‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 35 sur 64 · Annales, t. 159e, p · texte numérisé non relu

Annales, t. 159e, p

2. Annales, ib., p. 390. Mû par un sentiment de charité qui l'honore, Testis est revenu plus tard {Annales, juin 1910. p. 259) sur cette condamnation et tout à coup il s'est senti « porté à prendre la défense... de ce pieux missionnaire qui, au retour de Chine, a consacré ses dernières forces à une croisade intellectuelle plus ^^énéi-piiscment que judicieusement)». Mais hélas! cette soudaine

le fois, mais à toute occasion, — j'en ai cité des emples et il suflisait à Testis de relire l'article de Rei>ue hebdomadaire du 5 mars 1910 sur les lées royalistes, — que M. Maurras s'est expliqué ir ce point. Au lieu d'émettre cette sottise que la iscipline, l'ordre sont une fin en soi, il dit expresimentque discipline et ordre sont des moyens en je d'une fin ultérieure qui est la prospérité tempoîlle,le mieux-être, le progrès. « Politique d'abord », crit-il, parce que, d'après lui, la politique, c'est-aire, dans l'occurrence,la restauration de l'autorité, stùne « condition » nécessaire pour la réalisation u bien public. Il est vrai, ce moyen il le trouve on et efficace. Contrairement à l'erreur roman- ,ique et révolutionnaire qui oppose essentiellement d puissance et l'ordre, qui croit que la valeur de ieest en raison directe del'absence de règles, qui ientifie le plus d'être elle moins d'ordi-e, M. Mauves affirme que, dans le monde humain, — il ne lédfère pas pour les anges, — la discipline, l'ordre lont chose salutaire. U le dit en matière politique ,t sociale, en matière de psychologie individuelle. [)r pas d'ordre, pas de discipline, partant pas de )aix ni de prospérité sociale sans une autorité qui

bienveillance d'un défenseur d'emprunt n'a pas été de longue lurée. A la suite d'une lettre envoyée par M. Peillaube à [/n..ers ,our protester contre les accusations qu'on Tient de lire, le BuUein delà Semaine du 10 août 1910, pp. 375-376, a publie une lettre le Testis dans laquelle le P. Cuche, et M. Peillaube par surcroît, fiaient traînés a„x gémonies avec la dernière dureté. On ne *ait trop à quelle époque se reporter dans l'histoire des polemiraes entre catholiques pour trouver pareilles intempérances de angage. La fortune a de ces revirements ; et qui les contemple le manquera pas d'éprouver les sentiments décrits par Lucrèce : Suave mari magno,., »

préside efTicacement à la concentration de tous I efforts en vue du but qui est assigné par la natur la société civile. Oui ou non, cela est-il conform la doctrine catholique? Oui ou non l'autorité e elle envisagée par tous ses philosophes comme j moyen sans lequel la société ne peut pas subsista ' « Le pouvoir est de droit naturel, écrit Bellarmi | il ne dépend pas du consentement des homme qu'ils le veuillent ou non, ils doivent être régis f ! quelqu'un à moins de vouloir que le genre hums périsse, cequi est contreTinclination de lanature^; Mais le pouvoir n'est pas la fin de la société, il n'e pour elle que le moyen de vivre ; l'autorité ne go verne pas pour soi, en vue du plaisir de s'exercer | de raffermissement de son pouvoir : elle ne de s'exercer et s'affermir que pour le bien commu M. Maurras, que je sache, ne professe pas sur pouvoir une autre doctrine.

Concluons. Jusqu'à ce que \e^ Annales aient et* bli que les notions d'ordre, d'autorité, de hiérarch défendues par l'Action française, que les revend cations de l'école catholique sociale qu'elle a fait, siennes, que la solution apportée par elle à des pr. blêmes de politique pure où les circonstanci jouent un rôle considérable, supposent des théorie contraires au dogme chrétien et à la raison év( luaatdans son juste domaine, que leur programm exclusivement politique défigure la thèse classiqu de la distinction des deux ordres naturel et surna turel et ne réserve pas les droits supérieurs di

1. Controu.gen., II, 1. 3, c. vi. — Cf. S. Thomas, Z)<; rcgimiii principum, 1. I, c. i.

mi-cî, — jusque-là, la thèse de l'accord, ou 3UX des rencontres possibles sur les résultats, is les limites tracées, reste ferme.

