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chantier, les matelots des navires, demande une main énergique pour la gouverner.
On comptait à la Pointe de Lé vi, à l’arrivée de M. Déziel, en 1843, 4229 catholiques disséminés depuis Beaumont jusqu'à la rivière des Etchemins, du fleuve St-Laurent jusqu'aux limites de St-Henri.
Il est facile de comprendre quelles fatigues devait s'imposer le curé d’une paroisse aussi populeuse, aussi étendue, pour répondre à tous les besoins religieux. Jeune, vigoureux, plein d'activité, M. Déziel commence de suite à tailler sa rude besogne. Le champ est vaste, mais le zèle du pasteur comprend toutes les nécessités, embrasse toutes les œuvres,
A l’arrivée de M. Déziel, le vieux presbytère construit en 1802 par le curé Mässe tombe en ruines. On peut le réparer et en faire une demeure convenable. Le nouveau curé veut qu’une paroisse aussi importante que celle dont il a la garde soit orgueilleuse de ses édifices publics.
Les temps ne sont pas propices pour demander aux paroissiens de construire une nouvelle maison presbytériale. Depuis plusiers années, les récoltes ont été mauvaises. On vient d'élever une maison d'école. Les travaux de construction de l’église bâtie pour remplacer le vieux temple incendié en 1830 viennent à peine d’être terminés et il en a coûté plus de $16,000 à la paroisse,
Toutes ces graves questions sont pesées, les obstacles disparaissent, et, le 16 mars 1844, une requête signée par 279 paroissiens demande à Mgr Signai Pautorisation de construire un nouveau presbytère. Le ? avril, M. Cazeau se rend à St Joseph, fixe le site du nouvel édifice et à la fin de ia même année,
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M. Déziel entre dans son nouveau presbytère :, Cinq
paroissiens seulement s'étaient opposés à cette entreprise. :
Si la promptitude avec laquelle ces travaux furent entrepris et terminés, prouve l’activité du nouveau curé, l’empressement que mirent les paroissiens à le seconder dans ses plans dénote qu'il avait déjà réussi à gagner leur estime.
l’ancien presbytère que l’on venait d'abandonner avait coûté plus de troubles et de labeurs à son constructeur, M. Mâsse. Cette vieille maison curiale que l'on voyait encore, il y a une trentaine d'années, au milieu des jardins de la cure de St-Joseph :, eut de si p‘aibles commencements que c’est peut être ici la place de les raconter au moment où le curé Déziel en terme les portes.
Si chaque masure a son histoire, si chaque toit recouvre la mémoire des ancêtres et des bonnes veillées de famille, que de souvenirs éveillent l'esprit à la vue d’un vieux presbytère.
Ce fut pour un temps la maison de la paroisse.
Avant l’organisation municipale de 1841, sous le régime des capitaines de milice, c’est là. à côté de la demeure du curé, dans le presbytère des habitants comme on l’appelait, que se sont discutés tous les grands événements paroissiaux. Là se distribuent les corvées, se liseut les ordonnances, se règlent les petites querelles, se décident les ouvertures et les réparations de routes, les questions de fossoyage
1 Ce maznifique bâtiment de pierre de 55 pieds de longueur sur 36 pieds de largeur fut construit à cent pieds au nord est de l’ancien preshytère, Il a subi,
en 1874, sous la direction de M. le curé Fafard, des réparations importantes qui.
eu ont fait une des plus belles maisons curiales de la côte sud,
2 Elleest disparue en partie sous les fondations di magnif jus convent de Jesus- Marie, après avoir servi de sa/le publique, de maison d'école et dé bureau d1 conseil municipal,
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et de découvert. En hiver, quand l’nsage des poëles n'était pas permis dans les églises, c’est là qu'après la messe on venait battre le briquet et se chauffer sous le grand manteau de la cheminée,
Avant le service divin, on vient y dépouiller le capot d’étoffe pour revêtir l’habit de drap fin, Le soulier à boucle se chausse ; la chevelure poudrée se rajuste. C’est une grande salle de manoir où le curé reçoit sa dime. A la Pointe de Lévi, sous le régime français, on prête foi et hommage au prêtre qui représente le seigneur toujours absent.
Que ce fut amour des choses antiques ou non, en 1802, quand le curé Mâsse parla de démolir Le vieux presbytère qui comptait l’âge respectable de 116 ans, 149 de ses paroissiens s’y opposèrent énergiquement. Pour augmenter le nombre des opposants on s'avisa de faire signer des requêtes à une quantité considérable d'enfants depuis l’âge de sept à huit ans, Un savant notaire consulté à ce propos avait jugé que les enfants étant héritiers de leurs pères pouvaient exercer les mêmes droits qu'eux. Une pareille hérésie légale méritait bien les foudres d’un procès. La cour ordonne de procéder à l'élection des syndics et elle appointe deux notaires pour y présider. Il se trouve que l’un des présidents veut absolument faire voter les mineurs. A la demande de la cour, un troisième notaire est appointé, et voilà la guerre allumée plus vivace que jamais.
