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CHAPITRE IV

Triste état de la colonie.—Zèle de Mgr de Laval pour les missions.—$es visites pastorales.

À son arrivée à Québec, Mgr de Laval avait trouvé la colonie dans un état vraiment lamentable, sans secours suffisants de la mère-patrie, et exposée aux incurcions continuelles des Iroquois, qui ne se proposaient rien moins que | d'exterminer tous les Français. Le al danger était si grand que dans la ville | de Québec même, les Ursulines et les Sœurs de l’Hotel-Dieu étaient obligées de se retirer la nuit dans le vaste couvent des Jésuites, plus facile à défendre que les monastères de ces bonnes religieuses. C’est au milieu de fatigues et d’alarmes sans nombre, dans un pays aïiigé de plus par une cruelle

disette, que Mgr de Laval passa les trois premières années de son Episcopat.

Mais son courage n’en fut pas affaibli.

Nature fortement trempée, cœur intrépide, il semblait grandir dans les épreuves et sa présence consolait les citoyens affligés et ranimait leur espérance.

Il n’attendit pas que tout danger eut disparu pour s'occuper de l’évangélisation de son immense Vicariat apostolique. Dès 1660 des missionnaires furent envoyés dans les parties les plus lointaines, et des mesures fürent prises pour faire porter les lumières de la foi jusqu'aux environs de la Baie d'Hudson, Grâce à son zèle apostolique, les Hurons, les Algonquins, les Abénaquis, voir méme les farouches Sioux furent évangélisés et firent plus tard la joie et la consolation le leur premier pasteur.

Sa soif dévorante du salut des âmes poussait même l’homme de Dieu vers les régions reculées du Lac Supérieur.

S'il ne suivit pas dès lors l'impulsion de sa charité évangélique, c’est, disent les relations de 1660, qu'il était incapade se diviser.

“ Du moins, ajoutent-elles, son cœur “y a volé pendant qu'il s'arrête ici, au centre de toutes ses missions, ponr pouvoir donner ses soins et partager son zèle également.”

Les contemporains de l’illustre évéque ont pu constater l'exactitude de ce témoignage. En effet, quels trésors de dévouement ne dépensa-t-il pas dans les travaux d’un ministère qui s’exerçait tantôt à la ville, tantôt à la campagne ?

Que de fatigues, de misères de tout genre accompagnaient l’apôtre dans ses courses diverses, à une époque où les voyages, soit par mer ou par terre,

nétaient adoucis par aucune des améliorations que le progrès moderne a introduites dans notre mode de locomotion !

L'été on nous le represente dans un

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léger canot, ramant lui-même pour hâter la marche du frêle esquif. L'hiver onle voit, avec sa chapelle sur le dos, parcourant, en raquette, la plaine glacée. Un pauvre morceau de pain : voilà souvent tout ce qui apaisait la faim du missionnaire. De là pour l’héroïque prélat, des infirmités qui l’accablèrent pendant toute sa vie, et contribuèrent même par la suite à le faire renoncer à ses fonctions épiscopales.

Le régistre des confirmations nous donne des détails très-intéressants sur les visites pastorales de Mgr de Laval.

On aimera sans doute à savoir quelles sont les paroisses qui ont eu l’insigne honneur de posséder pendant quelques jours le premier évêque de la nouvelle France. Ce régistre des confirmations est incomplet, mais il donne plusieurs itinéraires qui n’ont jamais été publiés.

En 1660, Mgr de Laval confirma au Chateau-Richer, à Québec, à Trois- Rivières et à Montréal. Dans cette der-

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nière ville, on voit parmi les confirmants, Paul de Chomedy que l’on croit être le fils du fondateur de Ville-Marie.

L'année suivante, visite pastorale à Sillery. Au ler mai 1662, Mgr de Laval confirmait au monastère des Ursulines. De retour d'Europe où, comme on le verra, il passa deux années, il reprit ses courses évangéliques et, le 23 mars 1664, confirma à la cathédrale, puis au Cap des Trois-Rivières, à Trois-Rivières, et à Montréal. En 1665, il fit descendre le Saint-Esprit sur 152 confirmants de la paroisse de Québec.