Testis et M. Blondel

\ ces raisons d'ordre spéculatif, il est aisé d'en ndre d'autres, historiques celles-là, que Testis îusera moins encore et qui feront voir à l'évincé que toute alliance des catholiques avec des crédules n'est pas et n'a jamais été en toute hypo- '.se interdite, qu'enfin le cas étudié ici a eu au ars des siècles et à l'heure actuelle de nombreux

cédents. A cette nouvelle et décisive lumière on fjera sans peine de la fragilité de ses attaques. Testis repousse en théorie toute collaboration iBC des païens, des athées sur le terrain politique social : telle est sa thèse présente, dépouillée de !jt artifice dialectique. Que pense-t-il alors de lis les chrétiens qui, dans les premiers siècles de iglise, n'ont cessé de prendre part aux aff*aires de itat, et ont collaboré activement à un gouverneînt païen? Se pouvait-il cependant coopération [us étroite à une œuvre plus temporelle? — Evimment Testis désapprouvera le consul Flavius emens et les nombreux fidèles qui remplissaient

cour des Césars : leur place n'était pas là. Tertulen montaniste et les quelques rigoristes des

ii« et m* siècles, interdisant aux catholiques li service militaire, seront ses hommes. Saint Jea| Damascène, au viii® siècle, acceptant les fonction de grand vizir du calife de Damas, le P. SchaL au XVII', se laissant créer mandarin et nomme président du tribunal des mathématiques par Tem^ pereur chinois Chun-Tchi, les catholiques turci qui sont entrés ces dernières années avec ardeur dans la vie de Tempire ottoman et tant d'autre à toutes les époques, qui prirent une part activ à la politique de gouvernements incroyants, oni tous été des monophoristes avant la lettre. Seul leur passion pour l'autorité, — et quelle autorit souvent? — seuls leurs rêves de domination spiri tuelle ont pu les amener à de tels compromis ! Rappellerons-nous encore l'attitude constante de! catholiques dans les nations hérétiques où le péri de perversion est souvent plus prochain, attitude d'ailleurs toujours approuvée de l'Eglise ; ou encort les instructions de Léon XIII et de Pie X aux catholiques français leur recommandant, après s'être groupés eux-mêmes aussi fortement que possible sur le terrain strictement catholique, de s'unir à toui ce qu'il y a d'honnête dans le pays pour transformel la législation? Evidemment une telle coopération suppose un accord sur les résultats temporels en vue d'une même fin d'ordre naturel à obtenir, qui est la fin de l'Etat. Mais dès là que les catholiques qui s'y prêtent peuvent librement travailler à conquérir leur fin surnaturelle, on ne voit pas ce qui aurait permis de leur lancer a priori l'anathème.

Sans aller si loin, Testis n'a-t-il jamais ouï parler de catholiques notoires, tel M. Blondel, prêtant sorî

oncours très chrétien dans une chaire de philosohie de l'Université d'Aix, à un enseignement dont n sait d'ailleurs l'inspiration générale, et cela, sous égide d'un recteur perfidement sectaire, M. Payot, ont les œuvres ont été maintes fois et si justement ondamnées par l'Eglise? Oh ! je ne le blâme ni oi ni les professeurs chrétiens qui l'imitent : on iie saurait condamner les catholiques à s'enferaer dans leur tour d'ivoire ni leur interdire tout ontact avec le monde, qu'ils doivent conquérir ^. /lais je vois clairement que si Testis est conséquent vec ses principes, il devra les anathématiser tous, l'î'est-ce donc pas lui qui a écrit : (( Bon gré mal gré, m esprit se dégage toujours de toute coopéraion » (p. 579)?

Je le sais, Testis a cru se dérober en nous réfutant le droit de rapprocher le monophorisme de jels exemples. Ceux-ci diffèrent en efTet profondément du cas exposé par lui aux lecteurs des Anlales, je l'avoue sans peine; ils ne différent en rien lu cas réel, de celui que j'ai étudié et que Testis [ivait à examiner, et c'est bien vainement qu'il a |enté de donner le change à ce sujet.