Cette question, écrivait dans le temps M. Mässe, vient échouer contre les plus sublimes connaissances des plus intelligents patriciens et ils promettent que la plus longue et la plus sérieuse discussion qu'on en pourra faire dans la suite et avec bien du temps servira de loi fondamentale pour pareilles occasions. C'est-à-dire qu'il fant que tous les MM. juges, avocats, notaires, etc.,'etc., s’instruisent à nos dépens ct que nous
les payions bien cher pour prendre des connaissances qu'ils n'ont pas et qu'ils devraient pourtant e voir. Quoi qu'il en soit, jeudi prochain, il faudra encore pencher la tête sous le joug d'une seconde élection surchargée d’un second pour et contre etécrasée par les contradictions de trois notaires. Les opposants doivent faire ce jour-là maison nette et amènent avec eux femmes, filles et enfants de toute espèce, de tout âge, de toute qualité et dénomination et prétendent faire recevoir leur vote conire l'élection. Les avocats qui voient l'embarras des notaires ont bien sujet de rire. J'attends toujours quelque heureux coup dela Providence, car sans cela je suis bleu comme la montagne de Chambly.
Le 25 juin 1802, les commissaires nommés pour l'érection des paroisses, après avoir entendu les avocats des deux parties, considéré le rapport des notaires, vu le mandement de l’évêque et le procès verbal de son coadjuteur, confirmèreut la nomination des syndics sans avoir égard aux votes donnés de part et d'autre au nom des mineurs. En vertu de cette sentence, le presbytère fut bâti, non pas sans qu'il en coûtât encore des luttes et des tiraillements. Le curé Mâsse y était à peine entré que l’on se mit en tète d'installer à côté de ses logements, dans la salle des habitants, une ‘école avec un maitre et sa famille composée de trois enfants tous remuants ettous braillants *, Après avoir servi de chapelle en 1830, lors de l'incendie de l’église, le vieux presbytère fut encore le théâtre d'un vol fameux dans la chronique du temps : le vol des Monarque.
C'est ce vieil édifice, que le cu.6 Dôziel faisait remplacer en 184% par la magnifique résidence en pierre qui existe aujourd’hui. Pour faire démolir un presbytère vieux de 116 ans, le curé Mâsse dût traverser deux procès, subir toutes les misères, com-
1 Lettre du curé Mâsse.
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battre pendant un an; le curé Déziel, plus chanceux, arriva au but sans encombre quand il s'agissait de remplacer une maison vieille de 42 années.
Tout en surveillant la construction du presbytère, le curé Déziel étudie les besoins et les ressources de sa nouvelle paroisse. Cet esprit vigoureux ne peut rester en repos, il faut un champ à son activité. Le système municipal nouveau a rendu le service administratif plus régulier et plus vigoureux. Le curé seconde le zèle des conseillers. Il fait voter par la fabrique une aide à la paroisse afin d'assurer uue plus grande protection contre les incendies. Il s’occupe en même temps d’éteindre les restes d’une ancienne querelle au sujet d’une maison d'école. Pour lui, le progrès moral et le progrès matériel doivent marcher de pair. Ces deux ordres de choses ne se séparent jamais, disait-il plus tard, car c’est dans leur double développement que se trouvent pour les peuples les conditions les plus favorables de stabilité. Ce fut là la pensée de toute sa vie.
Le premier curé résidant de la Pointe de Lévi, M. Philippe Boucher, avait légué par son testament tous ses biens à la fabrique de St-Joseph. Parmi ceux-ci se trouvait le fief de Ste-Anne, l’ancienne propriété des religieuses Ursulines.
Ce supe r be domaine, de cinq arpents de large sur soixante-dix de profondeur, situé à quelques pas de l’église, à proximité du fleuve et de la ville, ne pouvait manquer d'acquérir un jour une grande valeur. Depuis longtemps déjà, la partie située dans l'intérieur était concédée aux cultivateurs, celle qui s'étend au bord du fleuve ne rapportait pres [ue aucun revenu. Seul, un verger magnifique recouvrait un vieux cimetière en partie disparu aujourd’hui. Le
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curé Déziel résolut de tirer parti de ce terrain de valeur. Le temps était propice. Les chantiers de bois établis dans l’Anse des Sauvages et tout le long de la Pointe qui s’avance aux environs de l’église avaient attiré à St-Joseph un grand nombre de travailleurs,
Le 10 mars 1844, la fabrique autorise M. Déziel à concéder des lôts à bâtir sur le.fief Sainte-Anne, et, en octobre, Mgr Signaï approuve cette délibération. Le curé Déziel se met de snite à l’œuvre. Il prévoit l'importance que prendra un jour ce village placé aux portes de Québec. Il veut l’embellir. Dans une lettre qu'il écrivait alors à Mgr Signai, on voit quels sont ses projets.
