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Les capitaux manquent, cependant l’édifice s'élève rapidement. La société de Construction de Québec avance des fonds. M. Jean-Baptiste Renaud, de Québec, se porte caution pour l'institution naissante et avance lui-même deux mille dollars. (14 sept. 1852).
En septembre 1852, le carré de l’édifice est presque terminé. Il a 113 pieds de long sur 45 de large,
Le 27 octobre 1853, à l'issue d’une messe solennelle chantée dans l’église de Noire-Dame de la Victoire, Mgr l'archevêque Turgeon bénit le nouvel établissement (Abeille de 18353). Les classes avaient été ouvertes le 15 septembre. (Rapport du surintendant de l'éducation pour 1854 p. 9.)
L'enseignement fut d'abord confié aux Frères de la doctrine chrétienne * Le premier directeur de la maison, le frère Herménégilde, Après avoir été provincial au Ceylan se repose maintenant de ses longs travaux dans la maison de New-York.
Le frère Herménégilde (Jean Chatel),né à Gannat, dans le département de l’Allier, en France, arrivé en Canada, en 1853, avait été d’abord placé à la tête de la maison de Québec. C’est de là qu’il fut appelé à diriger le collège de Lévis. Plein de zèle et de talent, dans toute la force de l’âge, il rendit de grands services à la nouvelle institution, dans le poste important qui lui fut confié.
Sous l’habile direction des Frères, le collège ne tarda pas à prendre rang parmi les institutions commerciales du premier ordre. Les fils de famille s’y donnèrent rendez-vous. L’excellente méthode de Lancaster suivie par l’ordre enseignant des Frères, était de nature à produire des fruits abondants.
1 La même annèe que les Frères arrivaient à Lévis, ils ouvraient des érrles à Kingston, à l’Islet et à Vamachiche.
Voici comment, dès ouverture du collège de Lévis, un des rédacteurs du Journal de Québec rendait compte d’une visite à cette institution t :
On sait les efforts fa its par M. lé curé Déziel et plusieurs mes. sieurs de la Pointe Lévy, pour élever deux grands temples, l’un au Seigneur et l’autre à l'enseignement : et ces deux temples s'élèvent imposants sur la haute rive du fleuve, comme pour réndre témoignage à l’intelligen ce et au dévouement de leurs auteurs.
Vendredi, profitant du pont de glace, nous allâ mes visiter le collège qui est dirigé par les Frères de la Doctrine Chrétienne. Le frère directeur eut la complaisance de nous rendre compte de l’enseignement et de nous montrer toutes les parties du cellège qui n’est pas encore achevé. Les appartements en sont nombreux, vastes ct commodes et capables de recevoir de 250 à 275 pensionnaires, et, au besoin, le double d’externes et plus. En ce moment, le nombre des pensionr rires est de près de 80 et celui des externes de 180. L’anglais et le français s'y enseignent simultanément, le français, le matin, et l'anglais, l’aprèsmidi. C'est à proprement parler un cours pratique et utilitaire. On y apprend ‘a grammaire, l'écriture, la géographie, l’arithméthique, la géométrie, le lever des plans, le dessin linéaire, etc.
Les éléves nous ont montré d'excellents échantillons d’écriture. Le frère directeur nous di’ que la simultanéité des deux cours retarde un peu le progrès des élèves, puisqu'on ne donne que la moitié du temps à chaque cours en particulier, mais qu'il était convaincu que les prem'ères difficultés, une fois franchies, le progrês reprendrait son élan ; que, dans tous les cas, les éleves se trouveraieut au terme du cours à savoir les deux lan gues nécessaires en Canada.
Cette institution mérite à tous égards l’'encouragement qu’elle reçoit du public.
Les Frères consacrèrent toute ieur énergie aux développements de la nouvelle maison. L'institut avança généreusement une somme considérable
: Pournal de Québec du 16 février 1854.
2 10 octobre 1864—Benoit Rabut, frère Facile, sisiteur provinrial et Jean Chatel, frère Herménégilde, supérieur, avancent $2,709, sans intérêt, pour parachever les ouvrages du collège-acte devant Léon Roy, notaire
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pour en parachever l'installation 2 Douze de ses meilleurs sujets y furent envoyés comme professeurs. En 1856, on a déjà formé une bibliothèque de 1166 volumes. Un superbe cabinet de physique est acheté, 204 élèves fréquentent l'institution . L’institruction gratuite est donnée à 50 enfants de la paroisse. Parmi les matières enseignées on wrouve : les langues anglaise et française, l’arithmétique, la tenue des livres, l'algèbre, la géométrie, la physique, l’astronomie, la chimie, l’histoire naturelle, la géographie, la déclamation, l’agriculture théorique, l’horticulture, le dessin linéaire, l'architecture, la musique instrumentale et vocale, l’histoire ancienne, l’histoire de France, l'histoire du Canada, les belles lettres.