I 1. On a Traiment peine à comprendre comment Testis dans jCs Annales de déc. 1910, p. 277, a bien pu considérer ceci comme lae concession accordée ad duritiem cordis. Rien n'est plus éloigné le ma pensée. Ainsi qu'il le dit lui-même, ce n'est pas par conession, mais par devoir qu'il faut essayer d'arracher les incrélules à l'erreur et donc entrer en contact avec eux. Aussi bien li-je écrit que si l'on ne peut interdire aux catholiques ce contact, — c'est-à-dire si l'on n'en a pas le droit, — c'est qu'ils doiuent con- [uérir le monde et que c'est un devoir pour eux. De même je ne Jache pas avoir écrit que ce fail. de coopérer dans une fonction publique avec des incrédules est toujours un « compromis ». Toute 'arg^umcntation construite surce faux supposé est pure divagation.

92 IMONOPÎÏORISMI-:

Aussi bien pour toute réponse aux exemples in nombrables que je lui opposais ou aurais pu lu opposer de catholiques collaborant ou ayant colla bore à toutes les époques sur le terrain politiqu — il ne s'agit que de celui-là — avec des païens e des athées, il s'est contenté dans la suite de cett boutade dédaigneuse : « Notre imprimeur doi remercier M. Descoqs de n'avoir pas proposé au: Annales plusieurs millions d'autres [exemples] auss légitimes et aussi édifiants ». Et c'est tout Le pro ! cédé est commode, mais il vaut ce qu'il coûte! e la cause n'est-elle pas entendue de quiconque croi pouvoir s'en déclarer satisfait?

11 est un de ces exemples cependant qui lui tien au cœur et à propos duquel il tente de justifiai cette fin de non-recevoir sommaire. Rien ne serf plus instructif que d'étudier ses efforts pour évitei ce mauvais pas.

J'avais écrit que M. Blondel prêtait son concours très chrétien à l'enseignement de l'Université sous l'égide de M. Payot. Testis croit se débarrasser de la difficulté en établissant qu'on ne peu trouver aucune trace d' « active collaboration » de M. Blondel avec M. Payot : « Pas une ligne signée en commun, pas un article inséré dans une revue commune; pas même un mot de M. Blondel sui M. Payot ». Ainsi, d'après Testis, donner un en seignement philosophique, auprès de quelqu'un dans une maison dont celui-ci, en tant que recteur, a la direction et la charge, ne serait plus une! collaboration et ce terme ne conviendrait qu'à ceux qui écrivent et publient dans une revue commune? C'est tout à fait nouveau. Mais dès là qu'ils travail-

ni sous le même toit, MM. Blondel et Payot n'onts donc aucune idée, je ne dis pas « proprement ommune », mais « simplement commune » qui îs unit dans un effort commun et justifie leur ollaboration ? Testis défend M. Blondel de subir, ar intérêt ou tout autre motif « étranger au deoir de servir la vérité », 1' « inspiration générale » .'une doctrine hostile et je le crois sans peine : s'il n était autrement, je ne l'aurais pas excusé, voire tiême loué, ainsi que tous ses collègues catholi- [ues, de poursuivre son enseignement dans les angs universitaires. Mais je n'ai pas admis davanage la possibilité d'une entente avec des incrédues sur le terrain politique pour des catholiques qui luraient à redouter « l'inspiration générale » ou es infiltrations d'une philosophie ruineuse et la olus légère atteinte au trésor de leur foi : c'était toute la thèse de la deuxième partie d'A traç^ers fœwre de M. Maurras et la solution du problème sur lequel nous discourons.

Au reste, on s'explique l'embarras de Testis à justifier ses anathèmes, quand on se rappelle qu'en dehors du cas actuel, il revendique bien haut le droit de collaborer avec des étrangers à sa foi catholique ^ En compagnie de M. Blondel qu'il défend,

1. Dans une note de la p. 269, Testis trouve « vraiment trop lort » qu'on lui attribue cette « énormité » de repousser toute collaboration avec des hommes qui ne croient pas comme l^i. — Je n'ai jamais prétendu au'il repoussât en 'pratique toute collaboration de ce genre; je sais au contraire, fort bien, qu il s y prête avec une facilité qui parfois a pu paraître excessive. J ai écrit 'seulemient que les principes mis en avant par lui dans la controverse actuelle vont à condamner théoriquement toute alliance [pratique de ce genre. C'était insinuer équivalemment qu entre Isa théorie et sa pratique il y avait peut-être contradiction ; je regrette vraiment d'avoir à le lui dire aujourd hui.

il étend cette revendication au domaine de la spi culation philosophique et religieuse, cherchai jusqu'aux plus légers points de contact qui le pui; sent mettre en relation avec des athées notoire; positivement hostiles à toute idée religieuse, tels ] plupart des membres de la Société française de ph. losophie avec lesquels iMM. Testis-Blondel collabc rent activement.

