‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 24 sur 64 · Annales, juin 1910, p · texte numérisé non relu

Annales, juin 1910, p

liscussion : je n'ai même aucune peine à confesser jue je me sens tout à fait incapable de l'engager et le la soutenir. Aussi bien, dans un instant de clairoyance, Testis lui-même n'a pu s'empêcher de 'avouer. Tout en estimant que mes études sur û. Maurras étaient susceptibles d'une autre inter- )rétation, il se demandait si je ne m'y étais pas

proposé principalement de montrer que, bien que héoriquement l'alliance des catholiques avec les ignostiques ou les athées de l'Action française en considération de données communes ou en vue de ésultats politiques à obtenir ne soit pas absolunent condamnable, toutefois l'ascendant d'incrélules armés de philosophie et la contagion de docrines périlleuses sont une raison puissante d'avertir es jeunes, les faibles, des dangers d'un tel rapprochement » (pp. 260-261). C'était là très clairement endre ma pensée et j'en ai accepté la formule. Mais misque Testis ne voyait, semble-t-il, aucune objection sérieuse à élever contre mon travail, entendu ians ce sens, qui était le bon, il me sera bien periTiis d'exprimer le regret que les Annales ne s'y oient pas tenues et parla ne nous aient pas épargné ;ette misérable et stérile polémique.

Quant à la comparaison que l'on a trouvé très [)iquant et péremptoire de faire entre mes études sur l'Action française et la démarche d'A. Sabatier près du P. Rubillon au nom d'A. Comte, elle ne nous 'etiendra pas longtemps. Les Annales ont pu s'en îgayer et d'autres folliculaires à la suite : on est Bn droit de s'étonner que des polémistes de profession aient eu à ce degré si peu le sens des situations et du ridicule.

En 1857 ^ A. Comte faisait proposerauR.P. Beck une alliance olFensive et défensive entre la Compa gnie de Jésus et l'Ecole positiviste pour sauvegar der l'ordre européen. Le général des « Ignatiens était invité particulièrement à se proclamer che| de l'Eglise catholique, aux lieu et place du prince! évêque de Rome!... Seules évidemment les prédis' positions de Comte à la folie avaient pu l'amener î solliciter d'un religieux, voué par état à un apostol lat tout spirituel, éloigné par ses règles à un titrspécial de toute entreprise politique et non seule' ment tenu, comme tout fidèle, de se soumettre ai pape, mais lié à l'égard de celui-ci par un vœu spé cial d'obéissance, qu'il se révoltât contre sa propr Eglise et abandonnât sa vocation. D'autre part seuil un religieux fou lui-même ou en rupture de bail avec l'Eglise eût pu prendre cette demande ei considération et rien n'était moins douteux dan; Toccurrence qu'une fin de non recevoir absolue. Lî' réponse adressée par le P. Rubillon au nom di P. Beckx à M. Alfred Sabatier, l'ambassadeur d< Comte, fut celle que tout jésuite devait faire quiconque l'exhortait à entrer dans une assocîatioi politique et lui demandait de concourir à um œuvre qui n'était pas immédiatement religieuse (c II nous est impossible d'entrer dans une ligue qu! n'a pas pour but direct le triomphe du nom de Jésus Nous savons bien que l'ordre européen peut êtrr' troublé, mais nous ne pouvons rien y faire, si c<j n'est de confesser le nom de Jésus et de nous fain

1. On trouvera tous les détails de cette histoire assurémen extraordinaire dans Graber, A. Comte et le positwisme^ trad ! franc., pp. 288-2*J3.

nassacrer pour lui ». Tels sont en peu de mots les aits dont on a trouvé piquant d'évoquer le souvelir à propos de mes articles sur M. Maurras. Il est 3ar trop facile de montrer que le rapprochement itait sans fondement.

