RAPPORTS DE L'ÉGLISE AVEC L'ÉTAT
bien! j'en demande encore pardon à M. Laberthonnîère : ces écrivains dans la controverse présente n'ont pas la plus petite autorité et l'on ne devrait pas avoir besoin de le lui faire sentir. Mettre en avant ceux-là même dont le magistère suprême par l'organe de Grégoire XVI et de Pie IX a très nettement réprouvé les doctrines ^ et les transformer en témoins de la foi dans la cause même où ils ont été condamnés, — quelque admiration que l'on professe par exemple pour le merveilleux talent, le zèle, la générosité, la pureté d'intention d'un Lacordaire, — il y a là un manque de tact qui dépasse toute mesure^.
L'argument de tradition n'existant pas et le sens des documents ecclésiastiques sur l'alliance naturelle et exclusive de l'Eglise avec l'Etat, ne souffrant aucune équivoque, la conclusion que nous énoncions plus haut demeure : M. Laberthonnière en combattant cette alliance tombe dans une erreur condamnée.
Mais peut-être M. Laberthonnière, pour échapper à cette conclusion, se réclamera-t-il de phrases comme celle-ci, jetée à la dérobée dans son livre : « l'Etat pas plus que les citoyens ne peut être spirituellement neutre, il ne peut pas ne pas prendre parti, il faut qu'il prenne parti ». Et encore : l'Etat peut recourir à la force « dans l'ordre des choses morales et spirituelles en tant que les choses morales et spirituelles sont devenues sociales^ ». Dont
t. Cf. V. g. Lecanuet, MontaJembert, t. III, c. 17 et 18.
2. Sur Mgr Dupanloup et les félicitations qu'il reçut de Pie IX à l'occasion de la brochure où il expliquait les difficultés soulevées par le Syllabus^ cf. la Brière, Etudes^ 20 décembre 1911, pp. 883-884.