‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 29 sur 64 · Annales, t. 159% p · texte numérisé non relu

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2. Que, pour arriver à la certitude de l'existence de Dieu, les Secours de l'ordre surnaturel interviennent communément en fait, il serait déplacé d'aborder ici ce délicat problème : l'existence de Dieu reste, en toute hypothèse, objectivement, dans les limites rigoureuses du pouvoir humain. Le concile du Vatican Ta défini de la manière la plus authentique : la raison se suffit à elle seule pour affirmer cette existence, et même, comme le dit explicitement le serment antimoderniste de Pie X, pour la démontrer : « ac primum quidem Deum, rerum omnium principium et finem, naturali rationis iumine per ea quse facta sunt... certo cognosci adeoque demonstrari etiam posse, profiteor ». Ce sont là vérités de foi ou toutes proches de la foi. Cf. Garrigou-Lagrange, La démonstrabilité de Vexistence de Dieu selon le serment antimoderniste, dans Reuiie pratique d'apologétique^ \^^^ juillet 1911.

provoquer le sourire, voici vite venir sa contradic toire : « Puisque vous tenez à maintenir d'autr part qu'en effet ce surnaturel reste tout à fait hor de nos prises naturelles, vous êtes entraîné à le pré senter comme purement adventice, comme absolut ment étranger à l'homme et à la société... vous trai tezle christianisme comme une superfétation... vou êtes de purs extrinsécistes ^ ». Le monophorism authentique, Testis le tient enfin, et la raison qu'i en donne est manifeste : nous affirmons que le sur naturel est hors de nos prises naturelles. Que s cache-t-il sous cette nouvelle équivoque? Après C( que nous avons dit plus haut sur les rapports de 1î nature et de la grâce, la réponse est aisée à fournir Si Testis veut dire par là que, d'après nous, h nature ji'exige pas le don divin, qu'elle n'est pai proportionnée à une lin qui la dépasse infiniment rien de mieux; c'est la doctrine même de l'Eglise et nous ne voyons pas comment il pourrait nouî' le reprocher. Mais où serait le lien entre cette doc-| trine et les conséquences que Testis dépeint avec tant d'indignation? — Veut-il nous faire diic. comme le supposent ces mêmes conséquences, que Dieu se communiquant à nous, transformant par sa grâce toutes nos facultés, celles-ci restent néan-

1. On peut laisser Testis libre de croire que M. Laberthonnièreij a porté quelques rudes coups à cette thèse (commune à toute une partie de l'Ecole et d'ailleurs vivement combattue par une autre) d'après laquelle une même vérité ne peut être pour un mêniej individu objet de science et de foi. Mais de quel droit me la prê- j terait-il, cette thèse? Je n'ai rien dit qui pût lui fournir le moindre; prétexte à semblable attribution et dans la réalité, tout en j jugeant cette doctrine très orthodoxe, je ne puis l'admettre pour mon compte, si du moins on l'entend au sens étroit que lui ont donné beaucoup d'anciens scolastiques.

moins incapables de saisir quoi que ce soit de ce nouvel ordre de chose, que nature et surnature marchent parallèlement sans jamais se rencontrer, — il forge ici une pure chimère. Nos facultés ne sont élevées que pour capter dans l'obscurité même de la foi quelque chose de cet ordre divin. Telle l'âme informant le corps ^ le surnaturel, là où il est inséré dans la nature, informe tous nos actes et leur donne une saveur, un sens nouveau. Que Testis se rassure : nous faisons entrer le surnaturel parmi les éléments essentiels qui commandent la vie morale et nous supposons que la vie de la cité en doit tenir compte.

Mais parce que M. Maurras ne s'en inspire pas, son lot de vérité cesse-t-il de constituer des arrhes précieuses que, le cas échéant, tout apôtre saura mettre à profit? Testis aurait dû répondre avec soin à cette petite phrase qui d'avance minait toute son argumentation : « ne disons pas a/?/7or/que, pour être mutilées, des théories incomplètes sont nécessairement fausses en toutes leurs parties ». 11 a eu la loyauté d'en avouer toute la force, mais avec quelles impuissantes restrictions ! « Cette excuse serait valable s'il s'agissait d'esprits en mouvement vers la vérité complète et que vous auriez le dessein d'y amener peu à peu par un travail de recherche commune et par un effort intérieur à votre accord même. Mais est-ce que vous vous attachez à des âmes en mouvement^? « — Tout ce qui a été écrit dans ce sens est donc non avenu pour Testis, et les eftbrls

1. Cf. Bainvel, Naturel et surnaturel, p. 127, note. Les chapitres IV et V de ce livre seraient à citer ici tout entiers.

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