Et ici peut-on ne pas admirer la cruelle ironie d conjonctures présentes? Dans le ^w//e^m de cetti même Société de Tannée 1905, se trouve le comptl rendu d'une discussion sur « l'idée religieuse dan renseignement». Le conférencier M. Appuhn sou^ tenait que le professeur de philosophie devait s'in téresser à toutes les croyances, à celles du catholi que, comme à celles du protestant, du socialist athée; sa mission n'était-elle pas d'aider ses élèves à prendre conscience de ce qu'ils croient, à ravive] leur foi en l'expliquant « humainement » et à laïciser leur âme? Après avoir exposé cette théorie M. Appuhn donnait connaissance d'une lettre empreinte de la plus bienveillante cordialité, qu'i] avait reçue de M. Blondel. Celui-ci évidemmeni n'admettait pas une ligne de conduite aussi extravagante, mais, à l'égard de la religion, il assignait! au professeurdephilosophie universitaire l'attitude suivante : « Le maître n'a donc pas, en tant qu'instituteur de l'esprit, à ouvrir le contenu de la religion positive : c'est là le rôle des ministres delà religion même. Qu'il Ven^isage dans ses effets historiques, qu'il la considère du dehors comme une institutions sociale, quilla prenne humainement, pour ce qu'elle apporte dans la mêlée des doctrines philosophiques.

ien de pins naturel. Qu'il laisse même apparaître es convictions intimes, mais que ce soit comme n exemple personnel de droiture, de réserve et de iberté. Il a à enseigner non ses propres convictions, riais comment on se fait des convictions, sincères et espectables ^ ». Les incrédules d'Action française l'ont jamais imposé pareille neutralité à leurs amis ;atholiques, pareille indifférence, pareil détachenent à l'égard de la vérité ^ et ceux de leurs profeseurs qui sont croyants ont toute liberté d'arborer eur drapeau sans toutes ces restrictions. Non seulenent MM. Maurras, Lasserre, Moreau... ne leur denandent rien qui serait contraire à leurs croyances, nais ils les exhortent à affirmer celles-ci bien haut, i « enseigner leurs propres convictions » ; ils se retrouvent avec eux dans une commune admiration pour les bienfaits sociaux de l'Eglise et se gardent le les réduire sur le terrain de la doctrine, et par-

1. Bulletin de la Société française de philosophie, mai 1905, 3. 167 . — Avec son habituel dédain de la clarté, M. Blondel ne dit pas de quelle religion il parle et à quoi il réduit cette « religion positive » que le professeur considérera du dehors. Dans sa pensée évidemment, il ne pouvait être question que du catholicisme ; l'aprèsle contexte de M. Appûhn et la question posée par celui-ci, il s'agit, au contraire, de toute religion quelle qu'elle soit : la réponse vaudrait alors et au même titre pour le professeur catholique, protestant, positiviste... N'est-ce pas le cas de répéter ce mot de M. Laberthonnière : « Jamais peut-être pareil imbroglio ne s'est produit ».

2. Puisqu'il s'agit d'enseignement philosophique, de problèmes qui sont par nature étroitement liés aux vérités religieuses, un tel conseil sous cette forme générale paraît très difficile, pour ne pas dire impossible à suivre par un professeur catholique, alors même que l'extrême diversité des opinions qui règne dans l'Université crée à celui-ci une situation de fait spécialement délicate. Mais ce serait évidemment sortir du sujet présent que de discuter cette hypothèse.

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tant sur le terrain de l'action, à une attitude ans, diminuée.

Ne semble-t-ilpas vraiment que le dernierhomm de France qui dût reprocher à des catholiques dl chercher une base d'entente avec des incrédule fût Testis ? Et lorsqu'il me fait un crime d'admel tre que celle-ci n'est pas a /?/70/7 impossible, — j n'affirme rien de plus, — quelle est donc son autc rite ?

