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tard, réduisait en cendres l’église cathédrale et Ia moitié des maisons qui composaient alors Québec. Tout s’est passé dans l’ordre; une croix a éte plantée à la place où doit s'élever la nouvelle église ; M. le commissaire a été salué par trois hourras; la foule s’est dispersée, et chacun s’en est retourné chez soi satisfait, Sept propriétaires de terres sur ces lieux ont généreusement donné entr’eux 296,000 pieds de terrain en superficie pour l’usage de l’église ; d’autres ont avancé des sommes considérables, 14, nous dit-on, celle de £200 pour en hâter la construction qui doit être commencée sous peu. Cette église aura 160 pieds de long sur 60 de large, et 70 pieds de hauteur de mur au dessus des lambourdes, avec tribunes tout autour; ce sera une très jolie église de campagne. Elle doit coûter environ £8000. La beauté du site et du coup d'œil qu’il embrasse est incomparable.
‘ Une nouvelle église anglicane à été inaugurée au même lieu dimanche dernier, et les dames de cette communion y tiennent depuis quelques jours un bazar dont le produit est destiné à lui venir en aide. El est question d’y bâtir aussi une église écossaise. De hautes destinées sont réservées à la ville de Lévi, et les propriétés ne peuvent manquer d'y acquérir en peu d'années une valeur immense. Elle sera bientôt à Québec ce que Brooklyn est à New- York, et plus encore, si le chemin de fer projeté’ de Québec à Melbourne et à Montréal d’un côté, et de l’autre à Halifax ou à Saint-André, se réalise.”
Le 17 juillet, par un décret daté des Eboulements, Mgr Turgeon autorise la construction de l'église succursale. Elle devait être érigée sous le titre de Notre Dame de la Victoire, dont la fête se
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célèbre le sept octobre, suivant le martyrologe romain. On ne pouvait trouver un nom plus approprié, car c'était une victoire véritable que lon venait de remporter après Cinq années de luttes des plus acariâtres,
La nouvelle paroisse—La ville d'Aubigny.—Construction de léglise.—La première pierre.—Bénédiction de l'église — Première messe.—Presbytère.
En doublant la pointe du Cap-Rouge, le voyageur qui descend de Montréal par le fleuve voit briller au soleil la flèche aiguë de Notre:Dame.—Bâtie sur une éminence qui domine toute la côte Lauzon et d’où la vue plane sur douze clochers, depuis Saint- Nicolas jusqu’à liie d'Orléans, léglise de Lévis apparaît de loin comme un phare aux approches du rocher imposant de Québec. On dirait que ce promontoire fait de roc et de tuf, s’élevant comme un gradin d’amphithéâtre au-dessus de la falaise, a été taillé tout exprès par la nature pour qu’on y püt asseoir les bases du temple religieux d’une grande paroisse.
La tradition rapporte qu'un jour le curé Déziel et quelques-uns de ses paroissiens, se promenantsur les hauteurs de Lévis, à la recherche d’un site convenabie à l'érection d’une église, s’arrêtèrent sur la place de Notre-Dame et ne voulurent pas aller plus loin.
Où chercher, en effet, un endroit plus pittoresque, une situation plus centrale qui permît de réunir en un seul faisceau les intérêts civils, religieux, commerciaux et industriels d’une paroisse future ?
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Il y a trente-cinq ans, lorsque le curé Déziel |
s’arrêta sur ce promontoire désert pour y planter E une croix, on voyait encore ies vestiges d’un camp retranché élevé en 1759 par les soldats de
Wolfe, 1 Au cliquetis des armes, au roulement des | lourdes pièces d'artillerie, an bruit des combats, | devaient succéder les chants sacrés, les prières des prêtres, les accords harmonieux des orgues. Par une
coïncidence providentielle, au lieu mème où furent \ lancées les bombes qui avaient réduit en cendres la {
petite église de Notre Dame des Victoires, devait s’élever un siècle plus tard, une église qui porterait elle-même le nom de Notre Dame de la Victoire.
Autour de ces retranchements abandonnés, dans la plaine solitaire, à travers les grands pins qui couvraient la côte, s'élevaient à peine de ciet de là quelques maisons isolées, mais l'avenir se présentait plein de promesses.
En 1813, Sir John Caldwell, alors seigneur de Lauzon et puissant à la cour coloniale, charmé du site enchanteur de Lévis, avait voulu y fonder une ville, Il appela sa création: Ville d’'Aubigny, en l'honneur du duc de Richmond, dans le temps gou-
verneur du Canada. 2 Sur le premier plateau des falaises, Caldwell traça f
des rues, éleva une église anglicane, fixa la place d’un marché, construisit deux hôtels superbes, divisa la terre en lots à bâtir. La ville était ébauchée, mais il lui manquait des habitants. Caldwell, dont
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1 Ce camp est connu dans les journaux du siège de Québec sous le nom de û Burion's Redoubt, Le colonel Burton, plus tard gouverneur des Trois-Riviènes, s’y retrancha avec le 48ème Régiment qu’il commandait. S
2 Charles Lennox, 4ème ducde Richmond, nommé gouverneur général du Canada le 9 mai 1818 mourut le 28 août 1819 de la morsure d’un chien. Il avait
pour ancêtre Charles Lennox, fils illégitime du roi d'Angleterre Charles II et t de Louise Renée de Perrencourt, de Querouaille, en France, qui fût faite par le roi, duchesse de Portsmouth, comtesse de Farnham et baronesse Petersfield. c
Louis XIV lui donna le titre de duchesse d’Anéigny.
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le luxe ambitieux ne connaissait point d'obstacles, appela d’'Ecosse des immigrants pour les improviser citoyens.
C’est pour relier la ville naissante avec la métro-
pole de Québec, que fut construit le Lauzon, un des premiers bâteaux-à vapeur qui ait fait la traversée entre les deux rives.
Les projets ambitieux du puissant seigneur devaient sombrer avec la catastrophe financière qui engloutit sa fortune misérablement acquise.
Quarante ans après la tentative infructueuse du richissime receveur-général, la vieille cité de CGhamplain vit avec étonnement se dresser au niveau de son promontoire une ville sœur couronnée d’édifices somptueux. C'était l’œuvre d’un pauvre prêtre qui n’avait pour toute fortune que son bréviaire et sa soutane.
La ville d'Aubigny est passée dans la légende. Caldwell et ses millions sont disparus. Ge qui demeure, c’est la création de Mgr Déziel : la ville de Lévis. Ce qui brille au soleil, c’est le clocher de Notre-Dame.
Voici un homme qui manie des millions. Il ébauche misérablement un simulacre de ville dont il faut retrouver le nom dans les poudreuses archives. On donne un curé de campagne à ces falaises désertes, et vingt ans après, une ville de 10,000 âmes s'élève.
Et c’est la même histoire qui s’est repétée partout dans notre province. Que de compagnies puissantes se sont formées depuis un demi-siècle pour coloniser nos territoires encore incultes ? Que l’on nous montre ce qu’elles ont créé. Leurs désastres ne se comptent plus.
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