En 1666, ses visites commencent au 21 février ; en voici l'itinéraire :

Chateau-Richer, Ange-Gardien, Chateau-Richer, Québec ; dans la liste des confirmants, on trou re le nom de Messire Daniel de Remy de Courcelles qui recut l’onction sainte le 1 mai de la même année.

Le 25 mai, l’infatigable évéquereprend sa visite et séjourne dans les paroisses

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du Cap de la Magdeleine, Moniréal, Fort Sorel, et Trois-Rivières.

Les relations des Jésvites parlent de la manière suivante de ses courses pénibles en 1668 : “ Mgr l’Evèque de Pétrée, après avoir fait partout sa visite en canot, c’est-à-dire à la merci d’une frèle écorce, et après avoir parcouru toutes nos habitations depuis Québec jusqu’au-dessus de Montréal, donnant même jusqu’au Fort de Ste-Anne, qui est le plus éloigné de tous les forts, à l'entrée du Lac Champlain, voulut faire part de ses bénédictions à notre église des Sauvages de Tadoussac, s’y étant rendu vers la fin de juin, après avoir bien souffert de la part des calmes et des tempétes de la mer.

“ Les heureux succès que Dieu a donnés aux armes du roi dans la Nouvelle- France, faisant jouir nos sauvages de Tadoussac, aussi bien que tous les autres qui nous sont alliés, des agréables fruits de paix; cette église que la

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crainte de l’Iroquois avait dispersée çà et là, s’est heureusement réunie dans son poste, qui est l'embouchure de la Rivière du Saguenay, appelée Tadoussac. Mgr l’Evêque le sachant, et «yant été informé dès le printemps de la satisfaction que les sauvages de cette église avaient donnée à leur pasteur, le P. Henri Nouvel, qui avait hiverné avec eux, dans les bois, fit savoir qu’il les visiterait.

“ Cette nouvelle les consola beaucoup, mais son arrivée à Tadoussac, qui fut le 24 juin 1668, les combla de joie qu'ils firent paraître en sa réception, car s'étant trouvés au nombre de quatre cents âmes à son débarquement, ils témoignèrent par la décharge de leurs fusils et par leurs acclamations, le contentement qu'ils avaient de voir une personne qui leur était si chère et dont la plupart avait souvent expérimenté les bontés. | “Ils l’acccmpagnèrent ensuite en

leur chapelle d’écorce : le feu ayant réduit en cendres celle qu’on leur avait bâtie ; et là il leur fit dire le motif de son arrivée en ce lieu, à savoir pour se conjouir avec eux de l'affection qu’ils témoignent avoir envers leur christianisme, pour administrer le sacrement de confirmation à ceux qui ne l'ont pas reçu et pour les assurer des bons sentiments que le roi a pour eux, dont ils ont des marques bien évidentes, par la paix à laquelle il a forcé les Iroquois.

Cela fait, la charité de leur digne évêque les ravit, lorsau’au sortir de ia chapelle, ils le virc entrer dans leurs cabanes les unes après les autres, pour y visiter les malades et leurs capitaines, consolant ceux-là par sa présence dont ils étaient confus et par ses charités qu'il étendait sur eux, sur leurs pauvres veuves et sur leurs orphelins, et encourageant ceux-ci à appuyer ceuxlà de la foi de leur autorité et à se maintenir toujours dans les devoirs de

véritables chrétiens ; ce qu'il renouvela en un célèbre festin, leur recommandant surtout de n’oublier jamais les obligations insignes qu'ils ont au roi, qu'ils doivent considérer comme leur libérateur et comme celui à qui seul après Dieu, ils ont l'obligation de leur repos et de leur vie.

“ Les quatre jours suivants furent employés à disposer à la confirmation ceux qui ne l’avaient pas encore reçue. Ce sacrement fut administré à diverses reprises à cent quarante-neuf personnes.

La dévotion avec laquelle ils l’ont reçu et qu'ils ont fait paraître partout ailleurs, a ravi Monseigneur, et lui a fait avouer que ies peines qu’il a prises pour ce voyage, lui donnent une satisfaction toute particulière, de voir de ses propres yeux le Christianisme en vigueur et la piété régner parmi ces pauvres sauvages autant et plus que parmi beaucoup de nations policées.

