‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 26 sur 64 · Annales, juin 1910, p · texte numérisé non relu

Annales, juin 1910, p

2. Etudes, 5 septembre 1909, p. 623. A l'occasion de ce texte Testis est tombé dans une étrange méprise. Il m'a attribué d( considérer le problème présent par manière de spéculation pure' en faisant abstraction « de toutes les données concrètes qui com posent le problème concret ». Rien de moins exact. Comme tou moraliste qui doit jug-er un cas concret et préciser les conditiom dans lesquelles tel ou tel acte sera licite ou non, j*ai eu recoun aux principes qui commandent nos actions, et cela relève bien, m semble-t-il, de la spéculation, si toutefois Testis permet encor d'invoquer des principes pour discuter un cas pratique. Mai faire abstraction des données concrètes serait, dans l'occurrence» simplement absurde, puisque ce sont ces données qui consti tuent le cas. J'ai donc commencé par les prendre toutes ei» considération : alors seulement j'ai pu dire que le danger pour le»

araît-il, une séparation intolérable entre la praique et la théorie : car on ne peut considérer les ésultats indépendamment des principes d'où ils

épendent, ni, dans l'occurrence, faire abstraction

des théories et des questions de droit ou d'idées m de croyances ».

Le principe mis en avant ici par Testis est inconestable : là où il y a opposition radicale, essentielle ,n théorie, il ne saurait yaiyoir sous le même rapport, mion possible sur le terrain pratique. Mais c'est )récisément parce que l'opposition n'a pas lieu en héorie et en pratique sous le même rapport que j'ai )u écrire la phrase incriminée.

Catholiques et néo-monarchistes prennent comme )oint de départ de leurs constructions politiques les faits d'expérience qui ne relèvent par euxmêmes d'aucune théorie et ces faits, tant qu'il s'agit ie reconnaîtreleur dépendance, d'établir leurs relaions à une fin toute naturelle comme la prospérité Sociale, pourquoi catholiques et néo-monarchisies ne pourraient-ils de part et d'autre s'entendre povLT les accepter? Que M. Maurras ou M. de la Tour du Pin étudie les conditions deprospérité d'un Etat, ils constateront l'un et l'autre lanécessité d'as- ■surer à la famille le plus vaste développement et

toi et les mœurs de ceux qui accepteraient cette collaboration 1 était pas universel ; certaines conditions devaient être exigées jui écarteraient toute occasion de chute, mais on ne voyait pas l'impossibilité à ce que ces conditions fussent vérifiées et donc, ^'après les seuls principes moraux, pas d'obstacle insurmontable k une alliance. Il est vrai que Testis n'admet pas la distinction ide la thèse et de l'hypothèse ; il ne doit donc pas admettre la Ithéorie, essentielle en matière morale, des occasions, qui n'en est qu'une application. Il n'y a plus alors à discuter.

pour cela d'écarter toutes les causes qui compro( mettent sa stabilité, sa fécondité, telles l'unioi libre, Tabsencede lien religieux, le partage égal de biens. L'un et l'autre constatent le même fait matt riel, la même vérité objective : ils sont d'accord su un point. De même M. Barrés défend nos églisej menacées de destruction par des municipalités seci taires, au nom de la seule tradition nationale; lei catholiques qui le suivent dans sa campagne son inspirés par des motifs différents. En sont-ils moin d'accord avec lui sur ce fait: la nécessité de sauve nos églises?... Les exemples peuvent se multipliai à l'infini : réunissez-les en bloc, vous vous trouvère ' en présence d'un ensemble de revendicationsi identiques matériellement, susceptibles de fourni une large base d'entente, si aucune difficulté n surgit d'ailleurs.

Mais ces mêmes fins particulières, qu'ils s'accor dent à poursuivre en fait et pratiquement, veulent; ils les interpréter, les organiser non pas seulement en un système restreint au bien temporel de h société, mais en un système complet, et donc recon naître leur pleine signification dans la vie d<' l'homme, catholique et monarchiste incroyant s<| diviseront : le premier, les yeux toujours fixés su:^ sa destinée surnaturelle, y verra leur rapport loin' tain ou rapproché avec celle-ci et sans introduira, indûment des considérations religieuses en un(| matière qui ne les comporte pas, il n'oubliera jamaii qu'aucun acte humain, dans l'ordre historique oi, nous vivons, ne peut être isolé de la fin surnaturelle. Or cette relation essentielle échappe à l'incroyant, ou, pour parler en termes scolastiques, le

lême fait matériel ne se présente pas en tout à lui irmellement^ sous le même angle.

D'où entre le positiviste incroyant et le catholiue, comme Ta très clairement exposé M. Maurras li-même, il y aura de nombreuses « rencontres », 'lais il ne saurait exister d'alliance proprement dite, e mot d^ alliance supposant « un pacte consenti de art et d'autre, une volonté bilatérale d'agir ou de enser ensemble ^ ».

