CHAPITRE VII
2e voyage en France.—La Bonne Sainte Anne.—3e voyage.—Mgr de Laval est gravement malade.—Il veut donner sa démission et fait son 4e voyage en France.—KEloge qu’en fait Mgr de St Valier.
En 1672, Mgr de Laval entreprenait, dans les intérêts de sa chère Eglise, un second voyage en France. Il y demeura
trois ans, ne reculant devant aucune démarche, aucun effort, pour faire prévaloir les droits de la justice et de la religion.
À son retour en 1675, il travailla avec un redoublement de zèle au bien spirituel et temporel de son troupeau.
Sa piété ne lui faisait négliger aucune des dévotions qu'il croyait nécessaires ou utiles. C’est ainsi qu’en 1665, il avait établi la confrérie de la Ste Famille et
celle du saint scapulaire et qu'il encouragea toujours le culte rendu à la Bonne Ste Anne de Beaupré. |
La chapelle dédiée à cette grande thaumaturge fut reconstruite, avec son autorisation, en 1676.
Le passage suivant d’une de ses lettres fera voir l'intérêt qu'il prit à cette église et aux nombreux pèlerinages qui s’y faisaient,
“ Comme M. Morel devait faire quelques quêtes pour le rétablissement de l’église de Ste Anne, et que je me persuade aisément qu'il aura encore amassé quelque chose pour joindre au reste du fond, tant de ce qu’il m'a baillé que de ce qui est entre les mains des Boulangers, qui se monte bien à cinq cents francs, au cas que l’on envoyât six maçons, il en faudrait accommoder Ste Anne de deux, et commencer au moins l'été de 1680, à moins que les navires de cette année n’arrivassent de si bonne heure que l’on pût commencer dès cette
année. Ce qui aurait un bon effet et.
exciterait les peuples à continuer leurs charités pour le rétablissement d’une église où tout le pays a une si grande dévotion. ”
En effet, à cette époque et plusieurs années auparavant, on accourait en foule vers la Bonne Ste Anne de Beaupré, à laquelle on faisait, comme aujourd’hui, des vœux et des offrandes.
C’est en 1665 que la mère de l’Incarnation écrivait : ‘ À sept lieues d'ici, il y a un bourg appelé le Petit Cap où il y a une église de Ste Anne, dans laquelle Notre Seigneur fait de grandes merveilles en faveur de cette mère de la Très Ste Vierge. On y voit marcher les paralytiques, les aveugles recouvrer la vue, et les malades de quelque maladie que ce soit recevoir la santé. ”
Aussi le pieux évêque de Québec, touché des merveilles qui, dès l’origine du Canada, ont rendu si célèbre ce lieu de pèlerinage, en approuva le recueil
authentique fait par M. Thomas Morel, curé de Ste Anne de Beaupré; ‘“ tout ce “ qu'il contient est conforme à la vérité “et très propre à favoriser la dévotion “envers la mère de la Ste Vierge.
‘Nous affirmons que rien n’a contribué aussi “efficacement aux progrès de celte Eglise “ naissante que la dévotion spéciale que le “ peuple de tout le pays professe envers cette “ orande sainte, dévotion qui le distingue ‘ certainement des autres peuples.” 25 juin
L'année suivante, les désordres causés par le trafic de l’eau-de-vie, désordres auxquels l'autorité et la fermeté de l'évêque s'étaient, comme on l’a vu, toujours opposées, l’obligèrent à se rendre à la cour pour la irvisième fois. Malheureusement les efforts multipliés de l'énergique prélat allèrent se briser contre les préventions que le gouverneur et l’Intendant de l’époque avaient inspirées au roi, et, après deux ans de luttes infructueuses, brisé par les épreu-
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ves et les infirmités, le prélat reprit le chemin de son diocèse.
Tant de travaux, de fatigues, de déceptions, de si profonds chagrins, les misères que lui causérent les Récollets, en s’obstinant, contre sa volonté, à construire une église et un nouveau monastère, amenèrent chez Mgr de Laval une maladie qui le conduisit aux yortes du tombeau.
À peine revenu à la vie, le courageux pasteur poursuivit sa tâche. Mais elle était si ardue, et l’apôtre si atfaibli, qu’il dût bientôt songer à prendre un repos nécessaire, et c’est pour réparer ses forces épuisées, qu'il se rendit à la campagne, dans une maïson du séminaire.
La souffrance le suivit dans sa retraite.
ÀAjoutons à cela les ravages qu'une maladie terrible exerça à Québec vers la même époque, l'incendie qui consuma la Basse-Ville en 1682, l’effroi général produit sur le peuple par l’apparition d’une comète, et l’on reconnai-
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tra qu'il fallait toute la force d'âme de l'homme de Dieu, pour supporter sans mourir, de semblables afflictions.
C'est pendant ces jours d'épreuves que la charité de Mgr de Laval brilla d'un plus vif éclat. Il faisait beau le voir au chevet des malades et des mourants, consolant ceux-ci, encourageant ceux-là, dépensant envers tous, les trésors inépuisables d’un cœur essentiellement sympathique et généreux.
Les indigents étaient l’objet particulier de son dévouement. Pour soulager leur détresse, il se réduisit à une sorte de pénurie, et l’on dit qu'à cette époque néfaste, il versa trente mille livres dans le sein des pauvres, somme énorme pour le temps et pour les minces ressources du généreux donateur. Ses charités unies à ses prières, fléchirent enfin le ciel. Le calme succéda au trouble, et ia maladie cessa d'exercer ses ravages.
Revenu un peu à la santé, Mgr de
Laval ne songea plus qu’à donner sa démission.
