‹ Monseigneur Déziel [microforme]Chapitre 12 sur 44 · PATES |, D · texte numérisé non relu

PATES |, D

de l’église, l’intendant s’en rapportait ordinairement à l’évêque qui avait ou devait avoir pour principe de la placer dans le centre de la paroisse.

“ Depuis la conquête, ajoute M. Panet, il y a eu à ma connaissance plusieurs difficultés à l'égard de la construction et du placement des églises et presbytères, entre autres paroisses, celles de Yamachiche et de St-Pierre Rivière du Sud. Les habitants se sont adressés aux juges des plaidoyers communs qui ont rendu leur jugement. Les habitants de Yamachiche ont été en cour d'appel, ceux de Saint-Pierre ont exécuté le jugement de la cour.

‘“ La question était la même à St-Pierre que celle de la paroisse de la Pointe-Lévi : l’église était très vieille, le fond du terrain sur lequel elle était assise ne valait rien. Divers habitants voulaient la réparer, d’autres ‘en voulaient construire une nouvelle ailleurs, une troisième faction voulait que l’ancienne fût transportée dans un autre endroit.

‘ Embarassés de tant de prétentions opposées, les juges se transportèrent sur les lieux, entendirent les raisons des habitants, s’informèrent du local. Les différents partis convinrent d'experts pour constater si l’église pouvait se raccommoder, si le fond du terrain était bon ; les experts devaient aussi examiner et faire attention que l’église fût construite sur un terrain solide et à peu près au centre de la paroisse.

‘ Les experts ayant constaté tous ces points et fait leur rapport aux juges, il fut par eux confirmé, Les obstinés, car il y en a toujours beaucoup en pareilles occasions, refusèrent de contribuer et de payer ; ils menaçaient même de maltraiter les officiers de milice chargés du recouvrement ; il

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fallut nécessairement user de sévérité ; quelques jours de prison de ces mutins les mirent à la raison de manière que tout est maintenant tranquille dans cette paroisses...”

Cette requête à lord Dorchester n’eut pas l’effet que l’on en attendait, car ce n’est qu’en 1830, quarante-sept ans après la première requête, que St- Jean Chrysostome qui comprenait alors St-Romuald, se trouva détaché de la paroisse de St-Joseph.

Il y eut alors un moment de répit. Après l’agitation, le calme. D'année en année, pendant que du nord et du sud, de l’est et de l’ouest, les requêtes et contre-requêtes pleuvaient, la vieille église était réparée et rajeunie *.

Le 15 février 1830, vers huit heures du soir, nous dit la Gazette de Québec, on entendit un cri annonçant que l’église était en feu ; on y court de tous côtés, on fait tous les efforts imaginables pour entrer dans l’église et dans la sacristie, mais les flammes étaient si violentes et si étendues dans l’une et dans l’autre qu’il fut absolument impossible d’y mettre le pied et de sauver pour un seul denier ?.

Devant un pareil malheur, les habitants furent unanimes à demander la reconstruction immédiate du

1 1786.—Les habitants #ourcillent de chacun trois livres, dit M. le curé Ber- . thiaume,—ils $’assemblent au nombre de 100 et décident de travailler incessamment à couvrir l’église au moins l£ rond-point. 1788—1798—1816—Un clocher neuf—1826—la couverture est faite à neuf— on prend 2,400 livres de 20 sols au coffre-fort. 1827—Le cimetière est agrandi—on achète un terrain d’Ignace Samson et lord Dalhousie émet des lettres d'amortissement. KOprrat Jen, vicaire, fait une quête dans la paroisse pour avoir une cloche.

2 On crut pouvoir attribuer ce funeste accident aux efforts réitérés de quelques brigands, car 1l paraît que. cette dernière tentative était au moins la troisième. Comme le lendemain, toute l’argenterie fut retrouvée dans les ruines, on conjectura que le feu n’avait pas été mis par des voleurs parce qu'ils auraient commencé par piller l’église. Nous croyons bien authentique, disait cependant la Gazeite de Québec (18 fev.), l'information qu'il avait antérieurement été fait deux tentatives pour mettre le feu à l’église.

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nouveau temple. Le 11 mars, Mgr Signaï, coadju teur, fixait la nouvelle église sur la place et dans la direction de l’ancienne église incendiée—à une vingtaine de pieds plus éloignée du chemin :.

