‹ Monseigneur Déziel [microforme]Chapitre 20 sur 44 · RO · texte numérisé non relu

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verneur-général en conseil détachait de l’ancienne municipalité de la Pointe-Lévi un territoire assez considérable pour en former une muuicipalité scolaire séparée sous le nom de Ville d'Aubigny !

La paroisse de la Pointe de Lévi comptait alors (en 1850) dix-sept écoles élementaires fréquentées par 647 élèves. Il y avait de plus une école dissidente où 45 enfants recevaient l'instruction.

On préludait par ce démembrement à l’indépendance de l’administration religieuse et municipale que les autorités devaient proclamer deux années après, en 1852, Dès la première année de son existence la nouvelle municipalité possede deux écoles fréquentées par 94 élèves, Dans l'automne de 1850, en novembre, les commissaires décident de construire une école plus spacieuse. Le gouvernement pour sa part y contribue de $1260, les paroissiens se cotisent pour la balance. C’est maintenant l'édifice qui sert d'école à l’arrondissement No. ! du quartier Notre-Dame de la ville de Lévis.

Cette maison aux spacieuses dimensions, Construite entre cour et jardin magnifiques, pouvait passer dans le temps pour un bel édifice scolaire. Elle témoigne de l'esprit d'entreprise et du zèle qu’apportaient alors les commissaires à la propagation de l’enseignement.

,1 L'ordre en conseil autorisant cette création porte la date du 24 juin 1850° Cette municipalité devait subsister jusqu'en 1862, année où fut organisée la municipalité scolaire de la ville de Lévis. La municipalité d’Aubigny comprenaît le 3ème arrondissement de la municipalité scolaire de la Pointe-Lévi. Limites de la municipalité scolaire de la ville d'Aubigny données par les commissaires de la Pointe-Lévi le r juillet 1850.

lo. Au sud-Ouest à la terre de Chapman incluse. 20 Au nord-est partie à la la ligne sud-ouest de la terre de l’église comprenant toutes les propriétés qui se trouvent au sud du chemin royal et partir au sud-ouest de la terre de Thos. Fraser, au nord du chemin royal jusqu'à la cime du cap. 30 au nord de la cime du cap depuis les limites nord-est dela ville d'Aubigny jusqu’à la ligne sud-ouest de la terre du dit Chapman incluse en y comprenant les propriétés qui se trouvent de chaque côté de la côte [xbadie. 40 enfin au sud à la profondeur des terres de la 1re concession.

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L'idée première du curé Déziel en jetant les base du collège de Lévis était de fonder un collège classique, Il demande d’abord à l’ordre des Jésuites de se charger de la direction de la nouvelle maison. Cette idée était belle. On aurait vu renaître sur les hauteurs de Lévis les nobles traditions et les hauts enseignements que la maison de Loyola avait distribués si largement dans Québec sous le régime français. Malheureusement l’ordre manquant de sujets au Canada ne put accepter loffre du curé Déziel. Celui-ci s’adressa alors aux Clercs de Saint-Viateur. Il était dit qu’il rencontrerait partout des obstacles sur sa route, C’est sur la reponse négative de cet ordre enseignant, qu’il se décida de créer d'abord un collège industriel, En groupant toutes les écoles primaires de la nouvelle paroisse sous la tutelle de cette alma mater il leur assurerait au moins une éner gique direction. Ge rôle, si modeste à ses débuts, devait grandir avec le temps.

Malgré les sacrifices considérables que les paroissiens de Notre-Dame s'étaient déjà imposés pour construire leur église, ils répondirent généreusement au chaleureux appel de leur curé. Chacun se mit résolument à l’œuvre. Les souscriptions s’ouvrent, —on convoque des assemblées. L’évêque se laisse toucher par les nombreuses requêtes qu’on lui présente et il donne son fiat. On n'’attendait plus que ce permis pour commencer les travaux et les pousser avec vigueur.

Dès le mois de juin 1851, trois paroissiens, Pierre Carrier, Thomas Fraser, Marie Couture, veuve François Bisson, ‘ voulant autant qu’il en est eux favoriser l'établissement, bâtisse et érection du collège qu’on se propose de bâtir en la dite paroisse

de Saint-Joseph de la Pointe de Lévy, près de l'errdroit appelé la Commune ou la ville d’Aubigny, ” cèdent à la corporation archiépiscopale romaine de Québec, pour une considération nominale un terrain enclavé dans leur exploitation rurale. (Acte de cession devant Louis Panet, notaire.) Ce terrain a six arpents en superficie. (D'après le procès-verbal dressé par maître Joseph Gamache, arpenteur, daté du 13 mai 1851). :

Dans l’automne de 1851, chacun se prépare à donner un coup de main pour commencer les travaux de fondation.

À l'issue d’une messe solennelle chantée dans l'église de Saint-Joseph, Mgr Déziel conduit ses paroissiens sur les terres de la fabrique et l’on se met à l’œuvre. Jamais corvée ne fut mieux remplie. Les uns s’improvisent bûcherons et taillent [es bois Les autres se font charroyeurs. C'est dans la saison des froids. Les chemins sont impraticables. On profite des gelées de la nuit pour sortir les pièces de charpente de ;a forêt. Le curé et son vicaire, M. Honoré Jean, sont à la tête des charretiers et l’on voit la longue procession des traineaux gravir la ramipe qui conduit à la nouvelle église de Notre Dame. ?

