CHAPITRE II
Premiers actes épiscopaux.—Confirmation à Percée.— Arrivée à Québec.—Bonté du Prélat à l'égard des sauvages.
À peine Mgr de Laval fut-il débarqué qu'il se mit de suite à travailler à la vigne de son divin maître.
Voici comment s'expriment les Relations des Jésuites à l’occasion de l’arrivée de Mgr de Laval.
‘“ Si les démons servent à convertir les sauvages et les sauvages à réduire les hérétiques, que ne devons-nous pas espérer du secours des anges tutélaires de ces contrées ? Notamment depuis que ces esprits y ont amené un Homme Angélique : je veux dire Mgr l’Evêque de Pétrée qui, en passant dans les Jimites de notre Acadie, a donné le sacre-
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ment de confirmation à cent quarante personnes qui jamais peut-être n’auraient reçu cette bénédiction. ” Québec, 16 octobre 1659.
Mgr de Laval mit un mois entier à remonter le Saint-Laurent.
“ Il eut le loisir de contempler les deux rives de ce fleuve majestueux, dont la sublime grandeur lui faisait deviner l’immensité du pays qu'il devait évangéliser. Son œil d’apôtre se fixait ardemment et avec anxiété sur ces vastes forêts, abritant d'innombrables peuplades assises à l'ombre de la mort, et plongées dans lies ténèbres de l'ignorance et de la barbarie.” (1)
Le 16 juin 1659, le vaisseau qui le portait jetait l'ancre devant le fier promontoire où, 50 ans auparavant, Champlain avait jeté les assises de la première ville épiscopale du Canada.
Comment décrire la joie de la popu-
(1) Paroles du Cardinal Taschereau.
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lation se rendant en foule au-devant de son nouveau pasteur ?
Enfin Québec possédait un évêque !
Quel encouragement pour les missionnaires qui allaient trouver en Mgr de Laval, un père, un protecteur ! Quel gage de confiance pour les communautés naiïssantes, alors aux prises à tant de difficultés !! Quel suprême appui pour tout le peuple canadien !!!
C’est au son des cloches et au bruit de l'artillerie, que l’éminent prélat, environné de ses compagnons et du Vicomte d’Argenson, gouverneur de la Nouvelle-France, fit son entrée dans la ville.
Les Jésuites eurent l’honneur insigne de donner l’hospitalité au digne évêque, pendant les trois premières semaines de son séjour à Québec. L’'Hôtel-Dieu, fondé par la Duchesse d’Aiguillon, mit ensuite à sa disposition un appartement qu’il occupa pendant près de trois mois.
Le pensionnat des Ursulines fondé par madame de la Peltrie, et auquel il fit faire une clôture séparée pour ne pas contrevenir aux règlements canoniques, devint sa troisième habitation.
Il accepta ensuite, pendant trois ans, la maison même de Madame de la Peltrie. Enfin il devint acquéreur d’une vieille demeure, qui fut plus tard l’emplacement du presbytère, et où vinrent le rejoindre, trois ans après, c’est-à-dire en 1662, MM. Dudouyt et de Bernières, autre neveu du trésorier général. Ce dernier devint plus tard premier curé de la ville et le premier doyen du Chapitre. à
Les premiers actes du ministère de Mgr de Laval à Québec s’exercèrent en faveur de la nation sauvage, laquelle était l’objet de ses pensées et de sa plus.
tendre sollicitude. À un enfant huron, il conféra le premier des sacrements, et peu après, il administrait les derniers à un adulte de la même tribu. Appre-
nant ‘la maladie de ce dernier, Mgr de “ Laval voulut, dit la mère de l’'Incar- “ nation, lui consacrer ses premiers ‘“ soins et ses premiers travaux, don- ‘“ nant un bel exemple à nos sauvages “ qui le virent avec admiration, pros- ‘“ terné près d’un pauvre moribond, qui “ sentait déjà le cadavre, et auquel il “ nettoyait de ses pauvres mains les ‘ endroits du corps où l’on devait faire ‘ les onctions sacrées. ”
Le 15 août 1659, Mgr de Laval confirmait dans l’église paroissiale, cent soixante-dix-sept personnes de tout âge, depuis neuf ans, jusqu'à soixante-onze ans. Cette cérémonie pontificale qui avait lieu à Québec pour la première fois, fut un sujet de joie et d’admiration pour les sauvages. Quelques uns d’entre eux avaient été appelés les premiers, par le bon prélat, à la réception de ce sacrement. Ainsi se manifestait la prédilection de l'’illustre pontife pour les humbles et les petits.
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Peu de jours après, on le retrouve à l'Hôtel-Dieu, y confirmant cent sauvages, tant hurons qu’algonquins.
Plus tard encore, chez les Ursulines, il conférait le même sacrement à quinze personnes, dont une professe de vingt
ans et une jeune huronne de 11 ans, nommée Catherine.