** La population augmente, dit:il, les terrains deviennent rares. On ne peut trouver un plus bel endroit pour concéder des lôts à bâtir, Gctte terre sera divisée et arpentée. On tracera des rues. En face du Monument de la Tempérance * on laissera une espace convenable pour y tracer une avenue. Des lots seront réservés pour construire une maison d'école, ériger un marché et pour d’autres fins d'utilité publique.”
Voilà ce que M. Déziel rêvait de faire pour cette partie de là jroisse de Saint-Joseph de la Pointe de Lévi, viugi ars avant qu'elle fut devenue le floris-
sont vill2:4 de Lauzon,
Il put mettre une partie de sa pensée à exécution. L'arpeuteur Gamache mesura les terrains et les divisa en lôts à bâtir. Des rues furent tracées. Ge sont celles qui existent aujourd’hui. La grande rue centrale qui traverse le village de Lauzon prit le nom de rue St- Joseph, une rue qui descend au fleuve s’appela
1 Elevé par M. le curé Poiré, en 18{2.
St-Laurent ; une autre parallèle au chemin royal fut baptisée St-David en l'honneur du curé.
Ce terrain formait partie d'un ancien fief concédé sous le régime de la tenure seigneuriale, On sait quelles étaient les subtilités de ces antiques coutumes. En morcellant ce domaine en lôts à bâtir, on multipliait les censitaires. Qui rendrait la foi et l'hommage? qui ferait l’aveu et le dénombrement ? Chacun de ces petits propriétaires payerait-il les cens, subirait il les droits de quint, les lods et ventes? Voilà autant de question qu'il fallait résondre avant de pouvoir commencer à faire des concessions. On peut voir par sa correspondance, que le curé Déziel prit la peine d'étudier tout le labyrinthe de ces anciennes lois. Lorsqu’ilconnut parfaitement ses droits et ceux des seigneurs, lorsqu'il sut que ses censitaires ne seraient aucunement troublés dans leur possession, le premier acte de concession fut signé.
Le curé Déziel a toujours mis la même sollicitude à connaitre les plus petit détails de toutes les questions où il s’est trouvé mêlé pendant son long apostolat. Il ne s’est jamais départi de cette règle de conduite.
Les projets d'avenir que M. Déziel préparait pour sa paroisse de Saint-Joseph de la Pointe de Lévi devaient bientôt faire place à d’autres idées. La semence qu’il jetait sur ce coin de terre, il n’eut pas le temps de la recueillir. Son rôle de prêtre dévoué, de curé exemplaire devait se continuer doublé de celui de grand patriote et de grand citoyen.
Augmentation de Saint-Joseph.—L’ancienne paroisse de la pointe de Lévi.—Les premiers démembrements.—Le gouverneur Dorchester et le grand vicaire Panet.—Incendie de léglise en 1830.—Cause des difficultés que M. Déziel rencontre.—
Pendant que le curé Déziel s’occupe de former un village autour de l’église de St Joseph, la population progresse. Dans un espace de quinze ans, l'augmentation est si rapide que le temple construit en 1830 est déjà devenu trop petit et plus de la moitié des paroissiens n’y peut trouver place. La population est disséminée sur un parcours de près de quarante huit milles en superficie et l’on comprend qu'il est difficile pour un bon nombre de se rendre, à travers des routes souvent impraticables, jusqu’à l’église.
Les premiers colons s'étaient d’abord établis le long du fleuve, vers la droite de la pointe de Lévi, et la maison de Dieu s'était élevé au milieu d’eux. Ce site pouvait convenir à un premier établissement, mais avec le temps, le progrès, les communications nouvelles, le flux et le reflux du commerce, le centre de la paroisse s'était trouvé déplacé.
La paroisse Saint-Joseph de la Pointe de Lévi embrassait à l’origine les bornes de la seigneurie de Lauzon, c’est-à dire trois lieues de front de chaque côté des rives de la Chaudière sur six lieues de profondeur à prendre à la berge du fleuve St-Laurent. St-Nicolas ne tarda pas à s’en détacher, Dès 1696, on-voit que les missionnaires y disent la messe dans la maison d'André Bergeron.
Le Règlement des districts des paroisses de la Nouvelle France du 20 septembre 1721 donne à St- Joseph de la Pointe de Lévi trois lieues et demie et