La pierre, les sables sont tirés des nombreuses carrières qui couronnent la falaise. 3

1 M. Fraser donnait son terrain à la condition qu’aussitôt que le collège serait bâti et ouvert à des élèves on donnerait l'instruction et le logement à un enfant de sa famille pour toujours,

2 Un procès futintenté à Mgr Déziel pour avoir fait bûcher des bois sur la terre de la fabrique de St-Joseph dont les curés ont l’usufruit en vertu du don fait en 1721 par le premier curé de la Pointe Lévy, M. Boucher. le juge Chabot renvoya les plaideurs à leurs frais et dépens. La tradition ra: porte qu’en rendant son jugement, M. Chabot dit : L’usufruitier doit jouir en bon père de famille. On prétend que le curé Déziel a dilapidé les terres de la Fabrique en ÿ faisant couper du bois pour la construction d’un collège. Quel est le père .de famille qui, voyant s'élever une maison d'éducation à deux pas de chez lui, n'aurait pas agi comme le curé Déziel ? Ce jugement de Salomon mérite d'être conservé.

3 C’est M. Garant, architecte, de Lévis, qui entreprit la menuiserie du collège,

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Dans cette entreprise du collège, on ne sait trop lesquels admirer du curé, de son vicaire, M. Jean,ou des paroissiens de Notre-Dame. On vient de sortir d’une lutte gigantesque. Chargés déjà de la construc: tion d’une église, on entreprend après avoir traversé mille obstacles, un nouvel édifice. Les paroïssiens se sont déjà saignés à blanc pour payer les travaux du temple, le: souscriptions abondent pour la maison d'éducation. Les choses ne vont pas encore assez vite à leur gré, ils se font maçons et charp:ntiers ?,

C'est en travaillant ainsi, comme le dernie: des manœuvres, à broyer les pierres, à charroyer les mortiers que M. Jean, premier desservant de Notre- Dame, contracta la maladie qui devait le mener à la mort.

Ce prêtre dévoué, plein d’ardeur et de zèle, qui fut d’un aide si puissant à Mgr Déziel dans ses rudes entreprises, a bien mérité des paroissiens de Notre- Dame.

M. Honoré Jean était de l’étoffe dont on fait les apètres. Ordonné prêtre en 1846, il vole immédiate. ment a la Grosse Ile au secours des malheureux Irlanfais décimés par les fièvres. Atteint lui-même par la contagion, il est rapporté mourant à l'hôpital gé. néral de Québec. Il échappe comme par miracle au fléau qui en a décimé des milliers. C’est au sortir de l’hôpitai qu'il arrive à Saint-Joseph de la Pointe- Lévi, comme vicaire. Le curé Déziel, qui se con naissait en hommes, ne tarda pas à sympathiser avec ce héros en soutane. Caractère large, avec un cœur d'enfant, M. Jean se fittout à tous. Ilse : devoua,

1 Le site choisi nour le collège nouveau était encore couvert de haut bis, I! fallut y mettre la cognée.

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avec une activité dévorante, à la cause de

son curé. Le soir, au presbytère, l'humeur joviale du

vicaire faisait oublier au curé Déziel l’âcreté des

130 luttes et les harassements d’une rude journée de tra- |

HAE vail. Le feu roulant de ses saillies pouvait dérider os les fronts les plus soucieux. Infatigable, toujours

ut sur pied, M. Jean s’étonnait de n'être pas toujours ( chargé des plus lourds fardeaux. Pour le récompen-

ser de son dévouement, la fabrique ajoute un jour

à sa pitance anuuelle de vingt piastres une gratifi- |

L cation de cent vingt dollars Les pauvres en furent 6

ï heureux. M. Jean était adoré des paroissiens. Une (

1 bonne vieille lui lègue sa propriété. Le vicaire désintéressé remet sou héritage au curé pour le nlus

: grand bénéfice de la nouvelle paroisse dont il ‘:: Le |

EE desservant depuis 1851 jusqu’au jour où il s’endor- | I

at mit dans le Seigneur, le 30 juin 1853 1.

je Le décès de M. Jean fut un véritable deuil public. Le curé Déziel en fut si douleureusement affecté que 30 ans après, il pleurait encore son vicaire. Les 1 anciens ont conservé la mémoire de cet apôtre. La génération qui passe a oublié son mom, mais les

pierres de l’église et du collège, ces édifices

témoins de son zèle, le répéteront à la postérité. Et | fl ci ipsi lapides elamabunt.

Le 30 août 1852, Mgr l'archevêque Turgeon nomme syndics pour surveiller la construction du collège : le curé Déziel, Bénoni Guay, médecin, George Couture, marchand, Louis Bégin et F.-X. Lemieux,tanneur. (Acte de procuation devant Philippe Huot, notaire à Québec.)

1 À l’âge de 82 ans. Ii était né à St-Jean Port-Joli, le 23 août 1821. Ilfut enterré le 2 juillet dans l’église de Notre Paime. C'est le premier prêtre qui y fut inhurmé.

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