‹ Monophorisme et Action françaiseChapitre 43 sur 64 · Positivisme et catholicisme, pp · texte numérisé non relu

Positivisme et catholicisme, pp

Annales de 1907 et de 1910, nous avons la préfaci qu'il a donnée à l'ouvrage de MM. Chevalier e Legendre sur Le catholicisme et la société ; nou avons surtout la deuxième partie de son Positi^ism et catholicisme qui est consacrée presque tou entière à ce sujet. Avec ces documents, il nou sera facile de nous faire une idée du système d( M. Laberthonnière sur les rapports de TEglise et d( l'Etat.

Tout d'abord, M. Laberthonnière ne craint pas dd s'en prendre avec àpreté à l'Inquisition et, quand i i parle de ses procédés coercitifs, au lieu de distinguer entre les principes qui lui avaient donné naissance et les abus trop certains et très regrettables qui en marquèrent le fonctionnement, il n'hésite pas à la mettre sur le même rang que la Réforme ei la Révolution française. Pour lui, l'Etat ne doit se faire le défenseur d'aucune doctrine; c'est un pui gendarme qui se borne à maintenir Tordre extérieur, et il en vient à défendre la formule de l'Etat « chien de garde ». 11 dit, il est vrai, que l'Etat n'est en au cune manière dispensé par là « d'impliquer une doc trine quelconque dans son action » ; mais quelques pages plus loin, on peut lire : « Quand l'Etat reste dans son rôle, quand il se contente de répondre au besoin qui l'a fait naître, quand il ne vise à donner à son action que la portée qu'elle peut avoir par les moyens dont il dispose, // ne défend pas le prin cipe^ le dogme qiCil implique^ mais simplement il V utilise [c'est M. Laberthonnière qui souligne]. Son objet propre et direct, en effet, c'est l'organisation que par lui il obtient et la sécurité qui en résulte contre l'anarchie des appétits primitifs. Voilà ce

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[u'il veut, voilà ce qu'il défend par nature et par aison d'être^ ». — C'est la thèse purement indiviiualistede tous les libéraux qui n'admettent aucune dliance intime entre les deux sociétés civile etrelirieuse et ne se préoccupent pas de faire triompher nême indirectement dans l'ordre politique et social les idées d'origine et d'essence surnaturelles 2.

Et M. Laberthonnière est ainsi amené à soutenir 3rûment la thèse de la liberté absolue d'opinion et ie droit pour chacun de proposer librement tout ce qu'il pense, dès là qu'il ne provoque pas immédiate-

1. Annales..,, février 1907, pp. 465, 466, 475. M. Laberthonnière, au sujet de ces citations me reproche avec colère de fausser sa pensée et d'entendre la critique objective d'étrange façon. Après avoir rappelé la formule de l'Etat « chien de garde » n'a-t-il pas, dans l'article cité, ajouté aussitôt ; « Si cette conception ast vraie en un sens (qui est de défendre et de contraindre), elle est fausse en un autre », c'est à savoir, comme il le dit dans une note de son livre (p. 278), que, « pour justifier sa défense et pour l'organiser, l'Etat s'inspire inévitablement d'une doctrine, dont, quelle qu'elle soit, il se sert comme d'une doctrine de justice et de vérité et qu'en outre il a une intention ». Et je n'y contredis nullement. Mais l'avais-je donc caché à mes lecteurs et lorsque j'écris que pour M. Laberthonnière la conception de l'Etat « chien de garde» ne dispense nullement l'Etat « d'impliquer une doctrine quelconque dans son action », n'ai-je pas dit tout ce qu'il vient de nous expliquer? — Aussi bien dans cette même note de la page 278, M. Laberthonnière attribue à l'Etat « une immense responsabilité morale, contrairement à ce que soutiennent les positivistes de VAction française avec leur physique sociale ». Evidemment il n'a jamais lu les articles de M. Maurras parus en 1909 dans VAction française quotidienne et réédités en 1911 dans VAction française revue (15 juillet et 15 août). Il y aurait constaté que pour M. Maurras, le pouvoir du roi s'appuie avant tout sur cette responsabilité, qu'il est fondé sur le devoir de servir la société... Mais j'allais oublier que M. Laberthonnière était un tenant delà critique objective.