Ce que l'on vient de lire des rapports de M. Blondel avec Société de philosophie a eu le don d'exciter l'ire de M. Labertlior nière dans Positivisme et Catholicisme. Se croyant sûr de la victoii ou du moins en prenant la contenance, ce défenseur improvisé donné à ce propos libre cours à sa foug-ue naturelle et vraimer' il s'est surpassé là en anathèmes et en gros mots. Malgré toi ce bruit, je n'ai pas cru devoir rien changer à ce que j'avai écrit piimitivement; et je n'hésite pas à le dire, si j'avais eu retoucher mon texte, c'eût été pour accentuer encore mes affirma tions. Voici d'ailleurs pourquoi.

1° L'avocat de M. Blondel se scandalise que je trouve des exci ses à certains marchés délicats, que cependant aucun moralist ne résoudrait autrement que je ne l'ai fait, et que je blâme 1 coopération de son client à la Société de philosophie. Mais il n'es qu'un malheur, c'est que je n*ai jamais blâmé, ni déclaré a prioi impossible une coopération de ce genre. Parce que j'ai parlé d facilité, c'est-à-dire de condescendance qui a pu paraître d'aucuns excessive, dans les rapports avec des incroyants, ne m'est jamais venu à la pensée que la présence de M. Blondt dans la dite Société dût être condamnée comme répréhensible e soi. Je l'approuverais même hautement, si de ce contact avec le incroyants sectaires qui y fréquentent, il est assuré qu'il ne doiv résulter aucun dommage ni pour sa foi, ni pour le bon renom d l'Eglise, ni pour la défense de la vérité et je suis tout prêt à m réjouir dans ces conditions que sa parole de catholique, telle 1 voix de saint Paul devant l'Aréopage, se fasse entendre en de sem blables milieux. En vertu même des principes rappelés plus haul' je ne puis élever contre cette attitude aucune objection de fond seules les circonstances personnelles et locales permettront d l'apprécier et je n'ai pas ici à faire cet examen.

Mais dès là que M. Testis-Blondel collabore avec des incroyant: de cotte trempe, qu'il ne vienne pas nous proposer des argument?

li tendraient à interdire en principe, comme nous le disions plus lUt, toute entreprise commune avec des mécréants. Quand i-méme s'engage dans une association dont tous les membres ésentent, au point de vue des idées^ les oppositions les plus radiles et n'ont d'autre terrain d'union que le désir commun de ichercher la vérité, qu'il ne vienne pas nous répéter avec des rs effarouchés que, sur le terrain de Vaction^ entre gens qui ont pas mêmes théories philosophiques et religieuses, mais întendent néanmoins sur un programme nettement défini, qui serve toute interprétation d'ordre philosophique et religieux, >solument aucune rencontre n'est de soi possible. La contraction est par trop flagrante. Et si son défenseur ose nous firmer malgré tout qu'aucune parité n'est possible entre les deux mres d'entente, qu'il ne s'étonne pas que nous ne puissions nous ntenter de son affirmation ni de la preuve qu'il nous en donne. 3tte preuve aussi bien se résume dans l'argument que nous mnaissons : le but avéré de M. Maurras est d'empêcher toute oyance de soulever les âmes de terre et de les élever à Dieu ;

est d'organiser la société d'après un ordre positiviste, d'où îrait exclue toute croyance (p. 284/. Mais nous prouvons ailleurs f. infra, pp. 152 sq.) ce que vaut cette allégation et qu'il n'est as de plus certaine dénaturation de sa pensée ni déplus évidente ilomnie. On voit donc la portée de l'exemple que j'oppose à estis et que cet argument ad hominem conserve toute sa force. 2* Il en est de même de celui que j'y ajoute et que je tire de la autralité conseillée parTestisau professeur de philosophie dans a lycée. Ici, comme pour le cas précédent, l'avocat de M. Blonîl « enfle en vain sa voix de colère et d'indignation ». Sans sister sur ce détail que la réponse de M. Blondel, contraireent àl'affirmation de son défenseur, ne concernait pas seulement attitude à l'égard du problème religieux d'un professeur incroyant ni veut parler d'une manière honnête de croyances qu'il ne parge pas, mais de tout professeur incroyant ou croyant à quelque jnfession qu'il appartienne, — je remarquerai tout d'abord que

n'ai nullement prêté à M. Blondel les idées laïcisantes et umanisantes de M. Appûhn. puisque j'ai précisément écrit qu'il îs repoussait. Quant aux idées mêmes de M. Blondel, on s'étonne ue je n'aie pas cité cette phrase de lui qui marquerait son éloinement pour toute neutralité : « L'abstention totale est imposible et mauvaise : vous le dites énergiquement et justement. Pas lus qu'on ne laisse jeûner un enfant pour attendre qu'il ait l'âge e philosopher sur la vie et de savoir s'il accepte librement entretenir son existence, on ne saurait refuser tout aliment reigieux à l'âme encore en tutelle, sous prétexte de réserver son hoix futur... Le rôle du professeur ne sera jamais de substituer