Dans l'étude que j'ai entreprise au sujet de VI. Maurras, de quoi s'agit-il en effet? Aurai-je donc parlé d'une alliance à nouer avec des positivistes, iont la condition première serait le détrônement iu pape et l'objet immédiat, la transformation de

Eglise en vue de la protection des intérêts euro- Déens??... Il s'agit simplement d'examiner le cas de 3onscience suivant : il existe aujourd'hui en France Lin groupement politique très vivant, composé sur-

out de catholiques, mais dont quelques chefs, et potamment le principal théoricien, sont des positivistes qui professent parfois, en morale politique, fies maximes fâcheuses et qui défendent le cathoicisme non pas comme une vérité transcendante et me institution divine, mais seulement comme une grande tradition française et une institution sociaement bienfaisante. Quoi qu'il en soit des raisons

héoriques et pratiques qui conseilleraient d'adhérer ou de ne pas adhérer à ce groupement, pareille 3ollaboration permanente de certains catholiques ivec certains incrédules, est-elle tout à fait et en loutes circonstances injustifiable au regard de la Tiorale chrétienne ? Tel est le problème que j'ai examiné, problème que tout prêtre à l'heure actuelle peut être appelé à résoudre au confessionnal et sur lequel il y avait, ce semble, quelque utilité à jeter Quelque lumière.

Il suffit d'avoir ces données sous les yeux pour que

la conclusion jaillisse d'elle-même : entre les dei situations que l'on veut rapprocher, celle de 18 et celle d'aujourd'hui, toute espèce de comparaiso fût-ce la plus éloignée, est impossible. Mais ( devra également en déduire ceci : lorsque quelqu'i \ se mêle de traiterune question, il est de la loyau élémentaire de ne pas la déplacer ni compliquer plaisir en y introduisant de ces confusions que l'c est incapable — et pour cause — de justifier ; j'ajo ] terai : il est de bonne tactique de s'éviter c pareilles incongruités auprès d'un public tant so peu averti.

Une fois ces vétilles dissipées, il sera aisé de répo dre à Testis et à ses amis sur la question de foni

Mes adversaires des Annales supposent, en effe que je défends la possibilité d'une entente entJi hommes qui ont des idées contradictoires sur h principes et le but de leur activité, à la seule coi, dition qu'ils s'accordent sur des résultats brutahj ment pris comme tels en dehors de toute idée con miine. A Dieu ne plaise que j'admette pareille moni truosité !

Dans la première partie d'A travers Fœuçre a M. Maurras, je crois avoir désigné clairement pf ces « résultats » sur lesquels on peut s'entendre, ! nécessité d'un ordre social, les conditions requise pour le bon fonctionnement d'une société, mieu| encore les moyens de réaliser la prospérité tempe relie de la communauté. Or cette nécessité, ce, conditions, ces moyens, « résultats » que nous faj connaître la méthode expérimentale, ont un sens. L| raison les dégage des faits, mais elle ne les accept.

ue parce qu'ils s'ordonnent à une fin très déterlinée, vers laquelle positivistes et catholiques contatent l'obligation d'orienterJeurs efforts. Et c'est >our l'atteindre qu'ils cherchent à s'unir : il s'agit le montrer comment.

On peut concevoir un accord sur les résultats de leux manières très différentes : un exemple concret lousles fera saisir sans peine. Supposons que deux groupes d'hommes croyants et incroyants s'entenlent pour transporter sur la place Notre-Dame de aris de lourds madriers. Le premier groupe a l'inention de dresser avec ceux-ci des échafaudages jui serviront à la réparation du sanctuaire, le econd médite d'élever un bûcher qui préparera la iestruction de l'église. Les deux groupes sont i'accord sur un résultat immédiat, brut, qui est de transporter des madriers auprès d'une cathédrale. Mais intentions et but des uns et des autres sont contradictoires : leur « connubium » est simplement immoral, il faut le condamner sans réserves.