Dieu réservait à cette mission la con-

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version de quelques sauvages infidèles qui ont vécu longtemps parmi les chrétiens avec une aversion étonnante du Christianisme et qui se sont trouvés si fortement touchés par la venue et les instructions de Mgr de Pétrée, qu'ils ont changé tout d’un coup de résolution et n’aspirent plus depuis ce temps là qu’au baptême. C’est un effet des bénédictions qu’accompagne toujours le caractère, et qui va donner une nouvelle force à nos chrétiens, dans l’espérance qu'ils ont de jouir encore, les aunées suivantes, du même bonheur. ”?

Les immenses consolations attachées à cette mission, ne furent pas les seules qr'éprouva le digne apôtre pendant |. ‘e 1668. Plusieurs ecclésiastiques viu: 16 de France au Canada pour se mettre sous sa direction pastorale et travailler avec lui dans son église naissante. I] manifesta la joie que lui procura leur venue dans une lettre adressée « M.' Poitevin curé de St-Josse à Paris.

‘ Le secours des prêtres que vous nous avez envoyés.est venu fort à propos pour nous donner le moyen d’assister divers lieux de cette colonie qui en ont un notable besoin et sans lesquels ils auraient été destitués de toute assistance. La venue de Mr l’abbé de Queylus, avec plusieurs bons ouvriers tirés du sémiraire de St Sulpice, ne nous a pas moins apporté de consolation ; nous les avons tous embrassés dans les entrailles de Jésus-Christ. Ce qui nous donne une joie plus sensible est de voir notre clergé dans la disposition de travailler tout d’un cœur et d’un même esprit à procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, tant des français que des sauvages...Les Pères Jésuites sy emploient toujours avec le même zèle qu'ils y ont travaillé pendant quarante ans, j'en ai reçu des témoignages sensibles après le retour de nos visites.”

En 1669, Mgr de Laval confirma dans les paroisses de l'Ile d'Orléans et sur la

vous proaSSisui en quels asSisqueytirés US à nous S ennous e voir e tramême et le

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côte de Beaupré, puis il continua à Dom- Bourg (Pointe-aux-Tfembles), Ile de Montréal, Sault St-Louis, Montréal, Fort St-Louis, Champlain, Batiscan, Qué-

| bec. En 1675, le saint Prélat se trouvait | à Moutréal pour les fêtes de la Pentecôte.

Le 25 mai, il se rendit à la Prairie de la Magdeleine où il autorisa la constructlon d’une chapelle auprès du fort St- | Lambert ; c’est là que vécut et mourut

l'illustre Vierge Iroquoise Catherine TikahKk8itha.

Les paroisses suivantes eurent le bon-

| heur de voir et d'entendre leur premier

| pasteur dans le courant de 1676 : Boucherville, Montréal, La Prairie de la à lMagdeleine, E Cœur, | Trois-Rivières, Cap de la Magdeleine, | Grondines, Dom-Bourg, et Québec. En 1681, on trouve pour la première fois d'autres noms de paroisses visitées,telles

| que Verchères, Boucherville, Kepenti-

Sorel, St-Ours, Rivière-du-Loup,

Contre- St-François,

gny, La Chenays, La Valterie, Cressé,

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(Nicolet), Rivière Puante, Gentilly, Ste- Anne, Deschambault, Ile Jésus, Cap St-Michel, Isle-aux-Oies, Cap St-Ignace, Rivière-du-Sud, La Durantaye, Beaumont, Pointe de l'Eglise Saint-Joseph.

D'après le régistre cité, Mgr de Laval aurait donné la confirmation à près de 5000 personnes.

Le nombre de prêtres ordonnés par lui, s'élève à quarante et un. Le premier canadien qui reçut l’onction sacerdotale fut M. Germain Morin. Il fut ordonné le 29 sept. 1665, devint secrétaire de l’évêque et, après avoir été curé dans plusieurs paroisses, entre autres à la Bonne Sainte-Anne, il mourût à l’Hotel- Dieu le 20 août 1702.

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y, Ste- , Cap œnace, Beauoseph.

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