Les Frères améliorent la propriété du collège qui n’était qu'un terrain inculte, à demi-couvert par un bois de sapin. Une cour spacieuse est ouverte aux élèves. Des balançoires, des jeux de balles sont élevés. Ün magnifique jardin potager est commencé et les élèves y reçoivent des leçons d’horticulture pratique.
L'enseignement donné par les Frères était vraiment de premier ordre, mais plusieurs citoyens désiraient y voir introduire l’étude du latin et des hautes sciences. En 1856, on fonde dans la municipalité scolaire une académie sous le nom d’Académie d’Aubigny. Un prospectus annonce le programme que l’on se propose d'y suivre. Le latin et le gree y
1 Rapport du surintendant de l’éducation pour 1846 ; 132 exisrnes, 9 demi ensionnaires, 63 pensionnaires, 151 élèves dè la paroisse, so étrangers, 3 des Etats-Unis. Le cout de la pension est de £20 par an. Parmi les élèvas qui sont
sortis, 2 se préparent au notariat, 1 à l’arpentage, 6. au commerce, 19 à l’indus. trie, 5 à l’agriculture, En 1857, il y a 240 élèves.
seront enseignés ainsi que plusieurs matières de haute éducation!
Le curé Déziel, craignant que cette nouvelle institution fit concurrence au collège naissant, pressa les Frères d'introduire dans leur programme d’études l’enseignement des rudiments du latin. Les élèves qui manifesteraient de la vocation pour ‘état religieux pourraient ensuite continuer leurs études au séminaire de Québec, Les établissements de ce genre n’entraient pas dans les vues des Frères de la Doctrine Chrétienne dont l’institut a été spécialement fondé pour former la jeunesse aux études des sciences élementaires propres au commerce et à l’industrie.
En 1859, il fut question, pendant un temps, de changer le site äe l'Ecole Normale qui avait été établie à Québec deux années auparavant, Le 23 mai, le frère Herménégilde écrit à ce sujet à l’hon. M. Chauveau, alors surintendant de l'éducation :
« J'apprends que vous cherchez un local pour transférer l’école Normale Laval. J’ai pensé vous faire plaisir en vous indiquant le collège de la Pointe Lévi comme pouvant vous convenir et vous être cédé, immédiatement, attenau que les établissements de ce genre n’entrent guère dans nos vues et que nous serions heureux de protiter d’une pareille occasion pour en sortir.
« L'emplacement offre les moyens d'y exercer les élèves à lhorticulture, à la gymnastique, etc:, et possède bien d’autres avantages que je n’énumère pas.
« Je ferai tous rues efforts auprès de M. Déziel et des autres syndics pour les amener à vous le céder, si jamais il mérite votre choix.
Le frère Herménégilde entame dans le même
1 M. Bénoni Marqnette, 2ujonrd’ hui traductenr à la chambre d’ Assemblée de Québec, fut le premier principal de cette acadéniie. M. Edgar, maintenant représentant de Lanark-sud au parlement fédéral et un des chefs du parti libéral, y fut pendant quelques temps professeur d'anglais.
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temps avec Sir Narcisse Belleau des pourparlers sur le même sujet.
Le 24 mai 1859, sir Belleau lui écrit :
Plus je réfléchis, plus je trouve que l'école Normale devrait être au lieu dont nous parlions ensemble, l'autre jour, mais comme vos vues r’avaient pas l'autorité des syndices de la bâtisse en question, me feriez-vous la faveur d’en parler à ces messieurs et de connaitre d'eux s'ils sont disposés à recevoir l'école Normale et ce qu’ils espèrent recevoir annuellement pour prix de location. J'aimerais aussi connaitre la grandeur de la bâtisse et ses dépendances, sa distance de l’église et combien d'élèves elle pourrait loger convenablement. Eulin, si l'école Normale peut espérer un nombre suflisant d'enfants qui fréquenteraient l’école que vous laisseriez à ses soins ......