une crédulité à une autre crédulité. Son rôle ne saurait être qj de préparer, d'inciler méthodiquement l'esprit qui lui est confiai transformer la crédulité initiale en une foi discutée, éclaire morale, tous éléments qui sont des conditions nécessaires, me non sufiQsanies d'une foi religieuse digne d^une âme libre {Bulletin de la Société française de philosophie, 1905, p. 16' I Ce qui, en fait, joint aux phrases que j'ai moi-même citée j se ramène à ces deux points dont on trouvera l'expression tri claire dans mon texte : a) le professeur de philosophie ne pe | se dispenser d'aborder le problème religieux et en ce sens il n'e pas neutre, mais il ne doit envisager la religion positive — (! ne nous dit pas laquelle — que du dehors, c'est-à-dire humai nement, dans ses bienfaits sociaux... tout comme le font les i, crédules de l'Action française auxquels, par une nouvelle coi tradiction à peine croyable, tant elle est évidente, Testis et toi ses amis reprochent aujourd'hui avec véhémence d'envisager religion sous cet angle! ! b) Le même professeur doit enseign i non ses propres convictions, mais comment on se fait des convi tions et tout ce beau zèle pour la formation religieuse se rédi ainsi h préparer d'une manière tout indirecte les voies du travs personnel qui amènera l'enfant à se faire des convictions.

Et sans doute je n'ai rien caché de tout ceci, puisque j'ai cidi le passage de sa lettre où M. Blondel exprimait le plus complète ment sa pensée. Mais dans cette oeuvre de préparation où l'on ! contente, comme le dit encore M. Blondel, a de développer les quj lités les plus hautes, les plus humaines de la conscience mora*) et religieuse », il reste entendu que le maître n'ouvre pas le conter f de la religion, qu'il ne suppose pas la vérité de celle-ci à l'excl sion de celle-là, que dans toutes les questions philosophiqu' qui se trouvent liées au dogme, il s'abstient... En vérité si n'est pas là de la neutralité, de l'abstention et extérieurement £j moins du détachement et de l'indifTérence, il faut renoncer donner un sens aux mots !

Que par suite de l'extrême diversité des opinions qui règi \ dans le monde universitaire, — celui des professeurs, comme cel ,| des élèves, — il soit parfois impossible à un maître catholiqi de faire plus et que cette attitude neutre dans tel cas particulii se puisse tolérer à l'extrême rigueur, c'est là, comme je l'ai dif une hypothèse qu'il conviendrait de discuter à part et, malgré i répugnance que j'y éprouve, j'accepterai les arguments qui l'autc riseraient à titre exceptionnel^ si jamais l'on en fournit. Ma recommander cette tactique sans distinctions, comme bonne d'urj manière générale, et reprocher aux membres de l'Action frar . çaise de considérer l'Eglise du dehors en arguant de l'indiiïerenc à laquelle condamne co procédé, quand on donne soi-même d^

Is conseils, c'est vraiment trop d'inconscience dans la contraction.

En suite de quoi je n'hésiterai pas à retourner à l'avocat de . Blondel les paroles par lesquelles il clôt sa discussion sur point : « Quiconque aura feuilleté dans Catholicisme et Posinsme les sept pages consacrées à cet épisode (p. 251-258) et 'a dans le Bulletin de la Société française de philosophie « la jlettre de M. Blondel à M. Appûhnne saurait manquer d'appliquer aux procédés de discussion que nous rencontrons ici une jépithète que ma plume se refuse à écrire ».

Intrinsécisme et extrinsécisme

Les revendications constantes de Testis en faveur e la « spontanéité individuelle », des « aspirations îfinies de Tâme »,de r« esprit d'intériorité », qu'il ppose sans cesse à l'autorité, vont aussi bien nous ermettre de trouver la clé de « cette serrure emrouillée », et « d'entrer enfin dans le secret de paralités si violentes ».