1. L'Action française, 1" juin 19lli : la Querelle du Cotutisme. oici la suite de ce texte capital : « Tout réfléchi, je lui préfère ce mot d'alliance) le terme précis de « rencontre ». Il y a des incontres entre la doctrine catholique et la philosophie positive, es rencontres ont lieu sur le terrain de la politique, de la mode, de l'histoire. Quand on les constate, on constate des faits le je demande au lecteur la permission de rappeler en les ppelant par leur nom. Pour rendre ma pensée plus claire, j'useli d'une parabole grossière, empruntée à nos ridicules usages élection et de parlement. — Si les positivistes et les catholiles étaient réunis dans une même salle-à-voter, leurs bulletins ': rencontreraient sur un certain nombre d'objets, qui sont fon- ^mentaux ; la constitution première de la société, la législation la famille, la législation de l'école, la législation des rapports 1 spirituel et du temporel, la loi des relations de l'Eglise et de jltat, la discipline générale de l'autorité souveraine et des libers sociales. Les catholiques et les positivistes seraient aussi accord pour rejeter toute morale indépendante et constater que devoir ne prend pas son unique appui dans la voix de la conience individuelle, mais doit se prévaloir d'un dogme exprimé ir un culte, dogme enseigné, culte exercé par une organisation érarchique, un clergé, une Eglise. Enfin pour l'histoire du onde, les positivistes considèrent comme un progrès immense distinction du pouvoir spirituel et du temporel inaugurée par catholicisme; ils comprennent et honorent comme un autre ogres immense l'organisation religieuse, civile et politique du oyen Age catholique; quant à la prétendue Réforme religieuse 1 xvi« siècle, le Gomtisme y voit surtout un système destrucur, une « sédition de l'individu contre l'espèce », et il tient les >gmes de la Révolution pour une mystification, une oppression, ne absurdité et une anarchie. Mais noter ces rencontres, les

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Mais de là aussi résultera qu'à un moment ou Tautre des conflits seront possibles : le catholiqv alors ne pouvant se prêter à aucune démarche q pût porter atteinte à ses intérêts spirituels, il 1 restera de trouver un principe de conciliation q lui permette de conserver intactes ses positions, (j principe, nous avons établi qu'il existe, tout emp| rique il est vrai, mais certain, le positivisme d' incroyants de l'Action française amenant ceux-ci. ne jamais contredire l'Eglise sur le terrain des fai] en quelque point que ce soit : « Vouloir traiter corps de l'Eglise, écrit encore M. Maurras, autri ment qu'elle ne se conçoit et se définit elle-mênj est une chimère libérale qui décevra toujours qui conque l'aura poursuivie. Il n'y a qu'une politiqi^ religieuse tenable à l'égard du catholicisme, c'e celle qui commence par se placer au point de vi' défini dans la chaire du Syllabus ^ » et qui e* purement et simplement celui de l'Eglise.

Tout autre danger étant écarté par hypothèse, qi veut de plus Testis pour autoriser en théorie uii action commune- ?

compter et les jalonner, c'est par là même constater que surjj autres points, il n'y a pas accord, mais divergence et séparaticj Et c'est, par là-méme, exclure absolument toute idée que « d catholiques pourraient accepter la philosophie » de Comte. Te, homme sain d'esprit sent bien qu'ils ne peuvent pas accepter que leur qualité de catholiques élimine par définition ».

1. V Action française, 1®' juin 1912 : la Querelle du Comiisn

2, Le Play encore très éloigné de la pratique religieuse, etj qui toute vue de foi dans ses (cuvrcs, sinon toute croyance pcj lui, demeurait alors absolument étrangère, était arrivé en él diant les sociétés par la seule méthode expérimentale, à ce i conclusion que l'une des conditions essentielles de prospér pour un peuple était l'observation du Décalogue. Lorsqu'en 18j il fonda la Société d'Economie sociale et, en 1872, les Unions pO|

En bref, Testîs a raison de ne vouloir pas d'une éparation radicale entre la théorie et la pratique, lais il commet une erreur de fait absolue, s'il ne se end pas coupable d'une grave calomnie, en imagilantque cette séparation est impliquée dans l'hypohèse présente. Si catholiques et néo-monarchistes rouvent le moyen de s'accorder sur les mêmes ésultats, c'est en vue d'une fin commune à atteindre [ui est la prospérité sociale. Bien loin de ne pas ;roire aux idées et de ne compter que sur la force, 'Action française croit au contraire avant tout à la puissance de l'idée et c'est sur la plate-forme d'idées communes qu'elle entend jeter les bases d'une action ^.ommune entre les bons Française

