Encyclique Tmmortale Del, loc. laud., p
Tacte de foi^ Forcer l'entrée d'un esprit pour y implanter la foi est impossible à l'homme. La reli i gion ajoute que ce serait criminel : Dieu veut qu<i son Eglise se peuple d'adhérents volontaires^ »i Lorsque les théologiens revendiquent pour TEglis 1 adroit de recourir aux moyens de coercitioi* physique, il ne leur vient pas à l'idée de nier cett( vérité très certaine ; ils revendiquent alors simplement pour elle le droit de se défendre contre lei ennemis du dedans et du dehors, de se protège] contre ceux qui voudraient lui ravir ses conquêtej et faire perdre à ses enfants le trésor de la fo qu'elle leur a communiqué ou transmis. Et c'es toute autre chose assurément que d'agir à la mahométane !
M. Laberthonnière peut ne pas admettre la distinction du point de vue et écrire que « la véritéi ne se défend pas plus par la force qu'elle ne se communique par la force ^ » ! Nous ne nous prêterons
2. Cf. Rousselot, Les yeux de la foi dans Recherches de sclena religieuse, 1910, pp. 241 sq.
3, Vermeersch, La Tolérance, p. 276.
1. Positivisme et catholicisme^ p. 318. Cette phrase sous cettt forme tout à fait générale est d'ailleurs inadmissible. En ce qu concerne la vérité religieuse, elle donne lieu à de nombreuses distinctions, ainsi que l'établit notre texte; mais s'il s'agit, pai exemple, de la vérité politique, c'est bien pis encore. Il n'est pas en effet de philosophe en possession de ses esprits qui n'assigne comme condition indispensable à la vie de toute société l'établissement, l'existence d'une autorité qui préside à son développement ; il n'en est pas qui n'accorde à cette autorité la faculté de s'imposer par la force. Qu'on accepte son joug ou non, le pouvoir légitime a le droit, si ses ordres sont justes, de se faire obéir, fût-ce en recourant à la violence, et d'exiger par ce moyen le respect de statuts qui ont le malheur de déplaire. Par suite, en ce sens tout politique, il est très juste de dire qu'on peut (( imposer la vérité par lu force » : la vérité, c'est-à-dire la loi
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)as à cette confusion et persistons à tenir que la mérité, en maintes conjonctures, peut très légitimenent s'appuyer sur la force. Loin de les blâmer, lous approuverons les catholiques, lorsqu'étant en nesure d'y recourir, dans un Etat chrétien qui sait ;es devoirs, ils feront appel à cette même force pour lie défendre contre des manœuvres attentatoires à eurs libertés essentielles et résister à l'invasion parmi eux de doctrines qui tendraient à supprimer 3u simplement à diminuer le droit inaliénable qu'ils ant de suivre et de répandre leur religion ' . La raison
DU la mesure particulière prise dans telles circonstances données 3n vue du bon ordre public, disons plus, tous les principes d'ordre moral qui sont pour un Etat la condition de la paix et de la prospérité. Sur ce point il ne saurait y avoir de désaccord entre catholiques, si l'on ne veut pas enseigner explicitement avec le Sillon condamné « que Tobéissance est contraire à la dignité humaine et que l'idéal serait de la remplacer par l'autorité consentie », que toute autorité qui n'est pas consentie, qui s'impose par la force, porte atteinte aux droits de la personne humaine, ^ue, par voie de conséquence enfin, la force et la vérité s'excluent; — si l'on ne veut, d'autre part, avec M. Fonsegrive dans la Dé?7iocratie, soutenir, en dépit de textes formels de Pie X, que la fonction du monarque doit disparaître, que le rôle de l'autorité est d'amener peu à peu la foule à « se passer de ses directions », à devenir assez consciente d'elle-même pour « pourvoir elle-même à ses destinées ». Sur ce sujet de la vérité politique on pourrait multiplier les réserves et les points de vue ; nous en avons dit lassez pour montrer la complète « déficience » de la formule de iM. Laberthonnière.
1. Ce n^est pas d'aujourd hui que l'on reproche à l'Eglise de vouloir s'imposer par la force. Pour n'en citer qu'un exemple, les Protestants ont perfidement exploité dans ce sens les procèdes d'apostolat préconisés par S. François Xavier et que résume ainsi l'un de ses anciens biographes : « Le Père, nous dit Vali- Ignano, avec sa prudence ordinaire, avait compris combien ces peuples de llnde sont inintelligents des choses de Dieu. La i raison a moins de prise sur eux que la force. Aussi jugeait-il i qu'il serait malaisé de fonder une chrétienté chez ces noirs et plus encore de la conserver, s'ils n'étaient pas sous la domina-
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en est celle-là même que nous rappelions plus haut c'est à savoir que l'Eglise à laquelle ils appartien-i nent est une société parfaite composée non d'abs tractions ou de purs esprits, mais d'êtres de chaiit et de sang. Or la nature humaine et l'ordre essentiel des choses étant donnés, ne serait-il pas vraiment absurde d'affirmer que l'on peut, pour conserver des^ biens temporels, recourir à des moyens violents, tandis que pour sauver des biens spirituels, de beaucoup les plus précieux, on devrait se conten-^ ter de simples arguments moraux? Nous savons l'efficacité de telles armes sur les fanatiques de l'erreur et qu'elle est le plus souvent nulle auprès des masses que ceux-ci ont fascinées par des promesses mensongères ou séduites par l'appât de jouissances immédiates! Aussi n'admettrons-nous jamais cette naïve tactique des libéraux de toutes nuances qui ne veulent pas avouer la puissance séductrice du mal sur notre nature faible et corrompue et qui se fient au seul exposé de la vérité pour assurer son triomphe. Cette erreur, dont la plupart des défaites du catholicisme en France depuis la grande Révolution ont scandé les applications, nous voyons aujourd'hui, nous touchons du doigt ses conséquences et nous ne vou-
tion du Portugal ou du moins en des lieux où cette domination se fit sentir, comme sur le littoral où passent et repassent les armadas du roi, prêtes à récompenser ou à châtier les peuples selon leurs mérites». Sur quoi le P. Brou, le récent historien du Sîunt, écrit très justement : x Comprenons bien ce passage : il ne s'agissait pas, comme l'a dit et répété la légende protestante et voltairienne, de convertir les gens à coups de mousquets, mais, à coups de mousquets, s'il le fallait, d'éloigner d'eux les causes de perversion » (Saint François Xauicr^ t. J, pp. 281-282). Or le droit des catholiques de s'assurer ce résultat est incontestable.
