peut l'accorder dans une certaine mesure; mais qu'il en soit ainsi de toutes les vérités, vérités d'ordre physique que nous révèle l'expérience externe, vérités métaphysiques déduites par le raisonnement, vérités historiques et dogmatiques transmises par voie de témoignage, rien de plus faux. Pour ne parler que de ces dernières, elles pourront selon l'occurrence éveiller un écho plus ou moins vibrant dans les ])rofondeurs de notre être et répondre de près ou de loin au besoin impérieux de croire qui torture « quiconque entend sauvegarder ou rétablir dans sa vie quelque chose d'entièrement cohérent, d'intangible, d'incontesté ». Mais de prétendre que le mystère de la Sainte Trinité, la procession ab utroque, par exemple, doivent nécessairement se retrouver en nous, et que nous ne devions les accepter qu'en tant que nous les y aurons retrouvés, qui l'oserait? Mesurer à nos vues humaines la profondeur des voies et de l'être de Dieu, comme le veut cette tliéorie, ou encore, comme le veulent les pragmatistes, mesurer la valeur de la vérité aux services qu'elle peut rendre, ce sont là erreurs intenables philosophiquement et condamnées théologiquement. 1. On en trouvera une collection édifiante dans l'ouvrage de i J. de ïonquédec : Jmjuanence...^ ou dans le chapitre qu'a publié ^ de ce même livre la Revue pratique d'apologétique^ 1*"" et 15 déc. 1 1912.
tache intérieur, sa préfiguration ou sa pierre d'at tente, ce qui est purement et simplement du dehors cela ne peut pénétrer sa vie, ni informer sa pensée c'est radicalement inefïîcace en même temp qu'inassimilable ^ ». Prise à la lettre, cette défini tion de l'immanence me paraît signifier ceci : 1; volonté n'agît qu'autant qu'elle est mue par ui objet; elle ne se porte vers lui qu'autant qu'elh le désire, qu'elle sent qu'en le possédant elh acquerra un surcroît de perfection et comblera er elle-même un vide. D'autre part l'intelligence ne comprend, ne s'assimile une vérité, ne se rend les choses présentes, que dans la mesure où sa curio-l site a été éveillée; « une solution n'a d'intérêt et même de sens que pour qui admet le problème » ; pour apprendre quoi que ce soit, il faut que le désir de connaître ait été excité, que l'on éprouve une certaine inquiétude de savoir, qu'il manque à l'esprit quelque chose.
Réduit à ces termes, le principe d'immanence ne
1. Aug. Valensin, Dictionnaire apologétique, avi. Immanence ,1 col. 581. Si l'on compare cette formule très orthodoxe à celle de j M. Laberthonnière que nous citions plus haut, on n'aura pas de' peine à remarquer la différence. Chez M. Laberthonnière il s'agis- i sait de trouver en nous, dans ce que nous sommes et dans ce que I nous devons être, toute vérité même surnaturelle, même révélée; ici il n'est question d'en trouver en nous que la puissance obédientielle, l'appétit surnaturellemeiit provoqué. Kntre les deux formules, c'est le modernisme qui passe. — Nous ne nous étonnons plus dès lors que le pasteur Gremer, faisant une application de ' cet immanentisme au problème de l'autorité, ait pu écrire : « Sans songer à résoudre, en quelques lignes, la question de l'autorité, on pourrait se demander si c'est le catholicisme qui est le plus rapproché de la notion libérale de l'autorité que préconise le P. Laberthonnière ou bien le protestantisme qui est le moins éloig-né de comprendre la nécessité d'une union entre les âmes » (Le Problème religieux dans la philosophie de V action, p, 36).