L'idée émise par le frère Herménégilde n'eut aucune suite. Il en fut de même du projet de Mgr Baillargeon qui désirait convertir Pinstitution en ècole d'agriculture.
Mgr Déziel avait d'autres ambitions pour l’œuvre qu'il avait fondé au prix de tant de sacrifices.
En 1860, les Frères de la Doctrine Chrétienne abandonnent le collège Le séminaire de Québec, qui avait alors pour supér'eur M. L.-J. Casault, se charge de l’enseignement : ; l'administration temporelle du collège reste à Mgr Déziel Les Frères de la Doctrine Chrétienne ont enseigné à Notre-Dame pendant sept années. Ils v ont laissé les meilleurs souvenirs. La génération aujourd’hui à la tête des affaires la ville de Lévis a été en partie formée par eux. La liste des anciens élèves est disparue, mais on en compte aux premiers rangs de la société. Dans le clergé, on retrouve les noms des
1 En novembre 1867, le frère Herménégilde devient supérieur des écoles de Montréal en remplacement du frère ‘l'uribe qui était placé à la tête de l’institution en Amérique. Le frère Facile, provincial, avec qui M, Déziel avait négors en 1852, fut nommé la même année (1861) assistant du supérieur général à
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abbés L.-N. Bégin, principal de l'Ecole Normale à Québec, Mgr Guay, protonotaire apostolique, les abbés Beaulieu et Carrier, du collège de Lévis, Geo. Fraser, vicaire à la cure. Au parlement MM. J.-G. .Bossé, député de Québec, L.-G. Desjardins, député de Montmorency. Dans les lettres : Louis Fréchette, Napoléon Legendre et William Chapman. Dans les arts : Eugène Hamel, D.-Chs. Morency ; dans le commerce et l’industrie, C.-W. Carrier, Ls.-Ed. Couture, Thimolaüs Beaulieu, L.-N. Larochelle ete., etc.
Les succès remportés par les Frères avaient révélé de nouveaux besoins. Le séminaire de Québec, en prenant le collège sous sa protection et son égide, lui donna un essor considérable. L'esprit du fondateur de cette illustre maison suivit ceux qui furent chargés de la direction du nouvel établissement. Les noms de MM. Gonthier, Roussel et Langis, inscrits aux annales collégiales, rappelleront toujours une des belles pages de son histoire,
L’Abeille, journal publié dans le temps au sémiuaire, saluait en ces termes l’heureux événement qui donnait un frère cadet à l'enfant de l’illustre Laval :
Parmi les nombreuses maisons d'éducation du Canada, il y en à une qui a droit à une mention spéciale de notre part, à cause de sa proximité et à cause surtout des liens qni nous unissent à elle : nous voulons parler du collège de Notre-Dame de Lévis qui est maintenant, comme on le sait, sous la direction du séminaire de Québec. Ce collège, grand et bel édifice en pierre de rang, est placé dans un très beau site, sur une colline élevée, d'où l'œil plane agréablement sur notre majestueux fleuve St Laurent, sur la ville et sur le magnifique panorama que présentent l'Ile d'Orléans et la rive nord du fleuve, de-
puis Charlesbourg jusqu'à St Joachim. D'un côté de la maison, se trouve un vaste jardin planté d'arbres fruitiers, et de l'autre,
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un magnifique bocage qui sert de refuge aux écoliers contre la chaleur de l'été, une cour spacieuse est destinée à favoriser les ébats de cette jeunesse enjouée. L'enseignement s'y donne en deux cours facultatifs : le cours commercial et le cours classique. Le premier comprend quatre classes dans lesquelles on enseigne le français, l'anglais, l'histoire, la géographie,la tenue des livres et des notionsélémentaires sur les sciences mathémathiques et physiques, en un mot, tout ce qui constitue une bonne éducation commerciale ; le second cours devra préparer les élèves à entrer en quatrième au séminaire ; il n’y a encore qu’une classe qui correspond à notre système. Get institut a l'avantage d'offrir un asile à nos jeunes confrères auxquels une santé chancelante interdit le séjour de la ville, là, ils trouveront l'air pur et bienfaisant de la campagne, et après y avoir acquis la vigueur et la santé, ils pourront sans crainte venir affronter le climat brumeux de notre vieux Québec. Déjà, plusieurs des premières familles de la ville, comprenant cet avantage, y ont placé quelques-uns de leurs enfants. La règle et la discipline qui y sont à peu près les mêmes qu'ici, les préparent à la vie quelque peu plus mâle et plus rude du séminaire de Québec. Les beaux arts ne sont pas négligés à Notre-Dame de Lévis la musique instrumentale et vocale y est en honneur, ainsi que le dessin linéaire et d'imitation.