a paix sociale, de nombreux catholiques se joignirent à lui sans [ue l'on se fût avisé d'interroger le maître sur ses opinions religieuses et de lui reprocher l'oubli systématique où il laissait les )rincipes spécifiquement surnaturels dans ses constructions soûales. M. Maurras, comme Le Play, adversaire acharné de la dévolution, professe que l'élément spirituel et moral a une importance de tout premier ordre dans la vie économique des sociéés ; il enseigne, avec la plus grande netteté, que le catholicisme 5st seul, entre toutes les religions et toutes les philosophies, capable d'assurer à une nation les bienfaits nécessaires de l'or- Ire spirituel et moral. Bien plus, cela il l'affirme, non pas comme ii. Barrés ou d'autres, uniquement pour notre société française, nais pour toute société quelle qu'elle soit. Son incroyance, à la )rendre indépendamment des circonstances que nous avons préciées, sera-t-elle un obstacle plus grand que l'incroyance ou tout lu moins l'a-religion de Le Play à profiter de son concours ? Des nconvénients graves pourront résulter d'une alliance avec lui : Is ne viendront pas nécessairement de là. Et ici faudra-t il répéer encore une fois que sur l'opportunité, sur l'utilité d'une telle illiance, je n'ai jamais eu à me prononcer, que j'ai toujours ►ositivement exclu la question de ce débat?

1. Il est vrai qu'au service de ces idées, elle veut mettre la orée : mais c'est toute autre chose que de ne compter que sur ;elle-ci. Gomme nous le verrons, d'ailleurs, réduite à de justes imites, celle prétention n'a rien que de légitime.

Je concède sans peine, d'autre part, que l'espr I des uns et des autres, comme dans le cas de ne manœuvres de tout à l'heure, présentera des diffë rences: mais il n'est pas en tout opposé et cela s'en* tend de reste. L'union se réalise surdes résultats, e i ce sens que nous avons défini, c'est-à-dire sur dei conclusions dégagées des faits, sur des moyens re' connus bons à l'expérience, pour atteindre une fiiî d'ordre naturel, qui vaut par elle-même et a s i bonté propre. Et jusque là, point d'opposition enl tre la théorie et les faits : ceux-ci ont même signî| fication et relèvent des mêmes principes; l'espril des deux côtés sera le même. Toutefois la valeu < ontologique de ces résultats sera différente pour leill uns et pour les autres. Aux yeux des agnostiques d(| l'Action française, cette valeur sera toute relative f purement phénoménale; aux yeux des catholiquefl elle reposera sur l'absolu : d'où les « réserves » que| les seconds font sur les affirmations des premiers! De plus, les uns se cantonnent dans ces résultats' et ne veulent rien voir au delà ; les autres dépassenli cet horizon et s'inspirent de considérations surna-l turelles très supérieures. Mais où trouver là une! contradiction, si l'opposition ne se vérifie pas sub eodem respectuP où trouver là un empêchement' dirimaat à toute union, puisque, malgré leurs rap-' ports intimes, la fin d'ordre naturel peut être poursuivie dans une très large mesure indépendamment de la fin surnaturelle? A moins que l'on ne confonde' toujours nature et surnature, que l'on n'enlève à l'ordre naturel toute vérité, toute solidité, que l'on absorbe l'un dans l'autre!... — Enfin rappelleronsnous à nouveau nno Fnccord en question n'a été

éclaré possible que parce que le positivisme très pécial de M. Maurras enlevait toute entrave à la reliion et laissait le champ libre à toute activité d'ordre upérieur, à tout progrès spirituel, au libre et vigoueux essor de Tâme vers les plus hautes pensées, les royances surnaturelles; que parce qu'au regard les catholiques, cet ordre social rêvé de part et l'autre postulait à sa base et à son sommet non las sans doute la grâce, mais l'existence d'un Dieu )ersonnel, auteur et fin de ce même ordre? Pour !es catholiques, il ne saurait être question de s'acîommoder, encore bien moins de se féliciter, comme )n le leur prête outrageusement, « d'un positivisme juî, lui du moins, sépare les faits et l'action pratique des idées, et qmfixe les âmes dans les résultats bruts ^ ». Ils ne seraient plus alors chrétiens, c'est prop clair. Mais où les a-t-on vus s'arrêter à une pareille conception?

Et cependant Testis crie à une « défaillance » totale ! Vous supposez que « l'économie sociale et [e droit naturel peuvent se construire matérialistement..., vous fondez votre cité non sur ce qui tend àl'infini, mais sur ce qui se fixe au fixe et au borné, sans que l'affirmation de Dieu, de l'ordre moral, du droit absolu soit la clé de voûte nécessaire et démontrable de l'édifice ^ ». Que Testis se rassure: il n'est pas un catholique qui ne déplore l'erreur des incroyants d'Action française sur ce point, qui ne proie et ne publie que leurs constructions sociales ^ans cette clé de voûte s'écrouleraient misérable-

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