aurait faire difficulté, et l'on pourrait même se lemander s'il en a jamais fait dans la réalité. Mais ilors, à supposer que Testis n'ait jamais voulu dire Lutre chose (??), comment expliquer que, par des léclarations très nettes et très faciles à fournir, il l'ait pas précisé sa pensée? Comment n'a-t-il pas cherché à mettre fin par là au tapage qui a été nené autour de son nom dans les querelles relaives à la méthode d'immanence ^ ? Ce tapage avait
1. Quelques lecteurs peu au courant de ces problèmes, dont on )arle cependant partout, nous seront peut-être reconnaissants le leur rappeler ici quelques définitions. Avouons d'ailleurs que :elles-ci ne sont pas aisées à fournir, les mots en cette matière ;omportant des acceptions assez diverses. — Quand on parle l'immanence en matière religieuse, il faut distinguer deux choses, a méthode et la doctrine. La méthode d'immanence désigne l'une manière absolument générale, toute méthode apologétique Tui prend son point de départ dans le sujet. Cette formule délibérément appauvrie afin de lui faire gagner en extension ce qu'elle )erd en compréhension, s'applique aussi bien à la méthode l'ès orthodoxe de l'Immanence que le P. Valensin a présentée lans le Dictionnaire apologétique^ qu'à l'apologétique proprement mmanentiste qui voudrait tout faire sortir du sujet, ou du moins out y retrouver, et à toutes ses variétés. La doctrine d'immalence, celle des protestants libéraux A. Sabatier, Ménégoz, 3tapfer, Réville... et des modernistes tels que Loisy, a pour iaractéristique de ne reconnaître d'autre source aux vérités religieuses que l'expérience intime. Elle admet ce postulat qu'il y a ane différence essentielle entre la religion et la métaphysique et 30ur elle la religion se ramène à des dispositions intérieures, ■;ans impliquer aucune adhésion intellectuelle à une doctrine léterminée ; ce n'est que la réponse de l'homme à l'appel inté- 'ieur de Dieu « présent à son âme qui se fait entendre d'elle, une 'orme de la vie, dont on doit trouver tous les éléments dans la ne même de l'homme » (Denzinger-Bannv^rart, n. 2074). « Loin ie découler du travail rationnel, de l'élaboration spéculative, la certitude religieuse repose uniquement sur le sens de la vie subjective, elle relève de l'ordre du cœur, elle est une position pratique et personnelle du sujet » (Michelet, Dieu et V agnosticisme, p. 187). Dieu est avant tout objet d'expérimentation; de son action immédiate dans la conscience découlent toute la religion
incontestablement sa raison d'être dans les allégations plus qu'étranges et à tout le moins téméraires et équivoques que Ton a pu relever dans son œuvre Pourquoi ne les avoir pas simplement désavouées!
A vrai dire, si l'on doit interpréter M. Blonde! ainsi que l'a fait le Dictionnaire apologétique et que nous serions très heureux de le pouvoir faire, il faul renoncer à comprendre les attaques si violentes e1 si injustes de Testis contre tant de catholiques 1 familiarisés avec la notion de puissance active et auxquels il ne peut venir à l'esprit de mettre enj question le principe d'immanence tel qu'il a été formulé parle P. Valensin ; il faut renoncer à expliquer l'irritation inquiète que Testis met à défendre une théorie qui n'est pas neuve et qui lui ferait dansj cette hypothèse enfoncer des portes ouvertes.
Aussi bien, nous l'avouons, à juger d'après leS'^ textes et purement du dehors, on a peine à ne voir auj fond de ces colères qu'une grossière méprise. Invin-
et toute la révélation et « qui ne le sent pas dans son c(«ur ne* le trouvera jamais au dehors ». Mais si toute la religion estjj contenue dans une expérience subjective, si la réalité divine, objet de la foi « n'existe pas ailleurs que dans l'àme même du j croyant, c'est-à-dire comme objet de son sentiment et de ses I affirmations » (Denzing-er, ibid.), il ne saurait être question pour l'homme d'en avoir une connaissance métaphysique réelle : toutes les formules dogmatiques qui pourront exprimer la croyance'' n'auront qu'une valeur purement symbolique; la doctrine dey l'immanence religieuse est en même temps une doctrine spéci- î fiquement agnostique. Cf. A. -A. Valensin, Dictionnaire apologé-> tique ^ art. Immanence ; J. de Tonquédec, Immanence y Essaie critique sur la doctrine de M. Blondel; Michelet, Dieu et Vagnos-A ticisme contemporain^ pp. 183-313; X. Moisant, i)f>w, V expérience û en métaphysique^ 1. V, c. II; Chossat, Dictionn. de théologie cathoL^ art. Dieu, col. 859-872; de Poulpiquet, L'Objet intés^ral de V apologétique, 2» partie.
blement en lisant tant de pages tumultueuses et îsordonnées vous revient le souvenir de certaines èses de V Action où l'action est représentée comme ant seule le privilège de donner de l'Etre et de Jnîque Nécessaire une preuve contraignante. C'est dans la pratique même que la certitude de rUnique nécessaire » a son fondement. En ce qui uche à la complexité totale de la vie, seule l'action t nécessairement complète et totale elle aussi. Elle )rte sur le tout et c'est pourquoi d'elle et d'elle ULE ressort l'indiscutable présence et la preuve •ntraignante de l'Etre ^ » A lire ce texte et d'autres mblables, n'est-on pas autorisé à conclure que auteur n'admet point la force des arguments métalysiques et que pour lui la ratio discursii^a est capable de prouver d'une manière efficace l'exisiice de Dieu ? L'apport subjectif qui nous était crit tout à rheure ne suffît plus, le sujet doit prenfe à l'élaboration de la vérité une part telle qu'à la ttre il semble la faire et qu'en un sens très véritae encore, on serait tenté de dire qu'il la trouve en i, comme s'exprime M. Laberthonnière. Mais alors
serait-ce pas la justification de l'interprétation li a été donnée de la pensée de M. Blondel et après laquelle tous les procédés de démonstration raient incapables d'obtenir l'adhésion de l'esprit ms un effort qui n'aurait pas seulement pour objet écarter les dispositions qui nous empêchent de msidérer la preuve et d'en percevoir la vraie valeur, lais lui ajouterait un élément positif qui semblerait
voir jouer un rôle spécificateur dans l'adhésion