‘ Les forces de Mgr de Laval ne pouvaient suffire à son zèle, dit l'Histoire de l’Hôtel-Dieu, les fatigues continuelles qu’il essuyait dans les visites de son diocèse, qu’il faisait quelquefois en raquettes, lui avaient déjà fait contracter plusieurs infirmités et par dessus tout cela, son humilité lui persuadait qu'un autre à sa p ce ferait plus de bien que lui, quoiqu'il en fit véritablement beaucoup, parce qu’il ne cherchait que la gloire de Dieu, et le salut de son troupeau. Sa doctrine et ses éminentes vertus le faisaient regarder
comme un très-digne prélat ; lui seul Cal souhaitait d’être déchargé. ” Me
Dans une de ses lettres, le bon évêque leu attribue en partie sa démission à une Fr:
affection du cœur, qui le réduisait par- I fois à ne pouvoir se lever de son lit, et ren à une espèce de congestion cérébrale cet
qui lui faisait éprouver des éblouisse-
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poustoire nuelle son is en ntracdessus uadait us de itablecher- » salut
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ments et un long mal de tête, après une étude fatigante.
C’est donc dans le dessein d'obtenir un remplaçant au siége de Québec, que Mgr de Laval traversa de nouveau les mers pour la 4e fois. Déjà il y songeait depuis quelque temps. Il avait chargé M. Dudouyt, son procureur à Paris, de faire sans bruit quelques recherches sur un sujet propre à le remplacer. Le 28 mars 1684, M. Dudouyt lui annonçait, qu'après avoir consulté M. Tronson et le Père LeValois, il croyait lui avoir trouvé un bon successeur, dans la personne de l’abbé de St-Valier.
Sa lettre renfermait un portrait du
| candidat avec les raisons pour et contre.
Mgr dé Laval crut que c'était le meil-
leur choix et partit de suite pour la France afin de le faire ratifier par le roi.
La Providence permit que le prélat rencontrât encore des obstacles. Mais cette fois, son grand mérite seul les fit naître. Car Louis XIV connaissant ses
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hautes vertus, l'immense influence que sa popularité exerçait dans son diocèse, et le bien qui résultait de sa sage administration, hésitait à lui donner un successeur. Mgr de Laval en avait rendu la nomination extrêmement diffcile.
Cependant, vaincu par ses prières, touché de ses infirmités, le monarque finit par se rendre. Il fut convenu entre M. de St-Valier et l’évêque de Québec, que le premier viendrait au Canada, en qualité de Grand Vicaire, afin de visiter son futur diocèse et d'en étudier les divers besoins, pendant que Mgr de Laval, restant en France, y solliciterait les bulles du St Siège.
C’est en 1685 que le nouveau dignitaire arriva au pays; il fut émérveillé de l’état florissant de la colonie, et surtout de l’église qui venait d'être confiée à ses soins.
À cette époque, il y avait à Québec, le Château St-Louis, le séminaire, le monastère des Ursulines, l’Hotel-Dieu,
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le vaste collège des Jésuites, en face dela Cathédrale, et le Couvent des Récollets appelé alors Notre-Dame des Anges, aujourd'hui devenu l’Hopital Général, et habité à cette époque par quinze religieux. Quarante paroisses bien constituées s’échelonnaient sur chacune des rives du fleuve St-Laurent. La population de la Nouvelle-France s'élevait à environ 10725 habitants, et celle de Québec à 2205. Il y avait cent quatrevingt-sept maisons dans la ville.
En voyant l’état si prospère du pays, en constatant le bien qu’y avait fait la religion, Mgr de St-Valier attribua ces heureux résultats à l'esprit d'initiative et de zèle de Mgr de Laval ; il fit de lui ce bel éloge : ‘“ je m’estimerais heureux si je pouvais soutenir le bien que M. de de Québec avait établi avec tant de bénédiction et tant de peine, pendant près de trente années. La noble maison de
Laval dont il est sorti, le droit d’ainesse de sa famille auquel il a renoncé, en
entrant dans l’état ecclésiastique, la vie exemplaire qu’ilamenée en France avant qu'on pensât à l’élever à l’épiscopat, le zèle et l'application avec lequelle il à gouverné si longtemps l'Eglise, soit en qualité de Vicaire Apostolique, Evêque Pétrée, soit en qualité de premier évêque de Québec, dont le titre a été érigé à Rome en 1674, à l'instance de Louis-le- Grand, qui a doté l'évêché ; la constance et la fermeté qu’il a eues à surmonter tous les obstacles qui se sont opposés en diverses occasions et en différentes mamanières à la droiture de ses intentions et au bien de son cher troupeau; les soins qu'il a pris de la colonie des français et de la conversion des sauvages, les navigation, qu'il a entreprises plusieurs fois pour le bien des uns et des autres ; le zèle qui le pressa de repasser en France, il y a trois ans, pour venir se chercher un successeur, son désirteressement et l'humilité qu'il a fait paraître en offrant et en donnant de si bon cœur
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sa démission pure ei simple, enfin toutes les grandes vertus que je lui vois pratiquer chaque jour dans le séminaire où je demeure avec lui, mériteraient bien eu cet endroit de solides iouanges, mais sa modestie m'impose silence, et la vénération qu’on a pour lui partout où il est connu est un éloge moins suspect que celui que j'en pourais faire: l’honneur qu'il m'a fait de jeter les yeux sur moi pour remplir sa place, m'a mis sur les épaules, un fardeau si fort audessus de mes forces, qu’il me semble que, sans être ingrat, il me serait permis de n’en être pas tout-à-fait reconnaissant ; 1l lui était aisé de mieux choisir, et je sens bien qu'il me sera difficile de soutenir l’idée qu’il a eue de ma personne quand il m'a proposé au roi, tout indigne que je suis pour un si redoutable ministère.”