C’est celle qui existe aujourd’hui et qui a été si bien réparée par M. le curé Fafard 2,

Ces détails ont pu paraître un peu longs, souvent inutiles et même ennuys< x, cependaut il nous fallait les donner, car ils serviront à mieux nous faire comprendre l'opposition qui fut souievée à la fondation de la paroisse de Notre-Dame de la Victoire.

Cette opposition n’était pas dirigée contre un homme en particulier ; elle était le produit d’une agitation lente, née bien avant le siècle et qui s’était continuée à travers les années, se ralentissant un jour pour devenir plus vivace le lendemain. C'était une succession qui avait été transmise au descendant ; il ne Pavait pas acceptée, mais, comme dans l’ancien droit romain, le mort saisissait le vif.

Il ne faut pas croire cependant que cette manie d'opposition füt un produit du sol. De tout temps, dans chaque paroisse, on pourrait retracer la même histoire.

La construction d’une église est bien l'événement le plus important qui puisse se produire dans la vie d’une paroisse. Chacun est intéressé, et croit que

t La loffgueur de l'église est de 126 pe depuis le rond-point jusqu’au portail mesure française. Sa RL dans la nef 45 pieds.—Elle a deux chapelles latérales d’ nelongur e 24 pieds avec une saillie de 19 pieds sur r5.—Le sanctvaire a 33 pieds sur 37.—La sacristie a 40 x 274. Les syndics pour rebâtiz l’église étaient Joseph Bourassa, Jean-Baptiste Guay, Amable Samson, Raphaël Guay.

2 C’esten 1874 que M. Fafard fit faire le magnifique grand-autel. Il mesure trente pieds de hauteur depuis le plancher jusqu’au sommet de la croix.inclusivement. Il est décoré de sept statues. Îl fut construit par M. Ferdinand Villeneuve, architecte, de St-Romuald, pour la somme de $900.

son opinion est toujours la meilleure. Les uns, descendants de Normands qui n’ont jamais dérogé, font de l’opposition quand même. La vie joyeuse pour eux c’est l’agitation, la cäbale, les procès. Comme disait un vieux curé de Lévis, M. Mâsse, ces troubie-repos trouvent toujours quelque âme bénévole pour les suivre dans leur oratoire. Les autres sont de bonne foi, mais se laissent entrainer au courant. Dans tous les cas, il y a toujours beaucoup d’obstinés en parcilles occasions, écrivait M. Panet à lord Dorchester.

En France, les légendes rapportent qu'au moyen âge, on s’est quelquefois servi du diable pour construire ces magnifiques églises qui font l'admiration et l’étonnement du monde entier.

La légende a traversé les mers avec nos ancètres. Quand ou voit tous ces temples magnifiques qui se sont élevés dans nos campagnes, souvent à travers les plus grandes oppositions et on ne sait par quelles ressources, il n’y a rien d’étonnant que l’on se prenne à croire au surnaturel ou au miraculeux.

Dans certaines de nos campagnes la légende de France s’est conservé vivace. A Saint-Augustin, La tradition veut que le diable sous la forme d'un cheval noir ait charroyé les énormes blocs de pierre qui servirent à construire la vieille église dont on voit encore les décombres sur la grève. Le Dr Larue réclame le mêine privilège pour la paroisse de Ste- Famille :. -

Sa majesté Lucifer a su prendre toutes les for-

mes. À Trois-Pistoles et à Kamouraska sous les

1 S'il faut en croire la tradition, le point capital a toujours été !a bride de l’animal ; il fallait lalui laisser jour et nuit. Le bedeau de St-Augustin, pour la lui avoir ôté un jour à l’abreuvoir, faillit ruiner la fabrique. L'animal s'évanouit en fumée avec une forte odeur de soufre.

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traits de la discorde, il s'aventura jusqu'à faire élever deux églises dans la mème paroisse.

A la Pointe de Lévi, l'opposition n’alla pas aussi loin, mais l’agitation dura près de dix ans.

Malgré l’aridité des dates et la monotonie des citations, il nous faut raconter les divers épisodes qui se terminèrent par l'érection de la paroisse de Notre-Dame de la Victoire.

Les discussions et les luttes qui éurent lieu dans le temps furent vives et acariâtres, mais nous savons qu'en rappelant ces souvenirs, nous ne ravivons pas la cendre d’un feu bien éteint. La plupart des combattants sont disparus de l'arène, mais en fidèle annaliste, nous leur rendrons un juste hommage en disant qu'ils ont combattu vaillamment. Chacun prèéchait pour son clocher.

Aujourd’hui, toute cette agitation d'y il y a 30 ans est morte, bien morte.