Supposons au contraire que ces deux mêmes groupes s'entendent pour le traasport de madriers dans le but commun de contribuer à la réparation de ['église, à sa consolidation. Le premier, il est vrai, par pur esprit de foi, pour rendre hommage à Dieu, tandis que le second veut seulement sauvegarder une merveille artistique, un legs de la vieille France, lin témoin permanent de la tradition. Pour être moins élevée, cette seconde intention n'est à aucun titre immorale ; dès lors on ne voit pas où serait l'injustice ni l'immoralité delà collaboration de ces deux groupes en vue d'un même résultat concret à obtenir qui est le transport de madriers sur la place

MOXOPHORISME

Notre-Dame, puisque l'un et l'autre se proposeï de coopérer à une même œuvre bonne.

La collaboration que nous avons étudiée renti précisément dans ce second cas. Ce n'est pas 1 simple volonté d'un ordre matériellement identique sans intention, sans idée, sans formalité commun qui doit réunir catholiques et positivistes. Si l'o permet aux premiers de travailler en commun, moyennant certaines conditions rigoureusemen déterminées, — avec les seconds, c'est que, sur plu sieurs points : ordre, autorité, tradition, ceux-c ont des idées très justes, encore qu'incomplètes e « déficientes ». Les méconnaître serait un dén criant de justice qui ne nuirait qu'à ses auteurs. Tes tis, lorsqu'il parle des hommes d'Action française et reftise de reconnaître la justesse de beaucoup de leurs revendications, manque étrangementau principe d'universelle sympathie pour toutes les formes du vrai et du bien que partout ailleurs il applique. Or le bien de l'ordre, de la hiérarchie, de la tradition qu'à l'Action française l'on comprend et l'on aime, est, comme toutes les vérités, de Dieu et remonte vers Dieu; c'est « l'odeur des mains divines », même quand il n'est pas connu comme tel. Tous y poursuivent un véritable bien, le bien commun temporel, qui, d'après la philosophie rationnelle et la doctrine chrétienne, est la fin propre de la société civile. Mais toute communion dans une idée juste, toute entente sur un programme honnête, toute appétition droite peut fonder une légitime collaboration : celle-ci n'a rien d'analogue avec l'immoral accord sur les résultats considéré plus haut et la négation du Dieu personnel; à plus forte

aîson, le seul fait de l'ignorer ne rendra pas nécesairement toute entente illégitime. Ou alors que 'on interdise tout contact avec ceux qui ne sont pas ,'éellementunis à Dieu, qui n'ont pasla grâce sancifiante, qui ne sont pas dans l'unique voie normale lu salut, c'est-à-dire l'Eglise! Mais accorder en ait, comme il arrive ici, qu'on peut collaborer avec les protestants ou des déistes pour des œuvres de pharité et de philanthropie^ et prétendre qu'on ne e peut pas avec des athées, cela est faux, gratuit, llogique, dès là que Ton s'accorde avec eux pour )btenir un bien qu'eux-mêmes voient et veulent, et jue, par ailleurs, nul péril n'est à redouter. Testis aous en a donné un grand nombre d'exemples : ligues antialcooliques, sociétés de secours à des blessés, à des inondés... constituées en vue d'un résultat précis à obtenir, inspirées par une pensée commune de charité, de protection de la race... Dans le cas de l'Action française, pourquoi l'idée partiellement juste, la volonté partiellement bonne ne pourrait-elle également servir de terrain légitime d'entente, offrir même un point de départ pour des discussions religieuses fécondes, où l'on tâcherait à s'élever au-dessus des considérations excellentes, mais trop étroites, de la prospérité sociale, pour saisir enfin le divin? A l'encontre de tant d'autres venues d'incroyants anarchiques ou illuminés, l'œuvre de M. Maurras m'a semblé contenir des éléments solides que l'on pourrait fort bien utiliser à plus d'un point de vue. Et c'est pourquoi, tout en dénonçant hautement les erreurs que cette œuvre recèle,

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