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Ions pas être de ces dupes qui se refusent obstinément et volontairement à entendre les leçons de l'histoire^.
Sans doute, dans la pratique, il sera souvent ditricile de déterminer jusqu'à quel point précis cette mise de la force au service de la vraie religion sera ou non acceptable. Lorsque l'Etat non seulement lui refuse le concours auquel elle a droit, mais se fait persécuteur, la situation se renverse et l'appel au bras séculier devient impossible. En ces temps d'épreuves, la conduite à tenir devra se régler d'après les circonstances : elle ne saurai4; se réduire en formule unique. Le plus souvent alors, l'Eglise dans sa lutte contre l'erreur, dans la revendication de ses libertés essentielles, en sera réduite à la résistance passive, à la souffrance silencieuse : sa principale force résidera dans la douceur de ses ministres et de ses fidèles, dans leur désintéressement complet, voire dans le sacrifice de leur sang et de leur vie.
Mais que les catholiques doivent toujours se plier au caprice des souverains et subir sans résister toutes les violences ; — qu'avec Bossuet, on leur fasse un devoir absolu, en toute hypothèse, de « n'opposer à la violence des princes que des remontrances respectueuses, sans mutinerie et sans murmure et des prières pour leurs conversions », — c'est ce que nous ne pouvons admettre. Les Apôtres, en dépit de toutes les lois, ont su désobéir à ceux qui leur imposaient de se taire : non possumus non loqui; le Sauveur lui-même en temps opportun ne s'est pas
1. Sur ce sujet très rebattu, mais toujours très actuel, cf. un excellent article de M. Tavernier dans V Univers du 22 mars 1911
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fait faute de recourir aux fouets et aux verges pour châtier les profanateurs du temple... 11 est des heures où la résistance énergique à la violation des droits de Dieu et de l'Eglise, vînt-elle du gouvernement le plus légitimement établi, peut devenir pour un chrétien le plus sacré des devoirs.
Avant de pouvoir défendre ses droits dans un pays, il faut toutefois que l'Eglise ait pu s'y implanter. Or le pourra-t-elle efficacement d'une manière ordinaire, ne disons pas sans le concours, mais au moins sans la tolérance de l'Etat? — « Rien ne peut s'opposer à ce que l'Eglise agisse et parle », nous dit M. Laberthonnière; d'ailleurs les persécutions sont pour elle la condition par excellence de son développement et le concours du prince dans Tœuvre de l'évangélisation est de minime importance. — Evidemment le mot de Tertullien restera toujours vrai : semen estsangids christiaaorum; ce sera l'éternelle gloire du christianisme et un argument invincible de sa divinité que d'avoir triomphé dans le | sang de ses martyrs du paganisme romain, alors que tout semblait ordonné à sa ruine définitive, à son échec complet. La souffrance ne cessera jamais d'être pour l'apostolat la condition du succès, le gage principal de la fécondité... Mais la persécution ne saurait être un état normal pour l'épouse du Christ et l'on ne peut espérer que, dans tout pays, quel qu'il soit, l'Eglise, en dépit d'ennemis acharnés à sa ruine, conservera la faculté de parler et d'agir. « On dit ordinairement, remarque justement M. G. Boissier, qu'en persécutant une doctrine, on ne fait que la rendre plus forte : c'est même pourbeaucoup de personnes un axiome incontestable. Plût
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au ciel qu'il fut aussi vrai qu'il est moral! La certitude d'un échec, s'ils en avaient été bien convaincus, aurait découragé peut-être quelques persécuteurs. Par malheur il y a des persécutions qui ont réussi et le sang a quelquefois étouffé les doctrines qui avaient toutes sortes de raisons de vivre et de se propager. L'épée des musulmans a supprimé le christianisme d'une partie de l'Asie et de toute l'Afrique^ »! et, sans remonter si haut, on n'a pas perdu le souvenir des résultats auxquels aboutirent les persécutions dirigées contre les catholiques au Japon et en Angleterre aux xvii® et xvni® siècles. L'Eglise a le droit absolu d'affirmer en toute liberté ses dogmes, de pratiquer son culte, de prêcher le Christ^, et les catholiques, — M. Laberthonnière d'ailleurs le reconnaît expressément, — ont droit comme tous les autres citoyens à être protégés en tant que catholiques. Ce sera tout à la fois l'intérêt et le devoir de TEglise, là où elle n'est pas encore fortement établie, de cherchera se concilier, par les moyens les plus efficaces, l'agrément et au moins la tolérance de ceux qui gouvernent.
Mais là où les catholiques, selon la langue du droit, possèdent^ et où cependant l'Etat leur refuse sa protection ou organise tout, en vue d'étouffer leur action, de ruiner la foi dans les âmes et d'entraver tout développement de l'idée chrétienne, n'ont-ils pas le droit, et même le devoir, d'aviser