Les réclamations et les rancunes se prescrivent,.

St-Joseph de la Pointe-de-Lévi et Notre-Dame de la Victoire sont devenues des centres florissants. La vieille paroisse de St-Joseph, la mère de toutes les églises de la côte de Lauzon, a vu avec un légitime orgueil, le développement que la jeune ville de Lévis prenait chaque année sous la main qui la dirigeait. De son côté, Mgr Déziel continuait à suivre avec le plus vif intérêt la marche progressive de son ancienne paroisse, sous la direction habile de ses successeurs.

Une noble rivalité s’est établie entre la population des deux voisines pour leur progrès matériel respectif. Généreuse émulation, s'étendant à l’ordre intellectuel et moral, qui a donué naissance à des institutions qui rivalisent avec celles des grandes villes et

qui ont produit déjà tant de bien pour l'intelligence et l’âme de deux générations.

Résumé des requêtes présentées à l'évêque demandant une division de paroisse(1845-50)—Différents projets.—La Commune, en face de Québec, est'choisie pour l'érection d'une succursale.— M. Cazeau fixe le site.—Mgr Turgeon promulgue le décret autorisant la construction d’une église sous le vocable de Motre- Dame de la Victoire.

Le curé Déziel n’avait pas eu besoin d’un long séjour à la Pointe de Lévi pour prévoir qu'avant longtemps cette vaste paroisse donnerait naissance à de nouvelles églises, Cette création s’imposait, mais il fallait savoir diriger le mouvement de telle facon qu'il pût servir aux plus grands intérêts de tous.

C'est dans l'été de 1845 que se commence sérieusement l'agitation qui devait aboutir à l'érection

de la paroisse de Notre-Dame de la Victoire r. De 1845 à 1850 on discute cette grave question. Il est

facile de juger de l’ardeur que l’on ÿ mat. Dans un espace de cinq ans on adresse à l’évêque plus de quinze requêtes et contre-requètes. Chacune porte en moyenne cent cinquante signatures, et ce chiffre s'élève parfois jusqu’à trois cents. Ghaque pétitionnaire taille dans la carte de Lévis une pa

1 L’incendie de la vieille église de St- Joseph avait ralenti l’ardeur de cexqui désiraient une séparation de paroisse Dix ans de répit s'étaient étonlés lorsque sous le règne de M. le curé Poiré, en octobre 1840, «ne première requête vint donner le signal du combat. Les habitants de l’intérieur rallumaïent le feu mal éteint. La nouvelle paroisse devait comprendre les cinq dernières concessions de la Pointe-de-Lévy et s'étendre dans St-Henri, jusqu’à l’ancien presbytère, c’est-à-dire à trois milles au dessus des chutes ‘le la rivière des Etchemins. Le curé de St-Henri, M. Lacasse, consulté à ce sujet, répondit qu’il ne voyait pas de postibilité de mettre ce projet en exécution et les choses en restèrent là.

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roisse à sa facon. On en donne les bornes, les distances, le nombre des maisons, la population, la quantité des grains récoltés, ce que peut rapporter la dîme, la facilité des communications. Pas un projet ne se ressemble. Plus de dix endroits différents sont fixés pour le site de l’église. Chaque concession où village fait valoir ses raisons. Pendant que les habitants de l’intérieur se croient sur le point de gagner leur cause, une requête de ceux qui habitent aux bords du fleuve vient tout briser. Chaque revers rend les combattants plus ardents, chaque délai fait naître un parti nouveau avec de nouvelles prétentions.

Mgr Cazeau, délégué de l’évêque par trois fois, ne peut rien conclure.

Dans cette multitude de projets, au milieu de ces paperasses comment démèler la vérité ?

Les régistres nous ont conservé précieusement les nombreuses pétitions qui furent présentées dans le temps à l’évêque de Québec. Tous ces vieux papiers jaunis démontrent quelle était la divergence des opinions, mais ce qu'ils ne nous disent pas c’est l'agitation fébrile qui régnait par toute la paroisse, ce sont les ambitions de chacun, les petits racontars de la veillée.

Les anciens se souviennent encore de ces temps de lutte où des assemblées se ten*'7t dans chaque village, où la cabale menée graüü train racolait ses partisans. Aux discussions oiseuses vinrent se mêler les protestations et les procès coûteux. Qu: de démarches ! que d’intrigues !

Tout était décidé. Le délégué de l’évêque venait de dresser procès verbal du site choisi pour la nou: velle église, que les protèts pleuvaient encore pour

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