Annales, février 1907, p
rF.tat, non plus que d'écarter des chrétiens, avec li concours de l'Etat, les périls de l'erreur, la thès^ ne subsiste-t-elle pas que, là où la société fonctionn normalement, l'appui prêté par le bras séculier l'Eglisedanslescausesd'hérésieetde doctrine n'a, lu aussi, rien que très normal? Va-t--il falloir transfor mer l'hypothèse en thèse, ou M. Laberthonnière niera t-ilquel'on puisse déterminer dans ses lignes essen: tielles, d'une manière au moins approchée, le conditions normales delà société chrétienne?
Si maintenant des principes qui régissent les rapi ports de l'Eglise et de l'Etat en matière religieus j et de l'attitude du pouvoirà l'égard de l'erreur, nou passons à la pratique d'une entente possible entr croyants et incroyants d'Action française, M. Laberj thonnière y va dénoncer la volonté de n'attribue pour fin à l'Eglise ^ que de « faire triompher légale ment une thèse ou un droit absolu en vue d'un ordnj extérieur et terrestre à instituer », alors quelle es « au contraire de faire triompher les âmes intérieur rement et spirituellement, en les faisant se sauve d'elles-mêmes et de leurs misères par la foi vivante et surnaturalisante » (p. 302). 11 y découvre une con ception essentiellement positiviste et païenne d< l'Eglise, qui viderait le catholicisme de son contenir chrétien, de tout ce qu'il y a en lui de surnaturel de libérateur, de transcendant. Qui rappelle les prin cipes élémentaires du droit canonique sur le pouvoir de coercition de l'Eglise, professe que lavérit( religieuse peut et doit s'imposer par la contrainte (!) que l'idéal est de se mettre en mesure « de forcer les
1. Les citations qui suivent sont empruntées à Posltli^isme e\ catholicisme.
RAPPOiîTs DE l'Église avec l'état 131
mes à croire et de les maintenir par la force dans a pureté de la doctrine » : la fin de l'Eglise se réduit lors à instaurer un ordre purement extérieur. Et 'est cette étrange aberration qui seule réussit à xpliqiier que Ton « se montre prêta agir avec des )Ositivistes pour réaliser leur idéal positiviste par les moyens appropriés » (p. 370). N'envisageant dus le christianisme quedu dehors, on peut en effet
donner les mains à l'élimination des principes de 'Evangile » et s'accommoder aisément de cette orthodoxie sans foi » que Ton a constatée chez ces ncroyants. Si catholiques et positivistes d'Action rançaise « se rejoignent avec tant d'aisance, ce n'est )oint qu'ils se fassent réciproquement des concesions ni qu'ils abdiquent leur intransigeance: non, .'est qu'en définitive, etsi inconsciemment que cela e produise, ils en arrivent à communier dans la néme méconnaissance, dans la même négation de esprit chrétien ». Et voilà ce que recouvre la thèse.
Malheureusement pour lui, l'auteur de cette mereilleuse explication ne voit pas que toute sa logiue repose sur le néant; il ne s'aperçoit pas qu'ici omme en tant d'autres de ses écrits, il ne se donne es apparences d'un triomphe facile qu'en dénatuant au delà de toute mesure les faits et les idées u'il combat, qu'en faisant montre surtout d'une ^norance, un peu bien déconcertante chez un écriain qui tranche du docteur et du réformateur, de lenseignement presque unanime de la tradition cafiolique sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat. En ni répondant, je ne me flatte pas d^ouvrir les yeux e M. Laberthonnière : il est de ceux dont l'impuisance à pénétrer une pensée qui n'est pas la sienne
monophorismh:
est r«idicale. Mais pour ceux que n'afflige pas cet incurable strabisme intellectuel et dont l'esprit est assez libre pour ne pas redouter l'évidence, il me faut rappeler ici ce qui est : principes et faits, et, malgré la répugnance que j'y ai, me défendre contre des calomnies aussi odieuses^
La force au service de la religion
Les griefs de M. Laberthonnière contre la doctrine rappelée plus haut, sans parler de ceux quenous^ avons déjà rencontrés chez Testis, portent avant tout sur le droit de l'Eglise à recourir à la force pour se protéger contre ses ennemis du dedans et; du dehors, à faire appel au bras séculier, à occuper dans l'Etat une situation privilégiée. Ce que nous en avons dit lui semble en opposition absolue avec le*
l. Et exprimées dans quel style trop souvent ! Malgré ses violences inqualifiables, M. Laberthonnière n'en a pas moins sans cesse les mots de charité à la bouche; il ne voit dans le christianisme que la religion de l'amour et, pour toute politique chrétienne? il s'en tient comme on l'a si bien dit, à la politique de la joue tendue. Libre à lui de poseï' ainsi devant le public! Mais alors qu'il s'abstienne pour son compte de moyens qui contredisent si manifestement ses principes! Et à ce propos, j'ajouterai ici une remarque. AL Labertiionniere s emporte quelque part avec éclat contre moi parce que je vois dans le catholicisme une rè^le qui « discipline et mate les âmes », c'est-à-dire, comme les mots le disent clairement, qui endigue la nature et dompte l'orgueil ! La religion du Christ est une religion d amour ; rien de plus vrai; mais à la base de cet amour, il y a la maîtrise des passions et l'humilité : il ne faudrait pas donner à penser qu'on l'oublie.