2. M. Laberthonnière ailleurs ne distingue pas assez naturel et surnaturel ; ici il les sépare radicalement : un intempérant individualisme peut conduire aux erreurs les plus opposées.

ment à Tanarchie. Ecoutons-le lui-même; ric^ n'est aussi instructif ;

« Quand l'Etat entreprend seulement de défendi l'organisation parlaquellela société échappeàl'ana chie, c'est aux actions considérées dans leurs effe1 extérieurs qu'uniquement il s'attache. Et si les op nions peuvent devenir des délits, ce n'est que dar le cas où elles prennent la forme A' excitation dired [c'est moi qui souligne] et violente au désordn Mais quand elles se donnent comme résultat de 1 réflexion provoquant à la réflexion, pour amené, par un changement dans les manières de voir, u changement pacifique dans Tordre établi, au lie d'y voir une menace, l'Etat, en restant fidèle à lui même, n'y voit que la manifestation de cette vie su périeure dont il a justement pour mission de main tenir les conditions matérielles. Et ceci ne veut pa' dire que toute opinion qui se manifeste de la sorti sera bonne ou même sans danger. Mais, s'il y | danger alors, c'est un danger d'ordre spirituel e moral contre lequel une lutte spirituelle et moral peut seule avoir de l'efiîcacité. Et sans les danger de ce genre, sans les inquiétudes qu'ils suscitent sans les secousses qu'ils donnent, la vie ne s'endor mirait-elle pas et ne cesserait-elle pas d'être la vie Et que Ton nous comprenne bien ; nous nevoulom pas insinuer qu'il est nécessaire de succomber i ces dangers, mais nous voulons marquer qu'il esi nécessaire de les courir pour être pleinement homim [c'est encore moi qui souligne]. Et il appartient s peu à l'Etat de les empêcher de se produire, qu'en définitive, c'est sa fonction même, comme conditior delà vie supérieure, libre et morale, de les rendn

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ossibles et de les permettre [même remarque], ^oilà pourquoi, - et ce dernier trait achèvera de ixer nos idées, — quand c'est vraiment sa fonction [u'il remplit, ce n'est plus absolument qu'il défend ordre établi, mais relativement... » (p. 474). Il n'est pour ainsi dire pas une phrase de ce moreau qui n'exprime une contre-vérité et, en serrant le près le texte, il ne serait guère malaisé d'en faire lortir la plupart des erreurs libérales contemporaines, — celle-ci entre autres que l'Etat n'a plus le Iroît de prendre des mesures préventives contre ournalistes, tribuns ou instituteurs qui enseignent ies doctrines impies, destructives de l'ordre social, si ces doctrines ne provoquent pas immédiatement à l'anarchie, qu'il ne peut poursuivre l'impiété sous toutes ses formes, ni arrêter la diflusion des erreurs philosophiques, ni prévenir ou réprimer les attaques contre l'Eglise, seule vraie religion. Or qui ne voit les principes et les conséquences étranges, impliqués dans cette théorie ? On ne nie pas absolument que la vérité soit une, mais les hommes ne peuvent l'atteindre ; et elle n'a pas de droits à l'exclusion de l'erreur. Non seulement on ne reconnaît pas à l'Etat le devoir de se prémunir contre des dangers lointains peut-être, mais certains, ni celui d'organiser la liberté dans les seules limites du vrai et du bien; on lui refuse encore le droit de se défendre contre le mal et on le désarme devant ses pires ennemis*.

1 Sans préjudice de ce que nous dirons plus loin sur ce sujet, il ne sera pas inutile de mettre dès maintenant en regard de cette théorie de M. Laberthonnière la doctrine catholique rappelée par Léon XIII dans l'encyclique Liberias prmiiantissimum : « bi la

Mais poursuivons. M. Laberthonnière, dans c même article de 1907, quelques pages plus loirl déclare « sophisme » cette persuasion où Ton s'eni tretient que « l'Etat ne saurait mieux employer s puissance qu'à servir la vérité et la religion comm les plus essentiels de tous les biens » (p. 480). Don TEgliseet la religion n'ont absolument rien à atten dre de lui; il les ignore, n'a pas à les défendre e ne professe en tant que tel, comme Etat, aucun» croyance !...

11 n'y a dès lors plus à s'étonner que Tauteur d'unri telle théorie refuse à l'Etat la faculté de réprime: l'hérésie, de prêter son appui matériel et la force d(i son bras à la défense des droits de l'Eglise \ qu'i n'admette pas enfin que l'Eglise revendique pour elle « le droit exclusif d'être religion d'Etat ^ ». Si l'Etat reconnaissait ce droit, ose-t-il écrire, etacceptait de protéger l'Eglise, fût-ce par la force, « il agirait à la façon turque et non à la façon chrétienne.

liberté d'exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l'on veut n'est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n'est pas un droit, car le droit est une faculté morale, et comme on ne saurait trop le redire, il serait absurde de croire que cette faculté appartient naturellement et sans distinction ni discernement à la vérité et au mensonge, au bien et au mal ». L'autorité publique doit intervenir : « Les écarts d'un esprit licencieux qui, pour la multitude ignorante, deviennent facilement une véritable oppression, doivent justement être punis par l'autorité des lois, non moins que les attentats de la violence commis contre les faibles » [Lettrée apostoliques. .. t. II, p. 197). — Quant à prétendre qu'on ne peut être pleinement homme que lorsqu'on a couru le danger de succomber, comme l'écrit M, Laberthonnière, et donc le risque de perdre sa foi, je laisse aux moralistes le soin d'apprécier à sa juste valeur ce principe de direction !

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