Selonqu'onenvisagela vérité chrétienne du dehors u du dedans, deux excès seront toujours possibles ; également à éviter : le modernisme et le vétésme, l'esprit de nouveauté et celui de stagnation, intrinsécisme à la manière protestante ou l'extrin- 3cisme rationalisant. La vraie doctrine se tient Il milieu, accueillante à toutes les initiatives, se Irêtant à toutes les circonstances de temps, de lieu, isposée à encourager tous les progrès aussi bien

dans les sciences religieuses que dans les profane ' Nul avancement de l'esprit ne lui esl étranger, nul impulsion des âmes vers la lumière ne leffraie : ell sait la variété des touches divines, elle en épie k plus faibles échos, remontant jusqu'à leur sourc< s'ingéniant à faire rendre à l'ame le son pur et v: brant de la foi intégrale. Mais ces mouvements, ce inquiétudes dont parlait S. Augustin et où elle vo un effet direct de la grâce, l'Eglise entend, de pa' la volonté de son fondateur, les soumettre à so^ contrôle, l'achèvement de la « conversion » ne s; faisant que dans ei par l'Eglise. L'autorité de celle* ci préside au développement delà foi, elle garant l'authenticité de la bonne nouvelle, contrôle le inspirations ou révélations intérieures et impose s! règle large, mais très ferme, aux impulsions les plu] vives, comme aux effusions les plus abondantes d! l'Esprit-Saint ^ L'Eglise est le canal ordinaire de ]' vérité et de la grâce ; et qui ne confesse implicite: ment ou explicitement son pouvoir souverain ej matière religieuse et morale ne peut appartenir ni i son corps, ni à son âme, ni donc au Christ : hoii de l'Eglise pas de salut.

D'un côté donc élans spontanés et champ im| mense laissé à la liberté de l'individu, appels d' Dieu incessants et action de son Esprit qui, dar les profondeurs de la conscience, attire à soi le âmes par ses prévenances toujours gratuites, touj

1. Cf. entre autres sur cette épineuse matière, S. François ('. Sales, Introduction à la uie déuote^ !'• P., c. v, et 2^ P., c. xviii; la lettre encyclique de Léon XIIT, Testent henevolentise contre 11 Américanistes, du 22 janvier 1899 [Lettrefs apostoliques... û Léon XIII, t. V, pp. 817-321). 1

3urs miséricordieuses, toujours aimantes, qui ne I édaigne pas d'élire en elles sa demeure et peu à .eu les transforme, les moule pour ainsi dire d'après in modèle d'une inépuisable perfection : voilà pour intérieur; — de l'autre, existence d'une société, ion pas purement spirituelle, comme le veulent les Protestants, mais visible, comprenant un ordre, une liérarchie tangible, à laquelle tous doivent sounission, respect et amour; puis, par l'intermédiaire le cette même hiérarchie, proposition à tous de la /érité, communication à tous des bienfaits divins, contrôle de toutes les démarches de l'individu : /oilà pour l'extérieur ; — tels sont les deux principaux ispects sous lesquels se présente à nous la religion catholique et quelques-uns des éléments essentiels qui la caractérisent. 11 suffit de les avoir énoncés, pour comprendre que ces éléments très divers ne revêtiront pas aux yeux des fidèles une importance égale et que des luttes d'influence pourront s'engager à leur sujet.

Questions fort délicates, à l'endroit desquelles il peut être utile de se rappeler brièvement le rôle du magistère. Si l'on voulait ne pas oublier quelquesuns de ses bienfaits dans la matière présente et de quels égarements il sait nous préserver, peut-être serait-on moins tenté de relever chez lui les imperfections dont il est impossible qu'il soit exempt et qui sont inhérentes à toute œuvre où participent les hommes.

De ces deux éléments, intérieur et extérieur, que comporte la religion, l'Eglise n'a le droit de sacrifier aucun. Il lui faut les maintenir et les dé-

fendre également avec une fermeté inlassable ridéal pour elle consistant en un juste tempéramen de hiérarchie et d'individualisme, de gouvernemen et d'inspiration personnelle. Mais selon que le membres de la société religieuse s'attachent de préi férence à l'un des deux, aussitôt s'accusent dei tendances diverses qui pourront, si elles ne sont di rigées avec soin, compromettre sérieusement l'intégrité de la foi. Les uns ne s'arrêtant qu'à l'extérieur en arriveront à méconnaître les sources de la vie» chrétienne ou à négliger tout travail de perfectîor intime : ce seront les extrinsécistes; les autres, lesi intrinsécistes, oubliant le rôle de l'autorité dans la communication et la conservation de la vie divine, pourchasseront bientôt quiconque leur semblera donner une part non seulement excessive ou exclu-' sive à la hiérarchie, à la discipline, mais encore tous ceux qui accordent à celles-ci quelque importance; ils réduiront le magistère à un rôle tout passif, seront prêts à blâmer toute intervention de sa part, et en dénatureront la notion.

