RAPPORTS DE L'ÉGLISE AVEC L ETAT
^sont contraires, le flambeau de la foi ne s'éteindra pas pour autant dans le monde : l'Eglise ne meurt pas; mais il peut passer en d'autres mains et ne plus illuminer les nations qui auront négligé de Tentretenir. Comment se scandaliser alors de voir des catholiques chercher à ramener les rapports de l'Eglise et de l'Etat à leur fonctionnement normal, à s'assurer la possibilité de pratiquer et de transmettre à d'autres leur foi? Ceux-là seuls l'ont pu faire qui refusent d'admettre qu'entre l'Eglise et TEtat, il doive en droit et en fait régner non seulement l'harmonie, mais une union étroite et exclusive, ou qui, se ralliant à la doctrine catholique sur ce point, s'en prennent à des conceptions inexistantes, à des prétentions qui manquent d'objet : erreur ou méprise, il n'y a lieu de s'inquiéter ni de l'une ni de l'autre.
Que M. Laberthonnière ne vienne donc plus, au nom du dogme catholique, anathématiser les conclusions que nous avons développées dans A ti^a^ers Vœuvre de M, Maurras. Qu'il montre, s'il lui plaît, qu'une entente ou des rencontres entre catholiques et incroyants d'Action française n'ont aucune chance de succès et que l'Eglise, si elle veut reprendre son influence d'autrefois sur la masse des Français, ne doit fonder aucun espoir sur l'aide de tels auxiliaires : libre à lui; nous ne le suivrons, ni ne le contredirons point sur ce terrain! Qu'il gémisse, tout comme nous, sur la vanité de tant de contestes qui s'agitent entre catholiques à l'heure précise où tous ne devraient faire qu'un cœur et qu'une âme; sur la stérilité, l'inefïîcacité au point de vue éternel des efforts qui ne sont pas inspirés uniquement
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par l'idée catholique : rien de mieux, et nous nous associons de tout cœur à ses plaintes et à ses regrets. Qu'il n'ait d'autre plaisir que d'entrer à composition avec les puissants du jour, que, faisant jonchée de l'expérience d'un siècle, il fatigue son devoir à prêcher la conciliation avec la république radicale, à se laisser séduire et emboiser par les avances de politiques perfides : laissons ici à d'autres le soin délicat d'apprécier cet opportunisme. Mais qu'il invoque l'orthodoxie en pareille occurrence, comme si la foi était en péril, comme si elle ne réclamait pas d'union étroite entre l'Eglise et l'Etat, comme si elle ne tolérait pas d'entente possible entre les fidèles et les incroyants honnêtes respectueux: de la religion, c'est là une prétention intolérable devant laquelle nous ne nous inclinerons pas.
Aussi bien s'il est quelqu'un dont les alUiances sont suspectes, n'est-ce pas M. Laberthonnière luimême? En publiant, par exemple, dans sa revue les articles de M. Le Roy sur le miracle, n'est-ce pas avec des positivistes qu'il a lié partie et cela non pas sur le terrain politique, mais sur le terrain dogmatique ? Ces articles qui sont en connexion étroite avec les travaux du même auteur sur le dogme, ne sont après tout que l'application d'un pur nominaiisme positiviste ou de l'empirisme bergsonien ; et tout compromis en cette matière ne laisse pas de revêtir une extrême gravité. M. Laberthonnière devrait ne pas s'exposer à se faire rappeler d'aussi pénibles souvenirs, sur lesquels d'ailleurs, par délicatesse, nous nous abstiendrons d'insister.