C’est sous la direction éclairée de M. Langis que fût fondée en 1872, la classe d’affaires qui placa le collège de Lévis au premier rang parmi les institutions destinées à former des sujets pour le grand commerce.
Il n’est aucune position dans le monde des affaires que ne puisse occuper avec succès l'élève qui reçoit le diplôme du cours commercial du collège de Lévis. De fait, malgré l'encombrement des places, la plupart des diplômés qui sont sortis de cette institution ont maintenant des positions avantageuses, et quelques-uns sont sur la voie d’un avancement rapide. On s'explique ce succès si l’on sait que lenseignement au faège, pendant la dernière année surtout, prend
un caractère tout à fait pratique. C'est ainsi que le jeune homme acquiert non seulement les eonnaissances nécessaires ; mais cette dextérité et eette promptitude que: d’autres doivent seulement à de longues années d'expérience dans ure position subalterne-et peu lucrative r.
Tout en perfectionnant l’enseignement donné an cours commercial, l’étude de Ia [langue latine ne fut pas négligée. Le nombre des candidats aux études €lassiques augmentant chaque jonr on dût suivre le ‘ourant et faire prendre de plus grandes proportions au prograrmme, La ville de Lévis avait progressé depuis le jour où le séminaire s'était chargé d'y diriger le collège. Après quinze années d'existence elle prenait place parmi.les centres les plus , importants de la province. L’humble établissement ouvert en 1853 n’en était plus à ses modestes débuts. fl avait fait ses preuves. Il pouvait maintenant vivre de sa propre vie, marcher sans lisière, au devant de ses brillantes destinées.
À l’examen de fin d'année, le 26 juin 1874, M. le grand vicaire Hamel, supérieur du séminaire de Québec, annonce au public de Lévis que le séminaire cessera à l’avenir d’avoir la direction du collège et que cette institution ne relevera plus que d'elle-même. Ce changement était devenu nécessaire depuis que le collège était entré dans une ère nouvelle qui exigeait un personnel plus nombreux, une direction plus attentive. M Hamel remereia les citoyens de Lévis du concours qu’ils avaient prêté aux directeurs du sérmmnaire, les félicita du zèle qu'ils avaient déployé pour le soutien de leur collège qui prenait place maintenant parmi les institu-
1 Onopéra, en 1872, à l’intérieur du collège des transformations considérables.
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tions les plus utiles et les mieux appréciées de la province, Il paya aussi un juste tribut d’éloges au zèle et au dévouement de M. le curé Déziel qui n’avaitrien épargné pour son œuvre de prédilection.
M. ie curé Déziel à son tour remercia, au nom des citoyens de Lévis, le séminaire de Québec des sacrifices qu’il s'était imposés pour diriger et soutenir le collège et exprima le regret que les circonstances ne permissent plus à la maison de Laval de garder la direction de l’humble maison de Lévis.
Le directeur, M. Langis, suivit les prêtres du Séminaire.
Le départ de ce prêtre laissait les plus .profonds regrets dans Lévis. Il avait rendu au collège pendant les cinq ans qu’il en avait eu la direction, des services importants. Dans le travail d’étonnante transformation qui venait de s’accomplir, il eut sa large part !.
En 1875, l’aulorité religieuse consacre l'existence indépendante du collège et le 23 février de cette année, le lieutenant gouverneur sanctionne son acte d’incorporation ?. En 1876, le cour classique est définitivement établi. Il est completé en 1880 et cette même année, pour couronner l'édifice a iieu Pafliliation à l'Université-Laval.
Le collège dans sa courte existence a traversé trois phases bien distinctes. 11 à gravi lentement la rampe difficile des commencements, mais du sommet qu’il vient d’atteindre il voit l'horizon large, souriant, plein de promesses.
1 À son départ de Lévis, les citoyens présentèrent à M. Langis uue adresse d’adieu et une bourse (le 5 juillet 1874).
2 38 Vict. ch 49. Les premiers directeurs mentionnés dans la charte sont MM
J.-D. Déziel, supérieur, Placide Edouard Beaudet, procureur, George Eric Savvageau et Benjamin Demers, directeurs.
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