Les conséquences funestes qu'entraînera chacune de ces tendances poussée à l'extrême se devinent aisément. D'une part, en accordant trop à l'autorité extérieure, on aboutit au byzantinisme, au césarisme, au régalisme, au joséphisme, à toutes les formes de l'absolutisme religieux. De l'autre, en donnant trop dans l'intrinsécisme, on sera conduit logiquement au protestantisme, à l'anarchie, au nihilisme religieux.

Rien de plus facile à saisir dans l'abstrait, en thèse générale. Mais en pratique, dans les circonstances au milieu desquelles nous vivons, de quel

jôté se trouve le plus grand péril, lequel de ces deux excès avons-nous le plus à craindre?

En ce qui concerne la nécessité de réserver aux Imes chrétiennes, sous la direction d'un pouvoir actif et ferme, une grande liberté et une grande ispontanéité, de leur assurer une vie intense, de leur faciliter une marche en avant constante dans la voie du progrès religieux et scientifique..., il n'existe parmi les croyants attachés avant tout à la discipline—même chez les admirateurs outrés d'un Maurras, en dépit de tous les articles de Testis ou de M.Laberlhonnière et des insinuations hebdomadaires de tel Bulletin connu, — aucune opposition à ces justes et nécessaires exigences des cœurs et des esprits catholiques. A part peut-être quelquesuns de ces fanatiques isolés dont aucun parti n'est jamais exempt et dont il n'y a pas lieu de tenir compte, qui donc parmi les défenseurs authentiques de la hiérarchie s'avise, je ne dis pas de demander, mais de souhaiter un instant que l'on étouffe toute initiative, que l'on bâillonne toute bouche ? Tous demeurent très reconnaissants à l'autorité pontificale des mesures énergiques qu'elle prend pour défendre la foi en péril ; mais comment ne déploreraient-ils pas que les fautes des hérésiarques actuels contraignent le magistère à sévir sans cesse? Ce qu'ils maudissent avec ce même magistère et ce qu'ils poursuivent de leurs attaques, ce n'est pas le désir de savoir, ni les efforts persévérants des exégètes, des théologiens, des historiens catholiques i pour enrichir les diverses provinces des sciences ] religieuses, en revivifier, en renouveler même cer- ! taines parties : nul plus que ces « traditionnistes »

MONOPHOHISME

ne souhaite de voir nos docteurs occuper le pr«| mierrang partout et se montrer, au besoin, de pr. fonds et hardis initiateurs, pourvu que ce soit toi jours dans les justes et larges limites du dogme sous le contrôle du Saint-Siège. Mais ils ne peuver^ souffrir ce détestable esprit de révolte que les novr teurs cherchent à insuffler aux fidèles du Chris ni ce masque odieux dont certains chefs modernisi tes aiment à se couvrir. Faisant écho à la grandi voix venue deRome, ils sont prêts à combattre avej constance les doctrines destructives de toute vraij foi, de toute vérité révélée, de tout vrai progrès doct trinal selon le sens de la tradition, que ces homme j néfastes veulent introduire de haute lutte dans 1. camp catholique, et dont laconséquenceest, comm«i on Ta si bien dit, ce pénible « état de siège » où suj trouve présentement l'FJglise^ Gomment les blâi mer de ce zèle, et qui donc en prendrait ombrage ?

Si, de ce côté, on n'aperçoit pas ce qui nous menace, nous assistons en revanche au déchaînement des excès de la tendance contraire, alors que, pai surcroît et par une dernière évolution facile à prévoir, nous voyons à la môme heure s'épanouir le plu^j effroyable absolutisme irréligieux. Pour beaucoup de catholiques qui se flattent de donner le ton en| matière de science religieuse, qui se posent commei les hérauts des droits imprescriptibles de l'intelligence et de la liberté humaine, qui se targuent d'indépendance et d'intellectualisme, on ne constate que trop la volonté de minimiser le caractère objectif de la croyance, la conception hiérarchique de l'Eglise, |

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