INTRODUCTION
unique règle de critique avait voulu être la philosophia perennis éclairée, complétée par renseignement de l'Eglise. Dissiper quelques-unes des lourdes équivoques qui entravent tant d'âmes dans leur lente ascension vers la pleine Vérité, favoriser, ne fut-ce que pour une légère part, le retour à une ferme discipline des intelligences et des volontés : je n'avais pas d'autre ambition. Quelques malédictions qu'une tentative aussi téméraire dût fatalement m'attirer dans la suite, la perspective d'un tel résultat avait bien de quoi encourager et soutenir mes efforts.
Ce qui était prévu, d'ailleurs, arriva. Les Annales de philosophie chrétienne goûtèrent peu l'entreprise et Tune des principales conclusions que développait A travers V œuvre de M, Maurras souleva de leur part de très vives protestations.
Examinant le cas de conscience qui se pose pour des catholiques en face des avances de l'Action française, j'avais commencé par établir que toute conciliation entre eux et les positivistes de ce groupe sur les questions fondamentales de la métaphysique et du dogme était évidemment impossible. Mais après avoir, à maintes reprises, rappelé que je n'examinais pas les chances pratiques de succès ni l'opportunité d'un accord mutuel sur le terrain exclusivement politique, — qu'aussi bien j'en étais absolument incapable, — je développais cette idée très simple : le programme d'action politique proposé par les positivistes d'Action française ne contredisant point la doctrine catholique et, d'autre part, les catholiques recevant de leurs alliés éventuels toute garantie qu'il ne serait jamais porté atteinte sur quelque point que ce fût à renseignement de l'Eglise, aucune raison ni
INTRODLGTION HI
philosophique, ni théologique ne paraissait devoir exclure a priori toute entente commune dont la base serait exclusivement politique. « Pour ceux d^entre les catholiques, disais-je, qui n'auraient pas à craindre les infiltrations latentes de l'agnosticisme et de rindifférentisme, on ne voit pas en théorie, au nom de quel point doctrinal, on devrait leur interdire d'une manière absolue de frayer avec ces mécréants à l'allure si tourmentée » qui se proposaient de travailler comme eux à la restauration de Tordre et de la liberté religieuse en France. 11 appartenait seulement à chacun « de supputer son avoir en forces morales et en remèdes préventifs » contre les dangers possibles. Et dans une étude détaillée des conjonctures où se présentait le problème, je montrais qu'aucun obstacle ne pouvait être apporté par les positivistes d'Action française au développement intégral des principes religieux chers aux catholiques : faire du prosélytisme en faveur de leurs théories agnostiques serait en effet, pour ces mêmes positivistes, contredire leur méthode, et aller contre leurs intérêts les plus certains.
Les Annales de philosophie chrétienne se sont scandalisées de cette thèse et elles m'ont violemment attaqué à leur propos. Ce ne furent tout d'abord dans les numéros d'octobre 1909 (pp. 106-108) et de janvier 1910 (pp. 442-444) que des insinuations, des points d'interrogation, dont au reste le laconisme ne réussissait pas à voiler Tesprit hostile et qui donnaient à entendre que l'attitude adoptée pourrait bien porter préjudice à l'intégrité de la doctrine catholique. Puis vinrent les accusations nettes et brutales : dans le fascicule de mars 1910, la thèse