Lettre au T. R. P. Chevalier, du 3 novembre
Reims, passa vingt-deux ans de sa vie à labourer, et qu'à sa mort, les paysans du voisinage suspendirent sa charrue dans leur église, comme une relique. « Noble et sainte relique! s'écrie l'éloquent historien. Je la baiserais aussi volontiers que l'épée de Charlemagne ou la plume de Bossuet1. » Nous voulons espérer que les frères du premier apôtre de la Nouvelle-Guinée ont gardé, eux aussi, comme une relique, la hache du P. Verjus.
Quoi qu'il en soit, les hautes herbes, là-bas, entravent toute circulation. Elles atteignent deux ou trois mètres. Les Missionnaires songèrent donc, en même temps qu'ils abattaient des arbres, à l'aire des sentiers, sinon des routes. Ils commencèrent par une voie en zigzags, qui partait de la grève et montait à la colline. Les sauvages n'avaient jamais vu de chemin en lacets et ils riaient en regardant les travailleurs. « Missionnaire, disaient-ils, pourquoi ne faistu pas la route toute droite pour aller dans la vallée ? Ce serait bien plus court. » Quand tout fut nivelé : « Tu as bien pensé, Missionnaire ; ton chemin est plus long que notre sentier, mais il est moins fatiguant. » Et tous, depuis lors, suivaient le chemin du Missionnaire.
Les routes sont faites. Les arbres sont coupés et transportés. Il reste à creuser un puits. Ce n'est qu'après ce nouveau et rude travail que l'on pourra songer à construire la maison et la chapelle. Le P. Verjus choisit un endroit où aboutissent trois petites vallées. « Creusons, et le bon Dieu nous donnera de l'eau. »
Témoins de cette entreprise, les sauvages ne comprennent pas plus le puits, tout d'abord, qu'ils n'avaient compris le chemin en zigzags. De voir creuser ce grand trou, cela les faisait rire aux éclats. « Que veux-tu faire, Missionnaire ? — Je veux avoir de l'eau. — Mais, il n'y en pas ici. — Non, pas ici, mais là-dessous. — Qui te l'a dit? — Personne ; mais tu verras ! » Et les sauvages branlaient la tète et ils continuaient de regarder. On creusa pendant